INTERVIEW – Ayana V. Jackson, photographe : « Je dois défendre mon travail mais aussi mon corps »

ENTRETIEN – Ayana Velissia Jackson séduit le monde avec ses oeuvres singulières. L’artiste américaine et ses autoportraits, dans lesquels elle se glisse dans le corps de femmes noires, illustres ou inconnues, de toutes les époques, sont de retour à Paris.

Nous avions rencontré Ayana V. Jackson en mars 2017 à l’occasion de la foire Art Paris Art Fair où elle a exposé. Sa série « Intimate justice in the stolen moment » est à découvrir à la galerie Baudoin Lebon dès ce vendredi 16 février et ce jusqu’au 7 avril 2018. Elle a étudié la sociologie et s’intéresse de près à l’histoire et à la représentation des corps noirs en se mettant elle-même en scène dans ses propres oeuvres. De ses débuts en tant que photographe, sa vie entre New York, Paris et Johannesburg, les défis liés au fait d’utiliser son corps dans son travail, à ses inspirations … On a pu poser quelques questions à cette artiste à l’oeuvre déjà foisonnante.

Comment avez-vous débuté dans la photographie ?

Mon père était un grand amateur de photographie. C’est une activité qu’on pratiquait régulièrement ensemble. J’ai fini par prendre des cours à l’université.

Quels ont été les premiers sujets de votre travail ?

Je me suis d’abord intéressée aux artistes Hiplife à Accra, aux musiciens du festival Afropunk à New York – j’ai travaillé en freelance pour des magazines lifestyle quand j’avais la petite vingtaine. Puis, j’ai travaillé sur « African by legacy, Mexican by birth » -Africain par héritage, Mexicain de naissance, ndlr-, un projet collaboratif avec Marco Villalobos. Cette série a conduit à une étude plus approfondie des populations afrodescendantes en Amérique latine. Sans oublier les conduct.eur.rice.s de matatu -taxis partagés- au Kenya, les artistes, activistes, intellectuel.le.s et étudiant.e.s en Afrique du sud après 1994, les artistes hip hop et graffeurs à Paris et j’en passe.
Ce qui est certain, c’est que je me focalisais sur les Africain.e.s et afrodescendant.e.s, en faisant bien attention à représenter le corps noir de façon dynamique et globale, pour rompre avec les récits qui associent ces personnes à un fort taux de mortalité, aux maladies, à la violence, à des victimes, ce que j’ai beaucoup entendu durant ma formation.

« Je ne suis ni latina, ni africaine, mais je sais ce que c’est que d’être noire »

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« Demons/Devotees I » par Ayana V. Jackson de la série « Archival Impulse » / Galerie Baudoin Lebon

Selon vous, ces travaux, qui vous ont permis de travailler à la fois sur le continent africain et auprès de la diaspora en Amérique latine et en France, ont-ils ouvert un autre type de discussion entre les résidents du continent et les afrodescendant.e.s ?

Absolument. A l’époque, je cherchais à élargir mon champ. En tant qu’américaine noire ayant grandi aux Etats-Unis, j’avais conscience des limites de nos médias et de notre éducation. J’ai longtemps connu mon père musicien , avant qu’il ne devienne avocat. Son groupe jouait de la musique du Ghana et d’Afrique de l’ouest en général, mais aussi du Brésil, et d’autres styles comme du jazz, du hip-hop, mais il les connectait entre elles comme des musiques issues de la diaspora. Très vite, j’ai su que l’histoire des Américain.e.s noir.e.s n’était qu’une partie de l’Histoire. Quand j’en ai appris davantage sur les communautés noires vivant dans d’autres régions des Amériques, comme le Mexique, le Venezuela, le Nicaragua et que j’ai rapporté les photos que j’y avais prises, ça a choqué du monde ! Ces personnes-là ne se rendaient pas compte que la traite des esclaves avaient été aussi étendue. De même pour le hip-hop au Ghana, les gens ne réalisaient pas que la voix de l’Amérique noire, à travers cette culture, avait porté si loin.

Ces personnes qui étaient si choquées, était-elles blanches ? Noires ? Les deux ?

