EVENEMENT – L’Afro x Le Hasard Ludique n°4 : de quoi R. Kelly est-il le nom ? ( vendredi 22 février)

EVENT – C’est le retour de nos soirées « Talk Live Party » ! Pour cette quatrième au Hasard Ludique et première de l’année 2019 qui aura lieu vendredi 22 février dès 20h, on parlera de l’affaire R. Kelly avant d’écouter un live de la chanteuse Jeannie pour finir sur la piste avec les Zouz Machine.

Vous pouvez prendre vos billets par ici.

Tarifs : 10€ de prévente/13€ sur place

Et voici le détail du programme.

TALK : de quoi R. Kelly est-il le nom ?

Teaser du documentaire Surviving R. Kelly

Il y a une vingtaine d’années, le chanteur, producteur et compositeur R Kelly s’est fait connaître pour autre chose que pour sa musique : ses relations avec des adolescentes, la plus connue étant la chanteuse Aaliyah. Mais cela va plus loin : découverte de vidéos et photos pédopornographiques qui mèneront à des procès entre fin 90 et les années 2000, accusations de manipulations sur des jeunes femmes similaires à celles que l’on peut porter à un gourou de secte … des accusations graves que le grand public semblait avoir oublié jusqu’à la diffusion en janvier dernier sur la chaîne américaine Lifetime du documentaire « Surviving R Kelly » réalisée par la journaliste Dream Hampton. Que retenir de cette affaire parfois mal comprise en France ? Vous avez peut-être du mal à suivre toute l’affaire, vous n’en avez peut-être pas du tout entendu parler, peut-être qu’elle vous révolte, ou qu’elle vous indiffère mais vous intéresse quand même ? Venez en parler avec la chercheuse Maboula Soumahoro, Essimi Mévégué, producteur, journaliste pour la chaîne Ubiznews et pour le magazine cinéma de Canal plus Afrique, Sindanu Kasongo, directeur des programmes chez BET France, auteur du blog Le Black et la plume, et Sarah Kouaka, rédactrice en cheffe du journal Negus.

LIVE : Jeannie

Jeannie
©Erin G. Wesley

La chanteuse fortement inspirée par le r&B des années 2000 nous avait enjailler peu de temps après la sortie de son premier EP Ninja en octobre dernier lors de notre soirée de rentrée. Pour celleux qui l’ont manqué ou qui souhaitent la revoir sur scène, ce sera l’occasion d’apprécier en live
les productions ciselées pour sa voix captivante qui lui permettent de s’exprimer avec conviction sur l’estime de soi, la séduction, les relations amoureuses et la singularité des femmes noires. En attendant, vous pouvez l’écouter ici.


PARTY : Zouz Machine

Zouz Machine
©Cyrill Durigon

Zouz Machine est un duo de DJ français composé de deux amies d’enfance parisiennes originaires de Caen. Elles débutent la musique par une formation classique, pourtant c’est le rap qui leur fera écumer toutes les clubs de la capitale. Leur rencontre avec Cuizinier (TTC) leur permet de découvrir l’univers du deejaying et c’est naturellement qu’elles passent derrière les platines. On les retrouve au Fantôme, au Wanderlust, à la Maison Sage, avec des sets rythmés de rap français, de grime, de dancehall et d’afropop, qui ne cessent d’évoluer vers des sonorités du monde entier. A découvrir ici.

Venez seul.e ou avec qui vous voulez 😉 !


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ACTU – Ce que neuf journalistes afro retiennent de l’année 2018

BILAN – L’an dernier, nous avions demandé à huit consœurs et confrères de nous faire part de trois faits marquants de l’année 2017. En 2018, on remet ça avec neuf autres journalistes : Yslande Bossé, Armelle De Oliveira, Samba Doucouré, Sandrine Etoa-Andegue, Jadine Labbé Pacheco, Sinatou Saka, Aphelandra Siassia, Mélody Thomas et Philippe Triay.

Yslande Bossé, journaliste au Journal de Saint-Denis et auteure du blog consacré aux littératures D.É.L.I.É.E 

Yslande Bossé

L’acte héroïque de Mamoudou Gassama (mai 2018)

« J’ai été marquée par l’ampleur qu’a pris ce fait divers. Le nom de Mamoudou Gassama a fait le tour du monde et c’est tant mieux. Il a sauvé la vie d’un enfant. Il est dommage qu’il ait fallu un acte comme celui-là, pour qu’on puisse éclairer et médiatiser l’héroïsme et le courage des gens comme Mamoudou Gassama. C’est-à-dire des migrants. Ils prennent la mer au péril de leur vie pour finir entassés dans les rues des villes du Grand Paris ou des petits villages français. Il y a une telle disproportion entre la manière dont des sans-papiers qui ressemblent à Mamoudou Gassama sont traités en France, et la façon dont les politiques ont accueilli l’acte de bravoure de ce jeune malien… La récupération d’un point de vue médiatique et politique a été assez sidérante. » 

Donald Trump et les ‘shithole countries.’ (janvier 2018)

« En début d’année, Donald Trump a qualifié plusieurs pays -Le Salvador, Haïti et des pays d’Afrique- de ‘shithole countries’ lors d’une réunion à la Maison-Blanche sur la question de l’immigration. On a traduit l’expression en français par ‘trous à merde’, ‘pays de merde’. Quand on sait ce que les politiques américains ont fait endurer aux Haïtiens notamment, et continue de leur faire endurer, on ne peut qu’être marqué par ce genre de parole. Sur D.É.L.I.É.E, on a essayé de lui répondre d’une jolie manière. »

La victoire de la France à la Coupe du monde de football (juillet 2018)

