INTERVIEW – Nneka Onuorah, réalisatrice de « The Same Difference » : « Je voulais faire un film pour les femmes qui n’adhèrent pas forcément aux labels »

ENTRETIEN – La réalisatrice américaine Nneka Onuorah est invitée par la militante Pierrette Pyram et l’association afro LGBTQI Afrique Arc-En-Ciel Paris IDF (AAEC) à présenter son premier documentaire The Same Difference. Le film, indépendant et sorti en 2015, avait interpellé et séduit le public. Nneka Onuorah y fait dialoguer des anonymes et des comédien.ne.s, artistes aperçu.e.s dans Empire, Orange Is The New Black pour parler de discriminations au sein de la communauté, par rapport à leurs choix de vie.
À cette occasion, l’Afro team anime la discussion qui suivra la projection du film et a échangé avec elle pour parler du documentaire, de la France et de ce que c’est que d’être noire et lesbienne sous l’administration Trump.

Comment allez-vous ?

Très bien, je suis ravie de venir à Paris !

Si l’on vous dit que votre film nous a fait penser à The Aggressives, qu’en pensez-vous ?

The Aggressives a bien inspiré mon film. Regarder ce film m’a permis d’avoir un aperçu sur les lesbiennes se présentant de façon masculine mais je voulais faire un film pour les femmes qui n’adhèrent pas forcément aux labels et au rôle social lié au genre. Je voulais créer un espace pour les personnes qui ne se reconnaissent peut-être pas dans ce statu quo.

Comment avez-vous préparé ce documentaire ? Combien de temps cela vous a-t-il pris ? Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

Cela m’a pris un an et demi. À l’époque, j’étais productrice chez BET. J’ai donc géré à la fois mon travail pour une grande chaîne de télévision, mon documentaire et ma mère atteinte d’un cancer. J’ai mis toutes mes économies dans ce film ; c’était la chose la plus importante pour moi. Je pense que c’est la levée de fonds qui a été le plus difficile, comme je ne connais pas de personnes riches, tout a du venir de moi.

Comment ont réagi les intervenantes de votre film la première fois qu’elles l’ont vu ?

Elles étaient contentes de constater qu’elles avaient pris en maturité avec le temps ; pas mal de points de vue ont évolué depuis la sortie du film. C’est une chose de s’exprimer sans s’entendre parler mais le documentaire a permis à chacune de vraiment pouvoir le faire et d’extérioriser leurs propos, qu’ils soient bons ou mauvais.

Y a-t-il une plus grande discussion au sein de la communauté LGBTQI noire depuis votre film ?

Oui, le film m’a permis d’ouvrir une plus large discussion. On a pu creuser certains points : pourquoi sommes-nous comme nous sommes ? Qu’est-ce qui nous a poussé à nous imposer des règles strictes ? Pourquoi est-ce si répandu au sein de la communauté noire ? Comment cela nous affecte t-il également au niveau physique et mental ?

Le fait que les gens aient une opinion si mauvaise des Noir.e.s confirme juste à quel point ils veulent nous ressembler.

Pensez-vous que l’on puisse comparer la relation qu’a un homme avec la masculinité avec celle que la communauté LGBT peut avoir selon les standards de la société ?

Oui, absolument. La communauté lesbienne utilise pas mal d’éléments de la société hétéronormative, parce qu’à nos yeux, faire partie de la norme est synonyme de liberté ; c’est tout ce qu’il y a de plus normal pour nous.

Que pensez-vous des problèmes de discriminations liés à la communauté LGBT depuis la sortie du film ?

J’ai l’impression que l’on fait des progrès. Je veux continuer à analyser, à grandir et à éduquer avec chacun des films que je réalise.

Vous disiez dans une interview pour le New York Times en 2011 que la religion était importante pour vous. Comment arrivez-vous à trouver un équilibre entre votre foi et votre orientation sexuelle ?

Je suis plutôt spirituelle. La religion pour moi est institutionnalisée. J’ai besoin de me sentir libre avant tout or, les institutions ne nous autorisent pas à être libres. Mais Dieu est amour et l’amour, c’est la liberté. Je me concentre donc sur Dieu plutôt que sur l’être humain.