Les deux. Par exemple, quand j’ai exposé à la Banque Mondiale, un des cadres blancs m’a dit : « Waouh ! J’ai travaillé dans cette région pendant 20 ans et je ne savais pas qu’on faisait du hip hop là-bas ! » En parallèle, les concierges ghanéen.ne.s qui faisaient le ménage pendant que j’accrochais mes photos étaient impressionné.e.s et très conten.t.e.s de voir Lord Kenya et Obrafour, des artistes Hiplife, affichés sur les murs. Iels voulaient savoir comment je les avais connu.

Je pense que cela a pu permettre d’ouvrir les esprits à la fois des noir.e.s et des non-noir.e.s. La plupart se demandaient « mais comment se fait-il que je ne savais pas ça ? »

Pourquoi, selon vous, ne savait-iels pas ces choses-là ?

On se contente de ce qu’on nous a dit… sans remettre cela en question. Que ce soit ce qu’on nous a appris à l’école, ou les informations dont les médias nous bombardent à longueur de journée. Il faut dire que tout le monde n’a pas le privilège de voyager. Alors on croit ce qu’on voit, lit et entend. Et si ces autres récits ne sortent pas -ou qu’on ne va pas pour les chercher- , on ne peut pas faire grand-chose. C’est ce que j’essaie de faire en partie avec mon travail : encourager une réflexion critique plutôt que de la passivité.

Suite à des expériences vécues au sein de ma famille, je savais qu’être noir.e était bien plus que ce qu’on m’avait montré. J’ai eu la chance d’avoir des ressources qui me permettent de voyager et de le voir.

Quand avez-vous voyagé pour la première fois ?

Je ne m’en souviens pas, ma mère était hôtesse de l’air. J’ai voyagé toute ma vie.

Mon premier voyage sans ma famille, c’était à 12 ans en Espagne avec ma classe. Plus tard, j’ai étudié à la fac en République dominicaine et en Argentine. En ce qui concerne ma première fois en Afrique, j’avais 24 ans.

J’ai toujours été habituée à vivre entre deux endroits. Mes parents étant divorcés alors que j’étais enfant, je vivais entre deux villes.

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Ayana V. Jackson devant ses oeuvres « Lucy » et « Anarcha » de la série « Intimate Justice in the stolen moment » à Art Paris Art Fair (mars 2017)

Vous vivez actuellement entre New York, Johannesburg et vous venez souvent à Paris. Le fait de se trouver régulièrement entre 3 continents aide-t-il à nourrir votre travail ?

Absolument. Je rencontre tout le temps de nouvelles personnes avec qui je partage des expériences, des idées. Montrer mon travail dans des contextes différents m’aide aussi dans mon rapport à mon travail.

Quand on s’est rencontré au Art Paris Art Fair en mars 2017, vous m’aviez dit que votre regard en tant qu’américaine regardant des Africain.e.s avaient été questionné par un ami blanc. Pouvez-vous expliquer ce qu’il a dit et comment vous avez réagi ?

C’était quelques années avant que je n’utilise mon corps dans mes oeuvres. J’étudiais à Berlin quand mon « regard d’américaine » a été remis en question. Je travaillais donc sur le Mexique et le Ghana. Il m’a interrogé sur le fait que je ne photographie que des africain.e.s et afrodescendant.e.s et m’a demandé, pourquoi est-ce que je pouvais le faire alors que je n’étais ni originaire d’Amérique du sud ni africaine -je suis donc une personne extérieure, tout comme lui, en tant qu’homme blanc- sans que cela ne soulève de question. Je me suis défendue en lui expliquant que l’une des choses que je partage avec toutes ces personnes est l’expérience de vivre dans un corps noir. Je reconnais que je ne suis pas une personne de l’intérieur mais j’ai une autre relation avec les femmes et hommes afrodescendant.e.s que lui n’a pas. Je trouve que c’est une question intéressante. C’est quelque chose qui m’habite encore à chaque fois que je prépare un nouveau projet; je me demande pourquoi je suis si sensible à la façon dont je représente le corps noir, pourquoi je choisis de photographier les afrodescendant.e.s d’une certaine manière, ce que j’essaie de faire.

