Laurie Pezeron, Fraiche Woman 2019, fondatrice du Read! Club : « La black excellence aide à construire l’estime de soi »

Nous sommes journalistes, certes, mais nous sommes aussi de grandes amatrices de tout plein de choses et notamment de littérature. C’est ainsi que nos routes ont croisé celle de Laurie Pezeron. On se souvient de différentes rencontres qu’elle a pu organiser autour de livres, avec ou sans les auteur.ices, où on pouvait échanger sur nos ressentis en les lisant, ce qu’on avait appris, ce qui nous avait touché. Ou pas d’ailleurs. Des moments intimistes où les discussions vont toujours bon train, même une fois la session close. On aime tellement le concept que L’Afro en est partenaire. Aujourd’hui, âgée de 38 ans, Laurie Pezeron poursuit Read! Club depuis 12 ans et a même ouvert le concept aux enfants. Une amoureuse des mots qui y puise son inspiration. Mais c’est elle qui le raconte le mieux.

Les 8 #fraicheswomen de l’édition 2019 ont chacune donné leur avis sur la thématique de cette seconde édition du projet photo, à savoir la « black excellence », -preuve que les Noir.es ne devraient pas être essentialisé.es -et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé L’Afro le 31 octobre 2015 ;).

Comment Read! Club a commencé

« D’une manière assez simple. J’ai créé le READ! Club sous la forme d’une association en 2007, sans connaître le milieu associatif. Il s’agit du premier club de lecture parisien dédié aux auteur.es Afro’. L’idée est de se retrouver régulièrement afin de partager et discuter de lectures communes, des livres proposés par le club, avec tant que possible des intervenantes lié.es au sujet majeur de l’ouvrage. Notre marraine est Maryse Condé que nous avons reçu, ainsi que Fatou Biramah, Sérigne M’Baye (Disiz), Doudou Diène, Léonora Miano, Ta Nehisi Coates, D’ de Kabaal, et bien d’autres… »

La réaction de ses proches

« Leurs réactions étaient mitigées, j’ai plus été encouragée par l’extérieur que par mes proches. On me fait souvent le reproche du fameux repli « communautaire », qui a une connotation négative ici en France, et qui est pourtant nécessaire selon moi… Mieux se connaître soi-même, pour mieux affronter le monde. »

Sur la « black excellence »

« Étant tournée vers les USA, notamment via la culture Hip-hop, depuis jeune, c’est une notion qui me parle, évidemment. Après le ‘Black and Proud’ de James Brown, le ‘Black is Beautiful’, il faut se souvenir que les esclaves furent des biens meubles définis par le Code Noir, et que beaucoup de philosophes occidentaux ont douté de l’existence de leur âme. L’expression ‘Black Excellence’ entre dans le processus d’estime de soi et de la reconnaissance, afin de rendre compte de sa propre valeur, et permet d’ouvrir le champ des possibles, et de dépasser les pensées limitantes qui ont été transmises, puis sont déconstruites, de génération en génération. »

Un tournant ou un grand défi dans sa vie ?

« Plutôt qu’un tournant ou de grand défi, je peux parler de rencontres déterminantes, qui permettent ces tournants. Et READ! est une suite de rencontres enrichissantes, d’ailleurs j’ai rencontré Adiaratou et Dolorès via READ! Certains livres aussi ont été des tournants, on peut s’y retrouver soi-même. Et mon plus grand défi est de donner le virus de la lecture à ceux et celles qui en sont le + éloigné.es. »

Ses modèles et inspirations

« Maryse Condé pour son humour, Christiane Taubira pour son éloquence, James Baldwin pour son côté visionnaire, Malcolm X pour sa discipline, mes Parents pour leur solidité, ma Famille pour leur solidarité, mes Ami.es pour leur lucidité. Je m’inspire de ce qui m’entoure. Notre entourage n’est qu’un reflet d’une partie de nous-mêmes. »

Un mot, un slogan, un leitmotiv qui résume son état d’esprit

« Po-si-ti-ver, toujours !  Et faire les choses avec passion. »

Un conseil à quiconque, et en particulier aux femmes, souhaitant se lancer dans un projet similaire

 » D’y mettre toute son énergie sans s’oublier, et d’éviter d’écouter ceux et celles qui peuvent faire douter sur ses propres convictions profondes. »

Ce sur quoi elle travaille actuellement

« Les prochaines sessions READ! D’ailleurs, nous faisons une session sur le livre d’art NOIR, entre peinture et histoire le 9 mai prochain. »

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EDITO : #FraichesWomen2019 Noire, femme, créative : l’éternelle injonction à l’excellence?