« Stud », « butch », « femme », »aggressive »… trouvez-vous que ces appellations aient du sens ? Vous identifiez-vous à une d’elles ?

Je ne me donne aucune étiquette, car si je le fais, cela signifie que je dois me conformer à tout ce qui fait cette identité. C’est-à-dire que si un jour j’ai envie de changer, alors je ne serai pas libre de le faire. Comme je l’ai déjà dit, la liberté est essentielle pour moi.

Comment est-ce qu’être noire et lesbienne après l’élection de Donald Trump ?

Cela rend plus forte. Notre génération voit désormais la vérité sur ce que ce sont les États-Unis et cela nous permet de progresser et de lutter. Le fait que les gens aient une opinion si mauvaise des Noir.e.s confirme juste à quel point ils veulent me ressembler. Je suis noire, je suis lesbienne et je suis une femme ; il n’y a donc personne de mieux préparée que moi pour se battre.

Savez-vous comment se porte la communauté LGBT afrofrançaise ?

Je ne sais pas trop mais je suis impatiente de le découvrir.

Pour participer à la projection-débat le samedi 3 juin à 17h, réservez vos places avant le 30 mai ici (attention, elles sont limitées !)

Pour plus d’infos sur le déroulé de la soirée, rendez-vous ici

Pour suivre l’actualité du film : rendez-vous sur Facebook

(Photo de Joe Swift)

#mediasfrotalk : Blog vs média ?, financement et plagiat… Tout ce qui s’est dit le 22 avril ou presque est là ;)

Negronews, Cité Black, Blackbeautybag, Les Docs Afros… Les fondat.eur.ice.s et rédact.eur.ice.s en chef de ces sites internet, blogs ou magazine ont accepté notre invitation à débattre sur la question des médias afro le samedi 22 avril, veille du premier tour de la présidentielle en France. Une question tellement riche et complexe qu’il aurait fallu au moins 24h pour aborder la plupart des enjeux.

Depuis longtemps, nous voulions réunir différents act.eur.ice.s du secteur pour initier une discussion sur cette « niche » qu’est le média afro. Depuis le lancement de L’Afro, fin octobre 2015, à vrai dire. Car en tant que journalistes, la réflexion sur le rôle et le fonctionnement des médias est perpétuel. Et avant même de se poser la question du média afro en tant que tel, encore faut-il définir ce qu’est un média tout court, qu’on appelle également « 4ème pouvoir ». Ce que l’ensemble des intervenant.e.s s’accordent à dire, peu importe la ligne éditoriale de leur média,  c’est qu’iels ont lancé leur plate-forme d’information parce qu’il ressentait un manque dans les médias mainstream. Mais pour autant, les médias afro font-ils la différence ?

Cette discussion s’est faite en 3 temps.

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De gauche à droite, Sarah Kouaka (rédactrice en chef chez NOFI) et Hortense Assaga (fondatrice de Cité Black et journaliste chez Africa 24)

Les médias afro ont une histoire. Certains, à l’instar du magazine Amina, existe depuis plus de 40 ans, d’autres ont suivi, existent toujours aujourd’hui, ont disparu, sont revenus : Grioo, Afrobiz, Chocolate…, la liste est longue. Pour ouvrir cette soirée, nous avons donné la parole à une des femmes qui a contribué à écrire cette histoire, Hortense Assaga, journaliste officiant aujourd’hui sur la chaîne de télévision Africa 24. Elle a retracé une partie de son expérience de fondatrice et rédactrice de Cité Black tenu pendant 8 ans depuis 2000, la construction du magazine qu’elle a bataillé à faire rentrer puis rester dans les kiosques, selon ses conditions. (on l’avait d’ailleurs interviewée à ce sujet en 2015 dans notre dossier « Femmes noires dans l’audiovisuel »).

À ses côtés, Sarah Kouaka, rédactrice en chef de NoFi; elle a évoqué notamment la problématique du modèle économique. 

