Laura Georges, Fraîche Woman 2019, ex-footballeuse : « nos jeunes ont besoin de modèles noirs »

En pleine année de Coupe du monde, et retenant notre souffle jusqu’à celle des joueuses en 2019, il nous tenait à coeur de parler à une d’entre elles. Notre choix s’est porté sur Laura Georges pour plusieurs raisons : son expérience de footballeuse bien sûr mais aussi son évolution de carrière aussi bien sur le terrain qu’en dehors, ses engagements …
188 sélections, participation à 3 Coupes du monde, 6 championnats remportés… Un sacré palmarès ! On l’a rencontré quelques jours après son 34ème anniversaire et peu de temps après qu’elle a décidé de mettre fin à sa carrière de footballeuse en juin 2018 pour se consacrer pleinement à sa fonction de Secrétaire générale de la Fédération Française de Football où elle est chargée de la question de l’arbitrage féminin. Son obsession : faire bouger les lignes du foot féminin. C’est à deux pas des prestigieux locaux qu’elle a accepté de nous emmener en immersion sur les réalités d’une discipline qui gagne en popularité mais aspire toujours à la professionnalisation, de revenir sur une polémique dont elle hérite d’une réputation de femme-qui-n’a-pas-sa-langue-dans-sa-bouche et de transmettre un souffle d’inspiration aux générations futures. Autant vous dire que son énergie nous a aussi bien boosté.

Les 8 #fraicheswomen de l’édition 2019 ont chacune donné leur avis sur la thématique de cette seconde édition du projet photo, à savoir la « black excellence », -preuve que les Noir.es ne devraient pas être essentialisé.es -et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé L’Afro le 31 octobre 2015 ;).

Certain.es parmi vous se retrouveront dans leurs propos, d’autres les rejetteront en bloc. Quoiqu’il en soit, nous voyons là, comme pour la première édition, l’opportunité d’en discuter avec elles, avec vous.

Ses débuts dans le foot

« J’ai grandi dans le parc du château de Versailles car mon père y travaille -mes parents y habitent toujours. Mon environnement, avec tout l’espace qu’il y avait et mes voisins qui jouait au foot à m’y mettre aussi. Mon père lui-même en faisait en entreprise et tous les week-ends, j’allais voir ses matchs. Tout a commencé vers l’âge de 12 ans, j’avais envie d’avoir une activité à moi et un jour, dans la cour de l’école, une camarade à mon frère m’a dit : « je fais partie de l’équipe féminine du Paris-Saint-Germain, tu devrais nous rejoindre.» A l’époque, près d’où j’habitais, il y avait peu d’équipes féminines. Un an plus tard, j’ai eu envie de passer les tests, mon père m’y a accompagné et ça s’est bien passé.

Devenir joueuse professionnelle n’était pas mon but, ni celui de la plupart de mes camarades. A l’époque ça n’existait pas et je n’avais pas de représentations féminines autour de moi. Au départ, j’étais un peu influencée par ce que mon frère faisait ; je voulais être programmatrice de jeux vidéos ou dessinatrice ou designer des voitures. En fait, je me concentrais sur ce que j’aimais mais jamais je me serais imaginée être sportive de haut niveau. C’est venu après : on a fini par me proposer de jouer avec les garçons, d’avoir des entraînements supplémentaires pour continuer à progresser. Puis des détections pour être dans l’équipe de la région. J’ai fini par me donner d’autres objectifs pour être encore meilleure l’année suivante. Puis je me suis dit « pourquoi pas entrer dans le château de Clairefontaine » ce qui signifie être dans l’équipe de France et jouer une Coupe du monde. J’ai toujours voulu aller chercher plus loin.Généralement, je visualise le but que je me fixe et je l’atteint souvent. »

La réaction de ses proches

« Mon père m’a accompagné à tous mes entraînements et s’est rendu à tous mes matchs. Ma mère craignait juste que je me blesse mais je n’ai jamais eu droit à la rengaine « non le foot, c’est pour les garçons ». Tous deux m’ont toujours encouragé. Mes ami.es de façon générale m’ont toujours soutenu. J’ai juste eu des petits piques de la part d’un ami footballeur assez macho à l’époque qui avait rigolé quand je lui avais dit que je voulais jouer la Coupe du monde et m’avait rétorqué « tu n’as rien à faire là ». « 

Un engagement profond pour sa discipline

« J’ai toujours été intéressée par la question de comment faire évoluer mon domaine. Au lycée, mes TPE ont porté sur l’évolution du football féminin. L’année de mon bac, il y a eu le 11 septembre. Mes amies disaient qu’il fallait absolument en parler mais je trouvais qu’on n’avait pas assez de recul pour le faire Je leur ai suggéré de parler du domaine que je connaissais, convaincue qu’il évoluerait. On était les seules à présenter ce sujet et on l’a fait de manière marquante. Plus tard, j’ai rédigé un article de recherches en voulant au départ travailler sur la fidélisation dans le football professionnel masculin mais j’ai fini par me dire qu’il fallait que je me concentre sur un sujet que je maîtrise et qui me tient particulièrement à coeur. Mon sujet final : est-ce que la télévision peut être le fer de lance du foot féminin ? »

« Aujourd’hui, les matchs de compétition sont diffusés sur Canal + qui a acheté les droits de diffusion pour plus de 4 millions d’euros et la Coupe du monde sera retransmise sur TF1 (en juin 2019 ndlr). Je revois mes travaux de l’époque et ce que j’ai pu étudier par rapport à d’autres fédérations qui étaient en avance sur nous et je me rends compte que les médias sont entrés dans une boucle, suite logique vu l’évolution de notre discipline. »

« Quand j’ai commencé, il n’y avait pas de contrats, ce n’était pas professionnel. On avait des contrats d’emploi où on aidait au club comme coach notamment mais pas des contrats nous permettant d’être payées en tant que sportives. Mais Jean-Michel Aulas, président de l’OL a vu autour de 2007 pas mal de ses joueuses partir aux Etats-Unis en ligue professionnelle. Il a donc demandé à la fédération de créer des contrats pour les retenir et leur garantir une sécurité d’emploi.  »

« Cela dit, les championnats féminins français ne sont toujours pas professionnels ; ils sont amateurs car ils dépendent de la fédération, contrairement aux championnats américains qui dépendent des franchises et là-bas, tout dépend de la bonne économie des clubs et des sociétés qui gèrent les clubs des villes.  »

« Pour en revenir à la situation française, certains clubs font en sorte que les joueuses soient dans les meilleures conditions possibles avec des contrats fédéraux -différents au niveau juridique des contrats professionnels- qui leur permettent de se consacrer totalement à leur activité. Par exemple, dans notre championnat qui compte 12 équipes, les clubs de Lyon, du PSG, de Montpellier ont un effectif de 23 joueuses disposant de contrats alors que d’autres peuvent mettre seulement 3 joueuses sous contrats, faute de moyens, les autres étant obligées d’étudier ou de travailler. Aujourd’hui la fédération accompagne les clubs pour professionnaliser ce système. »

Retour sur un article qui a fait couler beaucoup d’encre dans son milieu

« On me parle souvent de cette interview que j’ai donné au Monde, où mes propos ont été tronqués. Le journaliste y fait une comparaison entre le président du PSG et celui de l’Olympique lyonnais, deux clubs au sein desquels j’ai évolué alors que durant l’entretien, j’ai abordé divers sujets concernant ces deux clubs, sans juger.  Cet article a fait beaucoup de bruit dans le monde du football et il y a eu des critiques sur les réseaux sociaux. A ce moment-là, j’ai été cataloguée comme la femme qui se plaint, qui est aigrie. Après cet épisode, j’ai eu la chance d’être nommée marraine des 24h du sport féminin, ce qui m’a permis de m’exprimer et de montrer que j’avais des choses à dire. « 

