INTERVIEW – Ayana V. Jackson, photographe : « Je dois défendre mon travail mais aussi mon corps »

ENTRETIEN – Ayana Velissia Jackson séduit le monde avec ses oeuvres singulières. L’artiste américaine et ses autoportraits, dans lesquels elle se glisse dans le corps de femmes noires, illustres ou inconnues, de toutes les époques, sont de retour à Paris.

Nous avions rencontré Ayana V. Jackson en mars 2017 à l’occasion de la foire Art Paris Art Fair où elle a exposé. Sa série « Intimate justice in the stolen moment » est à découvrir à la galerie Baudoin Lebon dès ce vendredi 16 février et ce jusqu’au 7 avril 2018. Elle a étudié la sociologie et s’intéresse de près à l’histoire et à la représentation des corps noirs en se mettant elle-même en scène dans ses propres oeuvres. De ses débuts en tant que photographe, sa vie entre New York, Paris et Johannesburg, les défis liés au fait d’utiliser son corps dans son travail, à ses inspirations … On a pu poser quelques questions à cette artiste à l’oeuvre déjà foisonnante.

Comment avez-vous débuté dans la photographie ?

Mon père était un grand amateur de photographie. C’est une activité qu’on pratiquait régulièrement ensemble. J’ai fini par prendre des cours à l’université.

Quels ont été les premiers sujets de votre travail ?

Je me suis d’abord intéressée aux artistes Hiplife à Accra, aux musiciens du festival Afropunk à New York – j’ai travaillé en freelance pour des magazines lifestyle quand j’avais la petite vingtaine. Puis, j’ai travaillé sur « African by legacy, Mexican by birth » -Africain par héritage, Mexicain de naissance, ndlr-, un projet collaboratif avec Marco Villalobos. Cette série a conduit à une étude plus approfondie des populations afrodescendantes en Amérique latine. Sans oublier les conduct.eur.rice.s de matatu -taxis partagés- au Kenya, les artistes, activistes, intellectuel.le.s et étudiant.e.s en Afrique du sud après 1994, les artistes hip hop et graffeurs à Paris et j’en passe.
Ce qui est certain, c’est que je me focalisais sur les Africain.e.s et afrodescendant.e.s, en faisant bien attention à représenter le corps noir de façon dynamique et globale, pour rompre avec les récits qui associent ces personnes à un fort taux de mortalité, aux maladies, à la violence, à des victimes, ce que j’ai beaucoup entendu durant ma formation.

« Je ne suis ni latina, ni africaine, mais je sais ce que c’est que d’être noire »

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« Demons/Devotees I » par Ayana V. Jackson de la série « Archival Impulse » / Galerie Baudoin Lebon

Selon vous, ces travaux, qui vous ont permis de travailler à la fois sur le continent africain et auprès de la diaspora en Amérique latine et en France, ont-ils ouvert un autre type de discussion entre les résidents du continent et les afrodescendant.e.s ?

Absolument. A l’époque, je cherchais à élargir mon champ. En tant qu’américaine noire ayant grandi aux Etats-Unis, j’avais conscience des limites de nos médias et de notre éducation. J’ai longtemps connu mon père musicien , avant qu’il ne devienne avocat. Son groupe jouait de la musique du Ghana et d’Afrique de l’ouest en général, mais aussi du Brésil, et d’autres styles comme du jazz, du hip-hop, mais il les connectait entre elles comme des musiques issues de la diaspora. Très vite, j’ai su que l’histoire des Américain.e.s noir.e.s n’était qu’une partie de l’Histoire. Quand j’en ai appris davantage sur les communautés noires vivant dans d’autres régions des Amériques, comme le Mexique, le Venezuela, le Nicaragua et que j’ai rapporté les photos que j’y avais prises, ça a choqué du monde ! Ces personnes-là ne se rendaient pas compte que la traite des esclaves avaient été aussi étendue. De même pour le hip-hop au Ghana, les gens ne réalisaient pas que la voix de l’Amérique noire, à travers cette culture, avait porté si loin.

Ces personnes qui étaient si choquées, était-elles blanches ? Noires ? Les deux ?

Les deux. Par exemple, quand j’ai exposé à la Banque Mondiale, un des cadres blancs m’a dit : « Waouh ! J’ai travaillé dans cette région pendant 20 ans et je ne savais pas qu’on faisait du hip hop là-bas ! » En parallèle, les concierges ghanéen.ne.s qui faisaient le ménage pendant que j’accrochais mes photos étaient impressionné.e.s et très conten.t.e.s de voir Lord Kenya et Obrafour, des artistes Hiplife, affichés sur les murs. Iels voulaient savoir comment je les avais connu.

