#Fraicheswomen2017 n°1 : Clarence Kopogo, co-fondatrice et cheffe de Table Nali

« Je désire participer à la démocratisation de la gastronomie et des cultures culinaires africaines. »

Gastronomie – Clarence Kopogo a lancé Table Nali avec sa soeur Nadia en 2014 et figure sur la photo de famille de la rentrée.  Parce que cette femme cheffe cuisinière s’illustre dans un milieu très masculin après avoir été formée par l’étoilé Thierry Marx. Parce qu’à travers son concept de cuisine, elle propose des spécialités revisitées de la Centrafrique dont elle est originaire dans un souci de transmission culturelle. Parce qu’elle est passionnée par ce qu’elle fait. Après avoir servi sa street food à la Villette, au festival de musique We Love Green, ou encore à la Fondation Cartier cet été, elle nous parle ici de son travail, de son expériences et de ses projets à venir.

Comment définissez-vous votre travail ? 

Mon travail se définit comme suit ; ré-interpréter la cuisine africaine avec toutes les multi-culturalités qui me traverse. Je désire participer à la démocratisation de la gastronomie et des cultures culinaires africaines. Innover en proposant une cuisine contemporaine, accessible à tous. Partir de la source, de cette richesse culturelle que nos mères et nos tantines ont apportées avec elles dans leurs valises.

A-t-on essayé de vous décourager ou au contraire vous avez été encouragée, choyée, portée dans votre entreprise ?

La cuisine a toujours été présente dans ma vie. Plus jeune, sous l’impulsion de mon beau-père, j’avais entrepris  un CAP cuisine. Au bout d’un mois j’ai arrêté ; à l’époque, c’était la musique et la danse qui m’intéressaient ! C’est plus tard, grâce à ma sœur, que j’ai repris la cuisine. J’avais refoulé le tout. Évidemment, j’ai eu droit à des « tu es sûre ? c’est dur la cuisine ! Et les horaires … et puis tu as des enfants,  comment tu vas faire ?!! » Cela ne m’a pas arrêté, au contraire ! Je savais que cela n’allait pas être facile et ça n’est toujours pas le cas, en tant que femme d’abord. Évidemment que les gens étaient surpris les premières fois de voir une femme noire au crâne rasé au sein de leur brigade. Encore aujourd’hui, quand j’effectue des missions ou des extras, je vois l’étonnement des gens ; ça me fait sourire intérieurement. Oui, ils sont surpris ! Mais après ça roule. Dans les cuisines, on parle un seul et unique langage. On s’en fout d’où tu viens, de ton histoire au contraire, c’est un plus ! D’autant plus que dans les brigades, tu trouves des personnes de toutes origines et j’aime ça ! Tu parles anglais, japonais, tamoul ou italien 🤣. C’est vrai que les commis plongeurs sont très souvent des personnes d’origine sri lankaise , bangladaise ou ouest-africaine. Généralement, tout le monde se respecte et reste à sa place. Effectivement, j’ai eu affaire à des comportements misogynes, c’était davantage avec ces personnes-là qu’avec des blancs … imaginez un homme noir à qui une femme donne des ordres ?!!! Ou encore un Sri Lankais. Et comme je n’ai pas la langue dans ma poche, je l’avoue, il y a eu des gros clashs. Après, tout rentrait dans l’ordre. Ma soeur et moi avons eu de la chance, notre famille et nos amis nous ont toujours portées , encouragées … je pense même qu’on les a saoulé avec ça ! J’ai de la chance d’être entourée, vraiment. Même dans les moments de doutes , de remises en question … Table NALI ne serait pas là sans les proches. Merci à eux.

Retrouvez l’édito photo et toutes les #fraicheswomen réunies  

Quand vous êtes-vous vraiment sentie cheffe cuisinière ? 

J’ai mis du temps à avoir confiance en moi, à construire mon identité culinaire. Il ne suffit pas de dire « je fais de la cuisine africaine » ou « je cuisine bien ». Il faut se demander quelle va être ta patte, ta signature. On a eu à faire bon nombre d’événements et les retours ont toujours été positifs Mais ce n’était jamais assez pour moi (ça, c’est mon côté maso !), je n’ai pas encore atteint le niveau que je veux.