« La victoire des Bleus m’a ramené à mon enfance, à 1998, à cette époque ‘Black, Blanc, Beur’. J’avais 11 ans et j’ai l’impression d’avoir ressenti à peu près les mêmes émotions. J’ai adoré marcher dans les rues de Paris, sentir l’ambiance, rire avec les gens, crier avec les gens, fêter la victoire. C’est une belle page de l’année, on ne peut pas le nier. »

Armelle De Oliveira, journaliste pigiste basée à Londres (BBC, NBC News)

Armelle De Oliveira

Le film Black Panther (février 2018)

« Black Panther a enfin montré l’Afrique et sa population sous un angle novateur -que ce soit dans l’afro-futurisme ou dans la sortie tant attendue du portrait misérabiliste qu’on dépeint trop souvent du continent. Il a permis à de nombreux africains et afro-descendants à embrasser leur culture sans honte. Une véritable discussion a été amorcée autour de la représentation, d’abord de l’Afrique et des afro-descendants au cinéma, mais aussi autour du colorisme, du problème d’identité de la diaspora, du statut de super-héros de la femme noire, de la restitution des œuvres volées par les colons.Vivement la suite ! »

La polémique sur les origines des Bleus (juillet 2018)

« Quelle belle histoire d’amour entre la France, que dis-je, le monde entier et Kylian Mbappé ! Les Bleus nous ont fait vibrer à coup de playlists endiablés et de matchs gagnés. Mais les histoires d’amour finissent toujours mal. “Ils sont Français avant tout, ce n’est pas une victoire pour l’Afrique”. L’horreur de placer les joueurs au milieu d’une polémique pareille quelques heures après le plus beau moment de leur carrière, si ce n’est de leur vie. »

Dewayne Johnson fait plier Monsanto (août 2018)

« La figure historique ayant fait plier le géant de l’agrochimie est un homme Noir de la classe populaire américaine. Quel symbole quand on sait que bien souvent en écologie, les racisés ne sont pas entendus ou sur le devant de la scène. Quel symbole quand on sait qu’être Noir et issu de la classe populaire vous fait déjà partir avec une longueur de retard aux Etats-Unis. J’espère voir dans tous les livres d’histoire son visage rongé par son cancer en phase terminale causé par le glyphosate. »

Samba Doucouré, journaliste pigiste (Mouv’), président d’Africultures

Samba Doucouré

Mamoudou Gassama 

« Un événement démesuré qui en dit long. L’enfant pendu dans les airs c’est irréel, la prouesse l’est aussi. Ce qui a suivi également. La récupération par Macron, les multiples passages sur des plateaux télé, les prix… Tout cela s’est enchaîné à une vitesse folle. Quand on voit de l’autre côté le traitement réservé aux autres migrant.es, on ne peut qu’être révolté.e. On ne passe pas de zéro à héros. Pourtant, parmi les hommes et femmes qui meurent sur des chemins similaires à celui de Mamoudou, il y a beaucoup de héros. »

La victoire de la France à la Coupe du monde de football

« Ramenez la Coupe à la maison, allez les bleus allez, 20 ans après c’est le moment! On en avait besoin, vraiment. Un moment de communion qui transcende les opinions, les origines et les statuts. C’est peut-être naïf comme commentaire mais un peu de joie même éphémère ça ne se refuse pas. Très vite, les débats hypocrites sur la francité vs l’africanité des joueurs m’ont gonflé. Mais je suis heureux que ces footballeurs et les jeunes de leur génération aient eu droit à cet instant de grâce. Je suis aussi content pour Vegedream qui va croquer sur son tube pendant 30 ans ! »

Black Panther

« Plus que le film en lui-même, j’ai adoré la passion qu’il a déchaîné. J’ai aimé lire et observer ces réactions, débats et analyses. Chacun y allait de sa lecture politique du film. C’est une œuvre panafricaniste dans la mesure où elle propose une utopie d’union africaine.  Et elle est intéressante parce qu’elle pose les questionnements essentiels : si nous arrivions à faire l’union, où placerions-nous la diaspora, les traditions, le progrès, la solidarité et les femmes? »

Sandrine Etoa-Andegue, grande reportrice à Franceinfo

Sandrine Etoa-Andegue

Espoir des candidats à l’exil pour l’Europe au Niger (janvier 2018)

« En janvier 2018, je me rends au Niger pour une série de reportages entre Niamey et Agadez. Lors de mon séjour dans cette dernière ville, située aux portes du désert, deuxième du pays par sa taille, j’ai rencontré de nombreux migrants en route vers la Libye. Parmi eux, il y a Koffi, un orphelin ivoirien de 18 ans. En attendant son voyage, le temps de réunir l’argent nécessaire et constituer son kit de protection pour traverser le désert, il végète dans un ‘ghetto’, une maison tenue par des passeurs en périphérie de la ville à l’abri des regards où ils hébergent les migrants en transit. Les récits de ceux qui l’ont précédé vendus sur des marchés aux esclaves, la possibilité d’être abandonné à son sort en plein désert, l’épreuve de la traversée de la Méditerranée, le rejet et l’hostilité une fois en Europe, rien ne peut l’arrêter. Il veut gagner l’Allemagne et devenir footballeur, réussir et vivre. ‘Dieu m’a donné le courage, lui et mes ancêtres veilleront sur moi’ dit-il. » 

Le plus grand bidonville de France est à Mayotte en France (mars 2018)

