#unjourunacteurafrofrançais #43 : Jackee Toto

TROMBINOSCOPE – Parce qu’on n’en peut plus d’entendre que les comédien.ne.s noir.e.s en France sont invisibles, qu’on n’en connaît peu, que si, que là… on a décidé d’en présenter un, brièvement, tous les jours. Aujourd’hui : Jackee Toto.

Invisibles, les comédien.ne.s afrofrançais.e.s ? Pendant que nous nous demandons si nous sommes capables d’en citer plus de cinq, les artistes s’affairent dans les écoles de formation, les bureaux de casting, sur les plateaux de cinéma, les planches.

Loin de nier la ligne de couleur qui règne au théâtre, au cinéma, à la télévision et malgré des améliorations, nous voulons les mettre en valeur, comme d’autres avant nous, justement parce qu’il peut être difficile de savoir où /quand on peut les voir.

Vous trouverez ici chaque semaine le nom et la photo d’un.e comédien.ne noir.e, sa date de naissance, les productions marquantes dans lesquelles ille a joué, son dernier rôle. Aujourd’hui : Jackee Toto.


On a vu principalement Jackee Toto à la télévision et au cinéma, mais il a également interprété quelques rôles au théâtre notamment en 2012 dans la pièce Andromaque m’a tuée, montée par Naïs El Fassi ou plus récemment, en 2015, dans une mise en scène par Yohann Manca des Radeaux de Christian Siméon.

Sur le petit écran, il a joué dans la série R.I.S – Police scientifique en 2012. L’année précédente, il s’était retrouvé dans le programme court La Vie secrète des jeunes de Riad Sattouf, comme William Lebghil – Soda, Les Beaux gosses…- ou encore Hedy Bouchenafa -vu notamment dans En passant pécho-.

En 2015, Jackee Toto est Pierre dans Patries de Cheyenne Carron. En 2016, il retrouve William Lebghil dans La Fine Equipe, qu’ils forment avec  Annabelle Lengronne, Doudou Masta ou encore Raph Amoussou, réalisé par Magaly Richard-Serrano.

En 2017, Jackee est à l’affiche du nouveau Toledano et Nakache, les réalisateurs d’Intouchables, aux côtés de Jean-Pierre Bacri et Eye Haïdara entre autres. Ce film est sorti le même jour qu’Happy End de Michael Haneke, au casting duquel on trouve l’acteur, donc, mais aussi Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant ou encore Matthieu Kassovitz.

Vous n’avez pas fini de le voir car Jackee sera dans le prochain film de Pierre Salvadori, Remise de peine. Il jouera aux côtés de valeurs sûres du cinéma français telles Audrey Tautou – Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, Da Vinci Code…, Adèle Haenel -Naissance des pieuvres, 120 Battements par minute…, ou encore Pio Marmaï, Le Premier jour du reste de ta vie… .

(Crédits photo : D.R. )

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EDITO – #Fraicheswomen : Black girls rock in France !

À quand une marque, un média, des entreprises FUBU ? La question revient souvent. Des femmes afrofrançaises qui font des choses, il y en a. Dans le milieu associatif, en politique, dans la mode, au théâtre … Certaines sont même totalement dans l’ombre, quand leur métier le requiert ou parce que ce qu’elles font, ce qu’elles sont, n’existe financièrement, politiquement, médiatiquement, que difficilement dans notre bonne société française.

2017 a été une année particulièrement riche en événements : première tenue du festival Nyansapo, les deuxièmes éditions du camp décolonial et du festival Black(s) to the future, l’arrivée du média nothingbutthewax, d’Ouvrir La Voix, le film choral d’Amandine Gay, en salles -qui va cartonner-, le documentaire Marianne Noires de Mame-Fatou Niang,  la diffusion toujours plus importante du guide de l’Afrique à Paris Little Africa -une première- par Jacqueline Ngo Mpii, la création par la journaliste Cathy Thiam et l’artiste Serge Kponton de Sheroes TV, 30 Nuances de Noir.e.s, le beau projet de fanfare afroféministe de la chorégraphe Sandra Sainte Rose…

Bonne nouvelle : ces initiatives, pensées, portées par des femmes ou autour des femmes, sont loin d’être les seules à exister.