« Il existe désormais des médias spécialisés mais auparavant, il pouvait arriver d’avoir affaire à des journalistes qui ne connaissent rien à notre discipline. On parle beaucoup de la place des femmes depuis quelque temps. Pour ma part, j’ai toujours été sensible à cette question et en particulier, à rendre plus visible le foot féminin et surtout, de façon qualitative. Pour y arriver, il faut s’intéresser avant tout aux gens. Aujourd’hui, je n’ai pas à me plaindre, cette discipline a droit à une couverture conséquente, plus même que d’autres sports tels que le handball ou le rugby. »

Les leçons retenues de son expérience aux Etats-Unis

« A la saison 2003-2004, je suis partie aux Etats-Unis car j’avais une réputation de joueuse agressive sur le terrain en équipe de France, bien que je ne le sois pas dans la vie. J’étais défenseure et c’était un peu difficile à vivre car ce que je suis sur le terrain ne reflète pas qui je suis dans la vie -je suis une personne assez douce. C’était le moment pour moi de m’ouvrir à autre chose, de découvrir une autre éducation ; j’avais besoin de prendre confiance et moi. Je suis donc allée au Boston College, j’ai obtenu une bourse en plus d’avoir réussi mes examens d’entrée. Une fois sur place, j’ai consulté le psychologue de l’université, qui n’était autre que George Mumford, qui a travaillé pour les Chicago Bulls et Michael Jordan, George Mumford. J’ignorais l’ampleur de ce qu’il représentait à l’époque. J’ai beaucoup évolué mentalement notamment grâce à lui.  »

« Avant d’entamer ce voyage, j’étais très introvertie et j’ai fait face à des défis comme l’apprentissage de la langue. Je me sentais un peu comme une enfant. J’ai beaucoup appris notamment des associations afros, communautaires en général et de la sororité. Il fallait prendre conscience que j’étais une femme, que j’étais noire. J’étais aussi admirative d’observer qu’on pouvait mener des projets même en étant jeune. Finalement, j’ai grandi et j’ai pu m’épanouir en étant moi-même et au gré de mes rencontres.« 

Une des rencontres qui m’a beaucoup marqué est celle avec Steffi Jones, la première femme ambassadrice de l’UEFA de développement de foot féminin, qui est en plus une femme métisse. En la voyant, je me suis dis « c’est super ce qu’elle fait, j’aimerais faire la même chose ». Un jour, en 2015, on m’a appelé pour me proposer d’être ambassadrice à mon tour, ce qui a aussi permis à la FFF de voir mon implication dans les projets.

Comment elle est devenue Secrétaire générale de la FFF

« Un jour le président m’a contacté puis on a calé un rendez-vous. Je ne savais absolument pas ce qu’il allait me proposer. Lors de ce fameux rendez-vous, il m’explique qu’il montait une liste pour son comité exécutif. En tant que membre du comité, on fait une réunion mensuelle où on aborde des sujets importants, graves sur lesquels on donne notre avis. Il m’a dit qu’il savait que j’étais encore joueuse, qu’il connaissait mon implication dans la vie du football. Il m’a dit de continuer à jouer tout en apprenant avant de me donner des missions. Il m’a fallu un temps de réflexion.Je tenais à m’assurer aussi que je n’étais pas juste un quota parce que je suis une femme noire. Le président m’a expliqué qu’il ne pouvait pas se permettre de prendre une personne qui ne soit pas compétente. « 

« J’ai très vite été amenée à remplacer le Vice-président en menant les débats durant les réunions. Ce qui est drôle, c’est qu’une personne de la liste adverse m’a dit « je m’étais trompée sur toi », sous-entendant qu’il m’avait sous-estimé. »

« Actuellement, ma mission est consacrée à l’arbitrage féminin. Mon défi : comment amener les femmes à s’intéresser à l’arbitrage. C’est une activité qui n’est pas forcément bien perçue. Dans nos championnats amateurs, des arbitres sont victimes d’agressions par exemple.
L’intérêt de ce projet, c’est de transmettre à des femmes des qualités de leadership : mine de rien, quand on est arbitre, on doit gérer 22 personnes à la fois pendant un match. »

« Si on s’intéresse aux profils d’arbitres dans le foot féminin, -qui, je le rappelle est amateur- il y a des mamans, des juristes, des sociologues, des cadres supérieures … »

Ce qui lui a permis d’avoir la carrière qu’elle a

« Beaucoup de travail, beaucoup de mental et le fait d’avoir eu sur mon chemin des personnes inspirantes, solides, des rocs qui m’ont poussé à m’améliorer. Je n’ai jamais voulu être la meilleure. »

Ses modèles

« Lilian Thuram pour sa personnalité, parce qu’il est super avenant, toujours disponible pour les autres. Je rêvais de le rencontrer pour lui dire l’admiration que j’avais pour lui. J’ai eu cette opportunité après la Coupe du Monde 1998. Aujourd’hui, je suis reconnaissante de l’avoir comme ami. J’aime aussi me nourrir de citations, je lis beaucoup et j’écoute des conférences et des Ted talks. »

Son leitmotiv

« Rester authentique comme le dit Dave Chapelle, ce qui n’est pas facile dans notre société. »

La Black excellence ?

« Je dirais l’excellence avant tout car elle n’a pas de couleur. Mais trop peu de gens ont des modèles noirs. Or, on a besoin de références, surtout pour nos jeunes, pour les inspirer, qu’iels puissent se dire qu’iels peuvent être médecins, scientifiques … Il ne faut pas qu’iels se disent « ah ça, ce n’est pas pour moi parce que je n’en vois pas».
Le film Black Panther a fait du bien auprès des jeunes, justement pour ça. Il faut montrer l’excellence, montrer ce qui se fait de mieux. Cela dit, l’excellence, ce n’est pas avoir un métier d’élite, c’est juste faire les choses avec passion et les faire bien. « 

Des conseils à quiconque et en particulier aux femmes qui voudraient suivre sa voie

« Qu’elles croient en elles. Des statistiques ont montré qu’à compétences égales, une femme les remet en doute contrairement à un homme. Qu’elles soient confiantes dans le fait qu’elles peuventt apporter quelque chose et ne pas lâcher, ne pas s’effondrer à la moindre critique. »

Ses liens avec la Guadeloupe

« Mes deux parents sont guadeloupéens ; à la maison, on parle créole. Mes grands-parents maternels sont encore vivants donc j’essaie d’y retourner le plus régulièrement possible et ça me fait du bien. Dans le cadre de mon travail aussi c’est important pour y développer notre discipline. »

« Quand on joue en équipe de France féminine, on ne se rend pas compte mais on représente les gens sur place, ils s’identifient à nous, sont fiers de nous. On m’a dit « tu m’as donné envie de m’intéresser au foot féminin », « ton engagement m’a fait plaisir ». ils me donnent aussi de l’énergie et ça, ça n’a pas de prix (rires) »

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#CROWDFUNDING – Sortie de l’album « Afro-Cotempo » de l’artiste Kiki Diallo … sélection de projets à soutenir et déjà soutenus

#CROWDFUNDING – C’est comme ça qu’Awotele, la revue ciné de qualité à laquelle participe la journaliste Claire Diao a pu financer son dernier numéro. Si vous avez un peu de sous, nous postons ici des projets afro de qualité qui demandent un soutien financier. Pick’em up 😉

L’union fait la force. Et comme Grégoire a réussi à lancer sa carrière musicale grâce aux internautes, des projets afro n’attendent que votre soutien financier pour exister.

Sortie de l’album « Afro-Cotempo » par Kiki Diallo

L’artiste parisienne Kiki Diallo finalise son premier album. Après avoir notamment sorti son clip « Roots Dawta » en 2016, où elle dévoile son univers à la croisée du hip hop, de la soul, du reggae et de l’électro, elle a besoin d’un coup de pouce pour le mastering-phase finale de l’élaboration d’un album-, la promotion de son projet musical sur les réseaux sociaux et la captation live de sa soirée de pre-release où elle présentera sa nouvelle formation sur scène. Si vous souhaitez la soutenir, il reste 15 jours. Actuellement, 561€ sur 3000 ont été récoltés, soit 18% de l’objectif.

