INTERVIEW – Adjani Salmon, créateur de « Dreaming Whilst Black » : « la spécificité fait l’universalité »

ENTRETIEN – Réalisateur jamaïcain âgé de 29 ans basé à Londres depuis cinq ans, Adjani Salmon dépeint avec sa websérie Dreaming Whilst Black le parcours de Kwabena Robinson, un jeune jamaïcain londonien qui tente de se faire sa place dans l’industrie du cinéma. Le soutien ou pas des proches, la procrastination, la page blanche, le difficile équilibre entre objectifs professionnels et vie personnelle, les problèmes financiers … Les grandes lignes de vie d’un.e créatif.ve y sont. Mais aussi le racisme et les discriminations dont on fait l’objet dans le milieu professionnel notamment quand on est issu.e d’une « minorité ». Adjani Salmon a répondu aux questions de L’Afro.

Vous avez réalisé votre première websérie, Blip online series, avec votre cousin quand vous viviez encore en Jamaïque. Que retenez-vous de cette expérience ?

C’était en 2011 et elle est encore en ligne mais elle est horrible ! (rires) il faut bien avoir en être que c’était la première fois que je réalisais du contenu. C’était bien par rapport à où j’en étais à l’époque. Je laisse mon travail sur internet pour que l’on voit mon évolution. Car beaucoup d’artistes n’assument pas ce qui a contribué à leur processus d’apprentissage et retirent leurs anciennes oeuvres pour laisser en ligne un premier film où on se dit « waouh ! c’est incroyable! » Mais j’ai évolué en tant qu’artiste. Je trouve que Blip était un concept marrant : on avait une idée le matin, on filmait le jour et on mettait l’épisode en ligne la nuit. C’est très différent de Dreaming Whilst Black. On retrouve le côté humoristique. On peut aussi déjà percevoir mon univers même si je ne maîtrisais pas encore la réalisation.

A l’âge de 14 ans, ma mère m’a offert une petite caméra avec laquelle on pouvait lire les vidéos à l’envers. On l’utilisait avec cette option avec mon cousin pour faire des films de karaté. La vie est ensuite devenue sérieuse et j’ai décidé de m’orienter professionnellement dans l’architecture que j’ai étudié en Angleterre. J’ai été diplômé à 21 ans. Quand mon cousin a fini ses études, il s’est acheté une caméra. Il était photographe et c’est là que j’ai compris qu’il était possible d’être artiste.

Comment vous est venue l’idée de la série Dreaming Whilst Black ?
Elle est le résultat d’une frustration. J’ai été diplômé d’une école de cinéma en février 2013. J’ai ensuite réalisé un court métrage, His Father’s son qui a été en compétition au sein de festivals à l’international qui permettent une nomination possible aux Oscar. Je pensais que ça suffirait. Mais ça ne change rien, ça ne rapporte pas d’argent. A l’époque, je regardais la websérie Awkward Black Girl d’Issa Rae. Un an plus tard, j’ai trouvé du travail dans la section artistique d’une grande entreprise dans l’industrie cinématographique. Puis, Cecile Emeke est arrivée sur Youtube avec sa websérie et Ackee & Saltfish. de Cecile Emeke. Je voyais ces personnes qui explosaient sur internet, qui parlaient directement à leur public et que les décideurs allaient chercher après les avoir repérées. J’ai donc décidé de tenter ma chance. Dès le début, je savais que je voulais faire une websérie. L’idée de DWB est en partie inspirée de Insecure, d’Atlanta et de Master of None, la série créée par Aziz Ansari, acteur Indien vivant à New-York sur un acteur indien vivant à New-York. Je ne pouvais pas tourner autre part qu’à Londres comme je n’avais pas d’argent, il fallait donc que mon personnage soit aussi à Londres. La stratégie était d’être le plus économe possible. Si Spielberg et vous deviez chacun.e faire un film dans votre maison, vous pourriez techniquement faire le même film. La différence sera le savoir-faire et bien sûr, les moyens puisque Spielberg a bien plus l’argent ! Une idée simple bien réalisée, c’est ce sur quoi on est parti. En termes financiers, je ne m’attendais pas à ce que ça coûte autant !

La plupart des séries britanniques avec un casting majoritairement noir parle surtout des noir.es mais ne met jamais en lumière les Blanc.hes et la question raciale de façon générale et ça change très lentement. Pour l’instant, il n’y a aucune série qui parle directement de racisme sans prendre de gants. Le plus souvent, quand ça arrive, il s’agit d’une série avec un « token », un personnage noir qui évolue seul dans un monde blanc. A Londres. Ce n’est pas réaliste! Traiter de racistes des personnes qui financent votre contenu, ça ne peut pas marcher ! Je suis indépendant et en tant que tel, je me suis dit que si je devais choisir un message à délivrer au monde, ce serait celui-là et que je le ferai avec autant de force que possible. C’est à prendre ou à laisser. Je me suis aussi dit qu’il y avait assez de noir.es en Angleterre, en Jamaïque et aux Etats-Unis qui pourraient au moins aimer la série. Mais il y a des gens qui disent que l’on a fait du racisme inversé.

On vous a dit ça ?

Pas directement mais une personne m’a fait remarquer une fois qu’il n’y avait aucun personnage blanc positif dans la série. Je lui ai répondu que c’était la vie ! (rires)

L’histoire est centrée sur l’expérience de Kwabena Robinson, un jeune réalisateur d’origine jamaïcaine et basée à Londres, comme vous. Mais la série aborde aussi la façon dont la société britannique traite les noir.es et les autres non-blanch.es. C’est le thème principal de l’épisode 2 « The Great British race off ». Pourriez-vous nous en dire plus ?