2018 s’est terminée sur des notes plutôt positives pour L’Afro. L’un des points d’orgue de cette année écoulée a été d’organiser la première édition du festival Fraîches Women le 6 mai 2018. Une nouvelle expérience pour nous, dont nous avons appris beaucoup -des réussites, comme des choses à améliorer- et pour laquelle on a eu besoin de temps pour se remettre. On remercie d’ailleurs toutes celles et ceux qui ont pris le temps de nous faire leur retour, de nous donner des conseils précieux qui nous ont permis de préparer l’édition 2.

Elle se tient samedi 11 mai, toujours à La Marbrerie à Montreuil.

A travers la première série de portraits qui a donné le nom à notre festival, il s’agissait de dire que les voix de la moitié de la planète méritent d’être vues et surtout entendues, dans son ensemble. Un peu comme lorsqu’au cours de la marche #NousToutes le 24 novembre dernier, une manifestation pacifique et silencieuse pour adresser les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, des voix se sont élevées pour dire #NousAussi et pointer que ces violences « sont [aussi]une expérience inséparable du racisme, du validisme, de la précarité ». Les retours que vous nous avez faits, les réactions aux articles ici et sur nos réseaux sociaux nous ont donné envie de reprendre, pour une seconde fois, cette série de portraits de femmes « diverses dans leurs diversités ». D’enfoncer le clou. Pour cette deuxième édition, on a décidé de questionner la « black excellence ».

« L’excellence noire », un concept tout droit venu des États-Unis consiste à prôner la réussite, à mettre en avant des modèles aux parcours jugés exemplaires et la promotion d’une élite noire, rendant fière toute une communauté. Le rappeur, producteur et
désormais avant tout businessman Diddy s’en est fait le fer de lance depuis un an. Rihanna, Naomi Campbell, Spike Lee, Jay-Z -avec qui il avait annoncé en mars 2018 vouloir lancer une application pour promouvoir les entreprises dont les propriétaires sont noir.es-, autant de figures noires ayant atteint des sommets dans leurs domaines respectifs, pour bon nombre parti.es de loin et parfois présenté.es comme « self-made », inspirant potentiellement des millions d’autres, illustrent son compte Instagram. Le storytelling sur papier et dans les esprits fait rêver …

Mais ce club de la « black excellence » semble quelque peu fermé ; qui juge qui peut y entrer ? Quels sont les critères pour y accéder ? Y a-t-il de la place pour des erreurs de parcours ? Et si on n’en est pas, est-on finalement médiocres ? A-t-on même le droit à la médiocrité ? Quid de la méritocratie ? Ces questions méritent d’être posées. Qui plus est quand on parle de femmes noires. La charge mentale, le syndrôme de la femme potomitan se devant de toujours supporter plus, sans jamais se plaindre, de toujours tout bien gérer, de rester au top niveau  et encore mieux, avec le sourire. Difficile de laisser de la place pour la vulnérabilité qui demeure encore dans certains esprits un signe de faiblesse.

Les 8 Fraîches Women 2019 De gauche à droite : Laura Georges, Gisèle Mergey, Annie Melza Tiburce, Paule Ekibat, Jeannine Fischer Siewe, Jessica Gerondal Mwiza, Anne Sanogo, Laurie Pézeron.

Si au coeur du projet photo et événementiel Fraîches Women, réside l’idée d’entrelacer des récits de vie, de réussites, le but, nous tenons à le rappeler, n’est en aucun cas de présenter des parcours exceptionnels et inspirants pour les mettre en opposition à d’autres qui le seraient moins. Ce n’est pas non plus de remplacer le patriarcat par un pendant féminin. Le pouvoir reste le pouvoir.