Je pense que cela a pu permettre d’ouvrir les esprits à la fois des noir.e.s et des non-noir.e.s. La plupart se demandaient « mais comment se fait-il que je ne savais pas ça ? »

Pourquoi, selon vous, ne savait-iels pas ces choses-là ?

On se contente de ce qu’on nous a dit… sans remettre cela en question. Que ce soit ce qu’on nous a appris à l’école, ou les informations dont les médias nous bombardent à longueur de journée. Il faut dire que tout le monde n’a pas le privilège de voyager. Alors on croit ce qu’on voit, lit et entend. Et si ces autres récits ne sortent pas -ou qu’on ne va pas pour les chercher- , on ne peut pas faire grand-chose. C’est ce que j’essaie de faire en partie avec mon travail : encourager une réflexion critique plutôt que de la passivité.

Suite à des expériences vécues au sein de ma famille, je savais qu’être noir.e était bien plus que ce qu’on m’avait montré. J’ai eu la chance d’avoir des ressources qui me permettent de voyager et de le voir.

Quand avez-vous voyagé pour la première fois ?

Je ne m’en souviens pas, ma mère était hôtesse de l’air. J’ai voyagé toute ma vie.

Mon premier voyage sans ma famille, c’était à 12 ans en Espagne avec ma classe. Plus tard, j’ai étudié à la fac en République dominicaine et en Argentine. En ce qui concerne ma première fois en Afrique, j’avais 24 ans.

J’ai toujours été habituée à vivre entre deux endroits. Mes parents étant divorcés alors que j’étais enfant, je vivais entre deux villes.

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Ayana V. Jackson devant ses oeuvres « Lucy » et « Anarcha » de la série « Intimate Justice in the stolen moment » à Art Paris Art Fair (mars 2017)

Vous vivez actuellement entre New York, Johannesburg et vous venez souvent à Paris. Le fait de se trouver régulièrement entre 3 continents aide-t-il à nourrir votre travail ?

Absolument. Je rencontre tout le temps de nouvelles personnes avec qui je partage des expériences, des idées. Montrer mon travail dans des contextes différents m’aide aussi dans mon rapport à mon travail.

Quand on s’est rencontré au Art Paris Art Fair en mars 2017, vous m’aviez dit que votre regard en tant qu’américaine regardant des Africain.e.s avaient été questionné par un ami blanc. Pouvez-vous expliquer ce qu’il a dit et comment vous avez réagi ?

C’était quelques années avant que je n’utilise mon corps dans mes oeuvres. J’étudiais à Berlin quand mon « regard d’américaine » a été remis en question. Je travaillais donc sur le Mexique et le Ghana. Il m’a interrogé sur le fait que je ne photographie que des africain.e.s et afrodescendant.e.s et m’a demandé, pourquoi est-ce que je pouvais le faire alors que je n’étais ni originaire d’Amérique du sud ni africaine -je suis donc une personne extérieure, tout comme lui, en tant qu’homme blanc- sans que cela ne soulève de question. Je me suis défendue en lui expliquant que l’une des choses que je partage avec toutes ces personnes est l’expérience de vivre dans un corps noir. Je reconnais que je ne suis pas une personne de l’intérieur mais j’ai une autre relation avec les femmes et hommes afrodescendant.e.s que lui n’a pas. Je trouve que c’est une question intéressante. C’est quelque chose qui m’habite encore à chaque fois que je prépare un nouveau projet; je me demande pourquoi je suis si sensible à la façon dont je représente le corps noir, pourquoi je choisis de photographier les afrodescendant.e.s d’une certaine manière, ce que j’essaie de faire.

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« Tignon » par Ayana V. Jackson de la série « Intimate justice in the stolen moment » / Galerie Baudoin Lebon

A quel moment avez-vous débuté les autoportraits ?

Mes premiers autoportraits, ou plutôt performances-car je ne me représente pas moi-même mais je me glisse dans la peau d’autres personnes- remontent à 2009 avec la série « Leapfrog (a bit of the other) Grand Matron Army » [Saute-Mouton (un peu de l’autre) L’Armée de la Grande Matrone], que j’ai commencé après avoir obtenu une résidence à Paris. Pour la première fois de ma vie, je me retrouvais dans un atelier à proprement parler et j’ai dû réfléchir à la manière dont je devais l’exploiter.