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« Tignon » par Ayana V. Jackson de la série « Intimate justice in the stolen moment » / Galerie Baudoin Lebon

A quel moment avez-vous débuté les autoportraits ?

Mes premiers autoportraits, ou plutôt performances-car je ne me représente pas moi-même mais je me glisse dans la peau d’autres personnes- remontent à 2009 avec la série « Leapfrog (a bit of the other) Grand Matron Army » [Saute-Mouton (un peu de l’autre) L’Armée de la Grande Matrone], que j’ai commencé après avoir obtenu une résidence à Paris. Pour la première fois de ma vie, je me retrouvais dans un atelier à proprement parler et j’ai dû réfléchir à la manière dont je devais l’exploiter.

À de nombreuses reprises, dans des cercles élitistes, blancs, riches, j’ai été considérée comme un objet d’étude anthropologique ou comme une bizarrerie et j’en ai eu assez. Dans ces moments-là, j’aurais aimé pouvoir me multiplier et devenir toutes les femmes actives que je connaissais, pour les présenter à ces gens afin qu’ils sachent que les noir.e.s complexes, éduqué.e.s, et ayant voyagé existent… On pourrait alors parler de la pluie, du beau temps ou, que Dieu nous en garde, de l’art, comme des gens normaux.

La série « Leapfrog » est le résultat de cette envie de pouvoir me multiplier, alors, c’est ce que j’ai fait.

Qu’est-ce qui est le plus compliqué dans le fait de se mettre en scène dans ses propres oeuvres ?

Le plus compliqué est non seulement de défendre mon travail, mes choix, mes recherches, mes compétences mais aussi mon apparence physique et toutes les questions relatives à mon corps. On m’a par exemple posé des questions sur ma « beauté ». Comment dans « Archival impulse » (ndlr : série qui utilise des archives photographiques datant de l’expansion coloniale en Afrique et dans les Amériques entre le 19ème et le 20ème siècle) et « Poverty pornography » (ndlr : série autour de la représentation de la pauvreté dans les pays dits du sud et les clichés racistes), j’évoque des histoires très douloureuses, problématiques et peut-être aussi bien laides. Mais tout cela, selon ces personnes, en mettant en avant un beau corps ou un beau visage. Tout cela semble incompatible pour certain.e.s.

C’est fatigant d’être encore confrontée à cela car les questions que je pose dans mon travail repose sur bien plus qu’un corps. Cela est révélateur de leur relation à mon corps et aux corps qu’il représente quand je me mets en scène. Je suis retenue en arrière par ces traumas sur lesquels j’essaie de travailler. Dans ces moments-là, je suis bouleversée.

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« Death » par Ayana V. Jackson de la série « Poverty pornography » / Galerie Baudoin Lebon

Dans quels pays africains avez-vous exposé votre travail ? Comment le public l’a-t-il reçu ?

J’ai exposé en Afrique du sud, au Nigeria, au Sénégal, au Mali. A chaque fois, mon travail a été bien reçu.

En Afrique du sud, cela dit, c’était comparable aux Etats-Unis ; les gens ont plutôt apprécié « Archival impulse » et « Poverty Pornography », mais en même temps, ils étaient troublés et préféraient ne pas « se souvenir ».

Il n’y a qu’au Nigeria que mon travail a été perçu d’une façon totalement différente. C’était surprenant. Iels ne s’identifiaient pas à travers ces traumas et voyaient donc autre chose.

Quel.le.s artistes vous inspirent ?

Carrie Mae Weems, Rembrandt, Claude Cahun, Vermeer, Lorna Simpson, Ike Ude, Gilbert et George.

Vous pouvez retrouver le travail d’Ayana V Jackson sur Instagram https://www.instagram.com/ayanavjackson/
son site internet : https://www.ayanavjackson.com/
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[SPOILERS ALERT] #ACHAUD Le film « Black Panther » est-il aussi flamboyant qu’annoncé ?