VOUS AVEZ DEJA SOUTENU …

Me, My Sexe and I saison 2



Axelle Jah Njiké a autoproduit la première saison de ce podcast donnant la parole à des femmes afrodescendantes sur leur intime. On a pu y entendre Danielle Ahanda, plus connue sous le nom de blogueuse BestofD ou encore Fatou N’Diaye derrière Black Beauty Bag. Un sujet qu’elle aborde régulièrement notamment sur son blog Parlons plaisir féminin et dont elle nous a fait l’honneur d’échanger à deux reprises lors d’un événement sur la santé que nous avons organisé en février dernier mais aussi lors de la première éditin de notre Fraîches Women festival. 20000€, c’est la somme qu’Axelle Jah Njiké souhaitait réunir pour produire la saison 2, pour financer les déplacements pour des entretiens en Europe et dans la Caraïbe, la création d’un site web dédié au podcast et le sous-titrage du programme en version anglaise. Les sept prochains épisodes devaient être mis en ligne en février 2019.

Résultat : 4885€ sur les 20000 demandés ont été réunis

Partir ?

Donner la parole à des migrant.es subsaharien.nes ayant bravé les dangers de la traversée et laisser leurs familles derrière elleux pour tenter leur chance en Occident, ceci dans le but d’alerter les prochain.es tenter de se lancer dans cette périlleuse aventure et permettre que les Occidentaux les voient différemment, avant tout comme des êtres humains, c’est ce que veut faire la réalisatrice originaire du Cameroun Marie-Noël Niba avec son projet de documentaire « Partir? ». Un film soutenu par la boîte de production De l’Autre Côté du Périph’ montée par Laurence Lascary qui explique cette campagne de crowdfunding par le fait que toutes les institutions ont refusé de le financer à ce jour.

Résultat : la cagnotte a atteint 103% de son objectif qui était de 22 000€ ! 

P!nkshasa Diaspora

alain_rue_pinkshasa_diaspora

Ecrivaine et militante LGBT à Bruxelles, Joëlle Sambi Nzeza souhaite recueillir la parole des membres de la communauté issue de la diaspora de la République Démocratique du Congo et les rendre visibles et audibles à travers un film documentaire. Pour financer les prochaines sessions de tournage, ainsi que le montage et la post-production, elle cherchait à réunir 4 200€ d’ici le 30 novembre. Résultat : elle a finalement obtenu 4711€ !

Me too (court-métrage)

Me too Aude Konan 2

Depuis l’affaire Weinstein qui a éclatée en octobre 2017, les témoignages concernant le harcèlement et les abus sexuels subis par les femmes dans toutes les sphères de la société se sont multipliés, certains médias allant jusqu’à parler de « libération de la parole », cristallisés par le hashtag #Metoo. L’auteure Aude Konan a décidé de réaliser un court-métrage où il est question de mettre en scène des adolescentes, trop souvent mises de côté lorsque ces questions sont abordées. L’histoire : en Grande Bretagne, trois camarades, en route pour les cours, se font siffler par deux ouvriers du bâtiment qui deviennent de plus en plus insistants … Pour que le film Me too, du nom du hashtag popularisé par l’actrice Alyssa Milano l’an dernier, -bien que créé par l’afro-américaine Tarana Burke dix ans plus tôt- devienne réalité, Aude Konan, a lancé une campagne de crowdfunding. Il reste encore 6 jours pour réunir 8500£ -soit environ 9500€- en sachant que 19% de l’objectif a déjà été atteint.

FATA – Coffee Shop

PLats FATA coffee shop
 
Un café pop culture parisien où il sera possible de déguster des spécialités du monde entier avec une carte changeant en fonction des saisons, c’est l’idée d’un couple ; Fabrizio qui est chef cuisinier et Lindsay, journaliste. Iels ont décidé de lancer une campagne de crowdfunding pour financer une partie des frais nécessaires à la mise en place du projet. Résultat : 2035€ sur 8000€ ont été récoltés.
 
 
The Afrolitt’ Webseries
 
Afrolitt
 
Discuter de sujets de société à partir d’oeuvres d’aut.eur.ices noires, le tout filmé au Ghana, c’est l’idée de la websérie de  Pamela Ohene-Nyako, qui s’est inspirée du travail de la réalisatrice britannique Cecile Emeke et de la française Amandine Gay. Une première saison, où elle a choisi de donner la parole exclusivement aux femmes, est déjà en ligne. Pamela sollicite aujourd’hui le public pour permettre la réalisation, la post-production et la rémunération de l’équipe sur la saison 2 qui comprendra également des intervenants. Résultat : 5092€ ont été récoltés (l’objectif était de 34 816€).
 

hEXagones : revue littéraire pour valoriser les auteurs racisés

Projet Hexagones

Une belle revue littéraire papier annuelle contenant à la fois des textes de théâtre, de la poésie ou encore des nouvelles, le tout signé par des aut.eur.ices racisé.e.s, écrivant de la France mais avec chacun.e son point de vue, qu’iels aient grandi dans l’hexagone ou pas, c’est le beau projet dont l’une des instigatrices n’est autre que l’autrice  Penda Diouf -qui est également une de nos Fraîches Women de l’année 2017. Au total, ce sont 16 femmes et hommes qui figureront dans cette parution parmi lesquelles le rappeur Rocé, la metteure en scène Eva Doumbia ou encore le chanteur Blick Bassy. Pour que ce premier numéro puisse exister, l’équipe a lancé une campagne de financement participatif : Résultat : 2500€ ont été récoltés (l’objectif était de 6606€).

JE T’AIM3

Equipe Je t'aim3 trilogie

L’amour-, voici le thème principal de ce projet de courts métrages en trois volets dont chacun sera mis en images par un réalisateur différent à savoir Leila Sy que l’on connait notamment pour être derrière les clips de Kery James depuis 10 ans ; Kub & Cristo, à l’initiative du projet, duo  des clips du rappeur VALD à qui ils proposent de jouer le rôle principal masculin. L’idée : explorer l’évolution du sentiment amoureux : avant, la rencontre ; pendant , le quotidien ; après,  la violence.

Résultat : quelques 882 contribut.eur.ices ont donné 68 014€ et permis de dépasser l’objectif de 67 000€ 

Dire à Lamine

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Lamine Dieng est mort le 17 juin 2007, étouffé après avoir supporté le poids de cinq policiers, face contre terre. Après 10 ans de bataille judiciaire, l’affaire s’est soldée par un non-lieu. Le collectif Vies Volées, co-fondée par Ramata Dieng, soeur de la victime, ainsi que le collectif Cases Rebelles, ont donc décidé de faire une documentaire, donnant la parole à des membres de la famille mais aussi à des militants comme Almamy Kanouté ou encore l’avocate et historienne Rosa-Amelia Plumelle-Uribe, le tout sur une bande son du duo Kami Awori. Le tournage a débuté en 2016 et l’argent récolté servira à régler les frais de post-production, incluant le mixage du son et l’étalonnage.

Résultat : 2361€ ont été récoltés ;l’objectif de base était de 2200€.

Koudmen Ba La Dominik

Koudmen La Ba Dominik

Pour venir en aide à la Dominique après le passage de l’ouragan Maria en septembre dernier, Koudmen Ba La Dominik- un collectif de citoyens qui s’est formé en 2015 suite à la tempête Erika, a lancé une nouvelle cagnotte en ligne pour reconstruire et  apporter une aide matériel à des centres de santé. Résultat : sur les 50 000€ visés à l’origine, 4790€ ont été récoltés.

