Interview – Hélène Lam Trong, réalisatrice du clip ‘Asiatiques de France’ : « Ce buzz montre qu’il y avait un besoin »

ENTRETIEN- Le comédien Frédéric Chau, le journaliste Raphal Yem ou, la chanteuse Anggun le chanteur Monsieur Nov font partie des personnalités asiatiques ayant pris part au clip « Asiatiques de France » où iels citent les clichés qu’on leur colle à la peau puis concluent en rappelant qu’iels sont « Français.es » . L’Afro a voulu en savoir plus sur la démarche et a contacté la journaliste chargée de la réalisation de la vidéo  : Hélène Lam Trong.

En combien de temps a été réalisé le projet ?

Tout s’est fait à l’arrache ! Entre le moment où on a décidé du tournage, il s’est passé une dizaine de jours en sachant que je travaille à côté. En tout, il y a trois jours de tournage et un jour de montage et on l’a mis en ligne deux jours après, jeudi dernier.

Je me disais autant que ça se fasse maintenant plutôt que ça se fasse trop tard. J’ai accepté de le faire à condition qu’il n’y ait pas de message politique, car le clip d’origine dont il est inspiré, avec des Asiatiques américains, incitait au vote. Or, je suis journaliste, pas militante et il était hors de question pour moi de porter un discours clivant ou culpabilisant envers celleux qui ne comptent pas voter et considère qu’il y a d’autres moyens d’agir dans la société qu’en se rendant dans un bureau de vote. Mais je pense tout de même que c’était intéressant de la sortir avant les élections. Je pense qu’il y avait un besoin et faire ça, ce n’est pas être militante mais être citoyenne.

Quel est le but du clip ?

C’est de lancer un pavé dans la mare, de déclencher une discussion pas seulement entre Asiatiques mais avec tout le monde. Mais aussi de donner la parole aux Asiatiques de France.

Je trouve que les objectifs d’intégration ne sont pas bien remplis, que ce soit pour les Asiatiques ou pour les autres immigrés ; si on dit qu’un immigré qu’on ne voit pas et qu’on n’entend pas est un modèle d’intégration réussie, c’est qu’il y a un problème.

Je pense que la vidéo a pu être faite aujourd’hui car les immigré.e.s asiatiques issu.e.s de la première ont été accueilli.e.s à bras ouverts donc iels ont pour la plupart le sentiment d’avoir une dette envers la France et même si le pays les a un peu maltraités, iels n’osaient pas râler de peur de passer pour des ingrat.e.s. C’est justement une problématique que les deuxième et troisième générations n’ont plus. Elles sont nées et ont grandi en France et certaines des personnes qui en sont issues ont elles-mêmes des enfants et souhaitent un avenir meilleur pour leurs enfants.

Vous attendiez-vous à un tel succès ?

Pas du tout ! Je savais que ça allait un peu faire parler parce qu’il y a des personnalités dedans,. Mais la plupart ne sont pas super connues ou, en tout cas, pas pour leurs origines asiatiques. Donc je n’étais pas certaine que ça allait prendre mais ça veut dire qu’il y a un vrai sujet mais si j’avais su que ça prendrait autant d’ampleur, j’aurais un peu plus soigné mon approche.

C’est-à-dire ?

En l’espace de quelques jours, on a eu pas mal de commentaires sur la page Facebook Asiatiques de France, la plupart assez fondés et pertinents. Certaines personnes nous ont fait remarquer qu’en égrenant les métiers des participant.e.s à la fin de la vidéo, ça laissait entendre que les gens se définissaient uniquement à travers leur travail, ce qui est, effectivement, un peu maladroit. Et si les gens ont retenu ce message, ça m’embête un peu. On a aussi reçu des messages de personnes originaires d’Asie centrale ou d’Inde nous disant qu’elles sont aussi Asiatiques et auraient pu être incluse dans le projet, ce qui est vrai. Il faut dire que j’ai réalisé le clip suite à une rencontre avec des gens originaires d’Asie de l’est et du sud-est, on a notamment évoqué des insultes comme « chinetoques » ou encore du sketch de Gad Elmaleh et Kev Adams, le clip visait des personnes d’Asie de l’est du sud-est, ce qui veut dire des choses de la société d’aujourd’hui et je reconnais même moi qui suis pour qu’on combatte les clichés, je ne suis pas absoute de certains ; je n’associe pas les Indiens, les Mongoliens à des Asiatiques autant que des Chinois ou des Vietnamiens. Globalement, les retours sont très bons mais j’entends aussi les critiques qui me font réfléchir.

