#Fraicheswomen2017 n°1 : Clarence Kopogo, co-fondatrice et cheffe de Table Nali

« Je désire participer à la démocratisation de la gastronomie et des cultures culinaires africaines. »

Gastronomie – Clarence Kopogo a lancé Table Nali avec sa soeur Nadia en 2014 et figure sur la photo de famille de la rentrée.  Parce que cette femme cheffe cuisinière s’illustre dans un milieu très masculin après avoir été formée par l’étoilé Thierry Marx. Parce qu’à travers son concept de cuisine, elle propose des spécialités revisitées de la Centrafrique dont elle est originaire dans un souci de transmission culturelle. Parce qu’elle est passionnée par ce qu’elle fait. Après avoir servi sa street food à la Villette, au festival de musique We Love Green, ou encore à la Fondation Cartier cet été, elle nous parle ici de son travail, de son expériences et de ses projets à venir.

Comment définissez-vous votre travail ? 

Mon travail se définit comme suit ; ré-interpréter la cuisine africaine avec toutes les multi-culturalités qui me traverse. Je désire participer à la démocratisation de la gastronomie et des cultures culinaires africaines. Innover en proposant une cuisine contemporaine, accessible à tous. Partir de la source, de cette richesse culturelle que nos mères et nos tantines ont apportées avec elles dans leurs valises.

A-t-on essayé de vous décourager ou au contraire vous avez été encouragée, choyée, portée dans votre entreprise ?

La cuisine a toujours été présente dans ma vie. Plus jeune, sous l’impulsion de mon beau-père, j’avais entrepris  un CAP cuisine. Au bout d’un mois j’ai arrêté ; à l’époque, c’était la musique et la danse qui m’intéressaient ! C’est plus tard, grâce à ma sœur, que j’ai repris la cuisine. J’avais refoulé le tout. Évidemment, j’ai eu droit à des « tu es sûre ? c’est dur la cuisine ! Et les horaires … et puis tu as des enfants,  comment tu vas faire ?!! » Cela ne m’a pas arrêté, au contraire ! Je savais que cela n’allait pas être facile et ça n’est toujours pas le cas, en tant que femme d’abord. Évidemment que les gens étaient surpris les premières fois de voir une femme noire au crâne rasé au sein de leur brigade. Encore aujourd’hui, quand j’effectue des missions ou des extras, je vois l’étonnement des gens ; ça me fait sourire intérieurement. Oui, ils sont surpris ! Mais après ça roule. Dans les cuisines, on parle un seul et unique langage. On s’en fout d’où tu viens, de ton histoire au contraire, c’est un plus ! D’autant plus que dans les brigades, tu trouves des personnes de toutes origines et j’aime ça ! Tu parles anglais, japonais, tamoul ou italien 🤣. C’est vrai que les commis plongeurs sont très souvent des personnes d’origine sri lankaise , bangladaise ou ouest-africaine. Généralement, tout le monde se respecte et reste à sa place. Effectivement, j’ai eu affaire à des comportements misogynes, c’était davantage avec ces personnes-là qu’avec des blancs … imaginez un homme noir à qui une femme donne des ordres ?!!! Ou encore un Sri Lankais. Et comme je n’ai pas la langue dans ma poche, je l’avoue, il y a eu des gros clashs. Après, tout rentrait dans l’ordre. Ma soeur et moi avons eu de la chance, notre famille et nos amis nous ont toujours portées , encouragées … je pense même qu’on les a saoulé avec ça ! J’ai de la chance d’être entourée, vraiment. Même dans les moments de doutes , de remises en question … Table NALI ne serait pas là sans les proches. Merci à eux.

Retrouvez l’édito photo et toutes les #fraicheswomen réunies  

Quand vous êtes-vous vraiment sentie cheffe cuisinière ? 