Non, elles ne brossent pas toujours dans le sens du poil. Oui, elles sont importantes et contribuent à changer les choses.

Nous avons donc décidé de réunir neuf femmes, aux parcours et personnalités différents. On suit leur travail, on nous en a parlé en DM, on les a vu à la télé, sur la toile, en étant de sortie à Paris… Nous avons fini par les contacter, elles étaient disponibles, ont bien voulu nous faire confiance, avaient juste envie d’en être.

Et les voilà, toutes réunies.

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De gauche à droite, en hauteur : Maroussia Pourpoint, Penda Diouf, Anaïs Durand Munyankindi, Aset Malanda, Clarence Kopogo et Aïssé N’diaye. De gauche à droite, par terre : Marina Wilson, Manon Ahanda et Danièle Obono / crédits : Noella L IG : @noellal

On a voulu cette photo de famille, ce cliché façon rentrée pour célébrer ces femmes qui font plus que « représenter » dans leurs domaines respectifs. Que ce soit en politique -Danièle Obono-, dans le monde de la gastronomie- Clarence Kopogo-, dans l’industrie créative -Marina Wilson-… Des femmes afrodescendantes aux talents et savoirs -(faire) multiples qu’il faudra suivre, parce qu’elles sont là pour longtemps.

Maroussia, Aïssé, Penda … certaines se connaissaient, d’autres se sont rencontrées pour la première fois le jour de la séance photo. Le shooting a été aussi l’occasion pour elles de se parler, de nouer des liens -enfin elles pourront mieux le dire que nous-, en quelques heures de sororité et de simplicité.

Nous vous proposons de découvrir tous les jours dès mardi le portrait d’une d’entre elles. Oui, on espère que suite à cette première édition, d’autres suivront pour vous présenter de nouvelles #fraicheswomen, très bientôt.

Adiaratou et Dolores, L’Afro team

Pourquoi L’Afro ? 

Merci à elles de nous avoir fait confiance  :

Manon Ahanda

Penda Diouf

Anaïs Durand Munyankindi

Aset Malanda

Aïssé N’diaye

Danièle Obono

Maroussia Pourpoint

Clarence Joséphine Volta

Marina Wilson

Un grand merci à Noella L. la photographe qui a permis de donner forme à ce projet que nous avions en tête (à suivre sur son instagram) et au bar Monsieur Zinc à Odéon qui nous a chaleureusement accueilli et laissé utiliser son bel espace (à retrouver sur Instagram et Facebook).

« Marianne et le Garçon noir », « Comme un million de papillons noirs » … sélection littéraire 2017 pour petits et grands

LITTERATURE – Fictions, essais, livres jeunesse, l’année 2017 aura été riche en productions littéraires. Parmi la longue liste de parutions en librairie, certains ont particulièrement retenu notre attention. L’Afro vous propose donc une sélection d’ouvrages pour les adultes mais aussi pour les enfants.

Marianne et le Garçon noir dirigé par Léonora Miano

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(Paru le 20 septembre)

A la suite d’une tribune parue fin août 2016 dans le journal Libération pour demander justice après la mort aux mains de la police d’Adama Traoré, l’écrivaine a décidé de faire appel à des artistes, des chercheur.se.s et des activistes pour parler des expériences des hommes noirs dans la société française. Parmi les contributeur.ice.s, l’historien militant Amzat Boukari, le comédien Yann Gael , ou encore les artistes Akua Naru et Elom 20ce.

Léonora Miano présentera cet ouvrage accompagné de plusieurs contributeur.ice.s, jeudi 21 septembre au MC93 à Bobigny. Pour connaître les prochaines rencontres qui se tiendront dans plusieurs villes françaises, c’est par ici.

Double vague, le nouveau souffle du cinéma français de Claire Diao

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(Paru le 18 mai)

Il s’agit du premier livre de la journaliste spécialiste cinéma, résultat de 10 ans de travail. Celle qui parle du septième art en Afrique sur Courrier International et chroniquait au Bondy Blog propose dans cet ouvrage un état des lieux de l’industrie cinématographique française en laissant la parole à des réalisateur.ice.s et comédien.ne.s aux backgrounds et parcours divers (JP Zadi, Alice Diop, Cédric Ido, …) , hors du sempiternel milieu bourgeois et parisien.