Est-ce que vous vous intéressiez à cette question auparavant ?

Oui, depuis le début de mes études il y a 15 ans, j’ai travaillé dessus. Quand j’étais à Sciences Po, avec le sociologue Patrick Champagne comme directeur de recherche, j’ai rédigé un premier mémoire de sociologie sur l’intégration en France des Vietnamien.ne.s en particulier et des Asiatique.s de façon générale. Je me suis appuyée sur le travail d’un sociologue algérien qui s’appelle Abdelmalek Sayad qui avait écrit La double absence où il expliquait comment les Français d’origine algérienne ne trouvaient leur place ni en France ni dans leur pays d’origine ce qui expliquait les soucis d’intégration en général. Lors de mes études de journalisme au CELSA, j’ai travaillé sur la façon dont la couverture médiatique et la mobilisation politique et sociale pour secourir en mer les « boat people », les centaines de milliers de réfugié.e.s cambodgien.ne.s, laotien.ne.s mais surtout vietnamien.ne.s, a fait qu’on a porté a priori un regard bienveillant sur eux, contrairement à d’autres communautés. Il n’y a plus une telle mobilisation pour les réfugiés aujourd’hui, parce que la situation ici n’est pas la même, les gens considèrent qu’ils ont tellement de problèmes qu’ils ne peuvent pas accueillir les autres. Je pense en tout cas que le regard qu’on porte sur la genèse de l’immigration a beaucoup d’influence sur la qualité de l’intégration future.

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En tant que journaliste, de quel genre de sujets traitez-vous ?

Je suis reporter généraliste depuis 11 ans mais je m’intéresse beaucoup aux questions d’identité et de métissage, étant moi-même franco-vietnamienne. Un de mes premiers films portait sur les enfants de mères vietnamiennes et de G.I afro-américains durant la guerre du Vietnam. Ce sont des questions qui, à mon sens, n’intéressent malheureusement pas encore beaucoup les chaînes. Avec le climat actuel, elles sont frileuses et ont peur qu’on mette en avant du communautarisme. D’ailleurs, j’ai vu des commentaires un peu haineux sur Facebook suite à la sortie du clip, où on nous reprochait d’être tombé.e.s dans le piège du communautarisme, ce qui veut dire en gros, « vous étiez discrets, on vous aimait bien et maintenant vous faites comme les Noir.e.s et les Arabes ». Ou d’autres personnes, un peu plus éduqué.e.s, se demandaient si emprunter cette voie-là était la meilleure façon de faire entendre notre message.

La page Facebook Asiatiques de France va-t-elle continuer à vivre ?

Peut-être mais ce n’est pas moi qui la gérera. Les cinq copains d’enfance que j’ai rencontré et avec qui j’ai pensé le projet , My-Anh, Kim Lys, Kim Anh, Jacques et David, y tiennent en tout cas.

(Crédits photo : Instagram @helenelamtrong)

#unjourunacteurafrofrançais #41 : Alassane Diong

TROMBINOSCOPE – Parce qu’on n’en peut plus d’entendre que les comédien.ne.s noir.e.s en France sont invisibles, qu’on n’en connaît peu, que si, que là… on a décidé d’en présenter un, brièvement, tous les jours. Aujourd’hui : Alassane Diong.

Invisibles, les comédien.ne.s afrofrançais.e.s ? Pendant que nous nous demandons si nous sommes capables d’en citer plus de cinq, les artistes s’affairent dans les écoles de formation, les bureaux de casting, sur les plateaux de cinéma, les planches.

Loin de nier la ligne de couleur qui règne au théâtre, au cinéma, à la télévision et malgré des améliorations, nous voulons les mettre en valeur, comme d’autres avant nous, justement parce qu’il peut être difficile de savoir où /quand on peut les voir.

Vous trouverez ici chaque semaine le nom et la photo d’un.e comédien.ne noir.e, sa date de naissance, les productions marquantes dans lesquelles ille a joué, son dernier rôle. Aujourd’hui : Alassane Diong.


