PARCOURS – Euzhan Palcy, l’histoire d’une pionnière du cinéma

PORTRAIT – Elle est la première réalisatrice noire à travailler à Hollywood. Euzhan Palcy, une femme qui a su faire preuve de stratégie pour entrer dans le monde très fermé du cinéma, ouvrant la voie à d’autres. Retour sur le parcours de cette pionnière derrière la caméra.

Les Antilles à Hollywood

Si j’étais restée en France, j’aurais peut-être changé de métier. Je n’aurais jamais pu faire ce que j’ai fait. Il fallait partir » (Euzhan Palcy, mai 2015 pour La 1ere)

La jeune Euzhan, alors âgée de 25 ans, débute sa carrière au cinéma sur les chapeaux de roues. Elle décide d’adapter pour le cinéma La Rue Cases Nègres, probablement l’œuvre la plus célèbre de Joseph Zobel, écrivain originaire de la Martinique -comme elle-, inspirée de sa vie. Pour mener à bien son projet, direction les Etats-Unis ! Elle réussit un coup de maître : imposer son travail en tant que femme, qui plus est noire, dans l’industrie hollywoodienne, aborder une histoire se déroulant en Martinique sur fond de plantation, pour couronner le tout, en créole ! Pourtant, elle parvient à ses fins et devient même la première réalisatrice noire à Hollywood. Résultat : une pluie de récompenses dans le monde entier ( 17 en tout) qui en font la première femme noire à obtenir un César et la première réalisatrice noire à se voir décerner un Oscar. Un palmarès de championne.

Rue Cases Negres © euzhanpalcy.net

« Cette lecture a été un choc culturel pour moi car c’était le premier roman que je lisais qui parlait de là où j’ai grandi, de là où je suis née. Pour une fois les mots recouvraient une réalité que je connaissais, celle des coupeurs de canne et des békés, avec une émotion qui m’a beaucoup touchée. A 14 ans je savais déjà que je voulais faire du cinéma et je m’étais dit qu’il fallait absolument raconter cette histoire à l’écran. » (Euzhan Palcy à propos du roman La Rue Cases Nègres pour LCI-TF1, février 2010)

La mémoire dans la peau

Réhabiliter l’histoire martiniquaise est essentiel dans sa carrière, même si Euzhan Palcy se défend bien d’être militante. Son travail de mémoire prend la forme de la fiction mais également du documentaire. En 1994 , elle réalise donc Aimé Césaire , une voix pour l’histoire -disponible en DVD sous le nom Aimé Césaire, une parole pour le XXIème siècle, un documentaire en trois volets retraçant le parcours du poète, intellectuel et homme politique. Plus récemment encore, en 2006, elle s’attaque au sujet des dissidents antillais de la Seconde Guerre Mondiale avec le documentaire Parcours de dissidents.

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L’audacieuse anti-apartheid

« Ce sont les Américains qui m’ont appelée, je n’arrivais pas à concrétiser mes projets en France alors je suis partie. Le projet de mon film suivant, Une saison blanche et sèche, qui parlait de la situation en Afrique du Sud, personne n’en voulait au milieu des années quatre-vingt, c’était encore l’Apartheid. Sujet trop délicat, trop dangereux. » (Euzhan Palcy, février 2010, pour LCI-TF1)

 

Non, Euzhan Palcy n’a pas attendu la fin de l’apartheid pour en faire un film. Au contraire, comme le rappelle cet article du blog « Parlons des femmes noires », la réalisatrice déterminée comme toujours, décide de se rendre à la source en 1989, c’est-à-dire en Afrique du Sud pour tourner son long-métrage avec des locaux pour incarner la population de Soweto. Elle donne ainsi vie au roman Une saison blanche et sèche d’André Brink.

Pour y arriver, elle use de ruse, réalisant le tout incognito. Cette fois encore, elle ne fait jamais les choses à moitié. Elle réussit à la fois à motiver Marlon Brando à reprendre du service alors qu’il avait raccroché depuis neuf ans, et, en bonne pionnière récidiviste,  à devenir la première réalisatrice noire à travailler pour un grand studio hollywoodien à savoir la MGM. Mais elle est surtout la seule personne, homme ou femme, à avoir pu réaliser un film anti-apartheid dans le pays pendant que le système ségrégationniste est encore en place.

Première femme du jury du FESPACO

Avec un tel parcours, pas étonnant qu’on l’ait appelé en 2011 pour devenir membre du jury du FESPACO, le plus grand festival de cinéma africain organisé tous les deux ans à Ouagadougou au Burkina Faso. Ce qui en fait ni plus ni moins que la première femme -pour changer !- à avoir eu cette honneur. (En parlant de femme dans le FESPACO, on rappellera, pour la petite histoire, que Mbissine Thérèse Diop, première actrice noire africaine dans un long-métrage en est l’un des membres  fondateurs. )

L’oeuvre d’Euzhan Palcy continue d’être saluée dans le monde. Le magazine Elle l’a nommé l’une des 18 femmes les plus influentes dans le monde en 2011, on lui a rendu hommage au Festival de Cannes la même année et la British Film Academy la nommait parmi les femmes les plus déterminantes dans le cinéma aux côtés de Sofia Coppola ou encore Agnès Varda en septembre dernier…  De quoi inspirer la nouvelle génération de réalisatrices noires en France et à l’international.

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