À de nombreuses reprises, dans des cercles élitistes, blancs, riches, j’ai été considérée comme un objet d’étude anthropologique ou comme une bizarrerie et j’en ai eu assez. Dans ces moments-là, j’aurais aimé pouvoir me multiplier et devenir toutes les femmes actives que je connaissais, pour les présenter à ces gens afin qu’ils sachent que les noir.e.s complexes, éduqué.e.s, et ayant voyagé existent… On pourrait alors parler de la pluie, du beau temps ou, que Dieu nous en garde, de l’art, comme des gens normaux.

La série « Leapfrog » est le résultat de cette envie de pouvoir me multiplier, alors, c’est ce que j’ai fait.

Qu’est-ce qui est le plus compliqué dans le fait de se mettre en scène dans ses propres oeuvres ?

Le plus compliqué est non seulement de défendre mon travail, mes choix, mes recherches, mes compétences mais aussi mon apparence physique et toutes les questions relatives à mon corps. On m’a par exemple posé des questions sur ma « beauté ». Comment dans « Archival impulse » (ndlr : série qui utilise des archives photographiques datant de l’expansion coloniale en Afrique et dans les Amériques entre le 19ème et le 20ème siècle) et « Poverty pornography » (ndlr : série autour de la représentation de la pauvreté dans les pays dits du sud et les clichés racistes), j’évoque des histoires très douloureuses, problématiques et peut-être aussi bien laides. Mais tout cela, selon ces personnes, en mettant en avant un beau corps ou un beau visage. Tout cela semble incompatible pour certain.e.s.

C’est fatigant d’être encore confrontée à cela car les questions que je pose dans mon travail repose sur bien plus qu’un corps. Cela est révélateur de leur relation à mon corps et aux corps qu’il représente quand je me mets en scène. Je suis retenue en arrière par ces traumas sur lesquels j’essaie de travailler. Dans ces moments-là, je suis bouleversée.

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« Death » par Ayana V. Jackson de la série « Poverty pornography » / Galerie Baudoin Lebon

Dans quels pays africains avez-vous exposé votre travail ? Comment le public l’a-t-il reçu ?

J’ai exposé en Afrique du sud, au Nigeria, au Sénégal, au Mali. A chaque fois, mon travail a été bien reçu.

En Afrique du sud, cela dit, c’était comparable aux Etats-Unis ; les gens ont plutôt apprécié « Archival impulse » et « Poverty Pornography », mais en même temps, ils étaient troublés et préféraient ne pas « se souvenir ».

Il n’y a qu’au Nigeria que mon travail a été perçu d’une façon totalement différente. C’était surprenant. Iels ne s’identifiaient pas à travers ces traumas et voyaient donc autre chose.

Quel.le.s artistes vous inspirent ?

Carrie Mae Weems, Rembrandt, Claude Cahun, Vermeer, Lorna Simpson, Ike Ude, Gilbert et George.

Vous pouvez retrouver le travail d’Ayana V Jackson sur Instagram https://www.instagram.com/ayanavjackson/
son site internet : https://www.ayanavjackson.com/
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[SPOILERS ALERT] #ACHAUD Le film « Black Panther » est-il aussi flamboyant qu’annoncé ?

SPOILERS ALERT – Depuis des mois, on en a vu des bandes-annonces et des images de ce Black Panther, mettant en scène le premier super héros noir issu de la famille Marvel. Le temps de bien apercevoir le casting canon, composé notamment de Lupita Nyong’o –12 years a slave, Star Wars-, Chadwick Boseman –Get on Up…-, Angela Bassett –What’s love got to do with it ?, Exhale, etc- ou encore Michael B. Jordan –Fruitvale Station, Creed…- les décors et des costumes à couper le souffle, une histoire qui se déroule entre l’Amérique et l’Afrique en rendant hommage à ce continent, avec ingénuosité. On a vu le film et on vous dit -dans les grandes lignes- ce qu’on en a pensé.
Black Panther, c’est l’histoire du premier super-héros noir chez Marvel, T’Challa, qui, après la mort de son père devient roi du Wakanda, un pays pacifiste et riche, situé en Afrique. Ce dernier possède des technologies uniques au monde et des ressources rares. Parmi lesquelles, le vibranium, extrêmement convoité -toute ressemblance avec des faits réels sera fortuite 😉 -. Le jeune monarque se retrouve face à une tâche délicate : protéger son peuple d’ennemis cupides.
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T’Challa joué par Chadwick Boseman / The Walt Disney Company France