On a vu principalement Alassane Diong à la télévision et au cinéma.

En 2016, il a joué dans la série Héroïnes d’Audrey Estrougo et dans la saison 2 des Grands, aux côtés de Rébecca Chaillon, à venir sur OCS.

En 2017, il sera à l’affiche de pas moins de trois films, dont Sous le même toit, réalisé par l’ex-Nul Dominique Farrugia, Fleuve Noir d’Erick Zonca et de 25 novembre 2007.
Ce film, réalisé par Jean-Luc Baptiste et d’Aziza Sadky est une fiction au coeur des révoltes urbaines, et comment elles touchent différents protagonistes, du corps policier aux habitant.e.s.  Le sous-titre de 25 novembre 2007 : Le Silence n’est pas un oubli. On en reparlera pour sûr !

(Crédits photo : Julien Torres )

#unjouruneactriceafrofrançaise #40 : Aïssa Maïga

TROMBINOSCOPE – Parce qu’on n’en peut plus d’entendre que les comédien.ne.s noir.e.s en France sont invisibles, qu’on n’en connaît peu, que si, que là… on a décidé d’en présenter un, brièvement, tous les jours. Aujourd’hui : Aïssa Maïga.

Invisibles, les comédien.ne.s afrofrançais.e.s ? Pendant que nous nous demandons si nous sommes capables d’en citer plus de cinq, ces artistes s’affairent sur les plateaux de cinéma, les planches.

Loin de nier la ligne de couleur qui règne au théâtre, au cinéma, à la télévision et malgré des améliorations, nous voulons les mettre en valeur, à la suite d’autres, justement parce qu’il peut être difficile de savoir où et quand illes jouent.

Vous trouverez ici chaque semaine le nom et la photo d’un.e comédien.ne noir.e, sa date de naissance, son premier film, les films marquants dans lesquels ille a joué, son dernier rôle. Aujourd’hui : Aïssa Maïga.

Aïssa Maïga est née en 1975.

Elle apparaît pour la première fois au cinéma dans le long-métrage Saraka Bo de Denis Amar en 1996, avec Richard Bohringer, Yvan Attal et Dani Kouyaté. L’actrice partage l’affiche avec Jérôme Robart dans Jonas et Lila, à demain d’Alain Tanner en 1999. Elle enchaîne les rôles sur grand écran dans Le prof d’Alexandre Jardin avec Yvan Attal, Jean_Hughes Anglade et Hélène de Fougerolles, Marie-Line de Medhi Charef avec Muriel Robin, Fejria Deliba et M’Bembo (2000), No Way d’Owell Brown avec Passi, Lucien Jean-Baptiste et Diouc Koma (2004), Les poupées russes de Cédric Klapisch avec Romain Duris , Audrey Tautou et Cécile de France (2005). En 2006, Aïssa Maïga tient le rôle principal dans Bamako d’Abderrahmane Sissako

Plus récemment, la comédienne était au casting de Prêt à tout de Nicolas Cuche avec Max Boublil (2014) et Bienvenue à Marly-Gomont de Julien Rambaldi avec Max Zinga (2016).

Au théâtre, elle s’est produite en 1997 dans la pièce Bintou de Koffi Kwahulé mise en scène par Gabriel Garran au théâtre international de Langue Française, en 2013 dans Les Grandes personnes de Marie Ndiaye mise en scène par Christophe Perton en 2011 au théâtre de La Colline, en 2015 dans Des gens bien avec Miou-Miou de David Lindsay-Abaire mise en scène par Anne Bourgeois au théâtre Hébertot.

Le petit écran n’est pas en reste, Aïssa Maïga y faisant des apparitions dans des séries comme Caméra Café, Commissaire Moulin, Commissaire Cordier, PJ ou encore Famille d’accueil. Mais aussi dans des téléfilms notamment dans Négro de Karim Akadiri Soumaila (2000), Par accident de Jérôme Foulon avec Michel Boujenah et Jérôme Kircher (2005),  Sexe, gombo et beurre salé de Mahamat-Saleh Haroun avec Diouc Koma (2007), Quand la ville mord de Dominique Cabrera (2009), Toussaint Louverture de Philippe Niang avec Jimmy Jean-Louis (2012), Mortel été de Denis Malleval avec Bruno Solo (2013).

