INTERVIEW – David Uzochukwu, le photographe autodidacte qui prouve que le talent n’a pas d’âge

ENTRETIEN – Délicatesse, intensité, nature, couleurs… Voilà la marque de fabrique des œuvres photographiques à couper le souffle de David Uzochukwu. Le photographe a écumé les tutos sur internet pour apprendre à maîtriser son art.  Celui qui fêtera ses 19 ans le mois prochain est surtout connu du grand public pour ses clichés réalisés pour la campagne Nike Women dévoilée en janvier dernier mettant en scène l’artiste FKA Twigs -qui en était l’une des directrices artistiques et a spécialement fait appel à ses services. Il présente quelques-unes de ses photos -dont une exclu- à la foire d’art contemporain Also Known As Africa (AKAA) du 10 au 12 novembre. L’occasion de revenir sur son parcours.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis David Uzochukwu, j’ai 18 ans, je viens d’Autriche, j’ai grandi au Luxembourg et à Bruxelles et je viens de m’installer à Vienne pour mes études. Je fais de la photo depuis que j’ai 12 ou 13 ans et j’ai commencé à travailler comme photographe il y a trois ans. J’ai signé chez une agence parisienne, Iconoclast image.

Vous avez commencé la photo en faisant des autoportraits car vous n’étiez pas à l’aise d’aller vers les autres pour leur demander de poser. On voit maintenant pas mal de femmes et d’hommes sur vos photos. La photographie vous a-t-elle rendu moins timide ?

Je pense que oui. C’était aussi en grande partie dû au fait que je déteste faire quelque chose que je juge mauvais, commettre des erreurs et je savais que si je commençais par travailler avec d’autres personnes, j’avais de fortes chances de faire de très mauvais portraits. Donc je voulais avoir cet espace d’expérimentation, cette liberté et ce temps dont j’avais besoin et c’est là que j’ai commencé à faire des autoportraits. Puis avec le temps, quand j’ai pris plus confiance et amélioré mon savoir-faire en matière de photographie, j’ai commencé à inclure d’autres personnes dans mon travail. Je suis convaincu que ça m’a aidé à avoir plus confiance en moi au niveau personnel également et à aller plus facilement vers les autres. Je pense qu’il fallait que je me trouve d’abord.

David Uzochukwu Immortal
« Immortal » © David Uzochukwu / Galerie Number 8

Vous êtes timide mais vous posez souvent nu. Ce n’est pas trop difficile ?

C’est plus facile mais ce n’est jamais facile de prendre une photo dans un premier temps puis de la montrer. Mais en même temps, j’ai un grand sens de l’esthétique, je sais précisément ce que je veux que mes photos reflètent. Comme je ne peux pas souvent prendre de photos dans un environnement conçu par l’homme car je déteste que d’autres personnes façonnent mon image en quelque sorte, la plupart du temps, je me prends en photo sans vêtements. Quand j’avais 13 ans, je n’avais pas accès à de beaux vêtements et comme je n’avais pas de beaux vêtements, j’ai décidé de tout simplement prendre des photos sans vêtements.

Vous êtes pragmatique !

Oui, très! (rires) Je déteste les compromis en ce qui concerne mon travail personnel. Je pense qu’il est important de faire entendre sa voix et que le résultat soit satisfaisant pour soi.

Dans la plupart de vos photos, la nature est très présente. Pourquoi ce choix ? Où trouvez-vous votre inspiration ?

J’adore la nature dans la vie de tous les jours. Quand je vois un beau ciel ou un lever de soleil, je suis très ému. J’aime comment la nature nous fait nous sentir et comment notre paysage émotionnel peut ressembler au paysage qui nous entoure d’une certaine manière. J’aime également l’aspect préservé, il y a tellement d’espaces où aller. D’un point de vue purement visuel, il y a des motifs intéressants et de belles couleurs et rien n’a l’air forcé, c’est simplement naturel, organique et c’est juste là. Je trouve cela fascinant.

Pour ce qui est de l’inspiration, c’est assez difficile à expliquer. Plus je pense à un sujet, plus l’idée se précise. C’est plutôt le subconscient qui est à l’œuvre. Finalement, je ne sais pas. Je peux me balader dans la nature, penser à des sujets un peu controversés, me mettre dans un certain état d’esprit en écoutant de la musique, c’est très important pour moi. Après tout cela, les idées émergent du subconscient.

David Uzochukwu Wildfire
« Wildfire » © David Uzochukwu / Galerie Number 8

Votre mère est Autrichienne et votre père est Nigérian. Quel lien entretenez-vous avec ces pays ?