 

 

 

Un vrai divertissement
Loin d’être des inconditionnelles des histoires de super-héros -les ressorts dans les histoires en général étant souvent les mêmes finissent par nous ennuyer-, on a été diverties du début jusqu’à la fin. Le film est très bien rythmé , le jeu de l’ensemble des act.eur.rice.s est expressif. On est passé par toutes les émotions… Bref, on s’est laissé transporter. Sans oublier l’esthétique au top ; des effets spéciaux, aux costumes, en passant par les décors et la flamboyance du casting afrodescendant – venu des quatre coins de l’Europe et des Etats-Unis, saurez-vous d’ailleurs reconnaître Isaach de Bankolé ?-… Ca fait du bien ! Même si les superhéro.ine.s, ce n’est pas votre truc, vous allez obligatoirement être pris.e.s au piège.
De l’importance des femmes
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Danai Gurira, Lupita Nyong’o, Florence Kasumba -Walt Disney / Marvel

 

 

Que ce soit Nakia -interprétée par Lupita Nyong’o-, Okoye -jouée par Danai Gurira- ou Shuri -personnage dans lequel s’est glissée Letitia Wright-, les personnages féminins sont bien écrits et développés. Les femmes sont des personnages-clés : elles apportent les solutions. C’est par exemple Nakia qui a le -bon- réflexe de taper à la bonne porte lorsque son amour T’Challa est laissé pour mort au cours d’un duel avec son cousin américain. C’est Okoye, meilleure guerrière du pays au service du roi, qui poussera son mari W’kabi -interprété par Daniel Kaluuya- à l’âme vengeresse à rendre les armes ou encore Shuri la soeur du monarque qui permettra, grâce à ses innovations technologiques, de sauver des vies et le royaume en question. Tout cela en étant cool, stylées, déterminées, touchantes et sacrément efficaces.
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Letitia Wright joue Shuri / Marvel Studios 2018

 

 

Accents et sons afro
On a un peu tiqué en entendant une petite partie de la bande-son, mélange de tam tam et de voix un rien cliché. On a dû s’habituer aux accents « wakandais  » des comédien.ne.s américain.e.s. Pourquoi ne pas avoir laissé le cast parler avec leur accent habituel plutôt que de forcer le trait ? Le cinéma est un monde d’imaginaire et le décor est bien planté – dans un pays africain, c’est assez clair-, on aurait donc pu comprendre de toutes les façons, non ?
Diaspora
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T’challa (de dos) affrontera bientôt Erik Killmonger / Marvel Studios 2018

 

 

La dualité entre T’Challa, enfant du pays, héritier logique du trône, et Erik Killmonger, joué par Michael B. Jordan, le cousin américain privé de son père durant son enfance par son oncle et abandonné, cristallise une vision : celle des rapports, complexes, que l’on peut entretenir avec un endroit où nos ascendant.e.s sont né.e.s. Le différend des deux personnages -outre le fait de pointer que l’ennemi vient souvent de l’intérieur- repose sur les sentiments de celui qui a connu, est né, a grandi, a quitté, est revenu sur la terre où sont nés ces parents -T’Challa- et de celui qui ne la connait pas, l’a fantasmé et rêve de la conquérir -Erik-. Le premier a la mission de ne pas galvauder ses traditions tout en accueillant l’autre alors qu’accepter cette identité hybride est un combat difficile pour le deuxième semble nous dire le film.
Erik Killmonger reçoit le coup fatal porté par T’Challa et demande à ce que son corps soit jeté dans la mer pour rejoindre ses ancêtres. Ce geste rappelle comment ils se jetaient des bateaux après avoir été capturés pour être mis en esclavage et préféraient mourir plutôt que de vivre enchaînés. Belle façon d’évoquer cette partie de l’histoire des afro-américain.e.s. Ou on ne peut voir dans tout cela que de belles bagarres, de belles paroles coincées dans le beau décor de Marvel qui fera date.
Nous divertir, nous faire réfléchir ; Black Panther a -plus que- fait le boulot.

Dix bonnes raisons de venir parler santé, sexe, intimité avec Axelle Jah Njiké et Sharone Omankoy

Voici deux ans que nous organisons des événements. Des rencontres-débat publiques, sur diverses thématiques, avec des acteur.ice.s du monde afro-français.