J’ai réellement pris confiance en moi quand j’ai eu à réaliser une carte pour un restaurant au début de l’année dernière. Il a fallu remplir un cahier des charges , vérifier les coûts, recruter et manager une équipe, sourcer les produits … Mais le plus dure quand vous démarrez en cuisine est d’avoir une constance dans les gestes , la maîtrise du temps et évidemment du goût ! 

La cerise sur le gâteau, c’est quand les clients qui passaient en cuisine m’ont félicitée. Un notamment m’a dit « bravo mais comment faites vous pour mélanger  toutes les civilisations dans votre cuisine ? » C’est à ce moment-là que j’ai sentie que je pouvais toucher les gens avec ma cuisine.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je poursuis le développement de Table Nali en prospectant de nouveaux clients. A partir du 1er octobre prochain, vous pourrez nous retrouver pour le Gombo Mix, un brunch sonore au bar Les Ecuries dans le 2ème arrondissement de Paris. Il y aura plein d’autres choses au courant de l’année à venir, notamment la création d’une association pour la promotion de la gastronomie et des cultures culinaires africaines.

Quelle est votre principale source d’inspiration ? 

Je ne pense pas avoir qu’une source d’inspiration ; la cuisine me permet de m’exprimer, de canaliser mon trop plein d’énergie… un morceau de musique, un tableau, d’autres cuisines peuvent m’inspirer . Et évidemment les gens et leurs sourires, j’aime l’idée de rassembler les gens autour d’une grande table… peu importe leurs histoires.

(Crédits photo : Noellal)

Publicités

« Marianne et le Garçon noir », « Comme un million de papillons noirs » … sélection littéraire 2017 pour petits et grands

LITTERATURE – Fictions, essais, livres jeunesse, l’année 2017 aura été riche en productions littéraires. Parmi la longue liste de parutions en librairie, certains ont particulièrement retenu notre attention. L’Afro vous propose donc une sélection d’ouvrages pour les adultes mais aussi pour les enfants.

Marianne et le Garçon noir dirigé par Léonora Miano

marianne-et-le-garcon-noir-9782720215599_0

(Paru le 20 septembre)

A la suite d’une tribune parue fin août 2016 dans le journal Libération pour demander justice après la mort aux mains de la police d’Adama Traoré, l’écrivaine a décidé de faire appel à des artistes, des chercheur.se.s et des activistes pour parler des expériences des hommes noirs dans la société française. Parmi les contributeur.ice.s, l’historien militant Amzat Boukari, le comédien Yann Gael , ou encore les artistes Akua Naru et Elom 20ce.

Léonora Miano présentera cet ouvrage accompagné de plusieurs contributeur.ice.s, jeudi 21 septembre au MC93 à Bobigny. Pour connaître les prochaines rencontres qui se tiendront dans plusieurs villes françaises, c’est par ici.

Double vague, le nouveau souffle du cinéma français de Claire Diao

Double-vague

(Paru le 18 mai)

Il s’agit du premier livre de la journaliste spécialiste cinéma, résultat de 10 ans de travail. Celle qui parle du septième art en Afrique sur Courrier International et chroniquait au Bondy Blog propose dans cet ouvrage un état des lieux de l’industrie cinématographique française en laissant la parole à des réalisateur.ice.s et comédien.ne.s aux backgrounds et parcours divers (JP Zadi, Alice Diop, Cédric Ido, …) , hors du sempiternel milieu bourgeois et parisien.

Claire Diao vous donne par ailleurs rendez-vous au MK2 Beaubourg à Paris le mercredi 26 septembre à 20h pour le lancement de la quatrième saison de Quartiers Lointains , cycle de courts métrages itinérants entre Nord et Sud dont elle est la fondatrice et dont nous sommes partenaire cette année.

5 films africains sur le thème de la justice seront diffusés.