« En mars 2018, Mayotte 101ème département français est paralysé par une grève générale qui se matérialise par de nombreux blocages sur l’île, une population sous tension et une économie au ralenti. Les mahorais.es sont révolté.es et fatigué.es, des nombreuses agressions aux abords des établissements scolaires, de l’insécurité quotidienne, du chômage endémique des jeunes. Derrière cette crise sociale, une crise économique : 84% de la population vit sous le seuil de pauvreté. A Kaweni, le plus grand bidonville de France situé à l’est de l’île, 15 000 personnes vivent entassées les unes sur les autres, des mahorais.es, des comorien.nes -boucs émissaires tenus pour responsables de tous les maux du territoire-, des malgaches. Des familles vivent dans le dénuement le plus complet comme cette mère de cinq enfants que j’aimerais entendre parler de ses conditions de misère criantes mais auxquelles elle ne fait plus attention. Beaucoup sont comme elle fatalistes et résigné.es, ‘c’est comme si l’État et la France nous avaient oubliés ici à Mayotte’, dit Fainou une autre mère célibataire. » 

L’élection de Jaïr Bolsonaro au Brésil et le règne des fake news (octobre 2018)

« Il y a eu Trump, Salvini et maintenant Bolsonaro. Le 28 octobre dernier, le Brésil s’est choisi un président d’extrême-droite. Ouvertement raciste, homophobe, nostalgique de la dictature militaire. Toute sa campagne, il la mène sur les réseaux sociaux dans un pays où 120 millions de personnes utilisent WhatsApp. Pas de débat télévisé, sa première déclaration une fois élu, c’est sur internet qu’il l’a fait. Son camp est accusé d’avoir mis sur pied une vaste opération de désinformation contre son adversaire Fernando Haddad via l’envoi de centaines de millions de messages colportant des fausses nouvelles. La vérité n’a pas d’importance. Dans la vie réelle, il y a ceux pour qui cette élection annonce des lendemains difficiles. Notamment les militants des droits de l’homme, de la communauté afro ou LGBT. Ou encore ce policier qui craint que les violences des forces de l’ordre n’augmentent notamment à l’égard de ceux qui les subissent déjà le plus : ‘le jeune homme, noir, pauvre, habitant dans les quartiers périphériques’. »

Jadine Labbé Pacheco, journaliste à France Ô (émission Les Témoins d’Outre-mer)

Jadine Labbé Pacheco

Argentine : le Sénat rejette la légalisation de l’avortement (août 2018)

« Le 9 août, après plus de seize heures de débats, 38 sénateurs rejettent un projet de loi qui légalise l’IVG au cours des 14 premières semaines de grossesse. Le texte avait été adopté par les députés en juin à 129 voix pour et 125 contre. Ce n’est qu’en 2020 que le Parlement pourra revenir sur ce texte. Des milliers de manifestantes féministes munies de foulards verts, vert couleur de l’espoir, sont en larmes. Moi aussi. »

 La France remporte la Coupe du monde…et des femmes sont agressées par des supporters (juillet 2018)

« Je ne suis pas une grande fan de football mais je ne rate pas un seul match de l’équipe de France pendant la Coupe du Monde. A chaque victoire, je crie, saute et chante ma joie avec mes proches. 15 juillet, jour de finale, jour de victoire. Paris est en fête, c’est beau, c’est génial. Mais certains supporters gâchent ces moments de joie. Plusieurs femmes racontent les agressions sexuelles dont elles ont été victimes pendant cette Coupe du monde, par des hommes, alcoolisés ou non. Ces agressions me dégoûtent, elles sont impardonnables. » 

Denis Mukwege et Nadia Murad, Prix Nobel de la paix (décembre 2018)

« Le 10 décembre 2018, l’ancienne otage yézidie de l’organisation Etat islamique Nadia Murad et le gynécologue congolais Denis Mukwege reçoivent le Prix Nobel de la paix à Oslo, en Norvège.’L’homme qui répare les femmes’ lutte contre les mutilations génitales dont les femmes sont victimes en RDC. Le combat de ces deux lauréats contre les violences sexuelles faites aux femmes prouvent qu’il y a de l’espoir. » 

Sinatou Saka, journaliste et chef de projet à RFI et France 24 (France Médias Monde) 

Sinatou Saka

La restitution de 26 œuvres d’art au Bénin (novembre 2018)

« Cette décision est tout simplement historique. Certes, il s’agit de 26 œuvres sur les 90000 objets d’art d’Afrique subsaharienne présents dans les collections publiques françaises mais c’est un pas important. Parce que cette restitution ouvre la porte à d’autres retours et aussi parce que ça dit quelque chose des actions humiliantes de la France pendant la période coloniale. En tant que béninoise, je me suis bien entendu senti très concernée par cette décision qui va permettre à des jeunes béninois et béninoises de voir pour la première fois de leur vie le trône du roi Ghezo, datant du XIXe siècle, exposé au Musée du quai Branly-Jacques Chirac. La culture n’est pas secondaire, c’est ce qui fait une nation. »

La France, championne du monde de football (juillet 2018)

« On n’y a pas cru. Mais ils ont ramené une deuxième étoile à la maison. Et cette coupe nous a tou.te.s rassemblé.es. Enfin pas vraiment, puisqu’on a quand même eu un vrai débat sur les origines africaines des joueurs de l’équipe de France de football. C’est intéressant de voir qu’en France, la couleur de peau divise en deux camps : ceux qui pensent que ces joueurs sont d’abord français, et ils ont bien raison -plusieurs n’ont pas grandi sur le continent- et ceux qui pensent que quoi qu’on dise, ils ont été imprégnés d’une éducation africaine de part leurs parents. Ce que je retiens, c’est qu’il est encore très complexe de  de se faire entendre en France quand on se dit Français.e mais aussi Africain.e, simplement, sans avoir à se justifier, s’expliquer, sans hiérarchiser.« 

Le Scandale Cambridge Analytica (mars 2018)