Jamais nous n’avions décidé d’aborder un sujet aussi sensible, important, compliqué : la santé et la manière de la préserver, à tous les niveaux.

C’est un débat émergent, au coeur de nos vies, mais qu’on a encore du mal à aborder.

Nous trouvions intéressant de pouvoir apporter quelques outils, réflexions, coups de gueule avec l’aide de talents, en introduction d’une soirée musicale de haute volée.

N’hésitez pas à prendre vos billets, on vous dit ici pourquoi vous ne le regretterez pas !

Billetterie > weezevent.com/l-afro

  1. Des intervenantes de choix

Nous sommes heureuses et fières qu’Axelle Jah Njiké et Sharone Omankoy aient accepté de discuter en public de ces sujets. La première est une autrice, militante à l’histoire personnelle chargée, et administratrice à la GAMS, federation qui s’occupe de la question des mutilations sexuelles et des mariages forcés. La seconde est l’une des personnes à l’origine de Mwasi, travaillant au contact de femmes afrodescendantes affectées par le VIH. Toutes deux féministes, de générations et de backgrounds différents, elles ont également l’avantage de ne pas être d’accord sur tout ; toujours utile pour un débat. Elles s’accordent sur quelque chose de fondamental : l’intime est nécessairement politique. Et important à reconsidérer, notamment pour les afrodescendant.e.s. Elles ont l’habitude d’être à l’écoute et de choisir les bons mots pour parler de sujets qui bouleversent les codes.

Ni thérapeutes, ni gourous, elles vont cependant délivrer bon nombre d’informations de par leur métier et leur expériences personnelles. Et vont sans doute bousculer vos idées reçues, sur tous les sujets ayant trait à l’intime.

2. La qualité de l’échange

Les deux intervenantes partageront non seulement leurs expériences personnelles mais, également professionnelles, elle seront en mesure de fournir des faits en communiquant des données notamment autour des port.eur.ses du VIH dont Sharone Omankoy nous parlera, loin des clichés habituels que l’on peut entendre sur la question.

3. Des thématiques rarement abordées

Il est rare que ces sujets soient évoqués, surtout dans un espace public. On salue au passage des initiatives tels que le podcast Exhale propulsé par le média atoubaa ou encore les rendez-vous Sexcare.

4. Le cadre

C’est notre deuxième événement au Hasard Ludique. La salle permet d’accueillir un nombre important de personnes tout en gardant le côté intime nécessaire à ce type d’événements. Un espace sûr, safe, où ce qui sera dit sera respecté et tout le monde est bienvenu. Vous avez notre parole.

5. Un sujet qui nous concerne tout.e.s

Toujours sensible à la question de la transmission d’une génération à une autre, nous espérons que cette discussion pourra être l’occasion de débuter ou de pousser plus loin des questionnements personnels mais aussi ouvrir ou prolonger des dialogues, que vous ayez 18 ou 45 ans, que vous soyiez une femme, un homme, mère, père, soeur, frère …

6. On parlera santé sexuelle mais pas que …

Toujours dans le thème de la santé, on abordera également les enjeux liés à la dépigmentation de la peau avec Aude Mougayana de l’association Esprit d’Ebène, qui a lancé une campagne dans les transports franciliens intitulée Stop Dépigmentation dont les clichés sont signés du photographe David Uzochukwu et qu’on exposera le samedi 17 février.

7. L’intimité respectée, justement 😉

Vous vous posez peut-être des questions très intimes, ou avez peut-être des proches qui sont dans des situations sanitaires compliquées, voire mortelles. Vous ressentez peut-être de la tristesse, de la gêne à évoquer certains sujets ayant trait à votre histoire intime, sexuelle et vous ne savez peut-être pas où trouver des réponses à vos questions, quel qu’elles soient. Cet événement peut être l’une des occasions d’en obtenir, et de rencontrer des personnes avec qui vous pourrez dialoguer dans le respect.

8. Le concept : talk mais aussi live et party 🙂

Le thème du débat vous gêne ? Vous ne vous sentez pas concerné.e ? Vous avez peur de ne pas pouvoir arriver à temps pour attraper tout le débat car c’est samedi, que 20h ça vous paraît tôt et que vous courrez déjà toute la semaine ? Le débat promet d’être très intéressant, très fort ; il introduit une soirée musicale qui le sera tout autant. Sira Niamé est la tête d’affiche du concert de cette soirée. L’univers de cette jeune chanteuse cadre parfaitement avec l’événement.