J’ai développé la série avec 4QuarterFilms (la société de production qu’il a co-fondé avec trois ex-camarades d’école de cinéma ndlr) et l’ai écrite avec mon ami Ali Hughes avec qui j’ai étudié dans la même école. Je voulais faire un épisode qui serait une métaphore de la recherche de travail car c’est ce qu’on passe le plus clair de notre temps à faire dans le monde du cinéma. On a réfléchi à la meilleure façon de mettre ça en scène. Ali a dit qu’il voulait le faire sous la forme d’une course. Là, on s’est tou.tes dit « c’est génial, faisons-le ! » Après, ça s’est compliqué. Au départ, on avait huit personnages mais le budget étant restreint, on en a gardé quatre. On a du se baser sur des statistiques prenant en compte la sexe et la race des réalisateur.ices qui ont réalisé un film en Angleterre de 1911 à nos jours; on ne pouvait pas affirmer des choses sans savoir de quoi on parlait précisément. Résultat : 94% des longs-métrages sont réalisés par des hommes blancs, 4% par des femmes blanches, 0,9% par des hommes noirs et asiatiques, 5 hommes noirs ont réalisé un long métrage et une femme indienne qui est Gurinder Chadha (Joue la pour Beckham, Coup de foudre à Bollywood). En sachant que les minorités représentent 11% de la population du pays et 40% de celle de Londres. Mais les minorités ne représentent que 8% de l’industrie à Londres. D’ailleurs, à chaque fois que je travaillais sur un tournage, j’étais le seul Noir.

Un autre sujet abordé dans DWB est la difficulté à gérer à la fois sa vie personnelle et sa carrière professionnelle. Est-ce quelque chose que vous avez vécu ?

Oui ! C’est en partie basée sur des faits personnels et Ali, qui a écrit avec moi chaque épisode, l’a vécu également. Mais ce qui nous importait surtout, c’était de raconter la relation de couple entre un créatif et une non-créative, la déconnexion qui s’opère entre les deux. C’était compliqué car on voulait que le personnage principal, Kwabena, soit un personnage noir non stéréotypé mais on devait lui trouver des défauts et on voulait éviter certains clichés du type dealer, pauvre, abusif … Finalement, Kwabena est un homme passif, qui a du mal à gérer son temps. Au fond, c’est un bon gars qui prend de mauvaises décisions.

Le casting de Dreaming Whilst Black (de gauche à droite Dani Moseley (Amy Akinsanya), Anyebe Godwin (Toby Oyasodun), Adjana Salmon (Kwabena Robinson), Tomisin Adepeju (Maurice Henry) et Vanessa Clarke (Vanessa Vanderpuye)

Comment avez-vous choisi vos acteur.ices ?

Les personnages principaux devaient être de vrai.es comédien.nes professionnel.les que ce soit pour le rôle de Vanessa, d’Amy, de l’oncle … sauf moi qui joue le rôle principal car nous n’avions pas le budget pour engager quelqu’un.
Presque tous les figurants sont des proches. Par exemple, la femme qui joue ma mère est la mère d’un ami. La dizaine de figurants de l’épisode 8, qui a été tourné en une prise, a accepté de participer gratuitement. On les a appelé et on leur a demandé s’ils étaient d’accord. Ils se sont vraiment donné et les acteur.ices ont même réduit leur salaire parce qu’iels croient au projet. Pareil pour mon amI qui nous aide avec les t-shirts et pulls portant le nom de la websérie ; je lui ai expliqué que je ne pouvais pas le payer, il m’a dit qu’il n’y avait pas de souci, qu’il me suffisait de le mentionner comme producteur, qu’il pense que la série va marcher.

Votre famille vous a-t-elle soutenu quand vous avez décidé de vous lancer dans une carrière de réalisateur ?

Pas du tout. L’épisode 4 « Family Dinners » est inspirée de ma famille. Il n’y a que ma mère qui me soutient dans l’ombre, en me prêtant mais elle se demande si j’ai pris la bonne décision. Elle ne m’a tout de même jamais dit d’arrêter. Son plus grand souci, c’est que je sois indépendant et que j’ai une situation stable. Elle sait bien que le milieu que dans lequel j’ai choisi de travailler ne permet pas de stabilité.

Vous avez expliqué dans une interview publiée en mars dernier sur le site Jamaica Gleaner que pour financer le projet, vous avez utilisé vos fonds propres puis utiliser l’argent de l’hypothèque de votre mère.

En poste dans cette grande entreprise de cinéma, j’ai pu facilement économiser de l’argent, je ne payais pas de loyer, je mangeais sur les plateaux de tournage … Pour les deux premiers épisodes de DWB, j’ai utilisé cet argent. Il a vite été dépensé ! Avec l’équipe, on s’est demandé comment on allait faire. On s’est dit qu’il fallait continuer puisqu’on était lancé. Ma mère économisait pour acheter une maison. Je lui ai demandé si elle pouvait m’en prêter à plusieurs reprises. Il me semble que les deux premières fois, je lui ai remboursé assez rapidement. Elle m’a demandé si je pensais que le projet marcherait. Je lui ai expliqué que le projet marcherait, que rien de tel n’avait encore été en Grande Bretagne et que je lui rendrai son argent avec intérêt. J’ai toujours cru en ce projet. Ma mère m’a aussi demandé combien de réalisateur.ices noir.es s’en sortaient. Je lui ai expliqué que 5% de diplômés d’école de cinéma réalisaient un long métrage mais qu’en ce qui concerne les noir.es, le nombre est tellement bas qu’on ne peut pas en faire un pourcentage. Elle m’a ensuite demandé pourquoi je pensais le suivant ? Je lui ai répondu que je ne savais pas mais que je croyais vraiment pouvoir y arriver.