À l’origine une marque de Tshirts Noir & Fier, NoFi est devenu une marque tout court à 360°, constituée d’un média, d’une association et d’une agence de communication destinée à aider des entreprises, -pas nécessairement afro-, à cibler un public afrodescendant pour qu’elles puissent leur vendre leurs produits.

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De gauche à droite, Adiaratou Diarrassouba (co-fondatrice de L’Afro) et Sarah Kouaka

On retiendra ici la complexité de faire vivre financièrement parlant et ce, de manière durable, les médias en général ; cette question n’épargne pas les médias mainstream, eux-mêmes bien souvent obligés de faire appel à des investisseurs ou de se faire racheter par de riches banquiers ou entrepreneurs pour subsister.

L’impact de ces médias afro dans la société, c’était l’objet du second temps de la soirée. On est notamment revenu sur la polémique du magazine Elle et son article de 2012 sur la « blackgeoisie », qui aurait découvert le style grâce à Michelle Obama, soulignant qu’avant elle, les Noir.e.s ne savaient pas s’habiller. À l’époque, l’affaire avait fait un tollé, des afronautes en nombre avaient tenu à faire entendre leur colère sur les réseaux sociaux. Une colère partagée par Danielle Ahanda, fondatrice du webzine Afrosomething et du blog BestofD, et sa sœur Patricia qui ont interpellé la rédaction, puis y sont allées pour discuter face caméra avec deux journalistes. Les coulisses de cette vidéo sont beaucoup moins apaisées que ne le montrent les images, a souligné la protagoniste. De ce coup de griffe, mis en scène par la rédaction du magazine, reste une plus grande place faite aux mannequins non-blanc.he.s, constate Danielle ; un sentiment qui n’était pas partagé par toute la salle.

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De g. à d. : Dolores Bakèla, co-fondatrice de L’Afro, Danielle Ahanda, fondatrice d’Afrosomething, Regis Mutombo Katalayi, fondateur de Negronews et Pierre Désiré Cras, co-fondateur des Docs Afro

Nous avons eu la chance de pouvoir revenir sur cet épisode avec Danielle Ahanda, qui est intervenue aux côtés de Régis Mutombo Katalayi, le rare créateur de Negronews et Pierre Désiré Cras, co-fondateur des Docs Afros. Un plateau particulièrement éclectique : la première est blogueuse, le second, informaticien de formation, le dernier, historien. Aucun n’est journaliste. Pour autant, font-iels fi des règles de déontologie journalistique, essentielle pour les fais.eur.se.s d’information ? Comment le gèrent-t-iels ? Regis Mutombo Katalayi a lancé la page Negronews sur Facebook en 2012, en y relayant exclusivement des articles écrits par d’autres, sans produire de contenu original, dans le but de transmettre des informations qu’il estimait inconnues et indispensables à faire connaître à la « communauté ». En 2015, il affirmait ne relayer plus que 50% d’articles écrits par d’autres médias et 50% de contenu original. La donne est différente pour Pierre Désiré Cras, historien spécialisé dans l’histoire africaine-américaine ; il propose à l’inverse, -avec la co-fondatrice et également historienne Narcy Malanda-, 100% de contenu original sur le site Les Docs Afros, qui a également commencé sous forme de page Facebook. Il explique que sa page a été victime de plagiat de la part d’autres pages ou sites qui ont repris tout simplement en copié-collé du contenu, sans citer la source, ce qui est une règle de base, bien connue des journalistes et des chercheu.r.se.s.

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Danielle Ahanda et Regis Mutomno Katalayi

L’affaire Cais, petit garçon dont les parents soupçonnaient à l’époque qu’il avait été violé par un personnel de l’école, est également évoquée par Danielle Ahanda, suite à un article problématique au niveau de l’éthique liés à son traitement par une rédaction afro. Une manière de dire que même un sujet touchant un membre de ladite communauté peut-être mal traité par un.e membre de ladite communauté travaillant pour un média de ladite communauté, qu’iel n’échappe pas forcément aux travers reprochés aux médias traditionnels, dont le public se méfie de plus en plus. On reproche souvent aux afros – et nous sommes bien placées pour le savoir, l’ayant entendu dans des rédactions mainstream- la question de la distance par rapport au sujet traité. Plus on serait proche du sujet à traiter, moins on serait objectif, l’objectivité étant la qualité la plus souvent mise en avant pour faire un.e bon.ne journaliste. Ce type de raté, évoqué par D. Ahanda, viendrait faire écho à cette affirmation. Vaste champ.