Claire Diao vous donne par ailleurs rendez-vous au MK2 Beaubourg à Paris le mercredi 26 septembre à 20h pour le lancement de la quatrième saison de Quartiers Lointains , cycle de courts métrages itinérants entre Nord et Sud dont elle est la fondatrice et dont nous sommes partenaire cette année.

5 films africains sur le thème de la justice seront diffusés.

Neïba je-sais-tout (ou presque) Tu sais garder un secret ? de Madina Guissé

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(Paru le 16 juin)

Neïba, petite fille à la langue bien pendue, doit apprendre à savoir garder un secret. Ce livre drôle et touchant, mis en images par Lyly Blabla, a en plus le mérite de mettre en avant des personnages noirs pour un public d’enfants, à l’heure où la représentation de ces derniers se fait rares et avec bien trop de clichés.

Comme un million de papillons noirs de Laura Nsafou

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(Date de parution inconnue)

L’auteure et militante, aussi connue sur la toile sous le nom de Mrs Roots, s’est demandée où étaient les héroïnes noires auxquelles les jeunes filles peuvent s’identifier et qui leur permettent d’aimer leurs cheveux ? Elle a donc décidé de lancer une campagne de financement participatif, finalisée avec succès.

L’ouvrage, une belle initiative illustrée par Barbara Brun, est d’ores et déjà prêt mais aucune date de parution n’a été communiquée pour le moment. On reste en alerte.

 

INTERVIEW « Mariannes Noires » : « C’est la réalité d’une France plurielle qui doit s’accepter comme telle »

  • RENCONTRE – Le documentaire 100% noir et féminin de Mame-Fatou Niang sera projeté le 9 septembre au festival international de la diaspora africaine (Fifda) au cinéma La Clef à Paris. Elle a accepté de nous en parler plus en détail.
Les oeuvres faites par des femmes afrodescendantes qui parlent de femmes afrodescendantes sont à l’affiche cet automne, tel le documentaire Ouvrir La Voix d’Amandine Gay, en salles le 11 octobre. Il raconte les douleurs, les combats, les histoires de femmes afrodescendantes en France ou plutôt ces dernières s’y racontent elles-mêmes, à la première personne. Mariannes Noires, réalisé par Mame-Fatou Niang et Kaytie Nielsen, tourne autour des même thématiques, preuve qu’il se passe quelque chose. L’Afro a rencontré Mame-Fati Niang pour parler du film, inspiré par les travaux de Nathalie Etoké et projeté ce samedi 9 septembre au FIFDA.

L’Afro : Bonjour pouvez-vous vous présenter ?


Mame-Fatou Niang : Je suis maman et enseignante-chercheure, née à Dakar où j’ai grandi. J’ai ensuite passé une partie de mon adolescence et de ma vie d’adulte à Lyon. Je vis actuellement à Pittsburgh.

Pourquoi avez-vous décidé de faire ce film ?

Mariannes Noires était dans ma tête depuis un moment. Mes cousines qui habitent à Paris sont allées voir Bande de filles, et elles en sont sorties dégoûtées. Entre ça, les entretiens où la réalisatrice avait l’air de tomber des nues quant à nos réactions viscérales au film, et ce constat, encore et toujours, de l’invisibilité, d’être actrices d’un freak show sans fin, de l’impossibilité d’être artisan.e.s de nos histoires… J’ai décidé de me lancer à l’automne 2014.
En tant que chercheure, je travaille depuis plus de dix ans sur les questions d’altérité, de citoyenneté et de genre en France. Je suis tombée sur des étudiant.e.s motivé.e.s qui ont décidé de m’accompagner sur ce projet, et ça s’est fait.
C’est un film que j’ai réalisé en écho à mes propres questionnements et les nombreuses phases par lesquelles j’ai pu passer pour savoir qui j’étais dans des mondes où, pour le dire poliment, je n’étais pas toujours la bienvenue. Enfin, c’est un documentaire qui est un outil, parmi d’autres, pour expliquer à mes enfants qui ils sont.