Pouvez-vous nous en dire plus sur 4quarterfilms, la société de production que vous avez co-fondé ?

La majorité de l’équipe est composé d’ancien.nes camarades de l’école de cinéma qui sont réalisateur.ices. Chacun.e tentait de s’en sortir de son côté avant qu’on ne décide de travailler ensemble et de créer notre boîte de production. Quand j’ai voulu faire DWB, j’ai appelé Ali Hughes pour m’aider à écrire car je connais mes compétences et celles que je peux améliorer. L’écriture n’est pas naturelle pour moi alors qu’Ali est bon dans ce domaine. Il a accepté ce qui m’a paru étrange car c’est le mec le plus blanc que je connaisse (rires).

C’est-à-dire ?

Je suis allé le voir à Oxfordshire où il a grandi (situé dans le sud-est de l’Angleterre ndlr), j’étais le seul noir du coin et les enfants me fixaient. Un jour, j’ai trouvé Ali en train de lire Why I’m no longer talking to White people about race
(traduit en français par Le racisme est un problème de Blancs) de Reni Eddo-Lodge et je lui ai demandé pourquoi il lisait ce livre. Ce à quoi il m’a répondu qu’il écrivait une série sur les Noir.es. Il comprend ces choses-là. Il y a aussi Natasha qui est une femme asiatique et qui a tenu à réaliser l’épisode 2 car elle se sentait proche de l’histoire.

L’équipe de 4quarterFilms (de gauche à droite : Adjani Salmon, Laura Leixas, Natasha Jatania et Maximilian Evans)

La websérie DWB est-elle destinée à une audience en particulier ?
Je crois au pouvoir de la niche ; il faut qu’une personne en particulier soit atteinte avant que tout le monde puisse l’être. Je dirais donc que le programme est destiné en premier lieu aux créatif.ves issu.es des minorités, aux minorités en second lieu et enfin aux créatif.ves en général. Je n’ai jamais été en Italie mais j’adore les films de Sorrentino, j’arrive à m’identifier à ce qu’il raconte. La spécificité d’un lieu est ce qui le rend universel car il est question de problématiques auxquelles tout le monde peut être confronté.

Un conseil pour celleux qui souhaiteraient se lancer dans la réalisation ?
N’attendez pas que quelqu’un vous valide, faites vos propres contenus. Ce qui est encore très important pour moi aujourd’hui est de continuer à apprendre, tout le temps. Quand j’étudiais le cinéma,
Chung-hoon Chung, le directeur de la photographie du film Old Boy est venu faire une masterclass durant laquelle il a dit une chose essentielle : « faire du cinéma, c’est parler de la vie. N’étudiez pas le cinéma, étudiez donc la vie ». Il faut étudier la psychologie, lire comprendre ce qu’est le marketing, le story telling …

Une dernière chose : faites avec ce que vous avez, utilisez toutes les ressources dont vous disposez au maximum. Par exemple, si vous n’avez personne pour prendre le son, faites un film muet ! Si vous n’avez qu’une maison de disponible, faites en sorte d’adapter votre film à cette contrainte. C’est ce qu’on a fait avec Dreaming Whilst Black.

Quels sont les projets futurs ?
Avec 4QuarterFilms, on prépare la saison 2 de DWB en format télé. Nous avons déjà rencontré cinq sociétés britanniques mais rien n’a encore été signé.
Nous voulons prouver que nous pouvons faire en sorte que ça marche. Nous avons obtenu 15 nominations officielles et 9 prix à des festivals. On travaille aussi sur d’autres concepts de webséries et sur deux longs métrages ; un dont le tournage est prévu en mai et sera réalisé par Natasha et le deuxième sera réalisé par Laura et sera tourné entre le Portugal et le Brésil avant la fin de 2019. Enfin, on a un projet de court métrage.

Un mot de la fin ?

On aimerait pouvoir prendre plus le temps dans la saison 2 de développer davantage les personnages et continuer à faire du contenu qui apporte un récit différent de ce qu’on voit habituellement dans les médias britanniques concernant les minorités. On souhaite que DWB inspire d’autres personnes à faire de même. Et cette seconde saison prend une toute autre direction que la première …

Publicités

RECAP – 2019, on arrive! et on aimerait …

BILAN – 2018, une année bien riche. Entre polémiques et belles réalisations. On revient dessus et on partage aussi nos voeux pieux pour les prochains 365 jours de l’année à venir.

En mai 2018, nous avons eu la chance d’organiser notre premier festival, Fraîches Women. On commençait 2018 justement en vous l’annonçant. Il a pu être un véritable succès et ce grâce à vous ! Merci encore énormément pour ça !

Ce qu’on ne veut plus voir/entendre/lire

– on pense fort à ces rédactions qui se revendiquaient modernes, auprès desquelles on attendait notamment de la « diversité » et qui nous ont livré des photos de famille assez … monochromes ! Comme ici.

– on déplore l’utilisation de photoshop pour faire croire à de la diversité dans une école d’art française voulant s’implanter aux Etats-Unis ! Posons-nous peut-être la question du pourquoi du comment de la blanchité des écoles, non ? 


– on ne veut plus voir de « niggerfishing » ou cette tendance chez certaines instagrameuses à se faire passer pour des noires à coup d’autobronzant et de contouring, une autre forme de blackface bien expliquée ici 

En 2019, on dit bye bye au niggerfishing ?
Source photo : madame.suavelos.eu

– qu’on arrête de faire figurines ratées à l’effigie de l’acteur britannique Idris Elba pour les vendre presque 1000 euros l’unité

-qu’on n’écorche plus les noms d’origines africaines, à l’instar de ceux de certains joueurs de l’équipe de France de football -qui ont rapporté la coupe mondial en juillet dernier !- comme Ngolo Kanté et de Kylian Mbappé et  -notre confrère Cyril Lemba avait déjà donné des tips de prononciations à ce sujet ici et . On vous promet, ce n’est pas compliqué 😉 !