SPOILERS ALERT – Depuis des mois, on en a vu des bandes-annonces et des images de ce Black Panther, mettant en scène le premier super héros noir issu de la famille Marvel. Le temps de bien apercevoir le casting canon, composé notamment de Lupita Nyong’o –12 years a slave, Star Wars-, Chadwick Boseman –Get on Up…-, Angela Bassett –What’s love got to do with it ?, Exhale, etc- ou encore Michael B. Jordan –Fruitvale Station, Creed…- les décors et des costumes à couper le souffle, une histoire qui se déroule entre l’Amérique et l’Afrique en rendant hommage à ce continent, avec ingénuosité. On a vu le film et on vous dit -dans les grandes lignes- ce qu’on en a pensé.
Black Panther, c’est l’histoire du premier super-héros noir chez Marvel, T’Challa, qui, après la mort de son père devient roi du Wakanda, un pays pacifiste et riche, situé en Afrique. Ce dernier possède des technologies uniques au monde et des ressources rares. Parmi lesquelles, le vibranium, extrêmement convoité -toute ressemblance avec des faits réels sera fortuite 😉 -. Le jeune monarque se retrouve face à une tâche délicate : protéger son peuple d’ennemis cupides.
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T’Challa joué par Chadwick Boseman / The Walt Disney Company France

 

 

 

Un vrai divertissement
Loin d’être des inconditionnelles des histoires de super-héros -les ressorts dans les histoires en général étant souvent les mêmes finissent par nous ennuyer-, on a été diverties du début jusqu’à la fin. Le film est très bien rythmé , le jeu de l’ensemble des act.eur.rice.s est expressif. On est passé par toutes les émotions… Bref, on s’est laissé transporter. Sans oublier l’esthétique au top ; des effets spéciaux, aux costumes, en passant par les décors et la flamboyance du casting afrodescendant – venu des quatre coins de l’Europe et des Etats-Unis, saurez-vous d’ailleurs reconnaître Isaach de Bankolé ?-… Ca fait du bien ! Même si les superhéro.ine.s, ce n’est pas votre truc, vous allez obligatoirement être pris.e.s au piège.
De l’importance des femmes
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Danai Gurira, Lupita Nyong’o, Florence Kasumba -Walt Disney / Marvel

 

 

Que ce soit Nakia -interprétée par Lupita Nyong’o-, Okoye -jouée par Danai Gurira- ou Shuri -personnage dans lequel s’est glissée Letitia Wright-, les personnages féminins sont bien écrits et développés. Les femmes sont des personnages-clés : elles apportent les solutions. C’est par exemple Nakia qui a le -bon- réflexe de taper à la bonne porte lorsque son amour T’Challa est laissé pour mort au cours d’un duel avec son cousin américain. C’est Okoye, meilleure guerrière du pays au service du roi, qui poussera son mari W’kabi -interprété par Daniel Kaluuya- à l’âme vengeresse à rendre les armes ou encore Shuri la soeur du monarque qui permettra, grâce à ses innovations technologiques, de sauver des vies et le royaume en question. Tout cela en étant cool, stylées, déterminées, touchantes et sacrément efficaces.
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Letitia Wright joue Shuri / Marvel Studios 2018

 

 

Accents et sons afro
On a un peu tiqué en entendant une petite partie de la bande-son, mélange de tam tam et de voix un rien cliché. On a dû s’habituer aux accents « wakandais  » des comédien.ne.s américain.e.s. Pourquoi ne pas avoir laissé le cast parler avec leur accent habituel plutôt que de forcer le trait ? Le cinéma est un monde d’imaginaire et le décor est bien planté – dans un pays africain, c’est assez clair-, on aurait donc pu comprendre de toutes les façons, non ?
Diaspora
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T’challa (de dos) affrontera bientôt Erik Killmonger / Marvel Studios 2018

 

 