Sira Niamé

Mutine, aventureuse, voire frondeuse, la musique de Sira Niamé est un mélange des musiques afrodescedantes qu’elle aime écouter, qu’elle a appris à maîtriser, et qu’elle a appelé africana. Ses textes parlent de sa vie de femme, amoureuse, à corps perdu dans des histoires intenses, tantôt sulfureuses, tantôt douloureuses.

Plus besoin de vous présenter Cheetah dont nous vous avons déjà parlé ici et.

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Marina Wilson par @NoellaL pour L’Afro / #FraichesWomen

C’est par ailleurs la deuxième fois qu’elle mixe à notre événement. La première fois, c’était déjà au Hasard Ludique. On ne change pas une combinaison gagnante 😉

9. Nos soirées se passent toujours bien 😉

La preuve en images

https://youtu.be/LGmlbR11UZw

10. On ne se retrouvera ensuite qu’en mai

OH NON, vous voit-on déjà crier en vous prenant la tête entre les mains. Si vous ne savez pas tenir sans nous pendant 3 mois, ne vous inquiétez pas, ce n’est qu’un au revoir ! C’est notre dernier événement avant le festival Fraîches Women. Nous l’avons annoncé, on bosse dessus d’arrache-pied : début mai, nous organisons notre première manifestation d’envergure, une plateforme dédiée aux femmes afrodescendantes et à toutes les autres. Ateliers, rencontres, stands, concerts, dj sets… On va mettre les petits plats dans les grands et créer un espace propice à la discussion et aux échanges.

#Unjouruneactriceafrofrançaise #43 : Roukiata Ouédraogo

TROMBINOSCOPE – Parce qu’on n’en peut plus d’entendre que les comédien.ne.s noir.e.s en France sont invisibles, qu’on n’en connaît peu, que si, que là… on a décidé d’en présenter un, brièvement, tous les jours. Aujourd’hui : Roukiata Ouédraogo.

Invisibles, les comédien.ne.s afrofrançais.e.s ? Pendant que nous nous demandons si nous sommes capables d’en citer plus de cinq, les artistes s’affairent dans les écoles de formation, les bureaux de casting, sur les plateaux de cinéma, les planches.

Loin de nier la ligne de couleur qui règne au théâtre, au cinéma, à la télévision et malgré des améliorations, nous voulons les mettre en valeur, comme d’autres avant nous, justement parce qu’il peut être difficile de savoir où /quand on peut les voir.

Vous trouverez ici chaque semaine le nom et la photo d’un.e comédien.ne noir.e, sa date de naissance, les productions marquantes dans lesquelles ille a joué, son dernier rôle. Aujourd’hui : Roukiata Ouédraogo.

Roukiata Ouédraogo est née en 1979.

La comédienne débute sa carrière au théâtre en 2008, où elle joue et met en scène la première pièce qu’elle a écrite, Yennenga, l’épopée des Mossi. 

En 2012, Roukiata Ouédraogo crée son premier one woman show, « Ouagadougou pressé« .  En 2017, elle part en tournée avec son second seule en scène, « Roukiata tombe le masque ».

Au cinéma, elle fait une apparition dans le film Samba avec Omar Sy et Charlotte Gainsbourg, réalisé par Olivier Nakache et Eric Toledano en 2014, dans La vie de château de Cédric Ido et et Modi Barry, avec Jacky Ido ou encore Tatiana Rojo en 2016.

Roukiata Ouédraogo sera sur scène avec son dernier spectacle Je demande la route dès ce 11 janvier au soir jusqu’au 7 avril 2018, les jeudis, vendredis et samedis au Théâtre Lucernaire à Paris. On la retrouve également à la radio en tant que chroniqueuse sur France Inter dans l’émission « Par Jupiter ! » de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek à 17h.

(Source photo : Agencesartistiques.com)

L’année 2017 vue par des journalistes afrofrançais.e.s

Qu’iels officient chez Le Monde Afrique, Buzzfeed ou encore le Parisien, les journalistes afrofrançais.e.s sont peu visibles mais pourtant bien présent.e.s ! Iels ont d’ailleurs des choses à dire. L’Afro leur a donc demandé de nous parler des trois faits les plus marquants de l’an 2017 selon elleux. Au menu : politique, faits de société, foot et musique.