Neïba je-sais-tout (ou presque) Tu sais garder un secret ? de Madina Guissé

Madina_JeSaisTout_couv_V023

(Paru le 16 juin)

Neïba, petite fille à la langue bien pendue, doit apprendre à savoir garder un secret. Ce livre drôle et touchant, mis en images par Lyly Blabla, a en plus le mérite de mettre en avant des personnages noirs pour un public d’enfants, à l’heure où la représentation de ces derniers se fait rares et avec bien trop de clichés.

Comme un million de papillons noirs de Laura Nsafou

21369568_1647472351987170_8159911731827521682_n

(Date de parution inconnue)

L’auteure et militante, aussi connue sur la toile sous le nom de Mrs Roots, s’est demandée où étaient les héroïnes noires auxquelles les jeunes filles peuvent s’identifier et qui leur permettent d’aimer leurs cheveux ? Elle a donc décidé de lancer une campagne de financement participatif, finalisée avec succès.

L’ouvrage, une belle initiative illustrée par Barbara Brun, est d’ores et déjà prêt mais aucune date de parution n’a été communiquée pour le moment. On reste en alerte.

 

Mélissa Laveaux, Lÿdie La Pëste, Cheetah … #lafrorentrée2017 sera 100% féminine le 29 septembre au Hasard Ludique

Le temps de la rentrée est arrivé et L’Afro team remet ça avec une nouvelle rencontre « dans la vraie vie » avec un plateau 100% afroféminin !

On vous donne rendez-vous pour notre 8ème événement le samedi 29 septembre au Hasard Ludique à Guy Môquet.

Prévente: 8€ (+frais de loc)
Prenez vos billets ici : https://www.lehasardludique.paris/autre/2017-08-25/blog-l-afro

Au programme : talk, live et partyyyy !

Conversation avec Mélissa Laveaux

Mélissa Laveaux
©Emma Picq

« Créer, être noir.e : acte d’existence ou de résistance ? », c’est la thématique qu’on abordera avec la chanteuse, auteure, compositrice et musicienne d’origine haïtienne, née au Canada et vivant à Paris. Après deux albums qui naviguaient entre folk langoureuse et pop percutante, elle célèbre aujourd’hui ses racines créoles dans Radyo Siwèl, un album qui explore et revisite les chansons datant de l’occupation américaine de l’île, dans les années 1920-1930.
Avec son timbre de voix unique, juvénile et sensuel à la fois, Mélissa Laveaux nous rappelle que la musique est un symbole de résistance et un outil de décolonisation.
Préparez d’ores et déjà vos questions !

Concert de Lÿdie La Pëste

Lydie La Peste 2
©Demoizelle Coco

Chanteuse, danseuse, poétesse, maîtresse de cérémonie, Lÿdie La Pëste n’a de Peste que le surnom. Elle est une artiste pluridisciplinaire, amoureuse de la scène, son terrain de jeu favori. L’univers de Lÿdie est pétillant, drôlement triste parfois. Elle vous en ouvre les portes avec des morceaux aux rythmes folks ou afro, sur des textes écrits en français et en anglais.

Dj set de Cheetah

Cheetah
©NoellaL

Que les choses soient claires : son nom n’a rien à voir avec Tarzan.  » J’ai choisi ce nom parce que ça veut dire guépard en anglais et c’est l’animal le plus rapide de la savane ; j’aime le concept d’aller vite, apprendre vite et j’aime bien comment ça sonne », avait confié à L’Afro Cheetah, l’une des artistes montantes de la scène afro à Paris. DJ, beatmakeuse, organisatrice d’événements, à la tête de Black Square, son média , elle viendra mixer le meilleur des sons urbains du continent africain, du rap au gqom. Peut-être qu’il y aura un peu de Cardi B aussi… On l’avait d’ailleurs invité à mixer à la fin de notre émission spéciale autour du festival Afropunk.