Autre sujet qui a échauffé le public : la question de la solidarité entre médias afro, évoquée par le responsable de Negronews.

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Fatou N’diaye de Blackbeautybag et Mariam Ndour de Djiguene

On a consacré le dernier moment de la soirée aux blogs. Vu comme certains d’entre eux sont suivis, on s’est demandé si on pouvait les considérer comme des médias à part entière. Pour l’occasion, Fatou N’Diaye de Blackbeautybag et Mariam Ndour de Djiguene sont venues en discuter. L’une, 40 ans, écrit sur la beauté depuis maintenant 10 ans et le dit haut et fort : son travail est différent du journaliste. L’autre, 25 ans, écrit sur l’Afrique depuis 1 an. Avec Fatou, qui travaille avec différentes grandes marques de luxe dont L’Oréal, on a abordé la question de l’indépendance quand on est lié à des marques. La blogueuse dit pouvoir choisir d’accepter ou de refuser les contrats proposés, que son caractère lui a permis de s’imposer sur la durée, de la rendre visible dans la sphère afro-française ; ses recommandations auraient même permis à d’autres femmes noires d’être embauchées par de grands groupes. Connue pour son franc-parler, elle a tenu à rappeler combien les fantasmes entourant le fait d’être blogueuse étaient importants. Elle a également fustigé la notion d’influenceur.se, arguant que tout le monde décrétait en être un.e et a évoqué, entre autres, l’achat de followers, décrédibilisant les personnes s’y prêtant auprès de grosses entreprises au fait de ce type de pratiques.

Pour Mariam Ndour, le blog Djiguene est un lieu de relais d’informations sur des initiatives autour de l’Afrique pour valoriser et donner une autre vision du continent. Parlant du printemps africain, qui fleurit dans bon nombre d’institutions parisiennes, Mariam a parlé de son travail, amorcé depuis quelques années vs l’intérêt récent pour le continent et le choc entre les deux. Dans les deux cas, la relation au public est différente. Ce qui conclut la soirée et ouvre le sujet : finalement, à qui ces médias s’adressent-ils ?

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Nous ne sommes pas sûres qu’il était possible de répondre à cette vaste question en trois heures. Les intervenant.e.s , venu.e.s de différents horizons, avaient beaucoup de choses à dire, et qui n’allaient pas forcément dans le sens du vent. Le fonctionnement des médias afro a pu cependant être abordé, dont les entités administratives même posent question ; avant même de pouvoir répondre à cette question, il était important de présenter l’écosystème dans lequel naissent et se développent ces médias.

Nous nous réservons la possibilité de revenir sur tout ce qui s’est dit et d’aller plus loin, une prochaine fois, avec vous, on l’espère 😉

Interview – Hélène Lam Trong, réalisatrice du clip ‘Asiatiques de France’ : « Ce buzz montre qu’il y avait un besoin »

ENTRETIEN- Le comédien Frédéric Chau, le journaliste Raphal Yem, la chanteuse Anggun ou encore le chanteur Monsieur Nov font partie des personnalités asiatiques ayant pris part au clip « Asiatiques de France » où iels citent les clichés qu’on leur colle à la peau puis concluent en rappelant qu’iels sont « Français.es » . L’Afro a voulu en savoir plus sur la démarche et a contacté la journaliste chargée de la réalisation de la vidéo  : Hélène Lam Trong.

En combien de temps a été réalisé le projet ?

Tout s’est fait à l’arrache ! Entre le moment où on a décidé du tournage, il s’est passé une dizaine de jours en sachant que je travaille à côté. En tout, il y a trois jours de tournage et un jour de montage et on l’a mis en ligne deux jours après, jeudi dernier.