Les 8 #FraîchesWomen que nous avons réuni pour cette seconde édition sont africaines, caribéennes, ou sont nées et ont grandi en France. Avocate, militante, entrepreneure, ex-footballeuse. Certaines étaient familières avec le concept de l’excellence noire, d’autres n’en avaient jamais entendu parler. Nous leur avons demandé de nous faire part de leur point de vue à ce sujet et avons retracé leurs parcours. En les lisant, vous découvrirez 8 femmes aux carrières bien distinctes, qui ont fait beaucoup de chemin et ne manquent ni de ressources ni de projets.

Un merci tout particulier à Ozal Emier, la photographe qui a mis sa touche si particulière et a produit cette belle salve de portraits.

Un grand merci également au bar Monsieur Zinc à Odéon qui nous a permis d’investir son beau sous-sol une fois de plus le temps d’un shooting et nous a mis bien !

Nous vous donnons rendez-vous les prochains lundi, mercredi et vendredi pour vous laisser faire connaissance avec Anne, Annie, Gisèle, Jeannine, Jessica, Laura, Laurie et Paule que l’on tient à remercier pour avoir accepté de jouer le jeu de la pose et des questions/réponses.

Bonne lecture et vivement que l’on puisse poursuivre cette conversation sur les internets et IRL !

Adiaratou et Dolores, L’Afro team

A propos de la photographe Ozal Emier

« Ozal Emier est née en 1986 à Paris, par un froid matin de février. Après une première vie de journaliste, elle bascule dans le cinéma et la réalisation. En 2015, elle co-écrit et co-réalise son premier court-métrage, Métropole – récit de l’exil d’un Antillais en métropole -, puis réalise en 2018 La Nuit d’Ismael, errance nocturne d’un immigré marocain et de deux Parisiens. En parallèle, elle travaille comme assistante à la mise en scène sur des tournages. Son intérêt pour l’image et le cadre l’ont amenée à aussi pratiquer la photographie, nourrie par des photographes tels que Saul Leiter, Harry Gruyaert ou encore Vivian Sassen. Dans son écriture, ses films et ses photos, la question de l’entre-deux, social, culturel et identitaire est prépondérante. Depuis 2016, elle poursuit un travail photographique autour de son jeune frère, «La vie d’Emmett ».Une partie de ce projet a été exposée en janvier 2017 au Théâtre El Duende à Ivry-sur-Seine dans le cadre du festival Traits d’Union. » A découvrir sur Vimeo et Instagram

Naïl Ver-Ndoye, co auteur de ‘Noir entre peinture et histoire’: « Mon but est de rendre l’art accessible à tout le monde»

ENTRETIEN- Depuis le 26 mars, le grand public peut visiter l’exposition « modèle noir : de Matisse à Géricault » au Musée d’Orsay. Une exposition qui parle des noir.es en tant que sujets artistiques mais adresse également leur place dans la société française. En octobre dernier paraissait le livre « Noir entre peinture et histoire », co-écrit par les historiens et professeurs Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier adressant la question des modèles noir.es du XVIème au XXème siècle à travers l’Europe. Un travail de quatre ans bien venu alors qu’il reste encore difficile d’aborder les questions raciales en France. Naïl Ver-Ndoye nous en dit plus sur ses découvertes et livre son point de vue sur la difficile discussion en France sur ces questions.


Quel est le postulat de départ du livre « Noir, entre peinture et histoire » ?

Au départ, je pensais que l’histoire de la présence noire en Europe se résumait surtout à l’esclavage et à la colonisation. Je m’attendais d’ailleurs à ce qu’on trouve beaucoup de tableaux mettant en scène l’esclavage. Mais ce ne fut pas le cas car contrairement aux Etats-Unis, il ne se pratiquait pas sur le sol français. En revanche, on a trouvé beaucoup d’oeuvres représentant des domestiques. J’ai finalement découvert que des Noir.es étaient en Europe notamment suite à des échanges diplomatiques et offraient même des cadeaux, comme une girafe

Comment a été accueilli le projet par les maisons d’édition ?

Ça a été difficile de trouver un éditeur. Au début, on nous a conseillé d’aller voir des éditeurs anglo-saxons en nous disant que si le livre marchait bien, on le traduirait en français car c’est une problématique qui n’est pas traitée en France.