« Au mois de mars, Cambridge Analytica est accusée d’avoir utilisé des données de 30 millions à 70 millions d’utilisateurs de Facebook, recueillies sans leur consentement. C’est énorme et si l’opinion publique, notamment en Afrique où Facebook connaît une croissance incroyable,  s’en est inquiété rapidement, je ne pense pas qu’elle en ait vraiment pris la mesure. La preuve : à part lui dérouler le tapis rouge, aucun Etat africain ne fait le poids ou n’a daigné convoquer le géant américain. Ce n’est pas le premier gros scandale de ce type mais en tout cas, il a été heureusement bien traité par les médias. Car le problème, ce n’est pas seulement l’utilisation de nos données mais c’est un risque assez clair de faillite de toutes nos démocraties. « 

Aphelandra Siassia, journaliste pigiste (Nothing but the wax)

Aphelandra Siassia

Denis Mukwege et Nadia Murad, nommé.e prix nobel de la Paix (octobre 2018)

« Un événement m’a tout particulièrement bouleversé cette année : l’annonce en octobre dernier du prix Nobel de la Paix, décerné à deux activistes, le Congolais Denis Mukwege et la Yézidie Nadia Murad. L’un répare les corps des femmes meurtries, violées par les forces armées congolaises sévissant depuis des décennies dans le pays, l’autre a été l’esclave des jihadistes, kidnappée, torturée et violée par ses ravisseurs. Depuis son évasion, Nadia Murad se bat avec ferveur contre les violences infligées à son peuple par l’organisation Etat Islamique. Toute la beauté et la portée d’une telle récompense se cristallise peut-être dans le choix de la date de restitution, le 10 décembre dernier, date anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. »

Nous Toutes (novembre 2018)

« Le 24 novembre dernier déferlait une vague violette sur toute la France. Le mouvement Nous Toutes comptabilisait près de 50 000 personnes en France, unies pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles à l’encontre des femmes. Une manifestation historique organisée un an après les révélations chocs de l’affaire Weinstein et le lancement du mouvement #MeToo, ne faisant que confirmer la nécessité de prendre à bras le corps la question du patriarcat. »

Les Gilets Jaunes (novembre et décembre 2018)

« Compliqué de passer à côté de cette insurrection populaire, prenant de jour en jour davantage de poids depuis le début du mois de novembre. La France s’embrase sous le regard médusé de nos politicien.nes, une France fragmentée, divisée, fatiguée, aujourd’hui prête à tout, même à aller à l’encontre des principes de la République. Comment pacifier le mouvement tout en se faisant entendre ? Les interrogations au même titre que les revendications se multiplient, juste tribut de quarante ans d’inaction étatique. Où se placer dans tout ça ? Nous sommes beaucoup à nous poser la question. À l’action brutale, non maîtrisée, parfois brouillonne, préférons la réflexion et la prise de décision collective pour tenter de mettre à plat de vraies solutions. »

Mélody Thomas, journaliste à Marie Claire, co-auteure de la newsletter What’s Good

Mélody Thomas

Facebook est loin d’être mort (avril 2018 – aujourd’hui)

« Ces dernières années, j’utilise Facebook de manière aléatoire. Je poste très peu sur ce réseau, hormis des articles que j’ai écrits ou des choses que j’ai trouvé drôle. Par aveuglement, et étant donné le fait que dans mon milieu professionnel les gens sont plutôt sur Instagram, j’ai cru que tout le monde utilisait ce réseau à ma façon. Autrement dit, quasiment pas. Pourtant, aujourd’hui Facebook, au travers de groupes et événements privés, s’est révélé être un véritable enjeu politique. On a pu le voir avec le scandale Cambridge Analytica et on le comprend là encore avec le mouvement des Gilets Jaunes. Je pense que dans les prochains mois, voire les prochaines années, nous allons véritablement voir ce que signifient réellement le déplacement des discussions politiques sur des plateformes digitales et leur impact sur le monde réel. »

Le mariage de Meghan Markle (mai 2018)

« Ce qui m’a marqué dans cette histoire, ce n’est pas le mariage en lui-même, mais les conversations qu’il a provoqué. Il y a eu les articles qui l’ont déclaré première personne noire à intégrer la famille royale d’Angleterre (ce qui est faux). Puis les discussions sur la représentation : ce que l’image d’une “princesse noire” allait changer pour un tas de petites filles dans le monde. Et enfin, d’autres encore pour dire que ces conversations n’étaient qu’un décorum et qu’elles ne changeraient pas la sombre histoire coloniale de l’empire britannique. Ce que j’ai aimé, c’est voir ces questions soulevées, discutées sur la place publique -même si virtuelle. » 

Le clip ‘Apeshit’ de Beyoncé et Jay-Z (juin 2018)

« Je n’en parle pas seulement parce qu’elle est sortie le 16 juin, jour de mes 30 ans haha ! Je me souviens être dans un taxi plusieurs jours après la sortie du clip avec un ami qui me disait ‘quand même, Beyoncé au Louvre, c’est un peu n’importe quoi. Les gens s’emballent trop. Et puis ce n’est pas le lieu’. Le genre de phrase qu’on a tou.tes lu et entendu à la sortie du clip. Je finis par poser la question : ‘le lieu pour quoi ? Combien de personnes racisées tu vois dans les musées qui ne soient pas des vigiles ? Tu ne crois pas qu’avec ce clip, il y aura un tas d’ados qui vont se dire : ‘c’est aussi mon histoire. J’y suis à ma place ?’ J’entends le chauffeur Uber à l’avant dire ‘c’est vrai ça’. »