– qu’on respecte enfin l’artiste Aya Nakamura, critiquée tantôt pour avoir posté une photo d’elle sans maquillage tantôt pour utiliser des mots incompréhensibles pour le commun des mortel.le.s français.es dans ses chansons. On n’oublie pas non plus quand son nom -de scène- a été remixé deux fois lors des NRJ Music Awards en novembre dernier. Dur d’être une femme noire dans l’industrie musicale! On rappelle que son album Nakamura a été récemment certifié disque de diamant

Aya Nakamura dans « Djadja »

-et si on arrêtait avec des noms d’entreprise douteux type « Anti Black » ou des tentatives de réédition de la bande dessinée des aventures de « Bamboula » ? Et les représentants une fois interpellés, qui ne comprennent pas où est le souci … #lagrandefatigue   

-que Rachel Dolezal euh Nkechi Diallo pardon cesse de se faire de l’argent sur une vraie cause, on l’a revu à l’oeuvre suite à la polémique H&M en janvier dernier

-qu’on soit d’accord avec elles ou pas, pas possible de tolérer les insultes racistes auxquelles les personnalités publiques n’échappent pas, que ce soit en France avec Rokhaya Diallo et Hapsatou Sy ou en Belgique avec l’humoriste et présentatrice météo Cécile Djunga

qu’il n’y ait plus de non assistance en personne en danger comme ce fut le cas pour Naomi Musenga dont l’appel d’urgence n’a pas été pris au sérieux par le SAMU. La fin de la croyance d’un prétendu syndrome méditerranéen, c’est possible ?

-arrêter de culpabiliser les femmes africaines et leurs ventres, comme des responsables politiques l’ont fait et comme c’est le cas dans un article de presse datant du mois de septembre (!)

-que les cas de violences policières soient plus souvent-tout le temps!-punies. Dans un cas rare, la justice américaine a déclaré coupable de meurtre en août dernier le policier qui a tué par balle Jordan Edwards, adolescent âgé de 15 ans, à Balch Springs (Texas) alors qu’il rentrait en voiture d’une fête avec son frère et des amis, assis côté passager. … On pense notamment à la famille d’Adama Traoré,-dont la soeur, Assa, qui a accepté de parler de son combat pour la vérité lors de la première édition du Fraîches Women festival– à celle de Lamine Dieng et à bien d’autres.  On rêve même de la fin de ces violences …

-on n’oublie pas la communauté LGBT afrodescendant.es prise pour cible. Une pensée pour Kerrice Lewis, et les femmes transgenres racisées le plus souvent, victimes de crimes haineux qui ont été tuées cette année 2018

Ce qu’on est contentes de voir et ce qu’on attend avec impatience et qu’on espère voir

-le beau parcours qui se poursuit pour le documentaire Ouvrir La voix réalisé par Amandine Gay ; entre des prix reçus en festival,-le dernier en date ici– sa sortie en DVD et sa diffusion prochaine à la télévision, notamment sur TV5 Monde, Canal+ où il est déjà dispo en VOD et la chaîne belge BeTV. On attend également avec impatience son second documentaire qui portera sur l’adoption. Elle a par ailleurs lancé le mois des adopté.es en novembre dernier, une excellente initiative pour donner la parole aux adopté.es en France, en Suisse et au Québec.

– on souhaite une belle trajectoire au projet de compilation de musiques francophones de luttes, intitulée Par les damné.e.s de la terre, des voix de luttes 1969-1988 mis en place par Rocé et dont nous avons eu le grand honneur de co-organiser la release party en octobre dernier avec le label Hors Cadres

– on salue l’initiative de la femme qui se cache derrière Ovocytemoi-où elle parle surtout d’infertilité chez les femmes africaines- et de l’association Afrique Avenir qui ont organisé un événement autour de la santé sexuelle et reproductive des femmes noires en novembre dernier à Paris

le retour de Missy Elliott et Timbaland ; on a envie d’y croire cette fois !

-Hâte de découvrir le projet documentaire sur lequel l’actrice Aïssa Maïga travaille autour de la vie de son père, Mohamed Maïga, journaliste sénégalais engagé et proche de Thomas Sankara, assassiné en 1988

-on a hâte de voir des adaptations cinéma de livres marquants. De Petit pays écrit par l’artiste Gaël Faye, à Born a Crime : Stories from a South African childhood sur l’enfance sous le régime de l’apartheid en Afrique du sud de Trevor Noah avec Lupita Nyongo dans le rôle de sa mère en passant par la fiction Americanah écrite par la nigériane Chimamanda Ngozi Adichie avec, une fois de plus au casting, l’actrice kenyane cette fois épaulée de son amie et consoeur Danai Gurira

-vivement février 2019 pour la sortie du livre pour enfants Djibril: un jour de pluie, premier de la série Les aventures de Djibril à l’initiative de Makamoussou Traoré plus connue en tant que DJ Miss Mak. Elle a lancé une campagne de crowdfunding qui s’est achevé en atteignant 126% de son objectif ! Un projet important car les petits garçons noirs aussi souffrent du manque de représentation dans la littérature en France

– plus de nouveaux podcasts inclusifs en France comme Kiffe ta race animé par Rokhaya Diallo et Grace Ly ou Miroir Miroir hosté par la journaliste Jennifer Padjemi

– que Serena Williams continue d’être incroyable malgré les attaques en tout genre

-qu’on comprenne qu’il y a bien des librairies au Nigeria et pas que Boko Haram contrairement à ce que la journaliste Caroline Broué a pu adresser à Chimamanda Ngozi Adichie en interview au Quai d’Orsay le 25 janvier pour la Nuit des Idées.