Y a-t-il des œuvres qui ont été particulièrement difficiles à trouver ?

On a découvert l’histoire de l’abbé Moussa, un sénégalais arrivé en France dans les années 1820 et qui a donné la messe au roi Louis-Philippe, à travers un texte. Il n’y avait pas d’images en haute définition de son portrait. Quand on a contacté le musée de Bagnères-de-Bigorre dans les Pyrénées, la toile n’était pas exposée mais stockée dans la réserve et il n’y avait pas de possibilité d’avoir de photos. On a mis un an et demi pour obtoir cette photo et pour d’autres œuvres. Finalement, notre éditeur a négocié avec le musée pour envoyer un photographe sur place. En tout, il aura fallu un an et demi pour obtenir la photo de cette œuvre. Pareil pour le tableau « Ourika » et d’autres, ce qui a en partie retardé la sortie du livre.

Quel est le but de ce livre ?

Mon but est de rendre l’art accessible à tout le monde, de démocratiser la culture et je pense qu’avec ce livre, c’est réussi. On a produit un livre que les historiens de l’art n’ont pas pu faire.

En histoire, il y a quatre périodes : ancienne, médiévale, contemporaine, moderne. Dans le livre, on traite un peu de la médiévale et surtout des deux dernières. Je pense que pour les historiens de l’art, on va se concentrer sur un courant de peinture, un artiste ou un pays. Mon objectif est de sortir de cette lecture trop académique, de ne pas me mettre de limites.

Je l’ai conçu de façon à ce qu’il n’y ait pas besoin de le lire en continu ; on pioche dedans quand on veut.

Je me suis efforcé de trouver des petites anecdotes pour chaque tableau, de partir de la petite histoire pour aborder la grande histoire. Par exemple, quand on met un tableau sur Haïti, on en profite pour placer la révolution haïtienne ; quand on voit « Othello », on parle du blackface qui existe encore aujourd’hui, quand on fait figurer le tableau « Les grands plongeurs noirs » de Fernand Léger dans la dernière partie de l’ouvrage, on peut évoquer la ségrégation dans les piscines américaines et rappeler qu’une de ses conséquences est que les noir.es sont toujours plus victimes de noyades que les blanc.hes aux Etats-Unis …

Parlons de l’exposition « Le modèle noir : de Matisse à Géricault » actuellement au Musée d’Orsay qui balayent les périodes de 1794 au XXème siècle. Dans la première salle, un panneau indique que de « nombreux titres (d’oeuvres) anciens reflètent des marqueurs raciaux datés tels que « nègre », « mulâtre », « câpresse » mais ne pouvant être d’usage de nos jours. (…) et a décidé de renommer les œuvres en mettant le nom du modèle lorsqu’il était connu. On note aussi que sous certaines œuvres les termes racistes ont été remplacés par « noir » par exemple. Qu’en pensez-vous ?

Le fait de remplacer les termes racistes se fait déjà aux Pays-Bas depuis 2015. La directrice de l’époque du Rijksmuseum à Amsterdam a décidé de remettre en question le passé colonial du pays et de passer en revue 220 000 noms de tableaux. Elle recevait beaucoup de messages de descendant.es et elle a décidé de chercher des termes « plus neutres ». Pour moi, neutre ne veut rien dire car peut-être qu’à l’époque « nègre » était neutre. Une chose est sûre : je suis contre son utilisation aujourd’hui, c’est péjoratif, une partie de la population en souffre. A partir du moment où on utilise des termes qui peuvent blesser des gens, il faut faire attention. Il y a eu tentative de réappropriation mais le mot est trop chargé. Mais la sémantique évolue et peut-être que le mot « noir » ne sera plus neutre dans le futur.

A Amsterdam, ils ont été jusqu’au bout. Il ne faut pas oublier que la plupart des artistes, à part les grands noms, n’ont pas donné les titres à leurs oeuvres, ce sont leurs proches ou autres qui vendaient les toiles qui l’ont fait. Mais si c’est l’artiste qui l’a marqué au dos, le musée laisse le titre original en dessous en indiquant « nom original donné par l’artiste » Cette réflexion est intéressante à mon sens.