Aux USA, les gens -surtout les Afro-Américain.e.s- sont souvent très ému.e.s ou choquée.s par le film. Iels imaginent la France comme un havre de paix pour les minorités, voire comme un pays sans minorités, tant l’image « Paris-Béret-Champagne-Fromage » est forte. Cette image tend à changer depuis Charlie Hebdo, mais avec un focus sur le « problème » musulman qui occulte les discriminations raciales. C’était aussi pour percer cette bulle et mettre en relief la circulation d’idées, de situations et de mouvements qui relient les populations noires à travers le monde. Puisque la race « n’existe pas » en France, on dit souvent que la marginalisation est un phénomène de classe. Ce documentaire montre que même lorsque l’on réussit à s’extraire de ces problématiques, on est toujours retenu, différencié par un ensemble de caractéristiques ayant trait au fait d’être noir.e. Dans le même temps, j’essaie aussi de montrer que nous ne sommes pas un bloc monolithique uniquement soudé par et dans la marginalisation. Ces parcours, réussites et quotidiens sont autant d’illustrations de l’évidence de notre présence.

Quand vous êtes-vous lancée ?

J’ai fait une demande de bourse auprès de ma fac à l’automne 2014. Le tournage s’est déroulé en juin/juillet 2015. Le film a été diffusé pour la première fois sur notre campus en mai 2016.

« On écrit pour nos petites sœurs, nos filles, mais aussi pour nous, pour se soutenir, pour se dire qu’on n’est pas toute seule »

Pourquoi l’avez-vous appelé « Mariannes Noires » ?

Lors d’une projection à San Francisco, une spectatrice m’a posée la même question, en me demandant pourquoi j’avais décidé de « donner une couleur à ce symbole qui était le visage d’une République neutre et universelle »… En fait, cette question revient à chaque projection, mais je parle de San Francisco, parce que l’indignation derrière la manière dont cette spectatrice (française) avait formulé sa question, illustre l’une des raisons pour lesquelles ce documentaire s’appelle Mariannes Noires. Jusqu’à preuve du contraire, Marianne est officiellement présentée sous les traits d’une femme blanche. En postulant la « neutralité » de ses traits, cette spectatrice rallumait la flamme universaliste d’une France dont on efface littéralement toute couleur sauf le blanc. Le titre du documentaire pose la question d’un pays où l’on peut officialiser une Marianne ukrainienne, mais où l’on est intrigué ou mal à l’aise de voir l’adjectif « noir » accolé à ce symbole.
Quand j’écris, mes titres évoluent souvent au gré de la recherche, de l’humeur etc… Avec ce documentaire, le titre est venu tout seul pendant le montage et il s’est confirmé comme une évidence. Lorsque l’on écoute ces sept femmes, leur appartenance et leur ancrage à la France est indéniable. Pourtant, leur francité baigne, naît et s’épanouit dans des différences culturelles et esthétiques que la France peine à intégrer. Ce titre pose tout seulement la réalité d’une France plurielle qui n’est plus à inventer et qui doit s’accepter comme telle.

Avez-vous rencontré des difficultés pour le casting, le montage financier, mobiliser les équipes techniques ?


Non, et pour ça, je sais que ma situation est radicalement différente du parcours du combattant que les copines à Paris ou à Lyon vivent avec des structures comme le CNC. Nous étions une petite équipe -3- avec  un tout petit budget soutiré à mon université. J’ai travaillé avec deux étudiant.e.s dont l’une, Kaytie, réalisait son mémoire sur les réponses artistiques à l’invisibilisation des personnes issues de minorités en France. On s’est vraiment débrouillé tout seul, avec les moyens du bord, et on a bricolé par-ci, par-là. Ce film, nous l’avons fait avec trois fois rien. Je cherche encore à coincer Laura Mvula pour qu’elle me laisse utiliser une de ses chansons.

Bintou Dembélé in Mariannes Noires

Comment avez-vous réalisé votre casting ?