J’ai mis du temps à avoir confiance en moi, à construire mon identité culinaire. Il ne suffit pas de dire « je fais de la cuisine africaine » ou « je cuisine bien ». Il faut se demander quelle va être ta patte, ta signature. On a eu à faire bon nombre d’événements et les retours ont toujours été positifs Mais ce n’était jamais assez pour moi (ça, c’est mon côté maso !), je n’ai pas encore atteint le niveau que je veux.

J’ai réellement pris confiance en moi quand j’ai eu à réaliser une carte pour un restaurant au début de l’année dernière. Il a fallu remplir un cahier des charges , vérifier les coûts, recruter et manager une équipe, sourcer les produits … Mais le plus dure quand vous démarrez en cuisine est d’avoir une constance dans les gestes , la maîtrise du temps et évidemment du goût ! 

La cerise sur le gâteau, c’est quand les clients qui passaient en cuisine m’ont félicitée. Un notamment m’a dit « bravo mais comment faites vous pour mélanger  toutes les civilisations dans votre cuisine ? » C’est à ce moment-là que j’ai sentie que je pouvais toucher les gens avec ma cuisine.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je poursuis le développement de Table Nali en prospectant de nouveaux clients. A partir du 1er octobre prochain, vous pourrez nous retrouver pour le Gombo Mix, un brunch sonore au bar Les Ecuries dans le 2ème arrondissement de Paris. Il y aura plein d’autres choses au courant de l’année à venir, notamment la création d’une association pour la promotion de la gastronomie et des cultures culinaires africaines.

Quelle est votre principale source d’inspiration ? 

Je ne pense pas avoir qu’une source d’inspiration ; la cuisine me permet de m’exprimer, de canaliser mon trop plein d’énergie… un morceau de musique, un tableau, d’autres cuisines peuvent m’inspirer . Et évidemment les gens et leurs sourires, j’aime l’idée de rassembler les gens autour d’une grande table… peu importe leurs histoires.

(Crédits photo : Noellal)

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EDITO – #Fraicheswomen : Black girls rock in France !

À quand une marque, un média, des entreprises FUBU ? La question revient souvent. Des femmes afrofrançaises qui font des choses, il y en a. Dans le milieu associatif, en politique, dans la mode, au théâtre … Certaines sont même totalement dans l’ombre, quand leur métier le requiert ou parce que ce qu’elles font, ce qu’elles sont, n’existe financièrement, politiquement, médiatiquement, que difficilement dans notre bonne société française.

2017 a été une année particulièrement riche en événements : première tenue du festival Nyansapo, les deuxièmes éditions du camp décolonial et du festival Black(s) to the future, l’arrivée du média nothingbutthewax, d’Ouvrir La Voix, le film choral d’Amandine Gay, en salles -qui va cartonner-, le documentaire Marianne Noires de Mame-Fatou Niang,  la diffusion toujours plus importante du guide de l’Afrique à Paris Little Africa -une première- par Jacqueline Ngo Mpii, la création par la journaliste Cathy Thiam de Sheroes TV, 30 Nuances de Noir.e.s, le beau projet de fanfare afroféministe de la chorégraphe Sandra Sainte Rose…

Bonne nouvelle : ces initiatives, pensées ou portées par des femmes, sont loin d’être les seules à exister.

Non, elles ne brossent pas toujours dans le sens du poil. Oui, elles sont importantes et contribuent à changer les choses.

Nous avons donc décidé de réunir neuf femmes, aux parcours et personnalités différents. On suit leur travail, on nous en a parlé en DM, on les a vu à la télé, sur la toile, en étant de sortie à Paris… Nous avons fini par les contacter, elles étaient disponibles, ont bien voulu nous faire confiance, avaient juste envie d’en être.

Et les voilà, toutes réunies.

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De gauche à droite, en hauteur : Maroussia Pourpoint, Penda Diouf, Anaïs Durand Munyankindi, Aset Malanda, Clarence Kopogo et Aïssé N’diaye. De gauche à droite, par terre : Marina Wilson, Manon Ahanda et Danièle Obono / crédits : Noella L IG : @noellal

On a voulu cette photo de famille, ce cliché façon rentrée pour célébrer ces femmes qui font plus que « représenter » dans leurs domaines respectifs. Que ce soit en politique -Danièle Obono-, dans le monde de la gastronomie- Clarence Kopogo-, dans l’industrie créative -Marina Wilson-… Des femmes afrodescendantes aux talents et savoirs -(faire) multiples qu’il faudra suivre, parce qu’elles sont là pour longtemps.