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Coumba Kane, journaliste pour Le Monde Afrique

« J’ai retenu des faits panafricains qui ont une résonance avec le continent. Ce sont des événements qui sont anachroniques, des choses qui ne devraient plus se passer en 2017. »

La manifestation du 18 novembre à Paris contre l’esclavage en Libye

On savait bien sûr que les noirs étaient maltraités en Libye. Mais les images du reportage réalisé par une journaliste de CNN ont marqué les esprits. La manifestation du 18 novembre que j’ai couverte pour ma rédaction était une façon pour les gens de montrer qu’ils en avaient marre d’être considéré comme n’appartenant pas au genre humain, ce n’est pas comparable à ce qu’ils vivent en France mais ça les a renvoyé à leurs conditions hors d’Afrique subsaharienne. Il y a souvent des manifestations d’opposants, politiques gabonais ou congolais à Paris mais ce jour-là, il y a eu une vraie cohésion panafricaine. Cette solidarité et cette spontanéité m’ont marqué. La plupart des manifestants n’étaient pas des militant.e.s mais des hommes et des femmes qui manifestaient parfois pour la première fois. Il y a une communauté qui s’exprime, une libération de la parole.

La visite d’Emmanuel Macron en Afrique de l’ouest (novembre-décembre)

On l’a présenté comme un président jeune et progressiste mais il n’a pas été en rupture avec ses prédécesseurs ; le fait qu’il ait prononcé un discours adressé à la jeunesse africaine, c’est paternaliste et ça ne devrait pas exister en 2017.  Au niveau de la forme, il y a une image que j’ai trouvé extrêmement gênante, c’est le moment où le président français a fait sa blague sur la climatisation et où l’on voit le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré qui avait l’air gêné sans oser parler. Alors que quand Emmanuel Macron s’est rendu au Ghana, le président ghanéen Nana Akufo-Addo a fait un discours de rupture ; il était debout, digne, expliquant qu’on n’a rien à attendre de la part de pays comme la France. C’est un symbole fort. Cela illustre bien les relations entre les présidents d’Afrique de l’ouest et les présidents français.

La chute du président zimbabwéen Robert Mugabe (21 novembre)

On se pensait tou.te.s que soit il mourrait au pouvoir, comme il le disait lui-même, soit qu’il y aurait eu effusion de sang pour lui faire quitter le pouvoir. Après 37 ans passé au pouvoir, jusqu’à l’âge de 93 ans, il a finalement démissionné, on lui a bien sûr forcé la main mais de voir que ça s’est fait aussi rapidement,  (en deux semaines ndlr ) sans violence alors qu’on le croyait indéboulonnable. Cela devrait donner à réfléchir à pas mal de chefs d’Etat mal élus et qui s’accrochent malgré tout au pouvoir.

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Jennifer Padjemi, journaliste pour Buzzfeed France

L’investiture de Donald Trump (20 janvier)

Ce jour venait officialiser la réalité de cette élection qui semblait être un terrible cauchemar dont le monde allait se réveiller. Il n’en fut rien, tout ceci est bien arrivé pour le pire. On avait beau nous répondre jusqu’ici que la politique américaine n’avait pas de réels impacts sur la France à chaque fois qu’on pouvait «s’émerveiller» sur la présidence d’Obama; l’élection de Trump nous a prouvé le contraire. Son impact sur le monde est bien là et son élection venait enclencher une série d’extrémisme politique dans le reste de la planète. La France y a échappé de justesse en élisant Macron, mais était-ce vraiment pour le meilleur ? Je ne pense pas, mais il nous reste encore quatre ans pour le savoir.

L’enquête Weinstein du New Yorker et du NY Times (octobre) 

Une sombre affaire d’accusations de harcèlements sexuels, d’agressions sexuelles et de viols contre l’un des producteurs les plus puissants d’Hollywood. Des femmes ont élevé la voix et ont trouvé le courage de parler des actes qu’elles ont subies, parfois pendant des années. S’en est suivi les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc, illustration moderne de la culture du viol qui montre que TOUTES les femmes ont déjà été victimes d’une forme d’agression sexuelle de la part d’hommes. C’est bien la première fois qu’un mouvement a dépassé les réseaux sociaux pour devenir un symbole de la lutte contre le sexisme et les violences contre les femmes. En espérant que les hommes qui restent impunis continuent à tomber en 2018, mais surtout que la France suive le pas en considérant l’importance de ces sujets.