J’ai d’ailleurs récemment appris l’origine de « chabin » et « mulâtre », des mots péjoratifs depuis le début puisqu’ils désignent des animaux hybrides et stériles. Informer les gens sur les sens de ces termes, c’est un travail d’éducation que nous avons.

On parle aussi d’exposition pionnière sur le sujet or elle vient des Etats-Unis.

Le Musée d’Orsay oublie d’évoquer l’exposition de 2008 « Black is beautiful, de Rubens à Dumas » au Rijksmuseum à Amsterdam qui balaye cinq siècles, intègre sept pays européens et a été réfléchi avec des membres de la communauté noire sur place.

Finalement, en France, c’est comme si on existait dans les peintures du XIXème siècle mais qu’on existait pas au XXème siècle.

Quels sont les retours concernant le livre ?

Aujourd’hui encore, on m’envoie des messages en me disant « le livre est super, j’ai appris des choses » ou pour se réjouir qu’on voit autre chose que juste des noir.es dans des positions subalternes, avec des rois, des princes, des cavaliers etc. Des personnes ayant acheté le livre se prennent en selfie avec et j’ai donc créé un compte Instagram pour les publier.

Quels sont les projets à venir ?

Le livre sera actualisé et réédité. Sinon, je continue à donner cours dans un lycée.

EVENEMENT – Fraîches Women Festival #2 : la programmation complète est là !

La seconde édition du Fraîches Women festival se le samedi 11 mai -RETENEZ BIEN LA DATE !!!- à La Marbrerie à Montreuil, comme l’édition passée, arrive dans un mois et demi ! Nous avons l’immense plaisir de vous communiquer les premières infos concernant nos intervenantes et ateliers –vous pourrez choisir ce qui vous intéresse et vous inscrire très bientôt.


ATTENTION, LES PLACES SONT LIMITEES !!!

D’autres ateliers, activités et noms ainsi que le programme de la soirée seront annoncé.e.s très prochainement …

Pour l’heure, pour la billetterie, c’est par ici !

Cette année, on vous propose des billets early bird, soit à un tarif préférentiel … et limité !!! Toute la semaine prochaine, si vous achetez un pass journée, au tarif plein ou réduit, vous avez le brunch inclus et une réduction !!

Pour un pass journée tarif normal avec brunch inclus, vous payez 25€ au lieu de 31€. Pour un pass journée tarif réduit, avec brunch inclus, c’est 20€ au lieu de 26€.

Premier.es sur le coup, premier.es servi.es 😉 ! PROFITEZ-EN !!

Une formule brunch pour les enfants de moins de 12 ans à 8€ de retour comme l’an passé et vous pouvez d’ores et déjà réserver !

Autre information importante : le festival est family-friendly, l’entrée du festival est gratuite pour les moins de 15 ans -à retirer dans la billetterie dans la rubrique « tarif moins de 15 ans »- et on aura de nouveau un espace enfants 😉 !

Et voici le programme :

De 13h à 18h, des discussions mais également des speechs façon Ted Talks que nous avons choisi d’appeler « Paroles de Fraîches Women » ponctueront la journée. Les thématiques abordées seront le travail, le genre, le féminisme, la représentation, la santé sexuelle.

13h : Lancement du festival avec la marraine Leïla Sy -qui nous avait fait l’honneur de l’être également le 6 mai 2018- et les 9 fraîches Women qu’on vous fera découvrir tout au long des semaines à venir

13h10-13h20 : Parole de Fraîche Woman avec Sandrine Ngatchou, à l’initiative de la page Facebook Ovocyte moioù elle parle de son parcours, elle qui découvre son infertilité en 2014

13h30 – 15h30 : DISCUSSION
« Et la bienveillance, bordel ? Militer, écrire, parler sur les réseaux sociaux à l’heure du shade et de la cancel culture » , modérée par la journaliste Vanessa Vertus

avec Coumbis Hope Lowie (journaliste), Charline Ouarraki (blogueuse féministe auteure de Mon fils en rose), Jennifer Padjemi (journaliste et créatrice du podcast Miroir Miroir, Laure Salmona (fondatrice et trésorière de l’association « Féministes contre le cyberharcèlement » , une membre du collectif « Nta Rajel » (collectif militant de féministes issues de la diaspora nord-africaine)