Je me disais autant que ça se fasse maintenant plutôt que ça se fasse trop tard. J’ai accepté de le faire à condition qu’il n’y ait pas de message politique, car le clip d’origine dont il est inspiré, fait par des Asiatiques américains, incitait au vote. Or, je suis journaliste, pas militante et il était hors de question pour moi de porter un discours clivant ou culpabilisant envers celleux qui ne comptent pas voter et considère qu’il y a d’autres moyens d’agir dans la société qu’en se rendant dans un bureau de vote. Mais je pense tout de même que c’était intéressant de la sortir avant les élections. Je pense qu’il y avait un besoin et faire ça, ce n’est pas être militante mais être citoyenne.

Quel est le but du clip ?

C’est de lancer un pavé dans la mare, de déclencher une discussion pas seulement entre Asiatiques mais avec tout le monde. Mais aussi de donner la parole aux Asiatiques de France.

Je trouve que les objectifs d’intégration ne sont pas bien remplis, que ce soit pour les Asiatiques ou pour les autres immigrés ; si on dit qu’un immigré qu’on ne voit pas et qu’on n’entend pas est un modèle d’intégration réussie, c’est qu’il y a un problème.

Je pense que la vidéo a pu être faite aujourd’hui car les immigré.e.s asiatiques issu.e.s de la première ont été accueilli.e.s à bras ouverts donc iels ont pour la plupart le sentiment d’avoir une dette envers la France et même si le pays les a un peu maltraités, iels n’osaient pas râler de peur de passer pour des ingrat.e.s. C’est justement une problématique que les deuxième et troisième générations n’ont plus. Elles sont nées et ont grandi en France et certaines des personnes qui en sont issues ont elles-mêmes des enfants et souhaitent un avenir meilleur pour leurs enfants.

Vous attendiez-vous à un tel succès ?

Pas du tout ! Je savais que ça allait un peu faire parler parce qu’il y a des personnalités dedans,. Mais la plupart ne sont pas super connues ou, en tout cas, pas pour leurs origines asiatiques. Donc je n’étais pas certaine que ça allait prendre mais ça veut dire qu’il y a un vrai sujet mais si j’avais su que ça prendrait autant d’ampleur, j’aurais un peu plus soigné mon approche.

C’est-à-dire ?

En l’espace de quelques jours, on a eu pas mal de commentaires sur la page Facebook Asiatiques de France, la plupart assez fondés et pertinents. Certaines personnes nous ont fait remarquer qu’en égrenant les métiers des participant.e.s à la fin de la vidéo, ça laissait entendre que les gens se définissaient uniquement à travers leur travail, ce qui est, effectivement, un peu maladroit. Et si les gens ont retenu ce message, ça m’embête un peu. On a aussi reçu des messages de personnes originaires d’Asie centrale ou d’Inde nous disant qu’elles sont aussi Asiatiques et auraient pu être incluse dans le projet, ce qui est vrai. Il faut dire que j’ai réalisé le clip suite à une rencontre avec des gens originaires d’Asie de l’est et du sud-est, on a notamment évoqué des insultes comme « chinetoques » ou encore du sketch de Gad Elmaleh et Kev Adams, le clip visait des personnes d’Asie de l’est et du sud-est, ce qui veut dire des choses de la société d’aujourd’hui et je reconnais même moi qui suis pour qu’on combatte les clichés, je ne suis pas absoute de certains ; je n’associe pas les Indiens, les Mongoliens à des Asiatiques autant que des Chinois ou des Vietnamiens. Globalement, les retours sont très bons mais j’entends aussi les critiques qui me font réfléchir.

Est-ce que vous vous intéressiez à cette question auparavant ?