On peut retrouver Aïssa Maïga dans le dernier long de et avec Lucien Jean-Baptiste, Il a déjà tes yeux. Elle interprète le rôle de Doris dans le téléfilm Le rêve français de Christian Faure aux côtés de Firmine Richard, Jocelyne Béroard, Jacques Martial, Yann Gael, Ambroise Michel qui sera diffusé prochainement sur France Télévision.

 (Crédits photo : Agences artistiques)

DEBAT -« Le traitement des afro-descendant.e.s dans l’espace médiatique est-il acceptable », une question rhétorique ?

Lundi 20 février, nous organisions une rencontre autour du traitement médiatique des Afrodescendant.e.s. Il s’agissait de parler dans le contexte actuel -mobilisation pour le changement de nom du Bal Nègre, violences policières à l’encontre de Théo Luhaka, de la manière dont on parle d’elleux dans les médias, et dont illes existent. Bref, quels mots sont employés et comment ils giflent parfois la dignité des concerné.e.s en émeuvant à peine. On avait ouvert l’année 2016 avec Leïla Sy. On devait organiser ce premier événement de l’année 2017 depuis un moment et on a décidé de parler du traitement médiatique des Afrodescendant.e.s avec des lecteur.ice.s.

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara
Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara

Là, un syndicaliste relativise l’usage du mot “bamboula” à la télé, soutenu par un ancien magistrat, ici c’est un homme qui appelle un cabaret « bal nègre », arguant de l’histoire, alors qu’il ne s’était jamais nommé ainsi officiellement. Les afrodescendant.e.s seraient des victimes qui se plaignent tout le temps d’attaques. Or, la sortie de Luc Poignant, le 9 février, parlant de « bamboula » a été jugé inadmissible et raciste, condamné notamment par le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, sauf pour l’ex-procureur Philippe Bilger qui a parlé d’un mot “presque affectueux ».

Nous voulions savoir si nous avions progressé depuis 2010 et la phrase de Guerlain sur « les nègres fainéants » point de départ d’une mobilisation militante sans précédent. La réponse n’est pas évidente…

Face à Luc Poignant, il y avait Caroline Roux. La journaliste de France 5 a réagi de suite, tout en laissant sur le même plan une injure raciste et une insulte (“enculé de flic”) et ce, 7 ans après une scène similaire entre Elise Lucet et Jean-Paul Guerlain.

Personne n’a oublié la sortie offensive et raciste du parfumeur au JT de 13h que présentait alors Elise Lucet : il doutait au calme que « les nègres aient jamais travaillé »

Elle n’avait pas su/pu lui répondre et s’en était excusée par la suite.

Nous voulions savoir si nous avions progressé depuis 2010 et cette phrase, point de départ d’une mobilisation sans précédent de la Brigade Anti-Négrophobie, née à ce moment-là, des Indivisibles portée par Rokhaya Diallo à l’époque et qui a conduit à la condamnation du parfumeur ?

Nous avions organisé trois mini-débats. Le premier échange permettait de mettre en contexte le terme « nègre » et toute son histoire complexe, d’injure raciste et condescendante à la réappropriation, notamment littéraire et poétique. Qu’y met-on derrière ? Les journalistes Sindanu Kasongo, animateur du blog Le Black et la plume et  Samba Doucouré, ont pu analysé le mot dans le rap français, un de leur champ d’écriture privilégié. 

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara
De g. à d. : les journalistes Samba Doucouré, Sindanu Kasongo et Adiaratou Diarrassouba, de L’Afro Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s
crédits Aboubacar Naby Camara

Pour le deuxième échange, on s’est fixé sur l’affaire du “bal nègre”, de l’annonce de la réouverture du lieu, dont l’histoire est mal connue, à la mobilisation qui a suivi et sur la couverture médiatique. Nous avions convié la militante Magali Fontaine, à l’origine du collectif BLM France – Les vies des Noir.e.s comptent et Ghyslain Vedeux, chargé des relations police-société civile du CRAN. Ce qui nous a particulièrement intéressé, c’est de voir qu’à part les institutions visibles, reconnaissables, notamment le CRAN, alors même que les afrodescendant.e.s ont quand même permis de faire savoir ce qui se passait au 33 de la rue Blomet, à aucun moment elles/ils ne sont clairement mentionné.e.s. 