Paroles d’honneur

« Par Nous, pour Tous! Un média 100 % autonome/100 % décolonial! », tel est le slogan de l’émission dévoilée en février dernier sur http://www.lebanlieusard.fr, site d’information du rappeur Kery James. L’historienne et politologue Françoise Vergès, la députée Danièle Obono ou encore la maître de conférences Maboula Soumahoro ont pris part à des débats dans le cadre de Paroles d’honneur. Le projet avait besoin de financement pour se poursuivre. Résultat : la cagnotte finale s’élève à 14 191€ (l’objectif était de 13 850€).

L’Arbre à Palimpseste – La série

larbre à palimpseste

Des personnages historiques africains mis en scène dans une série animée à travers le récit d’une conteuse, c’est l’idée d’Ingrid Agbo, qui a officié au cinéma comme directrice de la photographie et assistante opérateur. Pour rendre ce projet dont on a été nombreux.ses à rêver sur pied, elle a décidé avec son équipe de lancer une campagne de financement participatif. La comédienne Tatiana Rojo prendra également part au projet. Résultat : 6058€ ont été récoltés pour un objectif de 6000€).

Gueriaz d’Afro Fiction : les m1nutes films

Afro Fiction, collectif de comédien.ne.s, scénaristes, réalisat.reur.ice.s, qui cherchent à promouvoir le travail des afrodescendant.e.s dans la production cinématographique. Créée il y a un an, l’association, marrainée par la grande Firmine Richard, a déjà organisé les Chronofilms, un marathon de réalisation de court métrages en un temps limité de 48h.

L’équipe fait appel au public pour relever un nouveau défi : réaliser des films d’une minute en une journée de tournage et deux jours de post production en s’inspirant du cinéma Guerilla, d’où le nom du projet : Gueriaz. Résultat : le collectif a obtenu 1325€ sur les 4000 initialement demandés. 

Cinewax Outdoors

Cinewax

L’association Cinewax, dédiée à la promotion des cultures africaines, lance un appel au don pour la seconde édition de son festival gratuit Cinewax Outdoors qui se déroulera, comme l’an passé, en plein air dans la capitale française. Résultat : 9169€ ont été récoltés (l’objectif était de 9000€)

Slice Up

Initié par 3 journalistes, le projet marrainé par l’actrice Aïssa Maïga a pour but de former des reporters web sur le continent africain afin qu’iels puissent réaliser leurs propres sujets. Après avoir formé 10 femmes et hommes au maniement de la caméra, du montage, de la narration et de la valorisation de contenus en ligne, Elsa Miské et Nicolas Baillergeau veulent apporter leur compétence à 10 autres personnes, cette fois, au Togo début 2018, avec l’aide du data journaliste togolais Richard Folly.

Résultat : la cagnotte a réuni 10 155€ soit 155€ de plus que l’objectif de base.

Bazar Café

L’écrivain guadeloupéen Alain Foix souhaite ouvrir un café littéraire et artistique à la Charité sur Loire, baptisée  ville du livre en 2002. Le lieu permettra d’accueillir des résidences d’écrivains, d’artistes ainsi que des expositions et des conférences.

Résultat : 6535€, soit 535€ de plus que nécessaire. 

Afrosphères

visuel afrosphères

Ce projet de salle de lecture à Douala est marrainé par l’écrivaine Léonora Miano qu’on ne vous présente plus. Afrosphères est « dédiée à la promotion des productions intellectuelles et culturelles du monde afro », en mettant « à la disposition de jeunes de la ville, les ouvrages au programme officiel des écoles camerounaises. » L’association souhaite également organiser des événements culturels, toujours dans un but éducatif. Résultat : le projet a récolté 3 625€ (4 000€ était l’objectif initial).

Comme un Million de Papillons Noirs

Papillons Noirs

Après deux livres publiés, l’afroféministe Laura Nsafou aka Mrs Roots se lance dans une nouvelle aventure littéraire. Cette fois, elle veut valoriser les cheveux crépus et frisés, encore trop souvent dépréciés dans notre société, auprès des petites filles. Pour illustrer son texte, elle a fait appel à la dessinatrice Barbara Brun. Il s’agira du premier projet du genre en France. Résultat : objectif plus qu’atteint, avec une jauge qui a explosé à 22 018€ contre 10 000€ initialement demandés !

Higoma

On avait adoré ses poupées de bien-être Aku Ako, un mix entre les Kokeschi du Japon et les Akuaba ashanti*; on adore son projet de « tambours parlants ». Noumbissi Design, la petite entreprise de design créée par Simon Tam, veut créer des enceintes audio ayant la forme de djembés (tambours parlants), conçues artisanalement  au Cameroun. Une bonne manière de dépoussiérer la vision de l’objet, tout en mettant à l’honneur le savoir-faire camerounais.  Résultat : le projet a rassemblé 5 280€.
*Vous pouvez les retrouver aux Galeries Lafayette de Montparnasse, (Paris XIVe) aux côtés des créations d’Afrikanista ou de Myriam Maxo entre autres.

La crépue

La websérie visible sur Youtube qui raconte les tribulations quotidiennes d’une femme noire qui porte ses cheveux au naturel, en milieu professionnel en passant par la vie sentimentale, lance un appel au don. Le but est double, nous dit sa créatrice sur la page Facebook du projet :  « donner jour aux prochains épisodes et vous faire participer à leur création. » Objectif atteint avec 5 160€ réunis !

MAMIWATA

La comédienne Astrid Bayiha signe avec MAMIWATA sa première pièce de théâtre en tant qu’auteure. Elle y joue également. Présenté en exclusivité au public en septembre 2016, ce spectacle questionne la place des mythes dans la construction identitaire et le rapport aux autres. Il sera à nouveau mis en scène du 29 mars au 9 avril au Théâtre de l’Opprimé. À cette occasion, Astrid Bahiya a lancé un appel au don en rappelant que l’équipe, constituée de six femmes et deux hommes, a jusqu’ici travaillé de façon bénévole. La campagne de financement participatif de ce projet unique a pris fin le 28 mars. Résultat : 1275€ ont été réunis (l’équipe était en quête de 1000€).

Fanon hier, Fanon aujourd’hui : Regards croisés

La Fondation Frantz Fanon souhaite réaliser un documentaire sur la vie du psychiatre et militant martiniquais décédé en 1961 depuis 2015, année de son 90ème anniversaire. Le plus de ce projet, c’est qu’il permettrait d’exploiter des archives encore jamais utilisés dans aucun autre film parlant de lui. Elle a donc décidé de mettre en place une demande de financement participatif. Résultat : 243 contributeur.ices ont donné en deux mois 11 515€, pour un objectif initial de 11 000€.

Chimen an mwen

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Harry Eliezer, animateur sur les radio France Inter, France Bleu passé chez pigiste chez Slate et actuellement coach personnel, a décidé de partir de sa propre expérience pour son documentaire : celle d’un homme d’origine guadeloupéenne qui est né et a grandi à Paris et dont les parents ont bien pris soin de ne pas lui transmettre la culture liée à son île d’origine, craignant que cela ne mette un frein à son intégration en métropole. Dans Chimen an mwen -« mon chemin » en créole- , on le suit dans sa quête identitaire où l’entre-deux culturel est questionné. Afin de pouvoir achever le tournage du film, il a lancé une campagne de crowdfunding avec comme objectif 20 000€. Résultat : objectif atteint le 25 décembre avec 20 045€ réunis.

Colocation entre filles 

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Vous suivez peut-être Ruby Comédienne alias Yvonne Akono sur Facebook et sur Snapchat où elle poste régulièrement des sketches de quelques minutes. Elle est aussi la créatrice et une des actrices de la web-série Colocation entre filles, qui parle du quotidien de jeunes femmes qui partagent un appartement à Rouen. Pour que la troisième saison puisse voir le jour, celle qui incarne Coco a lancé un crowdfunding et demandé 10 000 euros. Résultat :  11 006€ ont été récoltés.