Maroussia, Aïssé, Penda … certaines se connaissaient, d’autres se sont rencontrées pour la première fois le jour de la séance photo. Le shooting a été aussi l’occasion pour elles de se parler, de nouer des liens -enfin elles pourront mieux le dire que nous-, en quelques heures de sororité et de simplicité.

Nous vous proposons de découvrir tous les jours dès mardi le portrait d’une d’entre elles. Oui, on espère que suite à cette première édition, d’autres suivront pour vous présenter de nouvelles #fraicheswomen, très bientôt.

Adiaratou et Dolores, L’Afro team

Pourquoi L’Afro ? 

Merci à elles de nous avoir fait confiance  :

Manon Ahanda

Penda Diouf

Anaïs Durand Munyankindi

Aset Malanda

Aïssé N’diaye

Danièle Obono

Maroussia Pourpoint

Clarence Joséphine Volta

Marina Wilson

Un grand merci à Noella L. la photographe qui a permis de donner forme à ce projet que nous avions en tête (à suivre sur son instagram) et au bar Monsieur Zinc à Odéon qui nous a chaleureusement accueilli et laissé utiliser son bel espace (à retrouver sur Instagram et Facebook).

« Marianne et le Garçon noir », « Comme un million de papillons noirs » … sélection littéraire 2017 pour petits et grands

LITTERATURE – Fictions, essais, livres jeunesse, l’année 2017 aura été riche en productions littéraires. Parmi la longue liste de parutions en librairie, certains ont particulièrement retenu notre attention. L’Afro vous propose donc une sélection d’ouvrages pour les adultes mais aussi pour les enfants.

Marianne et le Garçon noir dirigé par Léonora Miano

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(Paru le 20 septembre)

A la suite d’une tribune parue fin août 2016 dans le journal Libération pour demander justice après la mort aux mains de la police d’Adama Traoré, l’écrivaine a décidé de faire appel à des artistes, des chercheur.se.s et des activistes pour parler des expériences des hommes noirs dans la société française. Parmi les contributeur.ice.s, l’historien militant Amzat Boukari, le comédien Yann Gael , ou encore les artistes Akua Naru et Elom 20ce.

Léonora Miano présentera cet ouvrage accompagné de plusieurs contributeur.ice.s, jeudi 21 septembre au MC93 à Bobigny. Pour connaître les prochaines rencontres qui se tiendront dans plusieurs villes françaises, c’est par ici.

Double vague, le nouveau souffle du cinéma français de Claire Diao

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(Paru le 18 mai)

Il s’agit du premier livre de la journaliste spécialiste cinéma, résultat de 10 ans de travail. Celle qui parle du septième art en Afrique sur Courrier International et chroniquait au Bondy Blog propose dans cet ouvrage un état des lieux de l’industrie cinématographique française en laissant la parole à des réalisateur.ice.s et comédien.ne.s aux backgrounds et parcours divers (JP Zadi, Alice Diop, Cédric Ido, …) , hors du sempiternel milieu bourgeois et parisien.

Claire Diao vous donne par ailleurs rendez-vous au MK2 Beaubourg à Paris le mercredi 26 septembre à 20h pour le lancement de la quatrième saison de Quartiers Lointains , cycle de courts métrages itinérants entre Nord et Sud dont elle est la fondatrice et dont nous sommes partenaire cette année.

5 films africains sur le thème de la justice seront diffusés.

Neïba je-sais-tout (ou presque) Tu sais garder un secret ? de Madina Guissé

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(Paru le 16 juin)

Neïba, petite fille à la langue bien pendue, doit apprendre à savoir garder un secret. Ce livre drôle et touchant, mis en images par Lyly Blabla, a en plus le mérite de mettre en avant des personnages noirs pour un public d’enfants, à l’heure où la représentation de ces derniers se fait rares et avec bien trop de clichés.