-on place nos billes pour les Grammys 2019. On ne se remet pas du non sacre de SZA l’an dernier malgré ses nominations mais on a envie d’y croire pour H.E.R nominée quatre fois notamment dans les catégories nouvelle meilleure artiste et album de l’année

ACTU – Ce que neuf journalistes afro retiennent de l’année 2018

BILAN – L’an dernier, nous avions demandé à huit consœurs et confrères de nous faire part de trois faits marquants de l’année 2017. En 2018, on remet ça avec neuf autres journalistes : Yslande Bossé, Armelle De Oliveira, Samba Doucouré, Sandrine Etoa-Andegue, Jadine Labbé Pacheco, Sinatou Saka, Aphelandra Siassia, Mélody Thomas et Philippe Triay.

Yslande Bossé, journaliste au Journal de Saint-Denis et auteure du blog consacré aux littératures D.É.L.I.É.E 

Yslande Bossé

L’acte héroïque de Mamoudou Gassama (mai 2018)

« J’ai été marquée par l’ampleur qu’a pris ce fait divers. Le nom de Mamoudou Gassama a fait le tour du monde et c’est tant mieux. Il a sauvé la vie d’un enfant. Il est dommage qu’il ait fallu un acte comme celui-là, pour qu’on puisse éclairer et médiatiser l’héroïsme et le courage des gens comme Mamoudou Gassama. C’est-à-dire des migrants. Ils prennent la mer au péril de leur vie pour finir entassés dans les rues des villes du Grand Paris ou des petits villages français. Il y a une telle disproportion entre la manière dont des sans-papiers qui ressemblent à Mamoudou Gassama sont traités en France, et la façon dont les politiques ont accueilli l’acte de bravoure de ce jeune malien… La récupération d’un point de vue médiatique et politique a été assez sidérante. » 

Donald Trump et les ‘shithole countries.’ (janvier 2018)

« En début d’année, Donald Trump a qualifié plusieurs pays -Le Salvador, Haïti et des pays d’Afrique- de ‘shithole countries’ lors d’une réunion à la Maison-Blanche sur la question de l’immigration. On a traduit l’expression en français par ‘trous à merde’, ‘pays de merde’. Quand on sait ce que les politiques américains ont fait endurer aux Haïtiens notamment, et continue de leur faire endurer, on ne peut qu’être marqué par ce genre de parole. Sur D.É.L.I.É.E, on a essayé de lui répondre d’une jolie manière. »

La victoire de la France à la Coupe du monde de football (juillet 2018)

« La victoire des Bleus m’a ramené à mon enfance, à 1998, à cette époque ‘Black, Blanc, Beur’. J’avais 11 ans et j’ai l’impression d’avoir ressenti à peu près les mêmes émotions. J’ai adoré marcher dans les rues de Paris, sentir l’ambiance, rire avec les gens, crier avec les gens, fêter la victoire. C’est une belle page de l’année, on ne peut pas le nier. »

Armelle De Oliveira, journaliste pigiste basée à Londres (BBC, NBC News)

Armelle De Oliveira

Le film Black Panther (février 2018)

« Black Panther a enfin montré l’Afrique et sa population sous un angle novateur -que ce soit dans l’afro-futurisme ou dans la sortie tant attendue du portrait misérabiliste qu’on dépeint trop souvent du continent. Il a permis à de nombreux africains et afro-descendants à embrasser leur culture sans honte. Une véritable discussion a été amorcée autour de la représentation, d’abord de l’Afrique et des afro-descendants au cinéma, mais aussi autour du colorisme, du problème d’identité de la diaspora, du statut de super-héros de la femme noire, de la restitution des œuvres volées par les colons.Vivement la suite ! »

La polémique sur les origines des Bleus (juillet 2018)

« Quelle belle histoire d’amour entre la France, que dis-je, le monde entier et Kylian Mbappé ! Les Bleus nous ont fait vibrer à coup de playlists endiablés et de matchs gagnés. Mais les histoires d’amour finissent toujours mal. “Ils sont Français avant tout, ce n’est pas une victoire pour l’Afrique”. L’horreur de placer les joueurs au milieu d’une polémique pareille quelques heures après le plus beau moment de leur carrière, si ce n’est de leur vie. »

Dewayne Johnson fait plier Monsanto (août 2018)

« La figure historique ayant fait plier le géant de l’agrochimie est un homme Noir de la classe populaire américaine. Quel symbole quand on sait que bien souvent en écologie, les racisés ne sont pas entendus ou sur le devant de la scène. Quel symbole quand on sait qu’être Noir et issu de la classe populaire vous fait déjà partir avec une longueur de retard aux Etats-Unis. J’espère voir dans tous les livres d’histoire son visage rongé par son cancer en phase terminale causé par le glyphosate. »

Samba Doucouré, journaliste pigiste (Mouv’), président d’Africultures

Samba Doucouré

Mamoudou Gassama 

« Un événement démesuré qui en dit long. L’enfant pendu dans les airs c’est irréel, la prouesse l’est aussi. Ce qui a suivi également. La récupération par Macron, les multiples passages sur des plateaux télé, les prix… Tout cela s’est enchaîné à une vitesse folle. Quand on voit de l’autre côté le traitement réservé aux autres migrant.es, on ne peut qu’être révolté.e. On ne passe pas de zéro à héros. Pourtant, parmi les hommes et femmes qui meurent sur des chemins similaires à celui de Mamoudou, il y a beaucoup de héros. »