15h30-15h45 : Pause

15h45-15h55 : Parole de Fraîche Woman avec My, membre du Collectif Asiatique Décolonial

16h-17h30 : Cours détonnant afrobeats avec Wawa L’asso 

18h-18h10 : Parole de Fraîche Woman avec Ndèye Fatou Kane autrice sénégalaise qui signe l’ouvrage Vous avez dit féministe ? et instigratrice du mouvement #balancetonSaïSaï (« balance ton pervers ») en 2018

En parallèle de ces échanges, nous proposons des ateliers pour échanger de manière intimiste sur différentes thématiques. (Sur inscription uniquement.)

SALLE 1

13h-15h : Book Club enfants animé par Wendie Zahibo, créatrice du concept « Reines des temps modernes »

15h30-17h30 : yoga enfants avec Aurélie, co-fondatrice de Flawless Yoga

SALLE 2

13h30 – 15h : coaching session in English « how to get away from the pressure of reaching excellence by any means necessary ? Keys to embrace imperfection », hosted by Shanon Bobinger, Berlin-based systemic life and business coach

15h-16h  : masterclass capillaire #Kinkyhairmatter avec Gisèle Mergey fondatrice de la Body Academy première école européenne qui apprend à s’occuper des cheveux crépus, frisés …

16h-17h : masterclass « discriminations au travail, comment les prouver devant la justice ? » par Paule Ekibat, Fraîche Women 2019, avocate au barreau de Paris

Des stands commerciaux et associatifs seront également présents tout au long de l’après-midi.

Le soir, dès 20h, place aux concerts ! La soirée sera animée par Juliette Fievet, journaliste et animatrice de l’émission radio « Légendes urbaines » avec la rappeuse Leys, la rappeuse Meryl -tête d’affiche de cette seconde édition– pour finir avec un dj set de Diva

Bambara et westerns modernes : la pop africana de Sira Niamé est à tomber

Elle était l’une de nos « Fraîches Women » l’année dernière, lors la première édition du festival du même nom. Sira Niamé est surtout une autrice-compositrice-interprète, que vous avez peut-être croisé en première partie d’Oxmo Puccino ou de Mélissa Laveaux. Rencontre avec une artiste dont le talent irrigue doucement mais sûrement la scène musicale française.

NOTE : Sur invitation de Sira Niamé, L’Afro modère un talk sur le thème de l’aventure – des parents arrivés en France, après de nombreuses péripéties, entre autres- dans le cadre de la soirée « Many Others » samedi 16 mars au Mob Hôtel. Vous pourrez discuter avec elle, mais aussi la créatrice et animatrice du podcast The Black Lemonade Violette Tannenbaum ou encore l’autrice Penda Diouf. Si vous souhaitez venir, comme les places sont limitées écrivez-nous ici >> lafrolesite@gmail.com <<

Quand as-tu commencé à chanter ? J’avais 14/15 ans, j’écoutais ma grande soeur Sali chanter ; je voulais faire comme elle au départ. Ensuite, au lycée, je m’y suis mise plus sérieusement, -vers 16/17 ans-. Avec mes potes de lycée, on a monté un groupe,
« Madatao », où j’étais la chanteuse.

Quel est le rapport de ta famille à la musique ? En écoutiez-vous beaucoup ? As-tu grandi en écoutant des styles musicaux particuliers ? Ma famille est malienne et est issue de la caste des « niamakala  » qui veut dire « griots ». Il s’agit d’une caste d’orateurs, de chanteurs, de musiciens. On a toujours été entouré de musiques, d’arts en tous genres. J’écoutais beaucoup de musique africaine malienne, congolaise etc. Mon père est un fan de James Brown et Bob Marley. Je vous laisse imaginer l’ambiance à la maison !

Depuis quand sais-tu que la musique serait une partie importante de ta vie ? 
La musique fait partie de la vie de tout le monde. Je crois que depuis toujours, je suis touchée par les sons du quotidien, une voix, un instrument et la sensation que cela procure.

