#Fraicheswomen2017 n°5 : Penda Diouf, auteure et co-fondatrice de Jeunes textes en liberté

« Je souhaite que les plateaux de théâtre ressemblent à la France telle qu’elle est actuellement, avec tous types de physique, d’âge, d’origines ethniques et d’autres rôles que ceux habituellement proposés. »
THEÂTRE – Penda Diouf milite pour plus de diversité dans les textes et sur les planches.  C’est d’ailleurs ce qu’elle fait avec Jeunes Textes en liberté dont elle est co-fondatrice. Elle compte aussi bien donner la parole à des aut.eur.ice.s racisé.e.s avec la revue littéraire hEXagones dont elle est l’une des initiatrices. On pourra y retrouver les écrits du rappeur Rocé, du chanteur Blick Bassy ou encore de la metteure en scène Eva Doumbia. Une campagne de crowdfunding, qui s’achève dans 6 jours, a été lancée. Pour faire un geste, c’est par ici. Pour en savoir plus sur l’autrice Penda Diouf, poursuivez votre lecture ;).
Comment définissez vous votre travail?
Je travaille sur la question de la représentation. Pour Jeunes textes en liberté, le festival itinérant de lectures de textes de théâtre contemporain centré sur la question de la « diversité » que je co-organise, cela se joue sur deux niveaux.
Sur le plateau, les comédiens peuvent être noir.e.s, arabes ou asiatiques, iels peuvent jouer n’importe quel rôle. Il ne s’agit pas de les cantonner, comme cela se fait habituellement dans le théâtre français à des personnages stéréotypés de dealer, sans papier, migrant, femme de ménage, femme de migrant, personne en difficulté à aider. Non. Cela ne correspond pas du tout ni à ma réalité de femme noire de France, ni à mon quotidien ou à celui de mes proches. Alors pourquoi est-ce que ces rôles seuls sont valorisés au théâtre pour les racisé.e.s ?
Je souhaite que les plateaux de théâtre ressemblent à la France telle qu’elle est actuellement, avec tous types de physique, d’âge, d’origines ethniques et d’autres rôles que ceux habituellement proposés.
La question de la narration est importante également dans le festival. Achille Mbembe dit : « Le fait est que les vaincus sont obligés, pour survivre, de connaître non seulement leur propre histoire mais aussi celle de leurs dominants. Les dominants, eux, non ». Et de fait, nos histoires d’anciens peuples colonisés -et pas forcément vaincus-, sont invisibilisées ou racontées selon le même modèle paternaliste et condescendant, du type « L’homme africain n’est pas assez rentré dans l’histoire » . C’est à nous de démontrer que notre histoire est riche et doit être étudiée par tous.
En tant qu’autrice, je fais mienne la citation de Chinua Achebe : « Tant que les lions n’auront pas leurs historiens, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur. » Je suis plutôt du côté du lion. Mon écriture tourne autour du patriarcat, des questions d’identité, de la folie, de l’oppression mais aussi de la magie. Je suis très mystique. 
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Crédits photo : Noellal
Sur quoi travaillez vous en ce moment?
Je travaille avec Anthony Thibault, mon binôme sur Jeunes textes en liberté, sur la saison #3 qui a pour thème « Espoirs ». Nous sommes en résidence à Mains d’Oeuvres à Saint Ouen et continuons les lectures des textes dans différents lieux partenaires comme la MC93, le théâtre de la Loge et d’autres lieux hors les murs comme la bibliothèque d’Issy -lès-Moulineaux ou le restaurant « Chez Betty ».  La prochaine en Ile-de-France, ce sera le 26 novembre dans le cadre du « Relais festival » au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis à 15h. Je lirai en préambule mon texte Pistes.
Et ensuite c’est une lecture de Jeunes textes en liberté: Tabaski de Marine Bachelot Nguyen mise en lecture par Laëtitia Guédon.
Je prépare une version longue de mon dernier texte, en partie autobiographique Pistes qui évoque mon vécu de femme noire en France, la découverte de la Namibie, ancienne colonie allemande où s’est déroulé le premier génocide (complètement oublié) du XXe siècle. Je vais le jouer en Guinée, dans le cadre du festival « L’univers des mots »  en novembre prochain.
Je voudrais aussi écrire un texte sur la solitude de la femme noire. J’ai déjà quelques poèmes sur le thème, je ne sais pas quelle forme cela va prendre au final.
Je travaille également sur une revue littéraire à paraître début 2018 où tous les auteurs de la revue sont racisés.
Quelle est votre principale source d’inspiration?
Je ne parle bien que de ce que je connais. Alors je pars de moi, de mes sensations, de mon corps, de mes expériences intersectionnelles. Pour élargir à mon entourage, des femmes racisées, des amis, des gens que j’ai la chance de côtoyer, de leur vécu. Pour élargir davantage et essayer d’embrasser un maximum de personnes. J’aime quand la petite histoire rencontre la grande et que personne n’est laissé sur le bas-côté. 
Et il y a un personnage qui me parle beaucoup depuis quelques années, c’est celui de la Reine Pokou, qui est à l’origine du peuple Baoulé en Côte d’Ivoire. Elle a permis, par le sacrifice de son unique fils, de sauver son peuple qui fuyait le Ghana. Chez les Baoulé -l’ethnie de ma mère-, la société est matriarcale.  Je crois qu’il y a un peu de Pokou, de sa force dans mes dernières pièces.
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