INTERVIEW – Rokhaya Diallo : « #Coupablesdetrenoirs est un film sur les Etats-Unis »

ENTRETIEN – L’éditorialiste et militante antiraciste Rokhaya Diallo présente un nouveau documentaire, « De Paris à Ferguson : coupables d’être noirs », à découvrir ce mercredi 23 mars à 20h50 sur France Ô. Elle nous conduit dans les rues de Ferguson où le mouvement #BlackLivesMatter et d’autres associations ont repris le combat de Martin Luther King Jr et Rosa Parks mené à la sauce 3.0.

En 2013, dans « Les marches de la liberté »,  Rokhaya Diallo invitait de jeunes activistes afro-américains à Paris pour rencontrer les marcheurs de 1983 en France. Le documentaire évoquait la marche de Washington de 1963 en plein mouvement des droits civiques aux Etats-Unis où Martin Luther King Jr prononça son légendaire « I have a dream ». Dans « De Paris à Ferguson : coupables d’être noirs », la militante antiraciste fait le chemin inverse et retrouve ses camarades activistes afro-américains sur leur territoire. L’occasion de mettre en parallèle situation française et américaine.

Pour le voir en replay http://pluzz.francetv.fr/videos/investigations_,137015169.html

Dans le documentaire, vous parlez beaucoup des moyens utilisés dans les luttes par les militant.e.s noir.e.s américain.e.s. Quels sont-ils en France ?

En France, les militant.e.s ont pas mal investi les réseaux sociaux. C’est un terrain d’expression nouveau pour cette génération. Internet permet à des organisations d’être plus visibles, il y en a certaines dont on n’aurait peut-être jamais entendu parler. Cet espace permet de sortir du sérail médiatique dans lequel on aime convier les bons clients. Mais ce n’est pas tout, il faut continuer à se rassembler physiquement. Les Y’a Bon Awards par exemple, c’est une forme de rassemblement, bien que l’événement se veut humoristique et utilise les codes des émissions télé, le discours y est politique. Les réseaux sociaux ont permis d’ailleurs de rassembler du monde pour la Marche pour la dignité et contre le racisme du 31 octobre dernier.

En parlant de la Marche du 31 octobre 2015, quel impact a-t-elle eu à votre avis ?

 Je pense que c’est le début d’un mouvement pour les associations qui, contrairement à certaines comme SOS Racisme, sont autonomes du pouvoir. Cela a permis aux participant.e.s de mesurer leur force. La marche a été suivie, il y avait du monde dans les rues aux côtés des familles de victimes et des organisateur.ice.s : c’était du concret. Il y a eu une vraie mobilisation et des discours puissants ; c’est rare de voir ça avec des organisations proches du pouvoir.

Dans l’introduction de votre film, vous expliquez que la presse française parle volontiers des violences policières dont sont victimes les Noirs aux Etats-Unis et est plus frileuse pour parler de celles qui existent en France. Pourtant, vous vous concentrez surtout sur le cas américain …

Je fais un film sur les Etats-Unis. J’ai des liens avec ce pays et j’ai eu envie de comprendre ce qu’il se passe en ce moment là-bas. Comme le dit Rahiel dans le film, il faut avoir une compréhension globale. Je parle donc d’une question globale. D’ailleurs, dans le titre, je dis « coupables d’être noirs » mais je cite des noms de victimes de violences policières peu connues en France et qui ne sont pas toutes noires, à l’instar d’Ali Ziri.

Le but de ce documentaire est de créer des ponts. Je suis allée à Ferguson et à ma connaissance, il n’y avait pas de médias français là-bas. Certains des intervenants sont des personnes que j’vais invité à Paris,  et qui ont pu rencontrer des associations militants en France, Rahiel a rencontré  Ferguson in Paris par exemple. Rahiel dit à un moment dans le film qu’il faut connaître les Mike Brown français. Il est important de communiquer, notamment sur les moyens mis en oeuvre pour lutter. En France, on va plus sur le terrain juridique ce qui n’est pas la stratégie des américains.  Chaque pays a ses spécificités, il ne faut pas se leurrer mais on peut échanger. Pleins de rencontres se sont faites sur le terrain.

La religion revient beaucoup tout au long du film. Comment avez-vous ressenti le rapport entre la foi et le combat mené par les militants ?

La religion occupe une place très importante aux Etats-Unis. On entend parler de Jésus toute la journée, ce qui interpelle quand on vient de France ! Cela dit, les églises noires, qui étaient incontournables au sein de la communauté noire pendant le mouvement des droits civiques, ont perdu leur force de l’époque. L’une des principales raisons, c’est qu’elle peine à intégrer la communauté LGBT qui se sentent exclues. Mais comme on le voit dans le film, certaines églises se remettent en question et deviennent de plus en plus inclusives.

Pour en revenir à la France, au bout de 10 ans d’activisme en France, quel bilan ?

Maintenant il y a des collectifs comme la voix des Rrom, le Cran, le CCIF, Stop au contrôle au faciès, qui sont minoritaires, pas  forcément soutenues par le gouvernement et ont recharpenté les luttes antiracistes. C’est assez nouveau. Il est vrai que le MRAP ou la LICRA mènent des actions judiciaires mais certains des combats qu’ils oublient sont menés par d’autres.  Le gouvernement, notamment Manuel Valls et Philippe Raviol, s’opposent aux organisations qu’ils disent communautaires. c’est une question de rapport de force. Dans les institutions, on a le défenseur des droits qui nous soutient et va du côté des victimes.

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