Le documentaire Ouvrir la voix d’Amandine Gay

 

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Il est presque enfin là, le film d’Amandine Gay. Dans Ouvrir la voix, la réalisatrice afroféministe donne la parole à des jeunes femmes noires et européennes pour en dresser « un portrait politique aussi multiple que les réalités et identités qu’il comprend », comme l’annonce la page Facebook du film. On dit que ce premier documentaire est presque là car s’il va tourner dans les festivals, il a besoin de soutien populaire et financier. Vous pouvez contribuer à faire arriver cette production indépendante et militante dans les salles en participant au crowdfunding lancé ici. Le + : en attendant de découvrir Ouvrir la voix dans son intégralité, vous pouvez découvrir des scènes coupées au montage sur la chaîne Youtube du film, qui en donne un premier aperçu. Résultat : le projet a dépassé son objectif. Vous avez pu le découvrir le 15 décembre au Centre Curial, lors d’une projection co-organisée par vos servitrices et l’ADEAS.

Welcome to Conakry

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Conakry, capitale de la Guinée, sera également la capitale mondiale du livre de l’UNESCO en 2017. Ça tombe bien car c’est justement l’aspect culturel de la ville qu’Aïcha Diaby, l’instigatrice du projet, veut mettre en avant. À travers une série documentaire en 6 épisodes, elle nous propose de découvrir les acteur.ices de la mode, de la gastronomie ou encore du street art sur place. Le tournage a débuté fin octobre et la campagne avait déjà atteint 4 220 euros sur les 5 000 nécessaires le 15 octobre, 9 jours avant sa date de clôture.
Résultat : Le 24 octobre, les crowdfunders ont permis à l’équipe de remporter 5 235€  sur les 5000 demandés. 

Nogochi, le film

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« Un film d’aventure en Afrique, entre Apocalypto et Indiana Jones« , c’est ainsi qu’est présenté le projet de film Nogochi, premier long métrage de Toumani Sangaré -qui sera également à la réalisation-, co-écrit par le scénariste et auteur de bande dessinée Christian Vilà. Toumani Sangaré s’est d’abord fait connaître en tant que réalisateur de clips en tant que membre du collectif Kourtrajmé pour Mokobe ou encore Salif Keita. Plus récemment, il a lancé la série malienne à succès Taxi Tigui. Dans Nogochi, on suivra le parcours d’un ancien esclave américain de retour en Afrique de l’ouest dans les années 1880 et recueilli par une famille de Donso, les maîtres chasseurs traditionnels, le tout en langue bambara. Le projet est ambitieux et nous tient déjà en haleine ! Le + : on peut d’ores et déjà découvrir les costumes traditionnels et accessoires qui figureront dans le film par là.
Résultat : la campagne de financement participatif a pris fin le 13 octobre et a plus que dépassé son objectif en récoltant 15 560 euros alors que l’objectif était de 6 000 ! 

Le city guide de Little Africa

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Jacqueline Ngo Mpii a eu la bonne idée de monter Little Africa, qui donne à voir Paris sous son jour afro. À la faveur de balades dans divers quartiers, l’entrepreneure fait découvrir aux badauds restos, monuments, lieux, magasins et initiatives gérés, érigés, marqués, impulsés, traversés par et pour les afrodescendant.e.s. Et pour mieux faire comprendre que la ville fait aussi rêver grâce à ses  habitant.e.s, artisan.e.s, artistes, restaurateur.ice.s afrodescendant.e.s, Jacqueline et son équipe sortent un guide !!  Une excellente idée que nous soutenons.
Si la collecte réussit, le guide sera disponible en novembre 2016.
Résultat : La collecte a fonctionné pour Little Africa. 15 765 euros ont été réunis soit 765 euros de plus que la somme que l’organisation pilotée par Jacqueline Ngo Mpii avait fixée. Le guide est disponible depuis le 13 novembre sur la boutique en ligne dédiée

La dotation du prix Mahogany

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Leonora Miano
, qui vient de sortir L’Imperatif transgressif et Crépuscule du tourment n’est pas que l’une des écrivaines importantes de la dernière décennie. C’est aussi une activiste de la littérature, qui n’hésite pas à parler des projets des autres et à les célébrer. C’est pour mettre en avant l’exigence et la qualité d’oeuvres littéraires d’auteur.e.s subsaharien.ne.s qu’elle a créé le prix Mahogany il y a quelques années. La.e gagnant.e recevait une oeuvre d’art, mais l’artiste pense qu’une dotation financière permettra de valoriser encore plus ce prix et par truchement, l’oeuvre et celui qu’il l’a écrit. Nous croyons comme Leonora Miano que cultiver les esprits est aussi important que de stimuler et de créer des richesses économiques en Afrique et dans sa diaspora.

Résultat : Si on est loin de l’argent qui devait être collecté à l’origine, soit 10 000 euros, les 1500 euros, hors frais retenus par la plateforme collectés par ici vont quand même permettre de remettre un prix au gagnant de l’édition 2017. Pour cela, Mahogany a demandé l’autorisation aux participants du crowdfunding. 

La chaîne Youtube de La Nadjance

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Après avoir découvert -tardivement- les vidéos de Naya Ali, on a continué à fouiner sur Internet. Et c’est sur Facebook qu’on est tombé sur Nadjélika Amandine Bamba aka La Nadjance. D’origine ivoirienne, elle n’est pas qu’une humoriste qui nous fait partager sa vie quotidienne de vingtenaire , avec ses potes ou ses fans -oui, oui-. Outre son bagout, ses prises de  position, elle veut faire découvrir sa musique, qu’elle étudie, avec des vidéos de meilleure qualité qu’elle posterait sur une chaîne Youtube qu’elle veut créer grâce à vous. C’est un grand OUI pour nous !
Résultat : la collecte qui se déroulait ici, a permis à La Nadjance de récupérer 3436 sur les 3000 euros demandés à l’origine.

Le camp décolonial

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Il aura fait couler beaucoup d’encre ce camp décolonial, avant même d’avoir eu lieu. Co-organisé par Fania Noël et Sihame Assbague, le camp propose du 25 au 28 août 2016 formations à l’antiracisme politique à l’approche de la présidentielle 2017. Avec un Parti Socialiste exsangue et inaudible, une droite droite dans ses bottes- immigration, sécurité, identité- qui affiche quinze mille candidats, les extrêmes droites à qui on donne toujours plus de temps d’antenne et à qui on vient voler des thèmes, et l’éclatement de l’extrême-gauche, oui, ce serait pas mal d’aller voter -ou pas, mais armé.e de savoirs.
Résultat : L’objectif était de récolter 8000 euros. Les organisatrices ont reçu près de 8 825 euros et le camp décolonial a eu lieu, non sans susciter de nombreuses levées de bouclier au plus haut niveau de l’État, dont Manuel Valls ou encore Najat Vallaud-Belkacem. 

Le site média Nothing But The Wax

 

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En 2010, c’était un blog. 2016 signe l’arrivée de Nothing But The Wax comme un site média dédié à la mode et à la beauté noire. Derrière le projet s’activent Chayet Chiénin et une team de passionné.e.s/journalistes. Pour aller plus loin, elleux ont lancé un crowdfunding et ont déjà atteint le bel objectif de 15 000 euros. Décidé.e.s à aller sur le terrain notamment à l’étranger, Chayet Chiénin et son équipe veulent atteindre le palier des 20000 euros et vous sollicitent. Assister à la naissance d’un média est important. Nous, on suit !
Résultat :  sur 15 000 euros demandés, et après une relance auprès du public, la team NBTW a réussi à obtenir 20 321 euros sur la plateforme Ulule.

Jessica Gérondal Mwiza, Fraîche Woman 2019, militante : « La réussite noire est à célébrer

On la voyait depuis un moment sur les réseaux sociaux, notamment pour son engagement sur la question de la mémoire du génocide contre les Tutsis. Jessica Gérondal Mwiza, éducatrice basée en Bretagne, franco-rwandaise -qui a obtenu la nationalité rwandaise fin 2017 et a hérité de son second nom de famille de sa mère- est sans concession, elle qui a sillonne les milieux militants depuis plus de dix ans. Elle a accepté de revenir sur cette expérience ainsi que sur son histoire personnelle qui se mêle à l’Histoire.