La dualité entre T’Challa, enfant du pays, héritier logique du trône, et Erik Killmonger, joué par Michael B. Jordan, le cousin américain privé de son père durant son enfance par son oncle et abandonné, cristallise une vision : celle des rapports, complexes, que l’on peut entretenir avec un endroit où nos ascendant.e.s sont né.e.s. Le différend des deux personnages -outre le fait de pointer que l’ennemi vient souvent de l’intérieur- repose sur les sentiments de celui qui a connu, est né, a grandi, a quitté, est revenu sur la terre où sont nés ces parents -T’Challa- et de celui qui ne la connait pas, l’a fantasmé et rêve de la conquérir -Erik-. Le premier a la mission de ne pas galvauder ses traditions tout en accueillant l’autre alors qu’accepter cette identité hybride est un combat difficile pour le deuxième semble nous dire le film.
Erik Killmonger reçoit le coup fatal porté par T’Challa et demande à ce que son corps soit jeté dans la mer pour rejoindre ses ancêtres. Ce geste rappelle comment ils se jetaient des bateaux après avoir été capturés pour être mis en esclavage et préféraient mourir plutôt que de vivre enchaînés. Belle façon d’évoquer cette partie de l’histoire des afro-américain.e.s. Ou on ne peut voir dans tout cela que de belles bagarres, de belles paroles coincées dans le beau décor de Marvel qui fera date.
Nous divertir, nous faire réfléchir ; Black Panther a -plus que- fait le boulot.

Dix bonnes raisons de venir parler santé, sexe, intimité avec Axelle Jah Njiké et Sharone Omankoy

Voici deux ans que nous organisons des événements. Des rencontres-débat publiques, sur diverses thématiques, avec des acteur.ice.s du monde afro-français.

Jamais nous n’avions décidé d’aborder un sujet aussi sensible, important, compliqué : la santé et la manière de la préserver, à tous les niveaux.

C’est un débat émergent, au coeur de nos vies, mais qu’on a encore du mal à aborder.

Nous trouvions intéressant de pouvoir apporter quelques outils, réflexions, coups de gueule avec l’aide de talents, en introduction d’une soirée musicale de haute volée.

N’hésitez pas à prendre vos billets, on vous dit ici pourquoi vous ne le regretterez pas !

Billetterie > weezevent.com/l-afro

  1. Des intervenantes de choix

Nous sommes heureuses et fières qu’Axelle Jah Njiké et Sharone Omankoy aient accepté de discuter en public de ces sujets. La première est une autrice, militante à l’histoire personnelle chargée, et administratrice à la GAMS, federation qui s’occupe de la question des mutilations sexuelles et des mariages forcés. La seconde est l’une des personnes à l’origine de Mwasi, travaillant au contact de femmes afrodescendantes affectées par le VIH. Toutes deux féministes, de générations et de backgrounds différents, elles ont également l’avantage de ne pas être d’accord sur tout ; toujours utile pour un débat. Elles s’accordent sur quelque chose de fondamental : l’intime est nécessairement politique. Et important à reconsidérer, notamment pour les afrodescendant.e.s. Elles ont l’habitude d’être à l’écoute et de choisir les bons mots pour parler de sujets qui bouleversent les codes.

Ni thérapeutes, ni gourous, elles vont cependant délivrer bon nombre d’informations de par leur métier et leur expériences personnelles. Et vont sans doute bousculer vos idées reçues, sur tous les sujets ayant trait à l’intime.

2. La qualité de l’échange

Les deux intervenantes partageront non seulement leurs expériences personnelles mais, également professionnelles, elle seront en mesure de fournir des faits en communiquant des données notamment autour des port.eur.ses du VIH dont Sharone Omankoy nous parlera, loin des clichés habituels que l’on peut entendre sur la question.

3. Des thématiques rarement abordées

Il est rare que ces sujets soient évoqués, surtout dans un espace public. On salue au passage des initiatives tels que le podcast Exhale propulsé par le média atoubaa ou encore les rendez-vous Sexcare.

4. Le cadre

C’est notre deuxième événement au Hasard Ludique. La salle permet d’accueillir un nombre important de personnes tout en gardant le côté intime nécessaire à ce type d’événements. Un espace sûr, safe, où ce qui sera dit sera respecté et tout le monde est bienvenu. Vous avez notre parole.

5. Un sujet qui nous concerne tout.e.s

Toujours sensible à la question de la transmission d’une génération à une autre, nous espérons que cette discussion pourra être l’occasion de débuter ou de pousser plus loin des questionnements personnels mais aussi ouvrir ou prolonger des dialogues, que vous ayez 18 ou 45 ans, que vous soyiez une femme, un homme, mère, père, soeur, frère …

6. On parlera santé sexuelle mais pas que …

Toujours dans le thème de la santé, on abordera également les enjeux liés à la dépigmentation de la peau avec Aude Mougayana de l’association Esprit d’Ebène, qui a lancé une campagne dans les transports franciliens intitulée Stop Dépigmentation dont les clichés sont signés du photographe David Uzochukwu et qu’on exposera le samedi 17 février.