Philippe Triay, journaliste à France Ô et auteur 

Philippe Triay

Le prix Nobel de la paix au Dr Denis Mukwege

« Pour moi, cet homme a la stature d’un Nelson Mandela. Le Dr Denis Mukwege, ce gynécologue-obstétricien congolais qui soigne les femmes, les jeunes filles et les enfants, souvent même des bébés, victimes de viols et de brutalités sexuelles ignobles dans le Sud-Kivu en République démocratique du Congo, est l’un des héros de notre temps. Ce médecin rempli d’humanité et d’un courage inouï face aux atrocités humaines est également ce que l’Afrique peut offrir de meilleur et un exemple pour la jeunesse du continent. Il faut absolument écouter son formidable discours à la remise du prix à Oslo. » 

Les migrations d’Afrique subsaharienne qui se poursuivent

« Guerres, pauvreté, manque d’opportunités économiques, famines, bouleversements climatiques…Des centaines de milliers d’Africain.e.s tentent chaque année au péril de leur vie de quitter leur continent pour tenter de rejoindre un Occident qui ne les veut pas et les humilie. Et là, je veux pousser un coup de gueule non contre ce dernier -qui évidemment a une grande part de responsabilité- mais contre les élites africaines qui, par leur corruption, leur vénalité et leur gabegie ont conduit à cette situation. Il n’est plus possible de dire que c’est la faute des autres. Mais j’ai confiance en la société civile africaine et ses citoyens de plus en plus mobilisés pour prendre leur destin en main. »

Le scandale sanitaire du chlordécone aux Antilles (juin 2018)

« La question de l’empoisonnement des sols, des rivières et de toute la chaîne alimentaire en Guadeloupe et en Martinique par le chlordécone, un pesticide extrêmement toxique utilisé dans les bananeraies pendant plus de vingt ans, est revenue dans le débat public (il avait déjà éclaté au grand jour en 2016 ndlr). L’occasion de rappeler que plus de 92 % des Guadeloupéen.nes et des Martiniquais.es sont contaminé.es par ce perturbateur endocrinien, avec des risques très élevés de cancers et de troubles neurologiques. Selon les scientifiques, les terres seront polluées pour des siècles, au point que l’on parle d’un scandale d’Etat, resté sans réponse pour le moment… »


EDITO – #Fraicheswomen : Black girls rock in France !

À quand une marque, un média, des entreprises FUBU ? La question revient souvent. Des femmes afrofrançaises qui font des choses, il y en a. Dans le milieu associatif, en politique, dans la mode, au théâtre … Certaines sont même totalement dans l’ombre, quand leur métier le requiert ou parce que ce qu’elles font, ce qu’elles sont, n’existe financièrement, politiquement, médiatiquement, que difficilement dans notre bonne société française.

2017 a été une année particulièrement riche en événements : la deuxième édition du festival Black(s) to the future, l’arrivée du média nothingbutthewax, d’Ouvrir La Voix, le film choral d’Amandine Gay, en salles -qui va cartonner-, le documentaire Mariannes Noires de Mame-Fatou Niang,  la diffusion toujours plus importante du guide de l’Afrique à Paris Little Africa par Jacqueline Ngo Mpii, la création par la journaliste Cathy Thiam et l’artiste Serge Kponton de Sheroes TV, 30 Nuances de Noir.e.s, le beau projet de fanfare afroféministe de la chorégraphe Sandra Sainte Rose…

Bonne nouvelle : ces initiatives, pensées, portées par des femmes ou autour des femmes, sont loin d’être les seules à exister.

Non, elles ne brossent pas toujours dans le sens du poil. Oui, elles sont importantes et contribuent à changer les choses.

Nous avons donc décidé de réunir neuf femmes, aux parcours et personnalités différents. On suit leur travail, on nous en a parlé en DM, on les a vu à la télé, sur la toile, en étant de sortie à Paris… Nous avons fini par les contacter, elles étaient disponibles, ont bien voulu nous faire confiance, avaient juste envie d’en être.

Et les voilà, toutes réunies.

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De gauche à droite, en hauteur : Maroussia Pourpoint, Penda Diouf, Anaïs Durand Munyankindi, Aset Malanda, Clarence Kopogo et Aïssé N’diaye. De gauche à droite, par terre : Marina Wilson, Manon Ahanda et Danièle Obono / crédits : Noella L IG : @noellal

On a voulu cette photo de famille, ce cliché façon rentrée pour célébrer ces femmes qui font plus que « représenter » dans leurs domaines respectifs. Que ce soit en politique -Danièle Obono-, dans le monde de la gastronomie- Clarence Kopogo-, dans l’industrie créative -Marina Wilson-… Des femmes afrodescendantes aux talents et savoirs -(faire) multiples qu’il faudra suivre, parce qu’elles sont là pour longtemps.

Maroussia, Aïssé, Penda … certaines se connaissaient, d’autres se sont rencontrées pour la première fois le jour de la séance photo. Le shooting a été aussi l’occasion pour elles de se parler, de nouer des liens -enfin elles pourront mieux le dire que nous-, en quelques heures de sororité et de simplicité.

Nous vous proposons de découvrir tous les jours dès mardi le portrait d’une d’entre elles. Oui, on espère que suite à cette première édition, d’autres suivront pour vous présenter de nouvelles #fraicheswomen, très bientôt.

Adiaratou et Dolores, L’Afro team

Pourquoi L’Afro ? 

Merci à elles de nous avoir fait confiance  :

Manon Ahanda

Penda Diouf

Anaïs Durand Munyankindi

Aset Malanda

Aïssé N’diaye

Danièle Obono

Maroussia Pourpoint

Clarence Joséphine Volta

Marina Wilson

Un grand merci à Noëllal la photographe qui a permis de donner forme à ce projet que nous avions en tête (à suivre sur son Instagram) et au bar Monsieur Zinc à Odéon qui nous a chaleureusement accueilli et laissé utiliser son bel espace (à retrouver sur Instagram et Facebook).