 

Expo photo de Léa Behalal

Lea Behalal

Léa Behalal est photographe, parisienne et gémeaux -tient-elle à préciser-, d’origine camerounaise. « Je puise mes inspirations dans mon environnement, les cultures anciennes et l’amour. La photographie est, à titre personnel, un travail sur la matérialisation de ma pensée. Un regard, un sentiment. Une micro fenêtre sur ce que je ne saurai dire, sur ce que je souhaite laisser après moi. Mais ça, c’est ce que j’en dis, aujourd’hui, en 2017. Demain, on verra bien. »

Stands mode avec Afrikanista et Sneakers Biis

Afrikanista

IMG_8561

La créatrice Aïssé N’Diaye, derrière les t-shirts aux messages afro d’utilité publique, avec la volonté de transmettre l’héritage issu de ses parents originaires de Mauritanie, croisée chez Merci ou encore aux Galeries Lafayette pour « Africa Now », viendra présenter sa nouvelle collection en collaboration avec Xaritufoto.

Sneakers Biis

Sneakers Biis

Lancée par Bintou Mané, une passionnée de vintage, Sneakers Biis est une boutique en ligne spécialisée dans la sneakers et le textile old school. Elle propose des pièces originales, rares pour certaines, dénichées avec soin aux quatre coins du monde. Les amat.eur.ices d’accessoires sortant de l’ordinaire et nostalgiques des années 90 devraient apprécier.

INTERVIEW – Le chorégraphe Amael Mavoungou met en scène son impossible deuil dans « Les larmes du ventre »

ENTRETIEN – Le chorégraphe et danseur Amael Mavoungou, 35 ans, originaire du Gabon,  a été initié au rite bwiti. En tant que tel, il lui a été interdit de pleurer la mort de son enfant. Avec Les larmes du ventre, spectacle catharsis, il questionne la place de certaines traditions aujourd’hui. L’Afro l’a rencontré lors d’une représentation au centre Ramdam à Lyon.

C’est l’histoire d’un homme qui a perdu son fils peu de temps après sa naissance, qui ne peut pas laisser couler des larmes ni savoir où le petit est enterré, dues à ses traditions et à celles de la mère du bébé. Amael Mavoungou fait sa catharsis dans sa proposition artistique que nous avons pu découvrir en mars dernier au centre culturel Ramdam à Lyon qui soutient son projet.

Comment avez-vous commencé la danse ?

J’ai commencé en 1998 au Gabon, dans une troupe traditionnelle. Le chorégraphe avait déjà une démarche contemporaine avec atelier de recherche chorégraphique, on pratiquait presque toutes les danses traditionnelles. On créait des pièces pour les présenter au centre culturel français devenu Institut français. Je voulais apporter autre chose aux danses traditionnelles, faire ça à ma sauce. Avec un ami, comme on était contraint de rester avec la même troupe et qu’on voulait faire un peu autre chose, on a créé la compagnie Mbolo’h et un spectacle qui s’appelait Espoir, parlant du monde traditionnel et du monde moderne. On l’a présenté lors d’un événement et c’est là que j’ai senti que j’avais des lacunes par rapport à d’autres. J’ai également été formé au Sénégal au Sénégal, en 2008 et en 2009. Je voulais emmagasiner des connaissances, aller à la rencontre de ce que je ne connaissais pas. Je suis ensuite arrivé en France en 2011. J’avais rencontré quelques années plus tôt Sylvain Benenet, associé à la formation de danse contemporaine d’Angers. J’y suis resté deux ans, le temps de faire mon master. C’est pendant la formation que j’ai créé le spectacle. J’ai finalement décidé de rester en France et obtenu un titre de séjour compétence et talent, pour la création d’un projet utile à la France et à mon pays, le Gabon. J’ai fait ce choix pour continuer à travailler professionnellement. Les conditions de travail au Gabon ne me plaisait pas, les autorités négligent les artistes, ne mettant pas à leur disposition des structures et des espaces nécessaires. Le seul lieu disponible est l’Institut français qui est une structure française qui permet aux habitants gabonais de découvrir la culture française.