Comme un million de papillons noirs de Laura Nsafou

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(Date de parution inconnue)

L’auteure et militante, aussi connue sur la toile sous le nom de Mrs Roots, s’est demandée où étaient les héroïnes noires auxquelles les jeunes filles peuvent s’identifier et qui leur permettent d’aimer leurs cheveux ? Elle a donc décidé de lancer une campagne de financement participatif, finalisée avec succès.

L’ouvrage, une belle initiative illustrée par Barbara Brun, est d’ores et déjà prêt mais aucune date de parution n’a été communiquée pour le moment. On reste en alerte.

 

Qui es-tu… Kengné Téguia, du collectif Black(s) to the future ?

RENDEZ-VOUS – Découvrez Kengné Téguia l’un des artistes du collectif Black(s) to the Future, dont le festival aura lieu au Petit Bain les 16 et 17 septembre. Il y présente une vidéo et une performance le dimanche avec l’artiste Eden Tinto Collins.

On suit le festival Black(s) To The Future depuis sa première édition. On aime le côté visionnaire de la créatrice, Mawena Yehouessi, la fondatrice de la plateforme du même nom, son franc-parler -son interview vidéo pour Vice diffusée sur les réseaux en mai dernier en est un parfait exemple-. Elle a remis l’afrofuturisme sur le devant de la scène et contribué à  structurer une scène artistique créative, vive, qui bouscule. Kengné Téguia en fait partie. Il montrera une partie de son travail, qui prend racine dans sa surdité et d’autres éléments importants de sa vie, le 17 septembre 2017 et nous a parlé de lui, de sa quête en tant qu’artiste. Un récit sincère, intense qui nous a ému. Et un rappel aussi, qu’il reste important de se protéger du VIH en utilisant le préservatif. 

Petite note avant lecture

Voici ce que Kengné nous a dit en préambule, avant de répondre aux questions que nous lui avons posé par mail. « Je pense qu’il est important que certaines choses soient dites afin que ma démarche artistique puisse être comprise mais surtout faire écho aux personnes qui ont besoin de ce genre de témoignage pour avoir la force d’avancer dans leur vie et de savoir qu’on pense aussi à elles. » Ce qui suit s’inscrit exactement dans cette lignée. Nous sommes touchées qu’il ait livré certaines choses à L’Afro, auxquelles on ne s’attendait pas. On remercie aussi énormément Annie M.T. d’avoir permis en amont la rencontre et la prise en compte de plein  de facteurs qui nous permettent -on l’espère en tout cas- de prendre en charge ce récit, de le manipuler avec le plus d’attention possible et de le publier ici. Bonne lecture !

Comment j’ai intégré « Black(s) To The Future

« La rencontre avec Mawena a eu lieu en deux temps. D’abord dans un cadre pro, par le biais d’Oliver Tida Tida, que je devais accompagner dans le cadre du partenariat de Blacks to the future avec le Before du Quai Branly pour l’exposition « The Color Line ». Cela n’a finalement pas pu se faire pour des raisons de concordances d’emploi de temps. Et la vie a continué.
On s’est véritablement rencontré avec l’aide de Tarek Lakhrissi, qui est comme un frère et fait partie de  Black(s) to the future. Tout comme Eden Tinto Collins, Josèfa Ntjam, Nadir Khanfour, Fallon Mayanja, Elvira Hsisson, Olivia Foulke. On est tou.te.s en train de travailler un projet traitant de la question du « healing » (le soin) et de comment on pourrait créer un « healing center ». À ce moment-là à travers le coup de foudre amical que j’ai pu avoir avec Mawena que ma place au sein de Black(s) to the future a pris sens, aussi pour ce que j’étais et suis encore. Et que l’endroit où je pouvais m’épanouir dans toute mon entité était celui-ci.