J’ai vécu en Autriche jusqu’à mes six ans et je m’y sens toujours chez moi. Nous avons déménagé plusieurs fois avec ma famille. C’est comme s’il y avait des petits bouts de chez soi partout et qu’en même temps, on n’était pas vraiment à la maison. Le Nigéria, je n’y ai jamais vécu -j’ai passé toute ma vie en Europe. J’ai rendu visite à de la famille à plusieurs reprises là-bas. J’ai adoré ! c’était fantastique, les gens étaient très ouverts, tolérants. Mais en même temps, j’ai le sentiment qu’il y a des points de vue fondamentalement différents. Le Nigéria est beaucoup plus conservateur comparé à pas mal de pays européens. Il y avait donc ce dilemme. Mais je me sens proche de ce pays, où se trouvent mes racines.

Qu’est-ce que cela vous fait d’exposer à un événement qui s’intitule ‘Also Known As Africa’ ?

Je suis très content ! Je trouve que c’était une belle opportunité. J’aime être entouré d’art africain et que mon travail soit placé dans ce contexte en tant que celui de quelqu’un issu d’une minorité, de la diaspora. Je suis très heureux et fier de participer à cet événement.

Vous disiez dans une interview pour le magazine Photo dans le numéro mars-avril de cette année, que vous aviez vécu le racisme partout et sous différentes formes. Utilisez-vous ces expériences dans votre travail ?

Il y a plusieurs choses à dire. Je n’ai pas consacré une série d’autoportraits sur la façon dont le racisme m’a forgé. Mais je pense aussi que, bien que la plupart de mes œuvres plus anciennes ne traitent pas forcément du racisme, cela m’a bel et bien forgé. Je pense qu’on retrouve cela dans d’autres choses que je fais car ça a fortement contribué à faire de moi la personne que je suis.

David Uzochukwu May be it is
« May be it is » © David Uzochukwu / Galerie Number 8

Avez-vous été victime de racisme en tant que photographe ?

Pas que je sache. Récemment, on a vu pas mal de Noir.e.s réaffirmer leur place dans la société et je pense que c’est presque un avantage pour moi de faire partie de cette communauté car je n’aurais pas pu exposer à l’AKAA autrement. C’est tout de même une question difficile.

J’ai peut-être été victime de discrimination mais au final, je m’en sors bien. Si je devais mettre dans une balance le négatif d’un côté et le positif de l’autre, elle pencherait du côté positif.

En novembre 2016, vous avez travaillé sur une campagne contre la dépigmentation de la peau avec l’association Esprit d’Ebene via l’agence Iconoclast. Comment cela s’est passé ? C’est l’association qui vous a contacté ?

Oui, l’association m’a contacté et j’étais très content de prendre part à ce projet. Je trouvais cela important de parler de ce sujet.

Il n’y a pas de photos du projet sur internet. Elles ne sont pas encore sorties ?

Je ne sais pas et je suis d’ailleurs surpris que vous parliez de cette campagne. Peut-être qu’ils changent certaines choses dans le projet, ce n’est pas toujours facile.

[MISE A JOUR : la campagne « Stop dépigmentation » a été dévoilée le 21 décembre. Elle est à découvrir ici.]

Comment faites-vous pour trouver un équilibre entre votre travail purement artistique et personnel et vos contrats commerciaux -comme quand vous travaillez sur la campagne Nike avec FKA Twigs ?

Les deux contextes sont très différents. Quand je travaille sur mes projets personnels, je travaille parfois seul alors que quand je me consacre à un contrat commercial, il peut y avoir entre 7 et 18 personnes. Dans le cas de Nike, il y avait plusieurs direct.eur.ice.s artistiques, FKA Twigs en était une aussi. Parfois, vous avez de la chance et les personnes avec qui vous travaillez comprennent et sont prêtes à ne pas compromettre votre vision et c’est absolument génial car vous pouvez contrôler la création. Dans d’autres cas, c’est le résultat d’un travail d’équipe et de belles choses en sortent.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? Que pourra-t-on découvrir bientôt ?

Je vais me lancer dans la réalisation d’un premier film qui devrait sortir début 2018. A part ça, je suis toujours très content de continuer à expérimenter de nouvelles choses et faire de mon mieux pour faire du bon travail.

Pour voir plus d’oeuvres de David Uzochukwu, rendez-vous sur le site Galerie Number 8 et Iconoclast image.

Vous pouvez aussi retrouver le photographe sur Instagram , Facebook et Twitter

(Crédits photo à la une: « Rising » David Uzochukwu / Galerie Number 8)

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