#mediasfrotalk : Blog vs média ?, financement et plagiat… Tout ce qui s’est dit le 22 avril ou presque est là ;)

Negronews, Cité Black, Blackbeautybag, Les Docs Afros… Les fondat.eur.ice.s et rédact.eur.ice.s en chef de ces sites internet, blogs ou magazine ont accepté notre invitation à débattre sur la question des médias afro le samedi 22 avril, veille du premier tour de la présidentielle en France. Une question tellement riche et complexe qu’il aurait fallu au moins 24h pour aborder la plupart des enjeux.

Depuis longtemps, nous voulions réunir différents act.eur.ice.s du secteur pour initier une discussion sur cette « niche » qu’est le média afro. Depuis le lancement de L’Afro, fin octobre 2015, à vrai dire. Car en tant que journalistes, la réflexion sur le rôle et le fonctionnement des médias est perpétuel. Et avant même de se poser la question du média afro en tant que tel, encore faut-il définir ce qu’est un média tout court, qu’on appelle également « 4ème pouvoir ». Ce que l’ensemble des intervenant.e.s s’accordent à dire, peu importe la ligne éditoriale de leur média,  c’est qu’iels ont lancé leur plate-forme d’information parce qu’il ressentait un manque dans les médias mainstream. Mais pour autant, les médias afro font-ils la différence ?

Cette discussion s’est faite en 3 temps.

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De gauche à droite, Sarah Kouaka (rédactrice en chef chez NOFI) et Hortense Assaga (fondatrice de Cité Black et journaliste chez Africa 24)

Les médias afro ont une histoire. Certains, à l’instar du magazine Amina, existe depuis plus de 40 ans, d’autres ont suivi, existent toujours aujourd’hui, ont disparu, sont revenus : Grioo, Afrobiz, Chocolate…, la liste est longue. Pour ouvrir cette soirée, nous avons donné la parole à une des femmes qui a contribué à écrire cette histoire, Hortense Assaga, journaliste officiant aujourd’hui sur la chaîne de télévision Africa 24. Elle a retracé une partie de son expérience de fondatrice et rédactrice de Cité Black tenu pendant 8 ans depuis 2000, la construction du magazine qu’elle a bataillé à faire rentrer puis rester dans les kiosques, selon ses conditions. (on l’avait d’ailleurs interviewée à ce sujet en 2015 dans notre dossier « Femmes noires dans l’audiovisuel »).

À ses côtés, Sarah Kouaka, rédactrice en chef de NoFi; elle a évoqué notamment la problématique du modèle économique. 

À l’origine une marque de Tshirts Noir & Fier, NoFi est devenu une marque tout court à 360°, constituée d’un média, d’une association et d’une agence de communication destinée à aider des entreprises, -pas nécessairement afro-, à cibler un public afrodescendant pour qu’elles puissent leur vendre leurs produits.

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De gauche à droite, Adiaratou Diarrassouba (co-fondatrice de L’Afro) et Sarah Kouaka

On retiendra ici la complexité de faire vivre financièrement parlant et ce, de manière durable, les médias en général ; cette question n’épargne pas les médias mainstream, eux-mêmes bien souvent obligés de faire appel à des investisseurs ou de se faire racheter par de riches banquiers ou entrepreneurs pour subsister.

L’impact de ces médias afro dans la société, c’était l’objet du second temps de la soirée. On est notamment revenu sur la polémique du magazine Elle et son article de 2012 sur la « blackgeoisie », qui aurait découvert le style grâce à Michelle Obama, soulignant qu’avant elle, les Noir.e.s ne savaient pas s’habiller. À l’époque, l’affaire avait fait un tollé, des afronautes en nombre avaient tenu à faire entendre leur colère sur les réseaux sociaux. Une colère partagée par Danielle Ahanda, fondatrice du webzine Afrosomething et du blog BestofD, et sa sœur Patricia qui ont interpellé la rédaction, puis y sont allées pour discuter face caméra avec deux journalistes. Les coulisses de cette vidéo sont beaucoup moins apaisées que ne le montrent les images, a souligné la protagoniste. De ce coup de griffe, mis en scène par la rédaction du magazine, reste une plus grande place faite aux mannequins non-blanc.he.s, constate Danielle ; un sentiment qui n’était pas partagé par toute la salle.

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De g. à d. : Dolores Bakèla, co-fondatrice de L’Afro, Danielle Ahanda, fondatrice d’Afrosomething, Regis Mutombo Katalayi, fondateur de Negronews et Pierre Désiré Cras, co-fondateur des Docs Afro

Nous avons eu la chance de pouvoir revenir sur cet épisode avec Danielle Ahanda, qui est intervenue aux côtés de Régis Mutombo Katalayi, le rare créateur de Negronews et Pierre Désiré Cras, co-fondateur des Docs Afros. Un plateau particulièrement éclectique : la première est blogueuse, le second, informaticien de formation, le dernier, historien. Aucun n’est journaliste. Pour autant, font-iels fi des règles de déontologie journalistique, essentielle pour les fais.eur.se.s d’information ? Comment le gèrent-t-iels ? Regis Mutombo Katalayi a lancé la page Negronews sur Facebook en 2012, en y relayant exclusivement des articles écrits par d’autres, sans produire de contenu original, dans le but de transmettre des informations qu’il estimait inconnues et indispensables à faire connaître à la « communauté ». En 2015, il affirmait ne relayer plus que 50% d’articles écrits par d’autres médias et 50% de contenu original. La donne est différente pour Pierre Désiré Cras, historien spécialisé dans l’histoire africaine-américaine ; il propose à l’inverse, -avec la co-fondatrice et également historienne Narcy Malanda-, 100% de contenu original sur le site Les Docs Afros, qui a également commencé sous forme de page Facebook. Il explique que sa page a été victime de plagiat de la part d’autres pages ou sites qui ont repris tout simplement en copié-collé du contenu, sans citer la source, ce qui est une règle de base, bien connue des journalistes et des chercheu.r.se.s.