7. L’intimité respectée, justement 😉

Vous vous posez peut-être des questions très intimes, ou avez peut-être des proches qui sont dans des situations sanitaires compliquées, voire mortelles. Vous ressentez peut-être de la tristesse, de la gêne à évoquer certains sujets ayant trait à votre histoire intime, sexuelle et vous ne savez peut-être pas où trouver des réponses à vos questions, quel qu’elles soient. Cet événement peut être l’une des occasions d’en obtenir, et de rencontrer des personnes avec qui vous pourrez dialoguer dans le respect.

8. Le concept : talk mais aussi live et party 🙂

Le thème du débat vous gêne ? Vous ne vous sentez pas concerné.e ? Vous avez peur de ne pas pouvoir arriver à temps pour attraper tout le débat car c’est samedi, que 20h ça vous paraît tôt et que vous courrez déjà toute la semaine ? Le débat promet d’être très intéressant, très fort ; il introduit une soirée musicale qui le sera tout autant. Sira Niamé est la tête d’affiche du concert de cette soirée. L’univers de cette jeune chanteuse cadre parfaitement avec l’événement.

Sira Niamé

Mutine, aventureuse, voire frondeuse, la musique de Sira Niamé est un mélange des musiques afrodescedantes qu’elle aime écouter, qu’elle a appris à maîtriser, et qu’elle a appelé africana. Ses textes parlent de sa vie de femme, amoureuse, à corps perdu dans des histoires intenses, tantôt sulfureuses, tantôt douloureuses.

Plus besoin de vous présenter Cheetah dont nous vous avons déjà parlé ici et.

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Marina Wilson par @NoellaL pour L’Afro / #FraichesWomen

C’est par ailleurs la deuxième fois qu’elle mixe à notre événement. La première fois, c’était déjà au Hasard Ludique. On ne change pas une combinaison gagnante 😉

9. Nos soirées se passent toujours bien 😉

La preuve en images

https://youtu.be/LGmlbR11UZw

10. On ne se retrouvera ensuite qu’en mai

OH NON, vous voit-on déjà crier en vous prenant la tête entre les mains. Si vous ne savez pas tenir sans nous pendant 3 mois, ne vous inquiétez pas, ce n’est qu’un au revoir ! C’est notre dernier événement avant le festival Fraîches Women. Nous l’avons annoncé, on bosse dessus d’arrache-pied : début mai, nous organisons notre première manifestation d’envergure, une plateforme dédiée aux femmes afrodescendantes et à toutes les autres. Ateliers, rencontres, stands, concerts, dj sets… On va mettre les petits plats dans les grands et créer un espace propice à la discussion et aux échanges.

On lance le #FraîchesWomen festival cette année !

Du projet photographique à la journée de rencontres et de concerts…

Les rappeur.se.s ont leur classement des FreshMen du magazine hip-hop XXL. Et L’Afro les Fraîcheswomen. À la base, on voulait juste célébrer des femmes qui, dans des domaines aussi divers que la gastronomie, la vie citoyenne ou le théâtre entre autres, creusent leur sillon, depuis plus ou moins de temps, avec brio.

Des femmes. Noires. Rien qu’elles. Sans plus de prétention que de les voir, sous une jolie lumière, dans les yeux d’une photographe talentueuse. Et d’avoir envie de connaître leur parcours.

Tout est parti de là >> bit.ly/EditoFraichesWomen

On les a écrites, les premières fois en cuisine de Clarence, l’arrivée de la revue littéraire de Penda, la naissance de la marque d’Aïssé. Vous les avez lues, vous nous avez même dit que leurs parcours vous avaient interpellé, intrigué, que vous vous étiez reconnu.e.s dans certains.

On ne distingue pas les Fraîcheswomen pour faire une différence. Elles sont bel et bien parmi vous.