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s
Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s

Dans l’article du  Mondeilles sont les « initiateurs d’une pétition », dans celui du Parisien, en date du 8, qui rejette la polémique en bas de l’article dans un encadré qu’on doit aller chercher et à côté duquel on peut passer, et prend clairement le parti de Guillaume Cornut, ce sont des dizaines de personnes. L’article du même jour de 20minutes montre les visages des manifestant.e.s à travers une photo tirée d’un tweet du compte Vivre à Paris, mais idem, sans prendre la peine de dénominer les organisations présentes ; et distigant une fois de plus le CRAN.

Alors même que les Afrodescendant.e.s sont dans l’action, font l’actualité, on ne le retient qu’à peine.

Surtout, on prend avec des pincettes le fait que l’afrodescendant qu’on n’ose pas nommer ne soit pas d’accord avec le fait de baptiser ce lieu Bal Nègre.

Soudain, un cri.

Dani Bumba avait fait le déplacement. Le chanteur a proposé quelques chansons, dont un titre inspiré d’un contrôle policier malheureux avec son fils. 

S’il a ce titre en stock, qui coïncide avec un moment de sa vie et avec l’actualité, Dani Bumba a un univers musical marqué par la poésie ; il a d’ailleurs récité un poème pour conclure son set.

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara
Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara

Nous avons terminé la conversation par un échange autour du mot « bamboula. » Entre autres échanges, le public s’est accordé pour dire que le mot n’avait pas la même force que le mot « nègre », et qu’il n’était pas question de se le réapproprier.

 

Qu’on se le dise, illes ne sont pas bamboula.

 

PORTRAIT – La nuit d’…Andy 4000, la -pas si- discrète DJ qui découpe les soirées trap parisiennes

SOIREE – Andy 4000 est l’une des DJ qui monte sur la scène parisienne hip-hop / trap. Les organisateurs du festival Hip-Hop is Red, qui a lieu du 25 au 27 février ne s’y sont pas trompés ; ils l’ont engagée comme présentatrice de l’événement et programmée comme DJ. Rencontre.
Andy4000 nous donne rendez-vous au Poly, nouveau bar parisien musical du 10e arrondissement, « tenu par des potes », qu’elle croise, mais qui est encore fermé. On atterrit finalement dans le café d’en face. Difficile de préparer et d’engager cette interview : il n’y a presque rien sur cette jeune femme, DJ, qui fait de plus en plus parler d’elle sur Internet et dans le milieu de la nuit parisienne. Cela tient à sa discrétion et sa relative nouvelle arrivée dans le deejaying.
Ce qui suit va tenter de rattraper cela.

 « Je peux dire mon nom car j’suis pas une reusta ! Je m’appelle Andrée, j’ai 24 ans. On m’a connu sous le nom d’Andrée 4000 pendant une bonne année, car je faisais partie du collectif Girls Do It Better avec Yamiko Chan et Kendra Yukiji. Mon nom de scène c’est Andy4000 depuis peu.


J’ai créé un duo ShadowGsquad, « les meufs de l’ombre », créé avec une amie à moi, Emma. Moi je suis centrée sur le hip-hop 90s, la trap et de l’afrobeat. Elle diffuse plutôt du future sounds, de la techno house, de l’électro. Je suis 100% parisienne, mais j’ai des origines guinéennes. J’y retourne de temps à autre. Je suis peu la scène africaine, à part Wizkid qui est en train de tout plier.

La musique a toujours fait partie de ma vie. J’ai fait dix ans de danse hip-hop, jazz, contemporaine – et ça se voit pendant ses sets ;), ndlrb-,  j’ai toujours écouté beaucoup de sons. Dans mon entourage, y a pas mal de producteurs, de musicien.ne.s comme DJ Lo’, Yann Ichon, les gars de Grande Ville studios, que je respecte. J’ai toujours été celle qui mettait la musique dans les soirées, qui prenait le contrôle de l’ambiance musicale pendant quelques heures. À force, tout le monde a fini par me demander pourquoi je ne faisais pas DJ. J’ai confiance en ce que je peux proposer, mes goûts musicaux. Tout cela n’est pas arrivé par hasard.