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Danielle Ahanda et Regis Mutomno Katalayi

L’affaire Cais, petit garçon dont les parents soupçonnaient à l’époque qu’il avait été violé par un personnel de l’école, est également évoquée par Danielle Ahanda, suite à un article problématique au niveau de l’éthique liés à son traitement par une rédaction afro. Une manière de dire que même un sujet touchant un membre de ladite communauté peut-être mal traité par un.e membre de ladite communauté travaillant pour un média de ladite communauté, qu’iel n’échappe pas forcément aux travers reprochés aux médias traditionnels, dont le public se méfie de plus en plus. On reproche souvent aux afros – et nous sommes bien placées pour le savoir, l’ayant entendu dans des rédactions mainstream- la question de la distance par rapport au sujet traité. Plus on serait proche du sujet à traiter, moins on serait objectif, l’objectivité étant la qualité la plus souvent mise en avant pour faire un.e bon.ne journaliste. Ce type de raté, évoqué par D. Ahanda, viendrait faire écho à cette affirmation. Vaste champ.

Autre sujet qui a échauffé le public : la question de la solidarité entre médias afro, évoquée par le responsable de Negronews.

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Fatou N’diaye de Blackbeautybag et Mariam Ndour de Djiguene

On a consacré le dernier moment de la soirée aux blogs. Vu comme certains d’entre eux sont suivis, on s’est demandé si on pouvait les considérer comme des médias à part entière. Pour l’occasion, Fatou N’Diaye de Blackbeautybag et Mariam Ndour de Djiguene sont venues en discuter. L’une, 40 ans, écrit sur la beauté depuis maintenant 10 ans et le dit haut et fort : son travail est différent du journaliste. L’autre, 25 ans, écrit sur l’Afrique depuis 1 an. Avec Fatou, qui travaille avec différentes grandes marques de luxe dont L’Oréal, on a abordé la question de l’indépendance quand on est lié à des marques. La blogueuse dit pouvoir choisir d’accepter ou de refuser les contrats proposés, que son caractère lui a permis de s’imposer sur la durée, de la rendre visible dans la sphère afro-française ; ses recommandations auraient même permis à d’autres femmes noires d’être embauchées par de grands groupes. Connue pour son franc-parler, elle a tenu à rappeler combien les fantasmes entourant le fait d’être blogueuse étaient importants. Elle a également fustigé la notion d’influenceur.se, arguant que tout le monde décrétait en être un.e et a évoqué, entre autres, l’achat de followers, décrédibilisant les personnes s’y prêtant auprès de grosses entreprises au fait de ce type de pratiques.

Pour Mariam Ndour, le blog Djiguene est un lieu de relais d’informations sur des initiatives autour de l’Afrique pour valoriser et donner une autre vision du continent. Parlant du printemps africain, qui fleurit dans bon nombre d’institutions parisiennes, Mariam a parlé de son travail, amorcé depuis quelques années vs l’intérêt récent pour le continent et le choc entre les deux. Dans les deux cas, la relation au public est différente. Ce qui conclut la soirée et ouvre le sujet : finalement, à qui ces médias s’adressent-ils ?

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Nous ne sommes pas sûres qu’il était possible de répondre à cette vaste question en trois heures. Les intervenant.e.s , venu.e.s de différents horizons, avaient beaucoup de choses à dire, et qui n’allaient pas forcément dans le sens du vent. Le fonctionnement des médias afro a pu cependant être abordé, dont les entités administratives même posent question ; avant même de pouvoir répondre à cette question, il était important de présenter l’écosystème dans lequel naissent et se développent ces médias.

Nous nous réservons la possibilité de revenir sur tout ce qui s’est dit et d’aller plus loin, une prochaine fois, avec vous, on l’espère 😉

Interview – Hélène Lam Trong, réalisatrice du clip ‘Asiatiques de France’ : « Ce buzz montre qu’il y avait un besoin »

ENTRETIEN- Le comédien Frédéric Chau, le journaliste Raphal Yem, la chanteuse Anggun ou encore le chanteur Monsieur Nov font partie des personnalités asiatiques ayant pris part au clip « Asiatiques de France » où iels citent les clichés qu’on leur colle à la peau puis concluent en rappelant qu’iels sont « Français.es » . L’Afro a voulu en savoir plus sur la démarche et a contacté la journaliste chargée de la réalisation de la vidéo  : Hélène Lam Trong.

En combien de temps a été réalisé le projet ?

Tout s’est fait à l’arrache ! Entre le moment où on a décidé du tournage, il s’est passé une dizaine de jours en sachant que je travaille à côté. En tout, il y a trois jours de tournage et un jour de montage et on l’a mis en ligne deux jours après, jeudi dernier.

Je me disais autant que ça se fasse maintenant plutôt que ça se fasse trop tard. J’ai accepté de le faire à condition qu’il n’y ait pas de message politique, car le clip d’origine dont il est inspiré, fait par des Asiatiques américains, incitait au vote. Or, je suis journaliste, pas militante et il était hors de question pour moi de porter un discours clivant ou culpabilisant envers celleux qui ne comptent pas voter et considère qu’il y a d’autres moyens d’agir dans la société qu’en se rendant dans un bureau de vote. Mais je pense tout de même que c’était intéressant de la sortir avant les élections. Je pense qu’il y avait un besoin et faire ça, ce n’est pas être militante mais être citoyenne.

Quel est le but du clip ?