Pour le casting, les choses sont allées de manière hyper organique. Je connaissais Maboula Soumahoro qui m’a conseillée d’appeler Bintou Dembélé, danseuse et chorégraphe. Bintou était hyper partante, elle m’a connectée avec la réalisatrice Alice Diop et voilà… Vraiment un truc absolument génial s’est mis en place, et très vite. J’ai contacté Aline Tacite au printemps 2015, en me disant “elle est en pleins préparatifs du salon Boucles d’Ebènes, je n’aurais pas de réponses”. Elle a répondu tout de suite, et était hyper partante. La même chose pour Fati Niang -entrepreuneure-, Isabelle Boni-Claverie -scénariste et documentariste- et Elizabeth Ndala -galeriste, ndlr-. C’était génial de voir ce groupe avec des identités, des parcours très différents, mais qui se retrouvait autour d’un désir de partager des expériences.

Fati Niang in Mariannes Noires

On voit beaucoup de personnalités afro connues dans le milieu artistique et intellectuel. Pourquoi avoir décidé de les mettre en valeur ?

Je ne les mets pas en valeur, elles font un très bon travail pour ça. En fait, je me suis beaucoup inspirée d’un documentaire produit en 2012 par Nathalie Etoké Afro Diasporic French Identities. En réponse à un freak show diffusé par M6 -déjà !-, Nathalie avait donné la parole à des gens autour d’elles, à Paris, qui ne ressemblaient en rien au zoo que la 6 avait recréé dans « L’Étonnante vie des Africains de Paris (2011) ». Cinq ans plus tard, j’ai été animée du même désir de parler d’amies, de connaissances, de personnes qui font bouger les choses dans leur coin. Des personnes aux parcours à la fois extraordinaires et complètement ordinaires. Je vais revenir encore au film de Sciamma, mais le succès populaire du film, cette fois-ci aux États-Unis, m’avait beaucoup interpellée. J’étais invitée à des panels ou des conférences où les gens (chercheurs et publics) étaient absolument subjugués par ce film. Faire mon documentaire et parler de ces personnes-là, c’était aussi un moyen de rétablir une balance des représentations où nous étions toujours déficitaires : invisibles à défaut d’être bruyantes, violentes etc.

lire l’interview d’Amandine Gay pour L’Afro 

Dans les teasers, on ne voit pas d’hommes. Pourquoi ce choix ?


Mon travail de recherche et ma réflexion sont orientés sur l’impact du genre dans les structures de domination historique et contemporaine. Je parle et je travaille sur les choses que je connais le mieux, car les ayant vécues ou les vivant dans ma chair. Lors d’une projection à Paris en mars 2017, un jeune homme a parlé de cette nouvelle « hyper-visibilité » d’Afro-Françaises qui investissaient une multiplicité de champs aussi bien dans le monde virtuel via les réseaux sociaux, que dans la vie réelle, avec le boom de l’afro-entrepreunariat, les actions coup de poing de groupes militants … Tout en louant ces actions, ce jeune homme se désolait de ne pas voir les hommes noirs mis en lumière dans ce processus. Alors, je n’ancre pas mon travail dans une guerre des sexes, ce n’est ni le lieu, ni l’orientation de ma réflexion, mais j’ai fait le choix de travailler sur les femmes issues de minorités, car leur positionnement à la croisée du genre, de la race et de la classe pose des questions particulières que n’adressent ni le féminisme blanc, ni les différents courants de luttes antiracistes ou anticapitalistes.

Est-ce que des travaux comme le film d’Amandine Gay vous ont inspiré ? Vous connaissez-vous ?


Je ne connaissais pas Amandine. On a réalisé nos films presque au même moment, et avec ce même désir de mettre en avant la multiplicité de nos visages et de nos expériences face à l’invisibilisation et aux visions stéréotypées. Dans mon travail, je me pose souvent la question de mon public. J’étais hyper heureuse de voir mes cousines Ami et Awa à la projection de mars à Paris. On écrit pour nos petites sœurs, nos filles, mais aussi pour nous, pour se soutenir, pour se dire qu’on n’est pas toute seule dans son coin, pas folle à imaginer des trucs. Et puis, des fois, je me dis « oui, il faut que cette parole sorte de nos murs » que la France, que le monde sache qu’on est là et que, comme le dit Alice Diop « les gens sont là, ils n’iront nulle part, et il faudra compter avec nous ». Nous avons une chance inouïe qui est celle de pouvoir être connectés d’une manière absolument folle via les réseaux sociaux et les connexions qu’ils créent ou renforcent dans le monde réel. Je suis extatique de voir le bouillonnement qu’il y a en ce moment, les initiatives pour s’assurer que nos enfants grandiront avec des outils, des visages, des modèles, une littérature, une place que nous n’avions pas, toutes ces choses qui disent leur place en France et dans le monde. C’est fabuleux !