Pour découvrir le festival et tous les artistes programmés -dont Kami Awori-> http://blackstothefuture.com/festival/

Qui suis-je ?

Je m’appelle Kengné TEGUIA, je suis artiste et j’ai 30 ans.
J’ai envie de commencer par le commencement, je suis né avec 80% de surdité. Grâce à des appareils auditifs, j’ai pu avoir accès à l’audition avec les 20% restante. Entre temps, j’ai pu acquérir le langage parlé avec un apprentissage tout à la fois ludique et intensif, grâce un environnement stimulant instauré par mes parents et orthophonistes. J’ai suivi un cursus scolaire classique, c’est-à-dire entouré d’entendants ; pour mes parents, il était hors de question que je ne puisse pas avoir les mêmes chances que tout le monde du fait de mon handicap. Je n’ai donc pas évolué avec des sourds et n’ai donc pas appris la LSF (langue des signes françaises). J’ai eu de la chance d’avoir des parents qui étaient particulièrement attentifs/soucieux de mon épanouissement puisque dès mon plus jeune âge, j’ai pu avoir accès au cinéma grâce à Canal +.

À l’époque, c’était l’une des premières chaînes, pour ne pas dire la seule, qui se souciait de sous-titré leurs films français. Ce qui m’a rendu cinéphile ; je nourris depuis une passion particulière pour le cinéma d’auteur français et international. C‘est aussi pour cette raison que la place de la vidéo a une place importante dans ma pratique artistique.
J’ai toujours été attiré par la musique dès mon plus jeune âge, je pense que le fait qu’elle soit prédominante au sein de mon foyer familial y est pour beaucoup mais elle n’a pas été accessible de premier abord. Du fait de mon audition, je décortiquais d’abord ce qui m’apparaissait comme n « bruit » avant de pouvoir considérer ce dernier comme une mélodie. La lecture des paroles de la chanson, le visionnage du clip vidéo m’y aidait … ce qui me rendait très sensible à ce que pouvait proposer un artiste avec son CD et le livret qui l’accompagnait. Ceci explique pourquoi le son a également une place importante dans ma pratique artistique. À travers les reprises de chansons que j’ai pu faire, comme par exemple, celle de Céline Dion « Pour que tu m’aimes encore », cette dernière fait partie de mon enfance et j’ai pu l’entendre grâce à la pochette d’album que mes parents avaient à la maison.

Par le biais de la mémoire collective, j’invite l’auditeur à pouvoir avoir des repères par rapport à ce qu’il connaît pour pouvoir être dans de bonnes disposition pour être réceptif à ce que j’ai à lui dire. C’est par cette manière que j’essaie, je pense, de permettre à l’autre d’être ouvert à cette autre manière de chanter, d’être ouvert à ces autres questionnements que j’essaie de soulever de manière implicite dans mon art, pour être réceptif à une abstraction proposée en somme.

« Je me mets à  nu, car mon travail introspectif a porté ses fruits »

Puis est arrivée l’adolescence où plusieurs enjeux ont pris de l’importance, la question de ma place en tant que sourd -lorsque la perte d’audition est entre 70% et 80%, on parle de surdité sévère, c’est le dernier palier avant la surdité profonde et enfin totale- quand le handicap est invisible et que son entourage est entièrement entendant, de la question d’être homosexuel dans un environnement où c’est un tabou, du fait que mes parents, nés au Cameroun, n’y étaient pas sensibilisés et du manque de représentations. À cette époque, Internet n’était pas aussi rapide et aussi riche que maintenant.

La difficulté a été de savoir ce que je voulais réellement, de me dépasser pour prouver que je pouvais faire autant qu’un entendant, tout en ayant un handicap lourd et ne jamais se reposer aussi bien dans son foyer familial et à l’extérieur ou dire « fuck ». N’ayant pas de modèles pouvant m’aider à m’affirmer et à embrasser mon handicap, j’ai été plutôt dans la première optique. Ce qui a eu pour conséquence de me mener doucement mais sûrement vers la dépression.