J’ai commencé à mixer il y a un an et demi, grâce à Karima et Guillaume, des ami.e.s qui tiennent le bar l’Isolé – devenu le Kabukichô, ndlrb– à Pigalle, dans le 9e arrondissement de Paris. On m’a mise derrière les platines, on m’a montré vite fait comment m’en servir et on m’a dit : « Débrouille-toi ! ». J’ai dû apprendre à développer ma technique, à travailler seule jusqu’à ce que je trouve que mes sélections et mes transitions rendent bien.
« J’étais un public exigeant ; je propose des sets exigeants ! »
Je suis plus présente sur la scène parisienne des bars, car j’ai de bons contacts avec certains D.A. mais comme je débute, je ne fais pas de gros clubs, même si j’ai déjà mixé au feu Social Club, qui est devenu le Salò, ou encore au Nouveau Casino. Grâce à la team Hip-Hop is red, je vais pouvoir mixer au New Morning, qui est une grosse scène, et présenter l’événement, deux premières. Ils me font confiance et c’est rare à Paris. J’ai sauté sur l’occasion, et si jamais je me rate, par avance : pardon le public (rires) !

Ma ride idéale, ça peut commencer au Poly ou au Jeune et ça finit à 2h du matin. En semaine, on peut me retrouver au Pompon, au Macumba ou à la Favela Chic. Ce sont mes spots du moment.


On m’a traité de wannabe DJ, parce que je ne scratche pas, que je ne mixe pas sur platines. Je n’ai pas de vinyles à la maison. Je prends mon temps : ça fait un an et demi que je mixe, quatre mois que je le fais sérieusement et qu’on me voit programmée dans pas mal de soirées !  La technicité viendra avec le matériel : ça fait un mois que j’ai un contrôleur à la maison. En tout cas, je suis souvent spectatrice et pour moi un DJ doit être pointilleux, proposer une sélection où il défriche et fait découvrir de nouveaux sons au public.
Un DJ, à la base c’est un jukebox, un meuble. Si je deviens productrice, j’essaierai de placer mes sons, c’est sûr, mais pour le moment, je me vois comme une sélecta. Alors, oui, il faut faire plaisir au public, mais faire un set commercial, avec les mêmes sons qu’il peut écouter dans sa chambre, ça ne m’intéresse pas plus que ça.
J’aime digger. Faire 100 000 vues sur Youtube, ça ne veut pas dire grand-chose ; ce qui fait la différence, à mes yeux, c’est le talent. Avec les sons que je passe, je vise un public pointu, mais le public généraliste peut aussi s’y retrouver.


Être une femme noire dans ce milieu est un plus. On est à Paris, des djs et des djettes, c’est comme des champignons, y en a partout ! Des djs noir.e.s qui mixent du hip-hop, finalement pas tant que ça. J’ai mixé au Comptoir Général, et quelqu’un est venu me voir et m’a dit qu’il était étonné car vu ma sélection, il pensait que j’étais un mec ! Malgré les préjugés, je suis contente de montrer que je suis une femme qui joue des sons qui bastonnent.
Je n’ai jamais eu de mauvaise expérience, sauf une fois avec les Girls Do It Better. On était au Mans et musicalement, le public n’était pas dedans alors que je passais de l’afrobeat, désormais plus facile d’accès et, démocratisé grâce à MHD et à l’afro-trap. D’ailleurs pour moi, le premiers qui ont réussi à faire péter l’afrobeat en France, ce sont les Magic System. Quand c’est sorti en France, moi j’écoutais ça depuis trois-quatre ans dans ma chambre.


Je ne suis pas trop réseaux sociaux. Je n’ai pas de plateforme, pas de matière pour me vendre : je  n’ai même pas de Soundcloud ! Je marche à la confiance : tu m’as vue, ce que je fais t’intéresse, booke-moi si tu veux.  En tout cas je poste peu de choses sur moi… t’as vu mon Insta ! Je ne veux pas briller et montrer trop ma tête. Je suis une hippie ; comme l’indique le nom de mon crew, je suis tranquille.

Pour suivre toutes les soirées et projets d’Andy 4000, vous pouvez passer une tête dans les lieux qu’elle préfère en ce moment ou aller simplement sur sa page Facebook.