AMAEL-creditCamilleMétairie2
Amael Mavoungou dans « Les larmes du ventre »

Pouvez-vous présenter votre projet « Les larmes du ventre » ? Combien de temps a-t-il fallu pour le mettre en place ?

Ma démarche artistique est très ancrée dans le social. En première année de master, j’avait écrit un premier spectacle, « Le piment dans les yeux », un spectacle qui parlait sur les hommes politiques gabonais. J’avais pris une claque car il n’avait pas été bien reçu. Lors de ma première prestation, je pense que j’étais trop en colère et la scénographie était prenante ; je dansais pendant 25 min avec un sac plastique sur la tête, c’était trop violent pour le public qui a pris de la distance. Je devais ensuite proposer un autre projet. C’est là que j’ai décidé de parler de mon fils que je n’ai pas pu pleurer, comme je suis initié au rite Bwiti. Il y a une autre forme de lamentation, des larmes que j’ai fait couler dans mon ventre. Pleurer mon enfant remet en question l’idée selon laquelle les hommes ont du mal à pleurer, à montrer leurs émotions. Pour certains, un homme qui pleure est un signe de faiblesse mais je ne suis pas d’accord. Les femmes qui arrivent à pleurer sont fortes, arrivent à assumer. Ne pas arriver à assumer est justement faire preuve de faiblesse. Je ne sais pas où mon enfant a été enterré, parce d’après les traditions du peuple de mon ex-compagne avec qui j’avais eu le petit, l’homme ne doit pas savoir où l’enfant est enterré et ça me coûte encore aujourd’hui. À chaque fois que je joue ce spectacle, c’est comme si je l’enterrais, avec la pierre que je déplace sur la scène. « Les larmes du ventre », c’est remettre en question les traditions, se demander ce qu’elles apportent à l’humain, si, avec le monde qui évolue, certaines valent encore la peine d’exister. Je danse bwiti comme mon grand-père l’a fait mais pas exactement de la même manière. Le but des traditions est de pouvoir s’épanouir mais ne pas pouvoir pleurer son enfant ne le permet pas. Je trouve qu’il y a des choses qu’il faut gommer.

Au moment de la présentation de la première version- qui durait cinq minutes- je me suis mis à pleurer et je n’ai pas pu présenter dans l’immédiat. Mais ça m’a aidé, si je n’avais pas pleurer, je pense que je n’aurais pas pu le présenter du tout le soir. J’ai continué à travailler le spectacle puis j’ai eu une résidence à Pantin.

Le centre Ramdam de Lyon m’a permis de pouvoir continuer à le travailler en me soutenant financièrement et en laissant y avoir des résidences. À la fin des résidences, je savais où je voulais aller mais je sentais qu’il manquait une pièce au puzzle. Je suis allé au Gabon pour discuter avec la mère du petit deux ans après pour savoir comment elle avait vécu tout ça. Là, j’ai compris qu’il me fallait son point de vue, en tant que mère de l’enfant. Elle m’a dit qu’elle avait peur d’oublier mais qu’elle voulait passer à autre chose car elle avait eu un enfant entre-temps. À mon retour, j’ai intégré son point de vue à mon projet. J’ai aussi travaillé avec des femmes car le matériau chorégraphique part du bwiti, les hommes étant initiés d’une manière et les femmes d’une autre, chacun ayant sa propre danse.

Qu’avez-vous appris auprès des femmes initiées ? Avez-vous également parlé à des ancien.ne.s ?

Dans le cérémonial, j’ai discuté avec les femmes initiées au Nyembè mais elles n’expliquaient pas le fond.

Dans ce rite initiatique, il y a un rapport de force mais ce sont les femmes qui sont à la source de tout cela et les hommes jouent au coq.

Les pas de danse des femmes sont plus compliquées car plus subtiles plus viscérales et ça fait encore plus travailler en fait ce sont elles qui travaillent plus que les hommes alors que pour les hommes, c’est plus les muscles qui sont mis en avant. Et là, je me demande, qu’est-ce qui définit la force ? C’est avoir un phallus ? On dit que les femmes sont plus faibles mais ce n’est pas le cas, on les voit travailler beaucoup en Afrique notamment.