Les 8 #fraicheswomen de l’édition 2019 ont chacune donné leur avis sur la thématique de cette seconde édition du projet photo, à savoir la « black excellence », -preuve que les Noir.es ne devraient pas être essentialisé.es -et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé L’Afro le 31 octobre 2015 ;).

Certain.es parmi vous se retrouveront dans leurs propos, d’autres les rejetteront en bloc. Quoiqu’il en soit, nous voyons là, comme pour la première édition, l’opportunité d’en discuter avec elles, avec vous.

Ses premiers pas en tant que militante

« Alors ça, c’est une question complexe. J’ai grandi dans le Var, le département du presque néant politique et culturel. A l’époque, j’ai adhéré aux Jeunes Socialistes (JS). J’avais 15 ou 16 ans. J’étais révoltée par le racisme très virulent du sud-est de la France. Les JS étaient sensibles à la question du Rwanda donc je me suis accrochée à ça. J’étais jeune, peu confiante et je pense m’être épuisée à tenter de faire en sorte que mon agenda fit celui d’une organisation ultra majoritairement blanche.
Je pense que la lettre de démission du parti communiste écrite par Aimé Césaire résume bien ce qui nous attend au sein des partis et mouvements politiques français. Je la trouve particulièrement actuelle. » 

Son engagement actuel

« Je me sens désormais afroféministe car lorsque j’ai connu le concept grâce au travail de la fabuleuse Amandine Gay, ça m’a semblé évident. C’est quelque chose qui me torture depuis que je suis petite, lorsque je vivais dans le sud de la France. Je n’arrivais jamais vraiment à mettre les mots sur ce que je vivais. M’objetisait-on à cause de mon genre ? De ma race sociale ? Qu’est ce qui était le plus dur à vivre ? Toujours un mélange peu subtil des deux oppressions. Défendre les femmes noires, oubliées des luttes antiracistes et féministes dites ‘universelles’ est une urgence. « 

« Le panafricanisme me vient de mon histoire familiale. J’ai perdu mes grands-parents lors du génocide contre les Tutsis au Rwanda. J’ai perdu ma mère aussi, qui ne s’est jamais remise de la mort de ses parents. Il s’agit d’une histoire méconnue, d’un génocide qui fut le fruit d’une longue histoire de colonialisme, de racisme, de manipulations médiatiques et anthropologiques et de haine. Une histoire à laquelle la France est fortement mêlée, par une collaboration active avec le gouvernement génocidaire de 1994. Depuis que je lis, que je me renseigne sur mon histoire, mais aussi sur les histoires tragiques de notre monde, je suis toujours extrêmement touchée par les histoires traumatiques qui ont un impact ou en ont eu un sur le monde noir. A l’image du crime contre l’humanité que constitue l’esclavage. Un autre exemple : chaque année, lorsque nous nous souvenons des crimes commis par la France à Thiaroye, j’ai une boule à la gorge de colère et de tristesse. C’est la même chose concernant les massacres des Bamilékés du Cameroun. C’est la même chose aussi, en ce qui concerne les violences policières à l’encontre des noir.es qu’ils soient aux États-Unis, en France ou au Brésil : la même colère m’anime, celle d’une injustice mondiale qu’il est si pratique pour certain.es d’enterrer et d’oublier avec nos morts. Nos vies ne seront importantes que lorsque nous reprendrons du pouvoir. »

« Je suis désormais membre d’Ibuka depuis deux ans. Je participe souvent à des conférences en milieu scolaire au nom de l’association. Au-delà de la transmission de la mémoire et de la lutte contre le négationnisme du génocide au Rwanda, Ibuka oeuvre également pour la justice, pour les personnes rescapées et pour l’organisation des commémorations en France. »

La réaction des proches

« Mon engagement à Ibuka, sur la mémoire du génocide contre les Tutsi, n’a pas vraiment fait polémique. Mes proches le saluent unanimement.
Mon engagement antiraciste a été, en revanche, en partie mal perçu. Personne n’aime être visé comme étant une partie du problème. Or, j’ai des amis blancs qui l’ont pris comme une attaque personnelle, ou qui n’ont pas été en mesure de comprendre. Tant pis ! J’ai choisi de ne rien laisser passer, dans aucun cercle car je ne suis pas une militante du dimanche et par ailleurs, j’en veux beaucoup aux ‘antiracistes’ qui s’accommodent d’ami.es ou fréquentations racistes, islamophobes, anti-immigration, homophobes etc. »

La ‘black excellence’

« Je connaissais cette expression, mais elle avait tendance à me stresser plus qu’autre chose ! Nous devrions être excellent.e.s ? Ça ne met pas la pression du tout ! Mais en réalité je le prends autrement. La réussite noire est à célébrer, aussi bruyamment que possible et d’autant plus fermement que nos icônes ont trop souvent été trahies dans leur héritage, ou silenciées. J’en ai pris conscience au niveau de l’écriture de l’histoire et du militantisme antiraciste. Combien de fois peut-on entendre ‘c’est dommage qu’il n’y ait pas de grandes figures militantes noires dans l’histoire de France’ de la part de personnes blanches. C’est impressionnant et très parlant : ce qu’ils ne connaissent pas n’existe pas ! »

Ses conseils aux femmes qui souhaiteraient s’engager également

« Ne passez pas par l’étape ‘je milite dans une organisation ultra majoritairement blanche pour faire grandir nos idées’, du moins si vous voulez y aller, faites-vous une armure en béton en amont. Donnez-vous le temps et si aucune structure ne vous convient, cela veut dire qu’il faut la créer. »

Un tournant ou grand défi dans sa vie

« Très certainement lorsque j’ai décidé de renouer avec mon identité rwandaise ! De m’approprier mon histoire et ma culture et d’en faire une force. Il s’agit à la fois d’un tournant et d’un défi perpétuel. Mon histoire familiale a toujours été importante pour moi mais il a été pendant longtemps trop douloureux pour moi d’en parler. »

Un moment où elle a senti qu’être une femme noire pouvait être un obstacle

« Surtout dans le milieu politique blanc en fait et globalement, au sein des cercles qui ne sont pas créés par nous pour nous. Il y a aussi l’hypersexualisation qui nous touche, nous bloque dans ce genre d’organisations. Nous sommes vues comme des objets et notre intelligence est trop souvent mise au second plan. La meilleure décision de ma vie a vraiment été d’arrêter d’insister avec les cercles sourds à l’antiracisme et prompts au fraternalisme. »

Ce qui l’a aidé dans son parcours

« Beaucoup de persévérance, mais aussi des modèles. J’ai toujours admiré ces femmes qui malgré un acharnement et une violence systémique portent leurs combats et projets au plus haut. »

Ses modèles et inspirations

« J’ai de très bons modèles dans ma famille aussi et plus largement dans la jeunesse rwandaise. Une jeunesse travailleuse, dynamique et fière d’être Africaine.
Mon modèle politique est Louise Mushikiwabo, ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda, actuelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Sinon depuis mon adolescence et jusqu’à présent, mon modèle est la journaliste et militante Rokhaya Diallo. »

Un mot, slogan, leitmotiv qui résume son état d’esprit

« Peut être un mot en kinyarwanda : ‘Agaciro’ qui signifie dignité. »

Ce sur quoi elle travaille en ce moment

« Beaucoup de choses en même temps en fait. Je finis ma formation dans le travail social. J’écris des articles, qui sont des commandes majoritairement et je participe à quelques conférences. »

Ses projets futurs

« Continuer ce que je fais, écrire plus, sous diverses formes. Reprendre la musique aussi car en tant que militant.e.s, nous passons beaucoup de temps dans la réaction alors qu’il est si important de créer. « 

Pour Paule Ekibat, avocate, Fraîche Woman 2019 : « la réussite est une question d’ambition personnelle »

PORTRAIT – Paule Ekibat, il aura fallu la chercher. Longtemps. On avait en tête d’échanger avec une femme noire avocate sur son expérience dans le monde judiciaire, milieu que nous n’avions pas encore exploré et dont il nous tardait d’apprendre des choses. On a passé des heures à écumer internet, à éplucher moultes profils professionnels. Jusqu’à arriver à celui de Paule. « Spécialiste du droit des affaires et droit du travail », « exerce à titre indépendant », « intervient également dans d’autres domaines du droit civil tels qu’en matière de divorce, de succession etc », voilà globalement ce qu’on avait pu lire d’elle. L’envie d’en savoir plus nous a motivé à la contacter et lui proposer un rendez-vous qu’elle a tout de suite accepté. Autant vous dire que nous n’avions pas idée de la femme et du parcours que nous allions découvrir. Et on ne le regrette pas.