Êtes-vous sensible/adhèrez-vous au discours produit par les afroféministes ?

Je travaille actuellement sur deux projets. Le premier (Teri) est un documentaire où j’analyse la perception de la santé mentale des femmes noires en France, au Sénégal et aux USA, en retraçant les derniers mois de la chanteuse Teri Moïse. Le second est un manuscrit qui suit les mobilisations des femmes noires dans l’espace francophone colonial. Voir ce que notre génération a hérité de femmes telles que Jane Léro, Jeanne-Martin Cissé ou Eugénie Eboué, mais aussi, ce que nous tenons des actions de femmes plus anonymes telles que nos propres mères, tantes, grands-mères etc.

Est-ce que vous vous inscrivez dans une démarche similaire -soit militante, soit revendicatrice ?

Par rapport à la militance, Maboula l’explique très bien dans le documentaire. Nous évoluons dans un milieu académique où le postulat est au recul, à la scientificité froide et cartésienne. Il faut travailler sur des choses inanimées, vieilles, mortes et de préférence “universelles” -non marquées racialement, sexuellement etc-. Lorsque l’on décide de se pencher sur des sujets palpitants, extrêmement contemporains et qui nous touchent personnellement, on peut être vu comme militant.e. En réponse à un journaliste qui lui demandait s’il se considérait comme tel, Malcolm X a eu cette réponse géniale que j’ai adoptée il y a très longtemps : « I consider myself Malcolm ». Je suis Mame et je travaille sur ma vie, mon parcours et celui de certaines de mes mères, de mes sœurs et de mes filles.

Y a-t-il une date de sortie prévue en salles ? Une diffusion en télé ? Dans les festivals ?


Je dois régler la question des droits sur quelques chansons utilisées dans le documentaire et nous préparons activement sa sortie. Quand j’ai commencé ce projet, c’était avec l’intention de l’utiliser pour mes cours et puis voir un peu où il ferait sa petite vie. La danseuse et directrice de compagnie Bintou Dembélé -qui apparaît dans le documentaire-a été la première à me dire « mais sors ce film ! » Et on revient à cette idée de chaîne, l’impression d’être porté, poussé par le groupe. Là, grâce au soutien de personnes hyper motivées, ce film va avoir une vie publique. Je suis contente de voir davantage d’espaces s’ouvrir et de nous voir dévoiler et partager nos blessures, nos réalisations, notre brillance, ce que nous sommes.

Afrikanista, La Machine Avalée… : notre sélection du meilleur à ne pas rater au Black Movies Summer !

Black Movies Summer n’est pas seulement LE festival estival du cinéma afro à Paris depuis près de huit ans. C’est aussi le moment de l’année où on peut découvrir des nouveautés car les afrodescendant.e.s de France . L’Afro a sélectionné trois temps forts à ne pas rater.

Pourquoi aller, une fois de plus,  au Black Movies Summer, dont le visuel est aussi beau et alléchant que le programme cette année ? Pour la nouvelle configuration de l’événement, concentré sur tous les week-ends du mois d’août dès le 5 au 88, la friche de la Bellevilloise. Pour le talent des organisatrices, défricheuses dans tous les domaines -ciné, musique, mode…- mais pas que. 