C’est de lancer un pavé dans la mare, de déclencher une discussion pas seulement entre Asiatiques mais avec tout le monde. Mais aussi de donner la parole aux Asiatiques de France.

Je trouve que les objectifs d’intégration ne sont pas bien remplis, que ce soit pour les Asiatiques ou pour les autres immigrés ; si on dit qu’un immigré qu’on ne voit pas et qu’on n’entend pas est un modèle d’intégration réussie, c’est qu’il y a un problème.

Je pense que la vidéo a pu être faite aujourd’hui car les immigré.e.s asiatiques issu.e.s de la première ont été accueilli.e.s à bras ouverts donc iels ont pour la plupart le sentiment d’avoir une dette envers la France et même si le pays les a un peu maltraités, iels n’osaient pas râler de peur de passer pour des ingrat.e.s. C’est justement une problématique que les deuxième et troisième générations n’ont plus. Elles sont nées et ont grandi en France et certaines des personnes qui en sont issues ont elles-mêmes des enfants et souhaitent un avenir meilleur pour leurs enfants.

Vous attendiez-vous à un tel succès ?

Pas du tout ! Je savais que ça allait un peu faire parler parce qu’il y a des personnalités dedans,. Mais la plupart ne sont pas super connues ou, en tout cas, pas pour leurs origines asiatiques. Donc je n’étais pas certaine que ça allait prendre mais ça veut dire qu’il y a un vrai sujet mais si j’avais su que ça prendrait autant d’ampleur, j’aurais un peu plus soigné mon approche.

C’est-à-dire ?

En l’espace de quelques jours, on a eu pas mal de commentaires sur la page Facebook Asiatiques de France, la plupart assez fondés et pertinents. Certaines personnes nous ont fait remarquer qu’en égrenant les métiers des participant.e.s à la fin de la vidéo, ça laissait entendre que les gens se définissaient uniquement à travers leur travail, ce qui est, effectivement, un peu maladroit. Et si les gens ont retenu ce message, ça m’embête un peu. On a aussi reçu des messages de personnes originaires d’Asie centrale ou d’Inde nous disant qu’elles sont aussi Asiatiques et auraient pu être incluse dans le projet, ce qui est vrai. Il faut dire que j’ai réalisé le clip suite à une rencontre avec des gens originaires d’Asie de l’est et du sud-est, on a notamment évoqué des insultes comme « chinetoques » ou encore du sketch de Gad Elmaleh et Kev Adams, le clip visait des personnes d’Asie de l’est et du sud-est, ce qui veut dire des choses de la société d’aujourd’hui et je reconnais même moi qui suis pour qu’on combatte les clichés, je ne suis pas absoute de certains ; je n’associe pas les Indiens, les Mongoliens à des Asiatiques autant que des Chinois ou des Vietnamiens. Globalement, les retours sont très bons mais j’entends aussi les critiques qui me font réfléchir.

Est-ce que vous vous intéressiez à cette question auparavant ?

Oui, depuis le début de mes études il y a 15 ans, j’ai travaillé dessus. Quand j’étais à Sciences Po, avec le sociologue Patrick Champagne comme directeur de recherche, j’ai rédigé un premier mémoire de sociologie sur l’intégration en France des Vietnamien.ne.s en particulier et des Asiatique.s de façon générale. Je me suis appuyée sur le travail d’un sociologue algérien qui s’appelle Abdelmalek Sayad qui avait écrit La double absence où il expliquait comment les Français d’origine algérienne ne trouvaient leur place ni en France ni dans leur pays d’origine ce qui expliquait les soucis d’intégration en général. Lors de mes études de journalisme au CELSA, j’ai travaillé sur la façon dont la couverture médiatique et la mobilisation politique et sociale pour secourir en mer les « boat people », les centaines de milliers de réfugié.e.s cambodgien.ne.s, laotien.ne.s mais surtout vietnamien.ne.s, a fait qu’on a porté a priori un regard bienveillant sur eux, contrairement à d’autres communautés. Il n’y a plus une telle mobilisation pour les réfugiés aujourd’hui, parce que la situation ici n’est pas la même, les gens considèrent qu’ils ont tellement de problèmes qu’ils ne peuvent pas accueillir les autres. Je pense en tout cas que le regard qu’on porte sur la genèse de l’immigration a beaucoup d’influence sur la qualité de l’intégration future.

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En tant que journaliste, de quel genre de sujets traitez-vous ?

Je suis reporter généraliste depuis 11 ans mais je m’intéresse beaucoup aux questions d’identité et de métissage, étant moi-même franco-vietnamienne. Un de mes premiers films portait sur les enfants de mères vietnamiennes et de G.I afro-américains durant la guerre du Vietnam. Ce sont des questions qui, à mon sens, n’intéressent malheureusement pas encore beaucoup les chaînes. Avec le climat actuel, elles sont frileuses et ont peur qu’on mette en avant du communautarisme. D’ailleurs, j’ai vu des commentaires un peu haineux sur Facebook suite à la sortie du clip, où on nous reprochait d’être tombé.e.s dans le piège du communautarisme, ce qui veut dire en gros, « vous étiez discrets, on vous aimait bien et maintenant vous faites comme les Noir.e.s et les Arabes ». Ou d’autres personnes, un peu plus éduqué.e.s, se demandaient si emprunter cette voie-là était la meilleure façon de faire entendre notre message.

La page Facebook Asiatiques de France va-t-elle continuer à vivre ?

Peut-être mais ce n’est pas moi qui la gérera. Les cinq copains d’enfance que j’ai rencontré et avec qui j’ai pensé le projet , My-Anh, Kim Lys, Kim Anh, Jacques et David, y tiennent en tout cas.

(Crédits photo : Instagram @helenelamtrong)