J’ai aussi discuté avec des hommes. Certains disent que pleurer attire le malheur. Moi, je fais la part des choses, c’est moi qui suis au centre donc au final, je vois ce qui m’épanouis ou pas. Avec mon background culturel et mon expérience, j’ai du négocier pour ne pas les frustrer et attirer leur attention, car ils sont aveuglés par les us et coutumes.

AMAEL-creditCamilleMétairie6
Amael Mavoungou

Comment avez-vous construit le spectacle ?

Au tout début, j’étais parti dans une improvisation, inspirée de souvenirs, d’image qui me parlaient et que j’essayais de mettre en scène. Mais les discussions au Gabon ont fait que le spectacle est devenu autre chose. Partir de mes danses traditionnelles pour les emmener vers un langage universel : comment en faire quelque chose d’accessible pour ceux qui ne connaissent pas, c’est le but. Il s’agit d’un conte initiatique où la négociation se fait avec la voix car je parle et je chante en langue loumbou pendant le spectacle. C’est une façon d’accrocher le public à qui je laisse également un espace pour imaginer ce qu’il veut.

Où est-ce que vous vous situez entre vos traditions et votre vie ici en France ?

Je suis universel et international. J’arrive à prendre ce qui est essentiel pour mon épanouissement, notamment l’amour. C’est ce que veut transmettre le bwiti. Mais quand on exclut les femmes, ça ne m’intéresse pas. Ce qui est réducteur, l’ego, je n’y prête pas attention. On discute mais si je trouve que c’est machiste, je n’approuve pas mais je respecte l’expérience et le vécu de la personne en face de moi. Je pense qu’il faut laisser chaque génération faire son expérience pour avancer aussi. Il faut laisser les gens vivre, arrêter d’essayer de tout contrôler.

amael_credit_simon_jourdan
Amael Mavoungou

Pouvez-vous traduire quelques chants que l’on peut entendre dans le spectacle ?

Au début du spectacle, ce sont des paroles de bienveillance. J’estime que je ne suis pas seul sur scène, que l’espace où je joue a une entité. Ensuite, je rentre dans le bwiti, ça parle de la nature, de l’humain dans son quotidien, ce sont des paroles aussi de douleur dites à mon enfant, que même s’il est parti, je sais qu’il est là ; son corps est parti mais son énergie est toujours là. Je lui dis que j’accepte, que j’ai lâché prise. J’ai prêté serment et je ne peux pas tout expliquer car la connaissance se transmet et je ne peux pas la transmettre à tout le monde.

Votre sœur est venue voir ton spectacle à Lyon. Qu’en a-t-elle pensé ? Vous en avez discuté ?

Oui, elle m’a dit qu’elle ne savait pas que j’avais autant souffert. Il n’y a pas de nom pour désigner un père qui perd un enfant, pareil pour une mère. Parce qu’humainement, on considère que ce sont les jeunes qui enterrent les plus âgés. Passer aux « Larmes du ventre », ça m’a permis de me concentrer sur moi et de me soigner.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Mardi 20 juin, dans le cadre du festival de Marseille,  je joue dans le spectacle « Samedi Détente » de la chorégraphe Dorothée Munyaneza autour du génocide du Rwanda qu’elle a vécu.

À part cela, en ce moment, je veux transmettre car on parle beaucoup des danses d’Afrique de l’ouest mais il y a une méconnaissance de celles d’Afrique centrale.

Je prépare aussi un nouveau spectacle sur pourquoi et comment les gens donnent leur vote à des politiques qui font que du blabla, la considération de l’humain à la chair alors que des candidats sont prêts à effectuer des décapitations, à utiliser des gri-gris humains en croyant que cela va leur donner plus de pouvoir et leur permettre de devenir les plus grands orateurs.

Pour suivre les actualités d’Amael Mavoungou, rendez-vous sur le site de l’association L’art(sans)frique

 

#Nyansapo : étonnant ou assourdissant, le silence de Christiane Taubira ?