À mes 18 ans, alléluia ! j’ai mon bac mais je reçois une autre nouvelle. Suite à une relation un peu, pour ne pas dire très malsaine, après un test, j’apprends que je suis séropositif. Je suis tombé amoureux d’un mec qui avait plus de 10 ans de plus que moi, allergique à la capote, et malgré le fait que j’étais particulièrement rôdé sur les questions du SIDA, j’ai été contaminé. À cette période, ce qui m’a sauvé, je pense, est le fait que j’étais, déjà, dans une logique de résilience, de survie par rapport à mon passif. Surtout, je me suis posé et me suis dit « hum, hum, il va falloir se regarder en face, faire de l’introspection pour pouvoir régler tes soucis, sinon tu es dans la merde !! » J’ai eu de la chance d’avoir une amie qui m’a accompagné et avec qui on s’auto-analysait, en se disant, « on va en chier pendant 10 ans, en ne pensant qu’à nos soucis à régler mais après on avancera pour de bon et putain, on finira par s’aimer doucement nous-mêmes. »

Entre temps, ne sachant pas quoi faire après le bac, j’ai suivi le cursus « facile », qui est l’informatique, puisque mon père est maître de conférence dans ce domaine. Je sentais bien que ça ne me plaisait pas mais je prends sur moi, le temps des études, 3 ans, le temps de mon taf en tant qu’administrateur réseau, 3 ans, aussi. Et à mes 25 ans, du jour au lendemain, je perds totalement mon audition. On me propose donc une oreille bionique. Cette dernière est aussi appelée implant cochléaire, qui est composée de deux parties : une à l’extérieur qui permet de capter le son, qui relie l’autre partie interne, elle-même connectée au nerf auditif. Après une rééducation intensive, j’entends de nouveau et de manière plus précise.

« Black(s) to The Future est une plateforme pour donner de l’amour (…) proposer des alternatives à un futur pessimiste »

De nouveaux sons apparaissent, comme celui d’une feuille qui tomberait par terre. Des choses se débloquent chez moi et je commence petit à petit à créer. Notamment à travers le dessin, plus précisément l’autoportrait, une manière sans doute de continuer ce travail d’introspection. La nécessité d’expression prend le dessus sur le confort matériel, social. C’est une renaissance. Je démissionne, je me prends 6 mois, je fais une rencontre décisive avec Laure Riginale, qui avec son atelier Célavie me donne foi dans mon travail artistique, je touche à la peinture grâce à elle. On prépare les beaux-arts de Nantes et j’obtiens mon concours.

« Avoir des oreilles bioniques dans cette société, en retard sur les questions de la surdité, me fait appartenir au futur ! »

De fil en aiguille, je me tourne vers la vidéo. Dans un premier temps, c’est la question plastique qui m’intéresse en tant que médium tout en ne le dissociant pas du son, bien au contraire. Je suis obsédé par les possibilités de langage que peut proposer ce format, qui fait écho au fait qu’il est plus difficile pour moi d’entendre sans voir. À travers les multiples vidéos d’expérimentation, une « méthode de travail » finit par se dessiner. Je crée une structure en utilisant ma voix, à l’aide d’une pédale de loop. Lorsque je chante, je me cale au rythme en plaçant l’enceinte près d’une partie de mon corps – ventre, dos, mains- afin de ressentir les vibrations sonores. À partir de ce ressenti kinesthésique se développe un langage visuel où je me mets en scène. Ceci me conduira à la prise de vue. Lors du montage, je déconstruis ce langage visuel en ayant recours à l’ouïe et force le dialogue entre les images et le son.

>Lire notre interview de Mawena Yehouessi, la créatrice de Black(s) To The Future<

La vidéo, qui me semble la plus aboutie et représentative de mon travail, est celle qui sera visible au festival Black(s) To the future le samedi 16 et dimanche 17 septembre 2017, sous le nom de « I can’t deal with it », elle traite de la question de l’identité au sens large et questionne la trajectoire qui peut avoir entre le langage, la compréhension et la réception. Sinon « SatisfiedGone », pour laquelle j’ai un profond attachement, qui est visible sur ma page Vimeo. Quant aux autres, elles sont, à mon sens, des vidéos d’expérimentations qui m’ont permis de m’améliorer avec ce médium.