La victoire de la France à la Coupe du monde de football

« Ramenez la Coupe à la maison, allez les bleus allez, 20 ans après c’est le moment! On en avait besoin, vraiment. Un moment de communion qui transcende les opinions, les origines et les statuts. C’est peut-être naïf comme commentaire mais un peu de joie même éphémère ça ne se refuse pas. Très vite, les débats hypocrites sur la francité vs l’africanité des joueurs m’ont gonflé. Mais je suis heureux que ces footballeurs et les jeunes de leur génération aient eu droit à cet instant de grâce. Je suis aussi content pour Vegedream qui va croquer sur son tube pendant 30 ans ! »

Black Panther

« Plus que le film en lui-même, j’ai adoré la passion qu’il a déchaîné. J’ai aimé lire et observer ces réactions, débats et analyses. Chacun y allait de sa lecture politique du film. C’est une œuvre panafricaniste dans la mesure où elle propose une utopie d’union africaine.  Et elle est intéressante parce qu’elle pose les questionnements essentiels : si nous arrivions à faire l’union, où placerions-nous la diaspora, les traditions, le progrès, la solidarité et les femmes? »

Sandrine Etoa-Andegue, grande reportrice à Franceinfo

Sandrine Etoa-Andegue

Espoir des candidats à l’exil pour l’Europe au Niger (janvier 2018)

« En janvier 2018, je me rends au Niger pour une série de reportages entre Niamey et Agadez. Lors de mon séjour dans cette dernière ville, située aux portes du désert, deuxième du pays par sa taille, j’ai rencontré de nombreux migrants en route vers la Libye. Parmi eux, il y a Koffi, un orphelin ivoirien de 18 ans. En attendant son voyage, le temps de réunir l’argent nécessaire et constituer son kit de protection pour traverser le désert, il végète dans un ‘ghetto’, une maison tenue par des passeurs en périphérie de la ville à l’abri des regards où ils hébergent les migrants en transit. Les récits de ceux qui l’ont précédé vendus sur des marchés aux esclaves, la possibilité d’être abandonné à son sort en plein désert, l’épreuve de la traversée de la Méditerranée, le rejet et l’hostilité une fois en Europe, rien ne peut l’arrêter. Il veut gagner l’Allemagne et devenir footballeur, réussir et vivre. ‘Dieu m’a donné le courage, lui et mes ancêtres veilleront sur moi’ dit-il. » 

Le plus grand bidonville de France est à Mayotte en France (mars 2018)

« En mars 2018, Mayotte 101ème département français est paralysé par une grève générale qui se matérialise par de nombreux blocages sur l’île, une population sous tension et une économie au ralenti. Les mahorais.es sont révolté.es et fatigué.es, des nombreuses agressions aux abords des établissements scolaires, de l’insécurité quotidienne, du chômage endémique des jeunes. Derrière cette crise sociale, une crise économique : 84% de la population vit sous le seuil de pauvreté. A Kaweni, le plus grand bidonville de France situé à l’est de l’île, 15 000 personnes vivent entassées les unes sur les autres, des mahorais.es, des comorien.nes -boucs émissaires tenus pour responsables de tous les maux du territoire-, des malgaches. Des familles vivent dans le dénuement le plus complet comme cette mère de cinq enfants que j’aimerais entendre parler de ses conditions de misère criantes mais auxquelles elle ne fait plus attention. Beaucoup sont comme elle fatalistes et résigné.es, ‘c’est comme si l’État et la France nous avaient oubliés ici à Mayotte’, dit Fainou une autre mère célibataire. » 

L’élection de Jaïr Bolsonaro au Brésil et le règne des fake news (octobre 2018)

« Il y a eu Trump, Salvini et maintenant Bolsonaro. Le 28 octobre dernier, le Brésil s’est choisi un président d’extrême-droite. Ouvertement raciste, homophobe, nostalgique de la dictature militaire. Toute sa campagne, il la mène sur les réseaux sociaux dans un pays où 120 millions de personnes utilisent WhatsApp. Pas de débat télévisé, sa première déclaration une fois élu, c’est sur internet qu’il l’a fait. Son camp est accusé d’avoir mis sur pied une vaste opération de désinformation contre son adversaire Fernando Haddad via l’envoi de centaines de millions de messages colportant des fausses nouvelles. La vérité n’a pas d’importance. Dans la vie réelle, il y a ceux pour qui cette élection annonce des lendemains difficiles. Notamment les militants des droits de l’homme, de la communauté afro ou LGBT. Ou encore ce policier qui craint que les violences des forces de l’ordre n’augmentent notamment à l’égard de ceux qui les subissent déjà le plus : ‘le jeune homme, noir, pauvre, habitant dans les quartiers périphériques’. »

Jadine Labbé Pacheco, journaliste à France Ô (émission Les Témoins d’Outre-mer)

Jadine Labbé Pacheco

Argentine : le Sénat rejette la légalisation de l’avortement (août 2018)

« Le 9 août, après plus de seize heures de débats, 38 sénateurs rejettent un projet de loi qui légalise l’IVG au cours des 14 premières semaines de grossesse. Le texte avait été adopté par les députés en juin à 129 voix pour et 125 contre. Ce n’est qu’en 2020 que le Parlement pourra revenir sur ce texte. Des milliers de manifestantes féministes munies de foulards verts, vert couleur de l’espoir, sont en larmes. Moi aussi. »

 La France remporte la Coupe du monde…et des femmes sont agressées par des supporters (juillet 2018)

« Je ne suis pas une grande fan de football mais je ne rate pas un seul match de l’équipe de France pendant la Coupe du Monde. A chaque victoire, je crie, saute et chante ma joie avec mes proches. 15 juillet, jour de finale, jour de victoire. Paris est en fête, c’est beau, c’est génial. Mais certains supporters gâchent ces moments de joie. Plusieurs femmes racontent les agressions sexuelles dont elles ont été victimes pendant cette Coupe du monde, par des hommes, alcoolisés ou non. Ces agressions me dégoûtent, elles sont impardonnables. » 

