INTERVIEW – Strolling : Deux Afrofrançais.e.s racontent leur balade avec la réalisatrice Cecile Emeke

RENCONTRE – Peut-être avez-vous vu ces vidéos mettant en scène des hommes mais surtout des femmes, qui se baladent dans la rue, partagent leurs expériences et problématiques en tant que Noir.e.s dans le pays où ils vivent.  Il s’agit de la série Strolling – Flâner  en français de la réalisatrice britannico-jamaïcaine Cecile Emeke. L’Afro s’est intéressé à ce travail à travers le regard de deux Afrofrançais.e.s qui ont fait partie du projet.

‘I could see parts of myself reflected in people whom I had never seen before’ (« Je pouvais voir des parties de moi transparaître chez des gens que je n’avais jamais vu auparavant »)  Cecile Emeke à propos de sa série documentaire Strolling  dans une interview pour le New York Times en février 2015 .

Cecile Emeke , jeune réalisatrice britannico-jamaïcaine basée à Londres, se définit comme une afro-féministe et une artiste. C’est en 2014 qu’elle se tourne vers l’image. Elle lance une websérie fiction Ackee & Saltfish et documentaire avec Strolling

Dans ce projet, elle interroge des afrodescendants-surtout des femmes- du monde entier sur leur quotidien. Au programme, une balade sur fond de coups de gueule sociétale et politique un rien hype. Passée par les Pays-Bas, l’Italie et dernièrement les Etats-Unis, elle est venue faire un tour du côté de l’hexagone l’an dernier. L’Afro est allé à la rencontre de Kévi Donat et Fanta Sylla, deux Afrofrançais.e.s ayant partagé leur point de vue devant la caméra de Cecile Emeke.

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Kévi : « Si tu ne t’intéresses pas à l’afroféminisme, tu ne verras pas le travail de Cecile Emeke. »

Kévi, 31 ans, guide touristique à l’origine du Paris Noir, narre à ses visiteurs l’histoire des artistes afro-américains et intellectuels noirs dans le quartier latin et invite à (re)découvrir la populaire Goutte d’Or situé dans le 18ème arrondissement de Paris. Seul homme interrogé en France, il nous livre ses impressions suite à sa rencontre avec la réalisatrice britannique.

Comment as-tu rencontré Cecile Emeke ?

Elle m’a envoyé un mail dans lequel elle s’est présentée et a entendu parler de ce que je faisais par le fondateur du site Afropean, Johnny Pitts, qui a été interviewé pour Strolling. Elle m’a présenté le concept en me disant qu’elle filmait des gens de la diaspora durant une marche. Elle m’a donné le lien et j’ai répondu oui tout de suite.

Connaissais-tu le travail de Cecile Emeke avant de la rencontrer ?

Non mais quand elle m’a contacté et que j’ai été voir ce qu’elle faisait,  j’ai trouvé ça cool.

Quand a eu lieu le tournage ?

On a filmé le 31 décembre 2014 au jardin du Luxembourg. Elle voulait suivre une visite du Paris Noir mais n’a pas eu le temps. On a donc décidé de faire un épisode.

 Comment s’est passé le tournage ?

Elle n’était pas seule mais accompagné d’un homme qui est, je pense, un ami et un assistant.  Avant de filmer, j’ai d’abord parlé pendant une dizaine de minutes de tout plein de choses, c’est venu assez naturellement. Puis, ils m’ont tous les deux poser des questions tous les deux.Certains sujets que j’ai évoqué les ont intéressé plus que d’autres, surtout qu’il y en avait que d’autres personnes interrogées avaient déjà développé et Cecile ne voulait pas que ça se répète. Elle a retenu, par exemple, ce que j’ai dit sur les violences policières car elle souhaitait savoir si ça existait en France. On a discuté pendant deux heures en tout.

As-tu rencontré d’autres personnes ayant participé au projet ?

Oui, Fanta et Gaëlle qui figure en duo avec Christelle dans le premier épisode que j’ai invité à une visite du Paris Noir. On a rapidement échangé sur les retours qu’on a eu. Gaëlle et Christelle sont celles qui ont eu le plus de vues. Dans leur vidéo, elles disent des choses plus militantes, elles avaient plus de choses à revendiquer que moi, ce qui a peut-être plus parlé aux gens je pense.

Qui regarde cette série à ton avis ?

