#Césars2016 – Noir.e.s et invisibilité médiatique : Le rôle pionnier et contrasté du collectif Égalité

HISTOIRE – On reposte ce papier, concernant les Césars car le débat concernant le manque de visibilité des comédien.ne.s noir.e.s était déjà vif dans les années 2000, allumé par le collectif Egalité, piloté par l’écrivaine Calixthe Beyala et l’homme de théâtre Luc Saint-Eloy.
L’arrivée mouvementée de BET France a ravivé les questions portant sur la visibilité des Noir.e.s de France dans les médias et au cinéma. Débat qui a pris de l’ampleur à la fin des années 90 comme l’atteste l’aventure, que retrace L’Afro de manière non exhaustive, du collectif Egalité, emmené par Calixthe Beyala,  à l’offensive  sur le sujet.

Vous vous en rappelez peut-être. Vous étiez peut-être devant la télé ce soir lors de la 25ème nuit des Césars le 19 février 2000, soit quinze ans avant l’arrivée mouvementée de BET en France. L’écrivaine Calixthe Beyala et le metteur en scène Luc Saint-Éloy, fondateurs et membres du collectif Égalité, comme Manu Dibango ou encore Dieudonné, montaient sur scène afin de plaider pour plus de pluralité dans les médias et le cinéma français.
Et joignant la parole à l’acte, ils ont décerné leur César à Darling Légitimus, grande actrice décédée en décembre 1999, déplorant qu’elle ait été reconnue seulement à l’étranger, à Venise, pour son rôle dans le film Rue-Cases Nègres (1983) de la réalisatrice Euzhan Palcy, plutôt qu’à Cannes. Dans la salle, qui retient son souffle, on aperçoit notamment l’écrivain et réalisateur afro-américain Melvin Van Peebles.

Dans la salle également, on trouve Catherine Trautmann, la ministre de la culture de l’époque, qui sourit , un rien crispée. Et pour cause, en 1998, le même collectif avait porté plainte « symboliquement » contre l’État pour déficit d’image et « préjudice moral au peuple noir ».

1998-2002 : années charnière

« Lutter contre toute forme de discrimination ; œuvrer à la formation d’une Europe multiculturelle ; faire connaître et reconnaître le droit des communautés à accéder à tous les modes d’expression ; réhabiliter l’image de la communauté africaine dans les médias » telles étaient quelques-unes des missions  que se donnait le collectif Égalité fondé en décembre 1998. Le collectif Égalité avait été reçu par le CSA, alors présidé par Hervé Bourges, en octobre 1999 pour discuter, suscitant « une véritable prise de conscience » permettant « d’engager un travail constructif ».
C’est en effet suite à l’intervention du collectif que des rapports, colloques et autres dispositions pour la diversité dans les médias se développent. Marie-France Malonga a ainsi produit la première étude institutionnelle intitulée « Présence et représentation des minorités visibles à la télévision française » (2000). Les actions du collectif tentent de se poursuivre dans la rue ave l’organisation en mai 2000 d’une «Marche nationale du peuple noir pour l’honneur et le respect», qualifiée à l’époque par l’hebdomadaire L’Express, de « démarche communautariste, loin de la France de Zidane », ainsi que les marches des « minorités visibles » des 16 juin 2000 et 2001.

Calixthe Beyala, militante controversée

L’autre cheval de bataille du collectif : l’instauration des quotas, nécessaire aux yeux de ses membres, estimant que jusque-là, la bonne volonté n’avait pas été suffisante, mais largement discutable, analysée et discutée,  notamment par l’artiste Soeuf Elbadawi. Ce dernier oppose la difficulté de contenter toutes les communautés qui pourraient avoir besoin de se sentir également représentées, et le besoin, entre autres, d’avoir « des gens pour servir la dynamique d’un bout de la chaîne à l’autre (scénario, tournage, diffusion) ». Un débat où de multiples voix se font entendre et qui a contribué à voir émerger de nouvelles figures à la télévision comme Harry Roselmack ou Audrey Pulvar.

Calixthe Beyala, volontiers rentre-dedans sur les plateaux, a largement contribué à faire entendre ces doléances au plus haut niveau de l’Etat, mais aussi joué en leur défaveur. Certains ont même argué qu’elle se servait de la cause noire pour redorer son blason après les accusations de plagiat dont elle a été l’objet. En 1996, l’auteure avait ét condamnée, jugée coupable d’avoir emprunté des extraits de Quand j’avais cinq ans je m’ai tué d’Howard Buten datant de 1981 pour son ouvrage Le Petit Prince de Belleville, publié en 1992. Si le collectif a disparu de la scène publique en 2002, bon nombre de commentateurs s’accordent à dire, tout en reconnaissant qu’il a pu desservir la cause qu’il pensait servir dû à de nombreuses approximations et un calquage des réalités américaines sur les réalités françaises, que ses propositions pouvaient être contreproductives , qu’il a joué un rôle de pionnier dans l’émergence de ces questions. 

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