Maintenant, parlons de communauté. J’ai constaté une chose, qui n’a cessé de me revenir comme un boomerang : nous allons tous mal. À travers mes différentes expériences dans chacune de mes communautés -sourde, noire, homo et séropo- j’aimerais porter l’attention sur celle de la communauté gay. Cette année, à 30 ans, l’année qui coïncide avec mon arrivée sur Paris, j’ai pu expérimenter le sexe sous « chems », ce qui signifie sous drogue et qui a pour but de stimuler la libido et d’être performant, c’est une pratique qui est de plus en plus répandue et qui peut avoir des conséquences dramatiques sur le long terme, telles que l’addiction aux drogues dures (coke, GHB, etc) mais aussi la montée en puissance des contaminations du VIH et autres MST. Sans compter les décès par overdoses … Et à côté de cela, il y a peu ou pas d’assistance psychologique par rapport à ce nouveau fléau, pour les personnes esseulées et dépendantes, les associations se trouvent dépassées par manque de moyen. C’est quelque chose dont on parle peu, qui est presque tabou et c’est triste. Il ne s’agit pas de juger mais de faire un appel à ceux qui seraient tombés dedans et de leur dire que je pense à eux et qu’ils ne sont pas seuls, qu’on est ensemble. Ceci est valable pour toutes les autres communautés que je pourrais représenter et dont les personnes qui les composent pourraient se trouver en difficulté et auraient besoin de représentations. Ce sont pour ces raisons que je me mets à nu car mon travail introspectif a porté ses fruits, j’ai pu avancer et j’ai le privilège, la chance d’avoir une famille, des amis qui me sont chers et qui ont été capables de se remettre en question pour comprendre ce qu’il pourrait m’arriver.

Moi, l’afrofuturisme et Black(s) to the future

On en vient à la famille Black(s) to the Future, qui est un collectif et une plateforme, où à travers l’afrofuturisme, j’ai pris conscience que j’avais un lieu où je pouvais partager mes expériences et surtout être dans un espace où nous nous donnerions beaucoup d’amour pour permettre de nous donner des clés afin de trouver ou du moins d’essayer, d’expérimenter afin de trouver des moyens d’être ensemble, de se soigner ensemble afin d’être assez fort.e.s pour pouvoir diffuser de l’amour et ainsi essayer de changer la donne et de proposer une alternative/des alternatives à ce futur, assez pessimiste qui nous est souvent donné à voir et de ce fait de changer la donne par rapport à la question de la communauté, du vivre ensemble.

Me concernant, l’afrofuturisme est un moyen de prendre du recul sur ses affects pour aller vers la création artistique « pure et simple », en évitant le côté victimaire. Par exemple, le fait d’avoir des oreilles bioniques qui ne sont pas intégrées dans cette société, cela ne signifie pas que je suis rejeté mais que cette dernière est en retard. Je fais donc partie du futur et ai beaucoup à vous apprendre !

Pour le festival, Eden Tinto Collins -aka Eden Ô Paradis- et moi, nous allons vous présenter notre projet « La phénoménologie de l’abstraction », il y sera question en quelques mots-clés de rencontre, d’amour, d’homme-machine et bien plus encore. => Dimanche 17 Septembre à 18h30. »

Rendez-vous est pris.

retrouvez toutes les infos sur le festival en allant sur sa page Facebook et celle de l’événement sur le meme réseau social https://www.facebook.com/blackstothefutureonline/

 

Pour voir les vidéos-performances du travail de Kengné Téguia, vous pouvez aller sur sa chaîne Viméo > https://vimeo.com/user30618527

 

Mélissa Laveaux, Lÿdie La Pëste, Cheetah … #lafrorentrée2017 sera 100% féminine le 29 septembre au Hasard Ludique

Le temps de la rentrée est arrivé et L’Afro team remet ça avec une nouvelle rencontre « dans la vraie vie » avec un plateau 100% afroféminin !