Tu as grandi à Montreuil. Peux-tu nous parler de cette ville et de l’impact qu’elle a eu notamment sur ta création ? Mes parents vivent dans un quartier proche de Montreuil, j’ai vraiment mis le pied dans cette ville à mon entrée au lycée, et de là, j’ai fait du théâtre. Cosmopolite, créative, Montreuil est une ville qui me ressemblait, j’y ai fait des rencontres incroyable et y ai tissé des liens indéfectibles. Grâce à mon père qui y a vécu, fraîchement débarqué en France et qui nous baladait en voiture rue de Paris et dans les alentours pour nous montrer plein d’endroits, parfois disparus aujourd’hui, je suis une petite « historienne » de la ville que je connais, au delà

Peux-tu définir ton style de musique ? C’est un mélange de tout ce que j’ai écouté, de mes influences musicales, pop, rock, folk, afro. Ma musique à moi c’est de la pop africana.

Entre toutes les choses que tu as apprises, quelle est celle qui t’a permis de toujours croire qu’un jour, tu pourrais faire de la musique à un autre niveau ? Franchement… LE TRAVAIL, LE TRAVAIL ! Ca va au-delà de la simple envie de faire, de d’avoir quelque chose à dire. J’ai un rapport viscéral , genre je n’ai pas le choix mon coeur ,mon âme ont des choses à dire alors je travaille toujours plus dur pour y arriver avec mes moyens , sans relâche …

Pourquoi c’est important pour toi de chanter en bambara, la langue de tes parents ? Parce que c’est moi, c’est la langue dans laquelle j’ai grandi au même titre que le français. C’est la langue que je parle à mon fils toute la journée, avec mes parents, amis etc Chanter en bambara, c’est aussi montrer une autre partie de moi, exprimer ma double culture.

Tu as récemment fait la première partie d’Oxmo Puccino. Peux-tu nous parler de cette connexion ? Je croisais souvent Oxmo, à des événements, par hasard. On est
tous les deux originaire du Mali, il me saluait. C’est un artiste dont j’apprécie particulièrement le flow. Je ne sais plus comment notre rencontre s’est faite , mais je me souviens de ce qu’il m’a dit : « Sira, comment je peux t’aider ? ». Je revenais de Mauritanie où je venais de faire un live devant plus de 1000 personnes dans le désert. Je lui ai dit « Jouer ma musique, encore et toujours. »
Il m’a encouragé à continuer de me battre pour défendre ma musique. Peu de temps après cela, son équipe me contactait pour les premières parties de son live !!

Peux-tu nous parler de ton concept « Many Others » ? C’est une soirée, du PARTAGE. Many others c’est un hommage que nous rendons à nos racines, à nos origines, l’alliance de gens de différentes disciplines, qui s’aiment se soutiennent et se sont réunis sur mon projet de disque et de musique, un peu à la manière d’un collectif. Aujourd’hui, ce sont des partenaires, et des amis qui sont comme d’une même famille. Aline Afanoukoé est une hôtesse en or. On a lancé le premier acte au Mobhotel, où elle nous accueille, un lieu comme il est rare d’en trouver à Paris.

Tes chansons parlent d’amour, de sentiments, de ta vie d’afro-française. Tes textes sont-ils uniquement inspirés de ta vie ? Mes textes sont principalement inspirés de la vie jeune homme de mon père , les aventures qu’il a vécues, comme dans un western, c’est dingue ! Dans ces histoires, j’y glisse mes expériences de la vie, le genre qu’on trouve si intenses au moment où on les vit et si romanesques, suffisamment grandioses au point de les écrire. Faut pas se mentir : la vie est dure, en vrai, en tout cas pas toujours facile, mais c’est tellement incroyable ! C’est ce paradoxe-là que célèbrent mes textes.


Que penses-tu de la réception actuelle de la musique afro ? Les pépites ne datent pas d’hier mais ce qui se passe en ce moment, c’est tant mieux. Vive les jeunes artistes de cette deuxième génération qui prennent conscience de leurs origines . …Quand on baigne dans une double culture et qu’on réussit à en extraire de la musique contemporaine, qui plaît et qui marche, c’est magique.


À quoi va ressembler ton premier album ? Quand va-t-il sortir ? Mon premier album va parler à tout le monde. Il sort dans le courant de cette année !