Les 8 #fraicheswomen de l’édition 2019 ont chacune leur avis sur la thématique de cette seconde édition du projet photo, à savoir la « black excellence », -preuve que les Noir.es ne devraient pas être essentialisé.es -et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé L’Afro le 31 octobre 2015 ;). Certain.es parmi vous se retrouveront dans leurs propos, d’autres les rejetteront en bloc. Quoiqu’il en soit, nous voyons là, comme pour la première édition, l’opportunité d’en discuter avec elles, avec vous.

Quête professionnelle

« Je suis d’origine congolaise née à Brazzaville, bi-nationale – un choix de ma mère quand j’étais mineure- arrivée en France à l’âge de 12 ans. J’ai suivi toute ma scolarité ici. En classe de 3ème, je voulais devenir médecin mais la conseillère d’orientation m’a dit « pourquoi pas infirmière ?  La médecine n’est pas faite pour vous, au vu de vos résultats scolaires. Orientez-vous plutôt vers un BEP. » J’ai finalement suivi ses conseils et fait un BEP secrétariat que j’ai eu avec 17 de moyenne. J’ai voulu revenir à une filière générale et j’ai donc fait une 1ère d’adaptation comme ça se faisait à l’époque avant de pouvoir passer en terminale. J’ai passé un bac STG mercatique puis je me suis inscrite en BTS assistante de direction car je ne savais pas quoi faire de ma vie. Dès la première année, je me suis rendue compte que ça ne me plaisait pas. Je suis allée en fac de droit -mon père voulait que je sois avocate alors je me suis dit que j’allais me lancer dans cette aventure et voir ce que ça allait donner. J’ai continué jusqu’à un bac +5 puis j’ai fait une prépa pendant un an pour préparer l’examen d’entrée au barreau. C’est aussi un diplôme qu’on appelle le CRFPA que j’ai eu avec 13 de moyenne. Par la suite, j’ai suivi la formation à l’école des avocats pendant deux ans et effectué des stages notamment à la cour d’appel de Paris et dans divers cabinets spécialisés dans le droit des affaires et le droit du travail, toujours à Paris. »

Les réactions de son entourage quant à son choix de carrière

« Quand je me suis lancée dans les études de droit, j’ai été soutenue par mes parents mais les autres membres de ma famille, surtout mes tantes, pensaient que je n’y arriverai jamais car à l’époque, plus jeune, j’adorais faire la fête ! Mais quand j’ai eu mon CAPA (certificat d’aptitude à la profession d’avocat, NDLR), tout le monde était surpris et content au final. Maintenant, tout le monde m’appelle pour me demander des conseils juridiques ! Je suis même devenue l’exemple de la famille pour inspirer mes petit.es-cousin.es. « 

Une victoire

« J’ai parfois des dossiers de discrimination, des personnes qui m’ont dit avoir fait l’objet de licenciements du à leur origine ou à leur âge. C’est en général très compliqué à prouver. La meilleure façon est d’avoir des témoignages de collègues mais iels ont peur de mettre leur place au sein de l’entreprise en péril. Il y a parfois des échanges par courriel dans lesquelles on peut voir des allusions. Par exemple, j’ai eu une dame d’origine vietnamienne avec un responsable d’origine vietnamienne aussi qui avait le même nom de famille qu’elle et la directrice de la société a dit qu’il fallait mettre fin à sa période d’essai car elle était convaincue qu’iels étaient de la même famille. Cette femme avait gardé des mails dans lequel la directrice avait notamment écrit « Vous pourrez voir cela avec votre responsable direct que vous connaissez très bien » Que sous-entendait-elle par « que vous connaissez très bien ? » Grâce à cet élément et d’autres, on a pu aller en justice et gagner le procès. »

La place des femmes avocates

« Les femmes représentent au moins 55% de la profession. Les femmes noires avocates j’en ai quand même vu pas mal, qui s’en sortent bien, ont des bureaux sur les Champs-Elysées même.

En ce qui me concerne, ça fait trois ans que je suis avocate, j’ai mon propre cabinet depuis 2018 ; je n’ai pas à me plaindre ! (rires)

Ma clientèle est variée, on me sollicite pour des affaires de droit de la co-propriété, droit de la consommation, droit des étrangers … »

Son état d’esprit

« Il faut être combative dans ce métier ! Le stress vient de partout, des autres avocats, des client.es, des magistrat.es … Il faut être très forte mentalement et je vous avouerais que parfois, quand je suis face à un dossier très complexe ou que j’ai des difficultés avec un client et que je ne vois pas d’issue, je me demande pourquoi j’ai choisi ce métier (rires) ! En plus, quand on est sa propre patronne, on ne compte pas ses heures : je travaille le week-end, à 4h du matin … Oui, j’ai des moments parfois difficiles mais je n’ai pas de raison d’abandonner, j’ai une situation plus aisée que d’autres personnes, j’ai aussi des charges, une famille, un enfant, mes parents.

Cela dit, l’avantage c’est que je peux aménager mon temps de travail et comme je suis aussi maman d’une fille de six ans, je peux travailler de chez moi et passer un peu de temps avec elle. »

Son avis sur la « black excellence »

« Je pense que la réussite n’est pas une question de couleur mais d’ambition personnelle et il faut se donner les moyens d’y arriver et ne pas se freiner. A l’époque où je me suis lancée dans le droit, j’ai des ami.es qui m’avait dit que je devais laisser tomber et de plutôt devenir vendeuse. Iels pensaient qu’en tant que noire, je ne serai jamais recrutée, que je ne serai jamais une grande avocate à Paris et que je perdais mon temps.

De nos jours, on voit des noir.es qui arrivent à s’en sortir ; il y a des noirs ministres en France, j’ai même des clientes noires qui gagnent très bien leur vie, qui ont des postes à responsabilité. »

Une expertise mise au service d’associations

« Je suis bénévole en droit bancaire pour l’AFUB (Association Française des Usagers Bancaires NDLR) qui défend les particuliers ayant des difficultés à payer leurs crédits.

Dans ma formation, je me suis spécialisée dans le droit des affaires et le droit du travail mais de par mes origines, je me suis naturellement intéressée dans le droit des étrangers. Je suis donc aussi bénévole à Droit d’urgence qui vient en aide aux personnes dites « étrangères » ou en situation irrégulière. Je les accompagne parfois dans des préfectures pour faire des demandes de régularisation.

En France, les étrangers ne sont pas respectés par les agents de la préfecture qui prennent les personnes un peu comme des choses. Je le déplore. Je suis allée jusqu’à me disputer assez fortement une fois avec un d’entre eux.