Si tu ne t’intéresses pas à ces questions-là et à l’afroféminisme ou que personne sur ton Facebook ne partage ces vidéos, si tu n’es pas connecté, tu ne verras pas le travail de Cecile. C’est très féminin, on le voit bien quand Madame Figaro, un média centré sur les femmes justement, publie un article à ce sujet et fait un focus sur Gaëlle et Christelle. Que les personnes qui ne peuvent pas s’exprimer elles-mêmes d’habitude puissent enfin le faire est une bonne chose, je trouve. Si la série avait été réalisée par un homme, on l’aurait peut-être critiqué.

Des retours suite à l’épisode ?

Surtout des retours de gens de mon entourage, amis et connaissances sur les réseaux sociaux, qui trouvaient ça chouette après avoir vu la vidéo que j’ai partagé. Ce sont des gens qui ne sont pas sensibilisés à ces questions-là pour la plupart. Il y a eu un seul commentaire négatif –supprimé depuis, c’est probablement Cecile qui a décidé de le faire-  qui disait que je ne savais pas ce dont je parlais et que je n’insistais pas assez sur les violences policières. A côté de ça, il y a eu des gens qui se retrouvaient dans l’histoire des ultramarins mal dans leur peau et qui ne se reconnaissent pas dans l’histoire de France.


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Fanta : « Je trouve dommage qu’en France ont ait attendu que quelqu’un d’autre fasse ce genre de travail. »
Fanta, 23 ans, se définit comme une banlieusarde. C’est une touche à tout : tour à tour pigiste pour des magazines français et américains, community manager pour Syllart Records, le célèbre label de musiques africaines fondé par son père, et spécialisée en marketing sur le web. Elle rencontrait Cecile Emeke il y a un peu plus d’un an.

Comment as-tu rencontré Cecile Emeke ?

Je collabore sur le podcast « Black girls talking« , une émission avec 4 femmes noires qui parlent de la Culture Pop. J’ai découvert son travail quand Alésia, une des animatrices de l’émission, en a parlé dans son émission et m’a dit que ce serait bien de l’interviewer. Je l’ai donc fait en août 2014 puis elle a dit qu’elle allait lancer Flâner. Elle m’a demandé de participé et j’ai accepté.

Qu’as-tu pensé de son travail ?

J’ai adoré son travail, je n’avais jamais vu ça. C’est très personnel mais on peut s’y identifier. La vie d’un.e Noir.e à Londres n’est pas la même que celle d’un.e Noir.e en France. C’est un vrai projet et personne d’autre que Cecile Emeke n’aurait pu le faire. Ce projet permet de combler un vide car elle a vu qu’il n’y avait pas assez de représentation telles qu’elle la voyait dans la vraie vie, au cinéma ou à la télé.

Comme s’est déroulé le tournage ?

On s’est retrouvé à Gare du Nord. Cecile était accompagné de son partenaire Ab mais c’est elle qui filme et qui a posé toutes les questions. Elle demande au préalable aux gens qu’elle doit interroger de quels sujets ils veulent parler puis elle s’adapte en fonction mais je n’ai rien préparé  avant. Elle m’a demandé de parler du colorisme, du fait que je parle anglais, que je travaille dans un fast-food ; ça a dû durer une heure tout au plus.

As-tu rencontré d’autres personnes qui figurent dans Flâner ?

Oui, j’ai rencontré Christelle, Gaëlle et Kevi et je suis en contact sur Twitter avec Anne-Sophie. Cette expérience nous a permis de nous rencontrer, d’échanger. J’ai rencontré Gaëlle lors d’une visite du Paris Noir. On a prolongé les discussions des vidéos plus qu’échanger sur l’expérience. Et on a plus parlé de la représentation des Noir.e.s dans la littérature. Avec Christelle, les discussions tournaient autour de la beauté, sujet que j’ai évoqué dans la vidéo.

Penses-tu que cette série soit représentative des Noir.e.s en France ?

Elle veut surtout casser l’idée qu’il n’y a pas qu’UNE identité noire. Je ne pense pas qu’elle ait vocation avec 5 vidéos à représenter les Noir.e.s de France. Je ne représente personne, je ne représente que moi, c’est pourquoi je restais générale dans mes propos et parlais d’expériences personnelles.

Je trouve dommage qu’on ait attendu que quelqu’un qui n’est pas français fasse ce genre de travail. En France, on a des documentaires sur les Noir.e.s mais soit ils sont réalisés par des Blancs soit la plupart des intervenants sont des Blancs. Ce que je souhaiterais aujourd’hui, c’est que des Noir.e.s créent ces espaces de discussions et les monopolisent car il n’y en a pas assez à mon goût, sans être taxé de communautarisme. Cecile Emeke crée sans se poser cette question, elle le fait, un point c’est tout.

 

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