On vous donne rendez-vous pour notre 8ème événement le samedi 29 septembre au Hasard Ludique à Guy Môquet.

Prévente: 8€ (+frais de loc)
Prenez vos billets ici : https://www.lehasardludique.paris/autre/2017-08-25/blog-l-afro

Au programme : talk, live et partyyyy !

Conversation avec Mélissa Laveaux

Mélissa Laveaux
©Emma Picq

« Créer, être noir.e : acte d’existence ou de résistance ? », c’est la thématique qu’on abordera avec la chanteuse, auteure, compositrice et musicienne d’origine haïtienne, née au Canada et vivant à Paris. Après deux albums qui naviguaient entre folk langoureuse et pop percutante, elle célèbre aujourd’hui ses racines créoles dans Radyo Siwèl, un album qui explore et revisite les chansons datant de l’occupation américaine de l’île, dans les années 1920-1930.
Avec son timbre de voix unique, juvénile et sensuel à la fois, Mélissa Laveaux nous rappelle que la musique est un symbole de résistance et un outil de décolonisation.
Préparez d’ores et déjà vos questions !

Concert de Lÿdie La Pëste

Lydie La Peste 2
©Demoizelle Coco

Chanteuse, danseuse, poétesse, maîtresse de cérémonie, Lÿdie La Pëste n’a de Peste que le surnom. Elle est une artiste pluridisciplinaire, amoureuse de la scène, son terrain de jeu favori. L’univers de Lÿdie est pétillant, drôlement triste parfois. Elle vous en ouvre les portes avec des morceaux aux rythmes folks ou afro, sur des textes écrits en français et en anglais.

Dj set de Cheetah

Cheetah
©NoellaL

Que les choses soient claires : son nom n’a rien à voir avec Tarzan.  » J’ai choisi ce nom parce que ça veut dire guépard en anglais et c’est l’animal le plus rapide de la savane ; j’aime le concept d’aller vite, apprendre vite et j’aime bien comment ça sonne », avait confié à L’Afro Cheetah, l’une des artistes montantes de la scène afro à Paris. DJ, beatmakeuse, organisatrice d’événements, à la tête de Black Square, son média , elle viendra mixer le meilleur des sons urbains du continent africain, du rap au gqom. Peut-être qu’il y aura un peu de Cardi B aussi… On l’avait d’ailleurs invité à mixer à la fin de notre émission spéciale autour du festival Afropunk.

 

Expo photo de Léa Behalal

Lea Behalal

Léa Behalal est photographe, parisienne et gémeaux -tient-elle à préciser-, d’origine camerounaise. « Je puise mes inspirations dans mon environnement, les cultures anciennes et l’amour. La photographie est, à titre personnel, un travail sur la matérialisation de ma pensée. Un regard, un sentiment. Une micro fenêtre sur ce que je ne saurai dire, sur ce que je souhaite laisser après moi. Mais ça, c’est ce que j’en dis, aujourd’hui, en 2017. Demain, on verra bien. »

Stands mode avec Afrikanista et Sneakers Biis

Afrikanista

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La créatrice Aïssé N’Diaye, derrière les t-shirts aux messages afro d’utilité publique, avec la volonté de transmettre l’héritage issu de ses parents originaires de Mauritanie, croisée chez Merci ou encore aux Galeries Lafayette pour « Africa Now », viendra présenter sa nouvelle collection en collaboration avec Xaritufoto.

Sneakers Biis

Sneakers Biis

Lancée par Bintou Mané, une passionnée de vintage, Sneakers Biis est une boutique en ligne spécialisée dans la sneakers et le textile old school. Elle propose des pièces originales, rares pour certaines, dénichées avec soin aux quatre coins du monde. Les amat.eur.ices d’accessoires sortant de l’ordinaire et nostalgiques des années 90 devraient apprécier.