Vu vos retours, -et le plaisir qu’on a eu à concevoir le shooting, à écrire les portraits et la tristesse ressentie quand tout a été fini-, on s’est dit qu’on voulait pérenniser le projet.

C’est sûr, il y aura d’autres Fraîcheswomen.

Ce qu’on a trouvé incroyable, c’est le nombre de discussions importantes que le projet a suscité. Du coup, on s’est dit que le meilleur moyen de continuer à pouvoir rencontrer des femmes inspirantes –poke Arièle ;)-, à en parler autour de nous, au plus grand nombre, c’était de poursuivre la conversation grandeur nature. De l’installer, la poursuivre dans un endroit où elle pourrait être suivie par de nombreuses personnes, de l’agrémenter, d’y ajouter d’autres voix, dans tous les sens du terme.

Bref, d’organiser un festival, en somme, à notre échelle. Un événement inclusif, avec des débats, des ateliers, vous, nous, des concerts, au mois de mai. Qui se cale, modestement, et sans les bisser à côté d’autres initiatives essentielles. À la barre, l’équipe de L’Afro et d’autres bonnes volontés. Tout le monde peut y venir, les femmes noires en restent le phare.  

Ce n’est pas parce qu’on organise à peu près tous les deux mois une rencontre-débat qu’on a cru que ce serait facile.

C’est un défi, sur plein de plans.

On voulait commencer à vous en parler. On va sans doute vous solliciter un peu en amont pour faire une collecte de fonds, mais on a d’ores et déjà prévu des contreparties qui tuent !

On vous tient vite au courant pour la suite.

Et on avoue qu’on a HÂAAAAAAATE de vous parler du programme.

Bientôt. Promis.

Les Filles de Illighadad : Et le blues touareg se conjugue enfin au féminin

Le groupe sera sur la scène du Hasard Ludique jeudi 9 novembre.

Jusqu’à il y a peu, elles étaient encore trois. Pour créer, et surtout voyager, depuis novembre 2016, où leur carrière a pris un tour international.

Les Filles de Illighadad sont en France -pour la quatrième fois- depuis quatre jours au moment où on les interviewe pour présenter leur premier album Eghass Malan sorti le 29 octobre 2017. Preuve que leur renommée s’accroît, Fatou Seidi Ghali et Alamnou Akrouni viennent de jouer en Israël et au Maroc, en Afrique « où il est important que notre musique soit plus connue ». En attendant, le duo ne montre pas de signes de lassitude de la longue journée passée à promouvoir leur opus.
« On est contentes de pouvoir faire entendre ce que l’on fait, de voyager, de revoir Paris », explique Fatou qui s’exprime en tamasheq, l’une des langues parlées au Niger. Ahmoudou Madassane, membre informel du groupe traduit leurs réponses courtes, parfois ponctuées d’un sourire.
Hormis Zara Moussa, une des rappeuses engagées du pays, en Occident, la musique du Niger est souvent associée au blues touareg. Popularisé par des groupes tels Tinariwen, Bombino et bien d’autres, il est rarement incarné au féminin. Le son singulier des cordes, surmontées des voix des chanteuses donnent naissance à des morceaux lancinants.

Outre la dimension féminine de leur formation, les Filles d’Illighadad se démarquent par le jeu de guitare, qui sonne comme le takamba, qu’on appelle aussi n’goni. « J’ai appris à jouer en regardant mon grand frère », souligne Fatou.  Leurs textes sont également des évocations de leur vie quotidienne. De la direction artistique au choix des titres, les Filles imposent leur style, -sauf le nom qu’on leur a choisi. N’en déplaisent à ceux qui ont encore du mal à envisager qu’une femme puisse jouer d’un instrument, notamment tradit, malgré le talent des musiciennes en Afrique de l’Ouest. « Ce sont surtout les anciens qui tiquent. La nouvelle génération n’a pas de problème avec ça ! », assure Fatou. Pour une femme, il reste compliqué d’être autorisée à composer. « Au Niger, il reste compliqué d’aller librement si on est une femme et qu’on n’est pas mariée », complète Ahmoudou. Fatou Seidi Ghali et Alamnou Akrouni, là encore, dérogent à la règle.