Pour trouver les nouveaux t-shirts en exclusivité d’Afrikanista

On ne vous présente plus Afrikanista alias Aïssé N’Diaye, dont on adore les t-shirts sérigraphiés, destinés aussi bien à être portés qu’à être lus. Pour sa nouvelle collection, elle continue d’articuler la mode et des questionnements identitaires panafricains, elle qui est née en France de parents mauritaniens et a grandi en cité. Cette fois, elle a fait cap sur le Sénégal. Avril 2016, elle découvre Roger Da Silva, photographe béninois installé toute sa vie au Sénégal. Alors qu’on ne parle souvent que de Seydou Keïta ou encore Malick Sidibé, il est aussi l’un des témoins qui a fixé l’histoire urbaine sur argentique. Dans son studio du quartier de Gueule Tapée, Roger Da Silva qui était aussi danseur de claquettes et comédien a aussi bien pris des Dakarois.e.s anonymes ou de la haute société que des figures du show business de l’époque, comme Miles Davis, Louis Armstrong ou encore Juliette Gréco.
Aïssé, passionnée de photographie africaine vintage comme en témoigne une précédente collection, débarque dans la capitale en septembre 2016, déterminée à faire connaître le travail du photographe à travers le sien. La collaboration est lancée avec l’association Xaritufoto – les ami.e.s de la photo en wolof-, créée par le fils de l’artiste, Luc Da Silva ; cette dernière se donne pour mission de promouvoir le patrimoine photographique africain et d’encadrer, d’accompagner les photographes actuels.

 

Une série de quatre t-shirts voient le jour, où la question de la double identité -africaine et française est au coeur de son discours. Avec des noms comme Mariama, référence à la Marianne nationale ou Kissima, qui fait référence aux combattants engagés dans l’armée française, qui sont ensuite rentrés chez eux sans honneurs, ni place dans les livres d’histoire.  Vous pourrez vous procurer uniquement tous les week-ends lors de la Black Movies Summer. S’ils vous plaisent, n’hésitez pas trop : les t-shirts sont en édition limitée 😉

A LIRE AUSSI : Notre portrait d’AÏSSE N’DIAYE , la créatrice derrière AFRIKANISTA, à retrouver ci-dessous en cliquant sur l’image

Afrikanista

Pour voir La Machine avalée, le film de Stéphane Gérard

« Elle avalé, la machine avalé ». Si comme à nous, cette chanson de Dorothée , c’était surtout un pan de votre enfance et un gros malaise, le film de Stéphane Gérard, disponible gratuitement entre le 5 et le 27 août, soit tout au long du festival, rappelle la charge de clichés coloniaux qu’elle charri(ait)e allègrement. « Je suis un peu plus jeune que la génération Dorothée, donc très petit quand elle passait à la télé. Par contre, j’avais des cassettes vidéo de ses clips et concerts et j’adorais ça. Mon souvenir de cette période avec tous les chœurs noirs est en fait plutôt joyeux : c’était une des rares présences noires de mon environnement », nous a-t-il confié par mail.

Dorothée et le mythe du cannibale

Ete 2014, la chanson lui revient en mémoire et déclenche l’envie de faire un film qui s’ouvre par l’énigmatique et entêtante phrase taguée « Même ces deux frères ont aimé le club Dorothée ». 2014 est aussi l’année où Exhibit B mobilise les afrodescendant.e.s ; La Machine avalée questionne les images qu’on donne à voir aux noir.e.s de France,  ce bain culturel, qui de la publicité -Bamboula, Danette, Vahiné…- à l’Art avec un grand A, les montre les plus souvent habitant.e.s de la jungle et prisonnier.e.s de l’imaginaire colonial français. « Le fait de les revoir et de réaliser tout le bagage historique qu’ils amenaient avec eux, c’était violent pour moi aussi », a indiqué Stéphane Gérard. Quinze minutes implacables qui devraient faire réfléchir les publicitaires et autres programmateur.ice.s des institutions culturelles…

Pour faire l’atelier avec NOUMBISSI DESIGN

On avait craqué sur les poupées de Simon Noumbissi, designer d’objets de bien-être inspirants et innovants. Loin d’être des jouets, ses bonnes femmes en coton étaient un mélange du meilleur du Japon et du Ghana. Après avoir proposé des enceintes made in Cameroun, financées par crowdfunding, Simon propose cette fois un atelier d’origami pour ce premier week-end de Black Movies Entertainment. Le thème du 5 au 6 c’est Rois et Reines d’Afrique : let us be !

Vous pouvez aussi (re)voir Les Misérables de Ladj Ly, qui nous avait parlé en exclusivité par , apprendre à piloter un drone (!!) pour vos prochains tournages de clips ou de vidéos de mariages -sait-on jamais- ou écouter le set énergique et forcément trap de la DJ parisienne Andy 4000 qu’on avait interviewée également ici ! Plus d’infos par ici : festivalblackmoviesummer.com