Denis Mukwege et Nadia Murad, Prix Nobel de la paix (décembre 2018)

« Le 10 décembre 2018, l’ancienne otage yézidie de l’organisation Etat islamique Nadia Murad et le gynécologue congolais Denis Mukwege reçoivent le Prix Nobel de la paix à Oslo, en Norvège.’L’homme qui répare les femmes’ lutte contre les mutilations génitales dont les femmes sont victimes en RDC. Le combat de ces deux lauréats contre les violences sexuelles faites aux femmes prouvent qu’il y a de l’espoir. » 

Sinatou Saka, journaliste et chef de projet à RFI et France 24 (France Médias Monde) 

Sinatou Saka

La restitution de 26 œuvres d’art au Bénin (novembre 2018)

« Cette décision est tout simplement historique. Certes, il s’agit de 26 œuvres sur les 90000 objets d’art d’Afrique subsaharienne présents dans les collections publiques françaises mais c’est un pas important. Parce que cette restitution ouvre la porte à d’autres retours et aussi parce que ça dit quelque chose des actions humiliantes de la France pendant la période coloniale. En tant que béninoise, je me suis bien entendu senti très concernée par cette décision qui va permettre à des jeunes béninois et béninoises de voir pour la première fois de leur vie le trône du roi Ghezo, datant du XIXe siècle, exposé au Musée du quai Branly-Jacques Chirac. La culture n’est pas secondaire, c’est ce qui fait une nation. »

La France, championne du monde de football (juillet 2018)

« On n’y a pas cru. Mais ils ont ramené une deuxième étoile à la maison. Et cette coupe nous a tou.te.s rassemblé.es. Enfin pas vraiment, puisqu’on a quand même eu un vrai débat sur les origines africaines des joueurs de l’équipe de France de football. C’est intéressant de voir qu’en France, la couleur de peau divise en deux camps : ceux qui pensent que ces joueurs sont d’abord français, et ils ont bien raison -plusieurs n’ont pas grandi sur le continent- et ceux qui pensent que quoi qu’on dise, ils ont été imprégnés d’une éducation africaine de part leurs parents. Ce que je retiens, c’est qu’il est encore très complexe de  de se faire entendre en France quand on se dit Français.e mais aussi Africain.e, simplement, sans avoir à se justifier, s’expliquer, sans hiérarchiser.« 

Le Scandale Cambridge Analytica (mars 2018)

« Au mois de mars, Cambridge Analytica est accusée d’avoir utilisé des données de 30 millions à 70 millions d’utilisateurs de Facebook, recueillies sans leur consentement. C’est énorme et si l’opinion publique, notamment en Afrique où Facebook connaît une croissance incroyable,  s’en est inquiété rapidement, je ne pense pas qu’elle en ait vraiment pris la mesure. La preuve : à part lui dérouler le tapis rouge, aucun Etat africain ne fait le poids ou n’a daigné convoquer le géant américain. Ce n’est pas le premier gros scandale de ce type mais en tout cas, il a été heureusement bien traité par les médias. Car le problème, ce n’est pas seulement l’utilisation de nos données mais c’est un risque assez clair de faillite de toutes nos démocraties. « 

Aphelandra Siassia, journaliste pigiste (Nothing but the wax)

Aphelandra Siassia

Denis Mukwege et Nadia Murad, nommé.e prix nobel de la Paix (octobre 2018)

« Un événement m’a tout particulièrement bouleversé cette année : l’annonce en octobre dernier du prix Nobel de la Paix, décerné à deux activistes, le Congolais Denis Mukwege et la Yézidie Nadia Murad. L’un répare les corps des femmes meurtries, violées par les forces armées congolaises sévissant depuis des décennies dans le pays, l’autre a été l’esclave des jihadistes, kidnappée, torturée et violée par ses ravisseurs. Depuis son évasion, Nadia Murad se bat avec ferveur contre les violences infligées à son peuple par l’organisation Etat Islamique. Toute la beauté et la portée d’une telle récompense se cristallise peut-être dans le choix de la date de restitution, le 10 décembre dernier, date anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. »

Nous Toutes (novembre 2018)

« Le 24 novembre dernier déferlait une vague violette sur toute la France. Le mouvement Nous Toutes comptabilisait près de 50 000 personnes en France, unies pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles à l’encontre des femmes. Une manifestation historique organisée un an après les révélations chocs de l’affaire Weinstein et le lancement du mouvement #MeToo, ne faisant que confirmer la nécessité de prendre à bras le corps la question du patriarcat. »

Les Gilets Jaunes (novembre et décembre 2018)

« Compliqué de passer à côté de cette insurrection populaire, prenant de jour en jour davantage de poids depuis le début du mois de novembre. La France s’embrase sous le regard médusé de nos politicien.nes, une France fragmentée, divisée, fatiguée, aujourd’hui prête à tout, même à aller à l’encontre des principes de la République. Comment pacifier le mouvement tout en se faisant entendre ? Les interrogations au même titre que les revendications se multiplient, juste tribut de quarante ans d’inaction étatique. Où se placer dans tout ça ? Nous sommes beaucoup à nous poser la question. À l’action brutale, non maîtrisée, parfois brouillonne, préférons la réflexion et la prise de décision collective pour tenter de mettre à plat de vraies solutions. »

Mélody Thomas, journaliste à Marie Claire, co-auteure de la newsletter What’s Good

Mélody Thomas

Facebook est loin d’être mort (avril 2018 – aujourd’hui)