Oui, depuis le début de mes études il y a 15 ans, j’ai travaillé dessus. Quand j’étais à Sciences Po, avec le sociologue Patrick Champagne comme directeur de recherche, j’ai rédigé un premier mémoire de sociologie sur l’intégration en France des Vietnamien.ne.s en particulier et des Asiatique.s de façon générale. Je me suis appuyée sur le travail d’un sociologue algérien qui s’appelle Abdelmalek Sayad qui avait écrit La double absence où il expliquait comment les Français d’origine algérienne ne trouvaient leur place ni en France ni dans leur pays d’origine ce qui expliquait les soucis d’intégration en général. Lors de mes études de journalisme au CELSA, j’ai travaillé sur la façon dont la couverture médiatique et la mobilisation politique et sociale pour secourir en mer les « boat people », les centaines de milliers de réfugié.e.s cambodgien.ne.s, laotien.ne.s mais surtout vietnamien.ne.s, a fait qu’on a porté a priori un regard bienveillant sur eux, contrairement à d’autres communautés. Il n’y a plus une telle mobilisation pour les réfugiés aujourd’hui, parce que la situation ici n’est pas la même, les gens considèrent qu’ils ont tellement de problèmes qu’ils ne peuvent pas accueillir les autres. Je pense en tout cas que le regard qu’on porte sur la genèse de l’immigration a beaucoup d’influence sur la qualité de l’intégration future.

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En tant que journaliste, de quel genre de sujets traitez-vous ?

Je suis reporter généraliste depuis 11 ans mais je m’intéresse beaucoup aux questions d’identité et de métissage, étant moi-même franco-vietnamienne. Un de mes premiers films portait sur les enfants de mères vietnamiennes et de G.I afro-américains durant la guerre du Vietnam. Ce sont des questions qui, à mon sens, n’intéressent malheureusement pas encore beaucoup les chaînes. Avec le climat actuel, elles sont frileuses et ont peur qu’on mette en avant du communautarisme. D’ailleurs, j’ai vu des commentaires un peu haineux sur Facebook suite à la sortie du clip, où on nous reprochait d’être tombé.e.s dans le piège du communautarisme, ce qui veut dire en gros, « vous étiez discrets, on vous aimait bien et maintenant vous faites comme les Noir.e.s et les Arabes ». Ou d’autres personnes, un peu plus éduqué.e.s, se demandaient si emprunter cette voie-là était la meilleure façon de faire entendre notre message.

La page Facebook Asiatiques de France va-t-elle continuer à vivre ?

Peut-être mais ce n’est pas moi qui la gérera. Les cinq copains d’enfance que j’ai rencontré et avec qui j’ai pensé le projet , My-Anh, Kim Lys, Kim Anh, Jacques et David, y tiennent en tout cas.

(Crédits photo : Instagram @helenelamtrong)

#unjourunacteurafrofrançais #41 : Alassane Diong

TROMBINOSCOPE – Parce qu’on n’en peut plus d’entendre que les comédien.ne.s noir.e.s en France sont invisibles, qu’on n’en connaît peu, que si, que là… on a décidé d’en présenter un, brièvement, tous les jours. Aujourd’hui : Alassane Diong.

Invisibles, les comédien.ne.s afrofrançais.e.s ? Pendant que nous nous demandons si nous sommes capables d’en citer plus de cinq, les artistes s’affairent dans les écoles de formation, les bureaux de casting, sur les plateaux de cinéma, les planches.

Loin de nier la ligne de couleur qui règne au théâtre, au cinéma, à la télévision et malgré des améliorations, nous voulons les mettre en valeur, comme d’autres avant nous, justement parce qu’il peut être difficile de savoir où /quand on peut les voir.

Vous trouverez ici chaque semaine le nom et la photo d’un.e comédien.ne noir.e, sa date de naissance, les productions marquantes dans lesquelles ille a joué, son dernier rôle. Aujourd’hui : Alassane Diong.


On a vu principalement Alassane Diong à la télévision et au cinéma.

En 2016, il a joué dans la série Héroïnes d’Audrey Estrougo et dans la saison 2 des Grands, aux côtés de Rébecca Chaillon, à venir sur OCS.

En 2017, il sera à l’affiche de pas moins de trois films, dont Sous le même toit, réalisé par l’ex-Nul Dominique Farrugia, Fleuve Noir d’Erick Zonca et de 25 novembre 2007.
Ce film, réalisé par Jean-Luc Baptiste et d’Aziza Sadky est une fiction au coeur des révoltes urbaines, et comment elles touchent différents protagonistes, du corps policier aux habitant.e.s.  Le sous-titre de 25 novembre 2007 : Le Silence n’est pas un oubli. On en reparlera pour sûr !

