PORTRAIT – La nuit… de DJ Miss Mak

SOIREE – DJ Miss Mak interviendra ce vendredi dès 18H30 à l’occasion d’un débat autour du hip hop au féminin dans le cadre du Festival de la Banlieue à Villeneuve-Saint-Georges (L’Afro team y sera également). Après plus de dix ans à évoluer dans le milieu de la nuit à mixer aux platines, DJ Miss Mak a accepté de partager son expérience en tant que femme afrodescendante dans le milieu.

Dans le civil, qui es-tu, DJ Miss Mak ? 

Je suis Makamoussou Traoré et j’ai 37 ans.

D’où viens-tu en France ? D’où sont tes parents ?

J’ai grandi dans un village du 77, à Oissery, et j’ai vécu plus de 10 ans à Paris avant de déménager, assez récemment en banlieue, dans le 94.
Mes deux parents sont maliens et vivent en France.

Comment as-tu commencé dans la musique ?

Je suis dans la musique depuis plus de 10 ans maintenant… ça passe vite !!!
Ma passion première était la danse hiphop/jazz puis j’ai découvert la culture hip-hop et tout ce qui va avec.
J’ai débuté dans la musique via l’événementiel et le premier festival que j’ai monté à 19 ans lorsque j’étais encore à la fac. J’ai adoré ! C’était un tremplin de jeunes talents hip hop en plein milieu de l’université de Villetaneuse, une révolution à l’époque. J’ai ensuite bifurqué vers le djing, poussée à mixer en soirée par mes ami.e.s. Pendant ma période à la fac, je sortais beaucoup avec mes amies. On enchaînait les soirées toute la semaine, notamment au Slow Club avec les DJs du B.O.S.S. J’adorais voir les DJs arriver avec leurs vinyles, faire leur sélection, mixer, nous faire kiffer, nous faire danser. C’est ça que je voulais faire. J’ai donc demandé à un pote DJ de m’apprendre. A l’époque, c’était tellement rare de voir des femmes derrière les platines !

Tu mixes depuis un moment, mais ce n’est pas ton activité principale. Pourquoi ?

Le milieu de la musique est assez aléatoire. Parfois, je mixe tous les week-ends pendant trois mois puis ça va être une fois par mois.
Je suis mère d’un enfant que j’élève toute seule, je préfère avoir une certaine stabilité.
J’aime également ce que je fais à côté. J’ai un diplôme supérieur de gestion (bac+4) et j’ai également une formation sur l’industrie musicale. Ces deux formations me permettent de travailler sur différents projets très intéressants.
J’ai été chargée de projet et de communication sur des événements tels que les 20 ans de carrière de Jean-Michel Rotin au Bataclan, le Prix Les Voix Urbaines au Casino de Paris, j’ai travaillé avec K-reen, Gage, Brasco…
Aujourd’hui, je prépare un projet professionnel orienté événementiel qui me permettra vraiment d’allier ma passion pour la musique et mes compétences en gestion et marketing.

Quelles musiques garnissent tes mixes principalement ?

Principalement le hip hop et le R’n’b. Mais en ce moment, je suis aussi à fond afrobeat, future beat ou baile funk. Je sais, ce sont des styles musicaux éloignés mais je trouve qu’il y a une nouvelle vague de producteurs vraiment talentueux qui insuffle une nouvelle énergie musicale qui se ressent même en soirée.

Est-il facile de jouer partout ? Dans quel réseau évolues-tu ?

Je joue particulièrement dans le réseau hip hop parisien. On vient souvent à moi. Facile non, car quoiqu’il en soit dans ce milieu on est de plus en plus nombreux. Les organisateurs ont le choix entre une multitude de DJs ! On est parfois en concurrence avec des DJs qui proposent des prix extrêmement bas… -mais ça, c’est un autre sujet…- Donc il faut réussir à se placer. Les gens de ce milieu savent ce que je joue et ceux qui font appel à moi le font car ils ont confiance et aime ce que je propose.
Ça n’a pas été facile au début, étant presque seule face à cette horde d’hommes (rires) mais il faut s’imposer.
J’aimerais beaucoup aller mixer en Afrique et aux Etats-Unis, me confronter à un autre public.

As-tu un œil sur la scène musicale africaine ? Si oui, mixes-tu des morceaux de là-bas ?

Oui, les deux yeux même ! Wizkid, Davido et consorts. J’aime aussi passer des classiques de la musique africaine !
Depuis peu, je m’intéresse à la scène hip-hop africaine, qui est très intéressante.

As-tu des relations avec le pays d’où tu es originaire ?