« Ces dernières années, j’utilise Facebook de manière aléatoire. Je poste très peu sur ce réseau, hormis des articles que j’ai écrits ou des choses que j’ai trouvé drôle. Par aveuglement, et étant donné le fait que dans mon milieu professionnel les gens sont plutôt sur Instagram, j’ai cru que tout le monde utilisait ce réseau à ma façon. Autrement dit, quasiment pas. Pourtant, aujourd’hui Facebook, au travers de groupes et événements privés, s’est révélé être un véritable enjeu politique. On a pu le voir avec le scandale Cambridge Analytica et on le comprend là encore avec le mouvement des Gilets Jaunes. Je pense que dans les prochains mois, voire les prochaines années, nous allons véritablement voir ce que signifient réellement le déplacement des discussions politiques sur des plateformes digitales et leur impact sur le monde réel. »

Le mariage de Meghan Markle (mai 2018)

« Ce qui m’a marqué dans cette histoire, ce n’est pas le mariage en lui-même, mais les conversations qu’il a provoqué. Il y a eu les articles qui l’ont déclaré première personne noire à intégrer la famille royale d’Angleterre (ce qui est faux). Puis les discussions sur la représentation : ce que l’image d’une “princesse noire” allait changer pour un tas de petites filles dans le monde. Et enfin, d’autres encore pour dire que ces conversations n’étaient qu’un décorum et qu’elles ne changeraient pas la sombre histoire coloniale de l’empire britannique. Ce que j’ai aimé, c’est voir ces questions soulevées, discutées sur la place publique -même si virtuelle. » 

Le clip ‘Apeshit’ de Beyoncé et Jay-Z (juin 2018)

« Je n’en parle pas seulement parce qu’elle est sortie le 16 juin, jour de mes 30 ans haha ! Je me souviens être dans un taxi plusieurs jours après la sortie du clip avec un ami qui me disait ‘quand même, Beyoncé au Louvre, c’est un peu n’importe quoi. Les gens s’emballent trop. Et puis ce n’est pas le lieu’. Le genre de phrase qu’on a tou.tes lu et entendu à la sortie du clip. Je finis par poser la question : ‘le lieu pour quoi ? Combien de personnes racisées tu vois dans les musées qui ne soient pas des vigiles ? Tu ne crois pas qu’avec ce clip, il y aura un tas d’ados qui vont se dire : ‘c’est aussi mon histoire. J’y suis à ma place ?’ J’entends le chauffeur Uber à l’avant dire ‘c’est vrai ça’. »

Philippe Triay, journaliste à France Ô et auteur 

Philippe Triay

Le prix Nobel de la paix au Dr Denis Mukwege

« Pour moi, cet homme a la stature d’un Nelson Mandela. Le Dr Denis Mukwege, ce gynécologue-obstétricien congolais qui soigne les femmes, les jeunes filles et les enfants, souvent même des bébés, victimes de viols et de brutalités sexuelles ignobles dans le Sud-Kivu en République démocratique du Congo, est l’un des héros de notre temps. Ce médecin rempli d’humanité et d’un courage inouï face aux atrocités humaines est également ce que l’Afrique peut offrir de meilleur et un exemple pour la jeunesse du continent. Il faut absolument écouter son formidable discours à la remise du prix à Oslo. » 

Les migrations d’Afrique subsaharienne qui se poursuivent

« Guerres, pauvreté, manque d’opportunités économiques, famines, bouleversements climatiques…Des centaines de milliers d’Africain.e.s tentent chaque année au péril de leur vie de quitter leur continent pour tenter de rejoindre un Occident qui ne les veut pas et les humilie. Et là, je veux pousser un coup de gueule non contre ce dernier -qui évidemment a une grande part de responsabilité- mais contre les élites africaines qui, par leur corruption, leur vénalité et leur gabegie ont conduit à cette situation. Il n’est plus possible de dire que c’est la faute des autres. Mais j’ai confiance en la société civile africaine et ses citoyens de plus en plus mobilisés pour prendre leur destin en main. »

Le scandale sanitaire du chlordécone aux Antilles (juin 2018)

« La question de l’empoisonnement des sols, des rivières et de toute la chaîne alimentaire en Guadeloupe et en Martinique par le chlordécone, un pesticide extrêmement toxique utilisé dans les bananeraies pendant plus de vingt ans, est revenue dans le débat public (il avait déjà éclaté au grand jour en 2016 ndlr). L’occasion de rappeler que plus de 92 % des Guadeloupéen.nes et des Martiniquais.es sont contaminé.es par ce perturbateur endocrinien, avec des risques très élevés de cancers et de troubles neurologiques. Selon les scientifiques, les terres seront polluées pour des siècles, au point que l’on parle d’un scandale d’Etat, resté sans réponse pour le moment… »


SERIE – « Sonia la benguiste » ou le journal de bord d’une étudiante ivoirienne à Paris

RECIT – Sonia Guiza, blogueuse cinéma abidjanaise, connue pour sa plume pimentée -vous pouvez la lire ici https://lagozi.com/-  a décidé à l’âge de 24 ans de se perfectionner dans son domaine en étudiant le cinéma dans une école parisienne. En quittant son pays, la Côte d’Ivoire, pour s’installer pendant deux ans en France, elle devient une nouvelle benguiste. Les cours, les problématiques administratives, le métro, le climat, les proches, le mal du pays … Chaque mois, elle partagera avec nous ses expériences, son ressenti et se fixera un objectif sur lequel elle fera un bilan le mois suivant.

Dans ce premier épisode, Sonia nous fait part de ses découvertes, bonnes et mauvaises -le sourire des gens dans les transports (ou pas), être la seule noire de sa classe, la paperasse- et évoque son premier objectif depuis son arrivée dans la capitale parisienne depuis octobre 2018.