POLITIQUE – Donald Trump, un (ancien) proche du milieu hip-hop

ANALYSE – C’est officiel, le républicain Donald Trump, businessman milliardaire, ancienne star de téléréalité,  que l’on connait également pour ses propos xénophobes et sexistes et pour avoir été accusé d’agressions sexuelles par une dizaine de femmes, est devenu ce mercredi 9 novembre le 45ème -et le plus vieux -président des États-Unis d’Amérique. Le journaliste Essimi Mevegue propose de se pencher sur un aspect peut-être moins connu du personnage : celui de son lien aux rappeurs et de la fascination qu’il a pu susciter chez eux.

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« Pendant près de 30 ans, tu as été un ami incroyable ; à soutenir mes livres, à venir à mes spectacles, à me faire monter à bord des tes avions, tes hélicoptères et même à permettre aux membres de ma famille et moi-même de séjourner dans ta maison en Floride plusieurs fois. Donc, ça me fait un peu mal de savoir que mes déclarations publiques au sujet de ta candidature ont tendu ou ruiné notre amitié. Mais, le fait est que ce qui est en jeu est plus grand que nous. » Cette déclaration est extraite d’une lettre ouverte intitulée « Mon vieil ami Donald Trump, arrête les conneries » et écrite par Russell Simmons, parrain de la culture hip-hop, producteur et co-fondateur du plus grand label de l’histoire du rap, Def Jam Recordings. Publiée sur le site internet de Simmons GlobalGrind, elle donne une idée de la proximité de Trump avec la culture hip-hop qui remonte à 1989 quand il fait une apparition dans le clip « On Our Own » (coucou à 1:02 !) de Bobby Brown, chanteur de new jack et ex-mari de feu la chanteuse Whitney Houston.

À cette époque, le magnat de l’immobilier suscitait une vraie fascination chez les rappeurs en raison de sa fortune et de sa réussite en tant qu’homme d’affaires . Et pourtant, son discours ultra-conservateur était le même qu’aujourd’hui. Il était déjà engagé politiquement dans le parti républicain et songeait aussi à se présenter aux primaires républicaines de 1988. Le journaliste et écrivain Ta-Nehisi Coates auteur du livre Une Colère Noire a rappelé sur Médiapart qu’en 1989, cinq jeunes noirs avaient été accusés de viol d’une jeune femme blanche qui faisait son jogging dans Central Park et que Donald Trump avait demandé la peine de mort pour ces garçons, finalement innocentés 14 ans après les faits. Mais cela n’aura eu aucun effet dans le milieu du rap où Trump aura eu une vraie influence durant près de 20 ans. Des artistes tels que Lil Wayne, Kanye West, T.I, Gucci Mane, Mac Miller, Nelly, Young Jeezy, Ludacris et beaucoup d’autres ont mentionné Trump dans leurs chansons comme un symbole de richesse. Le rappeur Method Man l’invitera même sur son album Tical 2000 : Judgement Day  pour une dédicace.  « Avant l’idée d’un Trump populaire dans les médias modernes et sa course à la présidence des États-Unis, j’avais déjà senti qu’il avait gagné quelque chose qu’il ne méritait pas. C’était l’état d’esprit d’un grand nombre de jeunes rappeurs qui étaient comme, vous savez, les gens pauvres d’un côté, les gens riches de l’autre, je suis avec du côté des gens riches, je suis le Donald Trump. » constatait le poète et rappeur Saul Williams dans l’émission de TV Larry King Now de Larry King au sujet de la candidature de Trump.

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(Source : thegatewaypundit.com)

Le rappeur qui symbolise la proximité entre le milieu du rap et Donald Trump est Diddy. Durant les années 90 avec son label Bad Boy Records, il a amené le rap dans les clubs branchés et dans la jet-set en véhiculant une image du « ghetto fabulous » et de la « glamorous life. » Ses soirées étaient très prisées par le gratin du showbiz, où l’on pouvait croiser l’ex-femme de Donald Trump, Ivana. Une complicité va se développer au fil des années entre le rappeur et l’homme d’affaires. »Donald Trump est un ami à moi.J’ai toujours aimé le style de Donald. J’ai une cravate qu’il m’a offert, et je la porte, a déclaré le rappeur, producteur et homme d’affaires au New York Post avant d’ajouter « pour ce qui est de voter pour lui, c’est encore à voir. » Le candidat à l’élection présidentielle américaine s’est mis, en effet, à dos le milieu du rap en raison de ses attaques racistes envers Obama, les musulmans, les minorités et son refus de prendre ses distances avec l’ancien dirigeant du Ku Klux Klan, David Duke, qui lui avait officiellement apporté son soutien.

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(Source : deadstate.org)

« Ce qui se passe avec Trump n’est pas une surprise », affirme Ta-Nehisi Coates sur Médiapart. « À la limite c’était même prévisible. C’est la conséquence directe de l’élection d’un président noir. » analyse-t-il. « Une grande partie de l’Amérique blanche n’a toujours pas supporté de voir un Noir à la maison blanche pendant 8 ans et Donald Trump l’a très bien compris en faisant une campagne populiste et raciste. » L’ex-ami du milliardaire Russell Simmons affirmait  de son côté en décembre 2015, avant que Donald Trump ne devienne le candidat républicain à la présidence, que « ce qu’a fait Donald Trump, c’est qu’il a permis aux américains de dire des choses qui se sont envenimées au plus profond de leur cœur. (…)  Des choses que vous ne pourriez jamais dire, Trump les a pensé et dites. Des choses qui sont si haineuses. » Et le nabab du rap de conclure : « je pense que ce qu’il dit est dangereux pour les États-Unis parce que ces propos anéantissent les valeurs qui ont fait de ce pays ce qu’il est. »

(Source photo : vulture.com)

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