J’ai de la famille au Mali. J’y suis allée pour la première fois extrêmement tard. Je viens d’une famille nombreuse et mes parents n’avaient pas les moyens de nous envoyer tous là-bas.
Je ne connais pas bien mais je prévois d’y aller mixer et en même temps de faire un petit tour de plusieurs pays d’Afrique.

Penses-tu que le fait d’être noir.e est un frein / un plus dans le milieu dans lequel tu évolues ?

Je ne pense pas que ce soit un frein. Par contre, comme dans tous les secteurs, il ne faut pas se leurrer : sans le savoir, parfois, le « white privilège » est présent…
Il faut donc travailler plus car je suis une femme et que je dois continuellement faire mes preuves mais 10 fois plus encore étant une femme noire.

As-tu déjà eu des expériences désagréables dans ton activité de DJ dûes au fait que tu es une femme ? Une femme noire ?

Plutôt des expériences marrantes en tant que femme.
Je me souviendrai toute ma vie d’une soirée où je mixais sur les Champs.
A l’époque, il n’y avait pas de serato, pas de contrôleur… si tu voulais mixer, il FALLAIT savoir mixer…. et il n’y avait quasiment pas de femmes DJ.
J’arrive dans la boîte avec mon sac de vinyles, je commence à préparer mon set derrière le DJ qui passait avant moi. Ma soeur, venue avec moi, était à quelques pas, sur un fauteuil.
Elle m’a raconté, après la soirée, qu’il y avait une bande de mecs assis à côté d’elle qui disaient des choses du genre : « Qu’est ce qu’elle fait là, elle ? C’est une potiche, une copine du DJ, elle ne va pas mixer quand même ? blablabla blablabla ». Et quand j’ai commencé à mixer, ce sont ces mêmes personnes qui dansaient, sautaient même, sur les fauteuils de la boîte de nuit.
J’ai dû faire mes preuves, puis tout a roulé.

Tu mixes depuis un moment. Comment le monde de la nuit a évolué selon toi ?

Oh oui, il a sacrément évolué. Déjà en tant que DJ, comme je disais, avant si tu ne savais pas mixer, tu ne t’aventurais pas à mixer en soirée !
Aujourd’hui, ça s’est tellement démocratisé, c’est incroyable. Tout le monde mixe. Tu appuies sur une touche, les morceaux se synchronisent. Il faut vivre avec son temps tu me diras. Il y a de bons côtés à l’évolution comme le fait de ne plus devoir se déplacer avec des centaines de vinyles et se casser le dos.
Je trouve que le DJ a perdu de la valeur aux yeux des gens.
Ensuite, les organisateurs de soirées ne sont pas assez créatifs pour moi, on retrouve partout la même proposition, les mêmes DJs, la même population, c’est ennuyeux parfois.

Mixeras-tu quelque chose en particulier pour ta prochaine soirée ?

Je fais beaucoup de freestyle en soirée donc ça sera au feeling. Je peux passer du hip hop, de la dance des années 90, de l’afro, du funk, de l’électro, de la varièt’, tout quoi !

Décris-nous ta nuit idéale.

Quelque chose de très simple où j’allie potes, rigolade et musique.
Par exemple : après avoir couché mon fils, on se prépare et rejoint nos potes au Schwartz pour manger un bon burger, ensuite on se fait un before au Mama Shelter pour y prendre un verre de vin blanc et on finit au Djoon pour une Reunion Party avec les copains DJ Jp et Sly Jonhson. Et je mixe, bien sûr !

Des projets en cours, une prochaine soirée ?

Oui, pas mal de choses se passent pour moi en 2017-2018 !

* un nouveau mix diffusé sur mixcloud au moins une fois par mois.

* je fais également partie des DJs officiels de la nouvelle plateforme de musique panafricaine DEEDO-start up qui a remporté le premier Prix MaMA Invent Crédit Mutuel– où des playlists variés de DJs du monde entier seront proposés chaque mois.

* Courant novembre, j’organise avec l’association que j’ai monté la 3ème édition du FAME DAY (FAME : Femme Ambition Motivation Education).

* Le vendredi 24 novembre, j’organise à l’Etage Club la 2ème édition de la soirée DRÔLES DE DAMES : j’ai réuni toutes mes potes djs pour faire une soirée avec uniquement des femmes derrière les platines, avec notamment Emii, Ayane, Mayah Level et moi-même.

* Je me remets également sur mon site beautefemmenoire.com

Pour suivre la DJ sur ses réseaux, il y a Facebook.
Sur Instagram , Snapchat et Twitter où  elle a le même nom : @djmissmak
Et pour le site pro, c’est par ici.

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