Pas besoin de revenir sur la polémique née fin mai autour du festival Nyansapo. De non-mixte, l’événement a été désigné comme étant « interdit aux blancs ». La Mairie de Paris, relayant la LICRA et des membres du FN a voulu interdire le déroulement de l’événement prévu du 28 au 30 juillet et organisé par le collectif afroféministe Mwasi. Cet événement européen prévoit de réunir des organisations militantes et des intéressé.e.s autour de débats et d’ateliers, dédiés aux femmes noires.

L’origine de la polémique a déjà -très bien- été expliquée notamment ici. La nécessité de la non-mixité militante, entre femmes afrodescendantes, visiblement le point d’achoppement majeur pour les détracteur.ice.s du festival, a parfaitement été évoquée ici ou encore  ; le journaliste a voulu montrer que bon nombre d’organisations, qui ne sont ps forcément militantes, agissent de même sans soulever de tels débats. Si le On a eu droit à une drôle de sortie de crise opérée par la Maire de Paris ici.

Des personnalités comme Audrey Pulvar, Axelle Jah Njiké, Océane Rose-Marie, Christine Delphy ont également pris part à la discussion, en s’opposant parfois ici ou . Leurs passes d’armes mettaient en scène deux points de vue – globalement le pour et le contre-, comme un reflet de ce qui se passe chez les concerné.e. s, celleux qui ne font pas forcément partie de l’espace médiatique : le consensus sur la question n’est pas si évident.  Raison de plus d’attester que les questions que soulèvent la création de ce festival permettent de lancer une réflexion intéressante sur le militantisme, ses modes d’action en général et sur l’afroféminisme français, ses actrices en particulier.

Dans ce concert de voix plus ou moins discordantes, il nous semble que celle de Christiane Taubira manque. Non pas que nous nous octroyions un quelconque droit d’inciter qui que ce soit à parler, ou à condamner une absence de prise de parole. Cela étant, le silence de l’ancienne ministre nous interroge. Car elle est considérée. Pour beaucoup, c’est l’un.e des rares à faire de la politique autrement, en élevant le débat public, loin de la petite phrase ou du commentaire, à prendre position, malgré les attaques racistes qu’elle subit, en allant parfois même à l’encontre des propositions de sa famille politique, comme au moment du débat sur la déchéance de nationalité.

En cette période d’élections, -la campagne des législatives bat encore son plein au moment où la polémique éclate- le compte Twitter de Christiane Taubira regorge d’images sur le terrain, ou dans des événements culturels, de soutiens endossés pour des candidat.e.s de gauche. Ses réseaux sociaux sont souvent l’espace où elle délivre son regard sur l’actualité large, de la question des réfugié.e.s à la moralisation de la vie politique. Elle s’y exprime également sur ses propres actions comme lorsqu’elle a décidé de quitter le gouvernement Valls 2. Mais pas un mot sur Nyansapo, quand la polémique soulevée par le festival a même fait les titres des médias étrangers, s’étonnant souvent de la réaction de la Maire de Paris, comme ici ou encore .

Comme cette dernière, Christiane Taubira fait partie du mouvement Dès demain, lancé aux côtés de deux cents autres personnalités, après l’élection présidentielle du 21 avril dernier remportée par Emmanuel Macron. Est-ce un sujet -trop- brûlant, qui mérite d’être adressé une fois les débats émotionnels retombés ? Une trop grande prise de risque pour cette personnalité politique, qu’on a par ailleurs souvent attaquée parce que femme et noire ? D’autres telles Lunise Marquis ont clairement marqué leur position, risquant au passage de croiser le fer avec des utilisateur.ice.s des réseaux sociaux parfois sans concession : s’embourber dans un débat parfois très tranché n’a pas découragé tout le monde. Est-ce le cas de Madame Taubira ? Est-ce que ce temps du silence est celui des discussions en coulisses, notamment avec Anne Hidalgo, une des protagonistes de la polémique ? Bref, est-ce que Christiane Taubira a intérêt en parler ou pas ?