REPORTAGE – Une soirée… au Deuxième Bureau

AFTERWORK – Pour Afriscope, on s’était enjaillées à l’événement Deuxième Bureau, organisé à l’Alcazar à Paris.


À peine arrivées sur les lieux, Guy Filliastre nous accueille. En ce mois d’avril, il co-organise Deuxième Bureau(1), un afterwork qui a pris ses quartiers à l’Alcazar. Le principe ? Se retrouver rue Mazarine dans ce bar-restaurant du 6e arrondissement de Paris,  après une journée de travail pour manger, boire, danser. Cet afterwork, qu’il a créé en 2008 avec le Togolais Atio Agbetra, est né d’un manque. « Avant, on sortait à l’Alizée(2) mais on ne savait jamais où commencer notre soirée », explique Guy.

Attiré par l’Afrique depuis son plus jeune âge – grâce à la musique de Fela Kuti, Touré Kunda, Zao ou encore Alpha Blondy que son père lui fait découvrir -, ce Français de 34 ans se rend régulièrement sur le continent pour des affaires. « Quand les gens me voient, ils sont étonnés et me croient libanais ! » s’amuse-t-il. Guy soigne tous les clients, qu’il se lève pour accueillir, habitués ou pas. Et pour cause, « il y a un marché, c’est une clientèle avec un vrai pouvoir d’achat », affirme-t-il.

Un duo aux commandes
Cadio franco-ivoirien âgé de 33 ans, et nouvel associé depuis le retour d’Atio au Togo, il précise : « Cette clientèle a la culture de la bouteille ». Et à 130 € l’unité, c’est un détail non négligeable. Cadio était client avant de devenir un intime et un partenaire commercial de Guy. C’est surtout son expérience en matière d’organisation de fêtes, lui qui travaille dans le milieu de la nuit depuis plus de 10 ans, qui a été décisive. Après un passage dans des hauts lieux de la restauration new-yorkaise, l’homme gère aujourd’hui l’Alcazar, le Vendôme ou encore le Théâtre Saint-Germain.

Les deux organisateurs ne veulent pas que leurs afterworks soient perçus comme exclusivement « afro », excepté pour la musique (et encore) : la playlist, c’est pour 30% du « David Guetta, des trucs généralistes ». Pour le reste, on a le droit à du « naija » ou musique nigériane, du zouglou et du hip-hop. Côté vestimentaire, style décontract’ mais classe exigée. à l’instar des deux organisateurs, costume et cravate pour Guy, chemise ouverte et pantalon à ourlet pour Cadio. Guy parle d’une ambiance familiale où tout le monde peut « s’enjailler » et d’un public surtout composé de « cadres parisiens autour de la trentaine, qui rentrent au pays pour l’été, mais aussi des franco-français ».

Mais où est la touche afro ?
Dans l’assistance, on remarque surtout des Afrodescendants qui dînent, des femmes pour une large part. « Des nanas qui s’assument et savent qu’elles ne se feront pas « emmerder » », explique Guy. Ahanna et ses copines acquiescent. La bande, moyenne d’âge 28-35 ans, sur son 31, vient pour la troisième fois. « C’est bien de se trouver ici plutôt que dans une boîte merdique, mais ça manque d’amuses-bouche. », déplore Ahanna*.

Arrimées au bar où elles sirotent leurs cocktails, elles trouvent l’ambiance plutôt calme et parlent de la touche afro pas assez appuyée. « Mais la musique reste cool ! », renchérit Shade*. Le Dj sélectionne les titres les plus populaires de ces derniers mois à l’instar de « Bum Bum » du Nigérian Timaya ou encore « Adonai » des Ghanéens Sarkodie et Castro. Dans les bons jours, les deux amis peuvent recevoir entre 200 et 300 personnes.

A priori
Le plus difficile : convaincre les propriétaires des lieux parisiens. « On me disait : « Des banlieusards, on n’en veut pas ! » Ils confondaient tout. S’ils avaient été à l’Alizée voir les gens prendre une table pour 200€, ils auraient parlé autrement… ». Les gérants affirment que la clientèle « afro » est exigeante mais fidèle, surtout lorsqu’on lui offre un service de qualité.

Cadio déplore que les événements où celle-ci peut se retrouver n’aient pas une bonne image auprès de certains Blancs. « Les soirées hip-hop sont interdites dans le quartier par la police », complète-t-il. Par des raccourcis douteux, ces dernières sont souvent associées à la violence. Mais Guy voit les portes s’ouvrir plus facilement depuis trois ans. « C’est l’influence afro-américaine, avec le succès de Jay-Z, Beyoncé… Tout le monde veut avoir un ami noir ! » dit Cadio, avec malice. On les quitte quand la musique se fait plus forte, il est 22 heures ; la nuit ne fait que commencer…

Pour participer aux prochaines soirées, suivez Deuxième Bureau sur Facebook

(1) Le nom de l’afterwork s’amuse avec l’expression populaire en Afrique « avoir un deuxième bureau », qui signifie avoir une maîtresse et le fait de quitter son premier bureau pour aller à l’afterwork, le deuxième bureau.
(2) Boîte de nuit dans le 15e arrondissement de Paris, « un des QG de l’ambiance africaine ».
*les noms des personnes ont été changés à leur demande.

Initialement paru sur Afriscope 

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