Il y a aussi des techniques de dissuasion mises en place par certaines préfectures, des refus guichet illégaux. Elles disent à ces personnes qu’il leur faut prendre rendez-vous sur internet. Mais souvent, ça ne marche pas. J’ai un client qui a mis près de neuf mois pour avoir un rendez-vous sur internet ! Et s’il manque un document, il faut reprendre un rendez-vous et tout recommencer … »

Ses liens avec le Congo

« Toujours attachée au Congo Brazza où je retourne dès que je peux, j’envisage également d’y créer une association car j’ai vu des vidéos qui m’ont vraiment choquées : des personnes arrêtées arbitrairement, placées en garde à vue, torturées jusqu’à la mort. Il n’y a pas d’avocat commis d’office- en tout cas je n’en ai jamais vu- et ces personnes ne peuvent donc pas faire valoir leurs droits. Je me suis demandée ce que je pouvais faire alors j’ai décidé avec d’autres confrères résidant dans le pays, de mettre en place une plateforme pour permettre à ces personnes de nous contacter pour qu’on puisse les représenter gratuitement. Si cela fonctionne au Congo, j’aimerais m’organiser avec des confrères basés au Mali, au Bénin et dans d’autres pays d’Afrique où nous pourrions étendre ce projet. »

Ses conseils pour celles qui souhaiteraient suivre sa voie

« Parfois, je vois des femmes abandonner leurs études car elles sont enceinte. Je leur dirais de ne pas tirer un trait sur leur rêve. Quand j’étudiais, j’avais un job à côté et j’ai accouché de ma fille le 30 juin 2012, soit deux jours après la fin des examens. Je pense que quand on veut, on peut. Ça peut en revanche être bien plus compliqué pour les femmes qui n’ont pas de famille. En ce qui me concerne, j’ai eu la chance d’avoir ma mère pour me soutenir. »

Les personnes qui l’inspirent

« Michelle Obama est mon grand modèle. Il y a aussi Beyoncé pour son côté battante, c’est une bosseuse et j’aime me référer à ce genre de femmes. »

EDITO : #FraichesWomen2019 Noire, femme, créative : l’éternelle injonction à l’excellence?

2018 s’est terminée sur des notes plutôt positives pour L’Afro. L’un des points d’orgue de cette année écoulée a été d’organiser la première édition du festival Fraîches Women le 6 mai 2018. Une nouvelle expérience pour nous, dont nous avons appris beaucoup -des réussites, comme des choses à améliorer- et pour laquelle on a eu besoin de temps pour se remettre. On remercie d’ailleurs toutes celles et ceux qui ont pris le temps de nous faire leur retour, de nous donner des conseils précieux qui nous ont permis de préparer l’édition 2.

Elle se tient samedi 11 mai, toujours à La Marbrerie à Montreuil.

A travers la première série de portraits qui a donné le nom à notre festival, il s’agissait de dire que les voix de la moitié de la planète méritent d’être vues et surtout entendues, dans son ensemble. Un peu comme lorsqu’au cours de la marche #NousToutes le 24 novembre dernier, une manifestation pacifique et silencieuse pour adresser les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, des voix se sont élevées pour dire #NousAussi et pointer que ces violences « sont [aussi]une expérience inséparable du racisme, du validisme, de la précarité ». Les retours que vous nous avez faits, les réactions aux articles ici et sur nos réseaux sociaux nous ont donné envie de reprendre, pour une seconde fois, cette série de portraits de femmes « diverses dans leurs diversités ». D’enfoncer le clou. Pour cette deuxième édition, on a décidé de questionner la « black excellence ».

« L’excellence noire », un concept tout droit venu des États-Unis consiste à prôner la réussite, à mettre en avant des modèles aux parcours jugés exemplaires et la promotion d’une élite noire, rendant fière toute une communauté. Le rappeur, producteur et
désormais avant tout businessman Diddy s’en est fait le fer de lance depuis un an. Rihanna, Naomi Campbell, Spike Lee, Jay-Z -avec qui il avait annoncé en mars 2018 vouloir lancer une application pour promouvoir les entreprises dont les propriétaires sont noir.es-, autant de figures noires ayant atteint des sommets dans leurs domaines respectifs, pour bon nombre parti.es de loin et parfois présenté.es comme « self-made », inspirant potentiellement des millions d’autres, illustrent son compte Instagram. Le storytelling sur papier et dans les esprits fait rêver …

Mais ce club de la « black excellence » semble quelque peu fermé ; qui juge qui peut y entrer ? Quels sont les critères pour y accéder ? Y a-t-il de la place pour des erreurs de parcours ? Et si on n’en est pas, est-on finalement médiocres ? A-t-on même le droit à la médiocrité ? Quid de la méritocratie ? Ces questions méritent d’être posées. Qui plus est quand on parle de femmes noires. La charge mentale, le syndrôme de la femme potomitan se devant de toujours supporter plus, sans jamais se plaindre, de toujours tout bien gérer, de rester au top niveau  et encore mieux, avec le sourire. Difficile de laisser de la place pour la vulnérabilité qui demeure encore dans certains esprits un signe de faiblesse.

Les 8 Fraîches Women 2019 De gauche à droite : Laura Georges, Gisèle Mergey, Annie Melza Tiburce, Paule Ekibat, Jeannine Fischer Siewe, Jessica Gerondal Mwiza, Anne Sanogo, Laurie Pézeron.

Si au coeur du projet photo et événementiel Fraîches Women, réside l’idée d’entrelacer des récits de vie, de réussites, le but, nous tenons à le rappeler, n’est en aucun cas de présenter des parcours exceptionnels et inspirants pour les mettre en opposition à d’autres qui le seraient moins. Ce n’est pas non plus de remplacer le patriarcat par un pendant féminin. Le pouvoir reste le pouvoir.

Les 8 #FraîchesWomen que nous avons réuni pour cette seconde édition sont africaines, caribéennes, ou sont nées et ont grandi en France. Avocate, militante, entrepreneure, ex-footballeuse. Certaines étaient familières avec le concept de l’excellence noire, d’autres n’en avaient jamais entendu parler. Nous leur avons demandé de nous faire part de leur point de vue à ce sujet et avons retracé leurs parcours. En les lisant, vous découvrirez 8 femmes aux carrières bien distinctes, qui ont fait beaucoup de chemin et ne manquent ni de ressources ni de projets.

Un merci tout particulier à Ozal Emier, la photographe qui a mis sa touche si particulière et a produit cette belle salve de portraits.

Un grand merci également au bar Monsieur Zinc à Odéon qui nous a permis d’investir son beau sous-sol une fois de plus le temps d’un shooting et nous a mis bien !

Nous vous donnons rendez-vous les prochains lundi, mercredi et vendredi pour vous laisser faire connaissance avec Anne, Annie, Gisèle, Jeannine, Jessica, Laura, Laurie et Paule que l’on tient à remercier pour avoir accepté de jouer le jeu de la pose et des questions/réponses.

Bonne lecture et vivement que l’on puisse poursuivre cette conversation sur les internets et IRL !

Adiaratou et Dolores, L’Afro team

A propos de la photographe Ozal Emier

« Ozal Emier est née en 1986 à Paris, par un froid matin de février. Après une première vie de journaliste, elle bascule dans le cinéma et la réalisation. En 2015, elle co-écrit et co-réalise son premier court-métrage, Métropole – récit de l’exil d’un Antillais en métropole -, puis réalise en 2018 La Nuit d’Ismael, errance nocturne d’un immigré marocain et de deux Parisiens. En parallèle, elle travaille comme assistante à la mise en scène sur des tournages. Son intérêt pour l’image et le cadre l’ont amenée à aussi pratiquer la photographie, nourrie par des photographes tels que Saul Leiter, Harry Gruyaert ou encore Vivian Sassen. Dans son écriture, ses films et ses photos, la question de l’entre-deux, social, culturel et identitaire est prépondérante. Depuis 2016, elle poursuit un travail photographique autour de son jeune frère, «La vie d’Emmett ».Une partie de ce projet a été exposée en janvier 2017 au Théâtre El Duende à Ivry-sur-Seine dans le cadre du festival Traits d’Union. » A découvrir sur Vimeo et Instagram