(Crédits photo : Julien Torres )

#unjouruneactriceafrofrançaise #40 : Aïssa Maïga

TROMBINOSCOPE – Parce qu’on n’en peut plus d’entendre que les comédien.ne.s noir.e.s en France sont invisibles, qu’on n’en connaît peu, que si, que là… on a décidé d’en présenter un, brièvement, tous les jours. Aujourd’hui : Aïssa Maïga.

Invisibles, les comédien.ne.s afrofrançais.e.s ? Pendant que nous nous demandons si nous sommes capables d’en citer plus de cinq, ces artistes s’affairent sur les plateaux de cinéma, les planches.

Loin de nier la ligne de couleur qui règne au théâtre, au cinéma, à la télévision et malgré des améliorations, nous voulons les mettre en valeur, à la suite d’autres, justement parce qu’il peut être difficile de savoir où et quand illes jouent.

Vous trouverez ici chaque semaine le nom et la photo d’un.e comédien.ne noir.e, sa date de naissance, son premier film, les films marquants dans lesquels ille a joué, son dernier rôle. Aujourd’hui : Aïssa Maïga.

Aïssa Maïga est née en 1975.

Elle apparaît pour la première fois au cinéma dans le long-métrage Saraka Bo de Denis Amar en 1996, avec Richard Bohringer, Yvan Attal et Dani Kouyaté. L’actrice partage l’affiche avec Jérôme Robart dans Jonas et Lila, à demain d’Alain Tanner en 1999. Elle enchaîne les rôles sur grand écran dans Le prof d’Alexandre Jardin avec Yvan Attal, Jean_Hughes Anglade et Hélène de Fougerolles, Marie-Line de Medhi Charef avec Muriel Robin, Fejria Deliba et M’Bembo (2000), No Way d’Owell Brown avec Passi, Lucien Jean-Baptiste et Diouc Koma (2004), Les poupées russes de Cédric Klapisch avec Romain Duris , Audrey Tautou et Cécile de France (2005). En 2006, Aïssa Maïga tient le rôle principal dans Bamako d’Abderrahmane Sissako

Plus récemment, la comédienne était au casting de Prêt à tout de Nicolas Cuche avec Max Boublil (2014) et Bienvenue à Marly-Gomont de Julien Rambaldi avec Max Zinga (2016).

Au théâtre, elle s’est produite en 1997 dans la pièce Bintou de Koffi Kwahulé mise en scène par Gabriel Garran au théâtre international de Langue Française, en 2013 dans Les Grandes personnes de Marie Ndiaye mise en scène par Christophe Perton en 2011 au théâtre de La Colline, en 2015 dans Des gens bien avec Miou-Miou de David Lindsay-Abaire mise en scène par Anne Bourgeois au théâtre Hébertot.

Le petit écran n’est pas en reste, Aïssa Maïga y faisant des apparitions dans des séries comme Caméra Café, Commissaire Moulin, Commissaire Cordier, PJ ou encore Famille d’accueil. Mais aussi dans des téléfilms notamment dans Négro de Karim Akadiri Soumaila (2000), Par accident de Jérôme Foulon avec Michel Boujenah et Jérôme Kircher (2005),  Sexe, gombo et beurre salé de Mahamat-Saleh Haroun avec Diouc Koma (2007), Quand la ville mord de Dominique Cabrera (2009), Toussaint Louverture de Philippe Niang avec Jimmy Jean-Louis (2012), Mortel été de Denis Malleval avec Bruno Solo (2013).

On peut retrouver Aïssa Maïga dans le dernier long de et avec Lucien Jean-Baptiste, Il a déjà tes yeux. Elle interprète le rôle de Doris dans le téléfilm Le rêve français de Christian Faure aux côtés de Firmine Richard, Jocelyne Béroard, Jacques Martial, Yann Gael, Ambroise Michel qui sera diffusé prochainement sur France Télévision.

 (Crédits photo : Agences artistiques)