L’arrivée de la gamme de maquillage Fenty Beauty (septembre)

Ou comment Rihanna a commencé une révolution grâce à une ligne de maquillage inclusive dans tous les sens du terme. Pour certain.e.s, ce n’est que du maquillage, mais c’est en fait bien plus que ça : c’est la représentation des minorités, notamment des femmes noires, celles qu’on ne voit jamais dans les médias. Elle a donné le “la” à une industrie capitaliste qui réalise enfin que ce n’est plus possible de ne pas s’intéresser à nous. Dans cet esprit, il y a également le film Ouvrir la voix d’Amandine Gay qui a été le déclencheur d’une prise de conscience sur les femmes noires et leurs expériences. Après de nombreux bâtons dans les roues -coucou le CNC!-, elle a réussi à sortir son film en salles en octobre, et ce nationalement. Un exemple de combativité qui, espérons-le, ouvrira la voie à toutes celles qui comme elles se battent au quotidien pour voir leurs projets se concrétiser.

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Sindanu Kasongo, journaliste spécialiste hip hop et responsable programmes et antennes chez BET France

L’esclavage en Libye révélé dans un reportage de CNN (novembre)

Ce mois de novembre, une journaliste de CNN a filmé une vente de Noirs en Libye. Oui , une vente. Comme à la « belle époque ». Heureusement, l’efficace ONU a dénoncé « une situation inhumaine » et la Libye « assure qu’une enquête va être ouverte ». Que reste-t-il après la mobilisation (un samedi devant une ambassade vide) à Paris, le coup de gueule de Claudy Siar et quelques hashtags ? Un sentiment d’impuissance partagé par beaucoup de sœurs et de frères et une grande colère face aux gouvernements africains, qui restent les premiers coupables de ces drames.

L’affaire Théo (février)

Début février, Théo, un jeune français, était violé et brutalisé par des policiers. Il y a eu les manifestations, la visite express du président Hollande à son chevet, des témoignages accablants et puis…Plus rien. Enfin si. Certains médias évoquaient « les contradictions dans l’affaire Théo ». D’autres révélaient que son frère était sous le coup d’une enquête pour « suspicion d’abus de confiance et escroquerie ». Enfin, il se chuchotait que le jeune homme avait un oncle ministre au Congo RDC. Super. Il reste que près d’un an plus tard on ne sait toujours pas comment lors d’une interpellation une matraque a pu entrer par « accident » dans l’intimité du jeune homme.

La sortie de l’album « 444 » de Jay-Z (30 juin)

Il s’agit du treizième album de Jay Z. La prouesse, c’est qu’en 2017 il propose son meilleur album depuis longtemps -ça se discute- et son album le plus personnel : ça, c’est indéniable. 46 ans, multimillionnaire –810 millions selon Forbes-, plus de vingt ans de carrière, deux enfants et Beyoncé au bras mais Shawn Carter continue d’être motivé. Mieux, il sort de sa zone de confort et a proposé des clips de qualité et originaux. En plus, pour éviter de se confronter au jugement des ventes -ambitieux mais pas fou le gaillard)-Jay a soigneusement fait acheter un million d’exemplaires par la compagnie Sprint la première semaine et ainsi s’assurer son disque de platine. Brillant.

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Maïram Guissé, journaliste pour Le Parisien et co-réalisatrice du documentaire L’amour en cité

L’esclavage en Libye révélé dans un reportage de CNN (novembre)

On sait que l’esclavage n’a pas cessé, malheureusement. Qu’il existe encore sous diverses formes. Mais voir au XXIè siècle des Noirs vendus au marché… c’est forcément choquant. L’histoire se répète pour le pire. 2017, on en est encore là !

Les violences subies par les Rohingyas

Cette minorité musulmane de Birmanie subit un génocide, selon les Nations-Unies. Je n’arrive pas à comprendre qu’en 2017, à cause de son appartenance religieuse -quelle qu’elle soit, on puisse faire subir de telles atrocités à toute une population !

Les  femmes de ménage victimes de harcèlement sexuel 

C’est une affaire qui remonte à 2012, traitée par Médiapart en 2015 et jugée au mois de novembre aux Prud’Hommes, comme expliqué dans un article de Slate. Ces femmes de ménage, employées par une entreprise sous-traitante de la SNCF, ont été victimes de diverses discriminations et de harcèlement sexuel. Elles ont lutté, ont obtenu gain de cause après des années de galère, tout ça dans beaucoup d’indifférence.

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Sarah Kouaka, journaliste et rédactrice en chef pour Nofi

L’ouragan Irma (août-septembre)

Il a ravagé Saint-Martin, une partie de Saint-Barthélémy et la Dominique. S’il s’agit d’une catastrophe naturelle que nul n’aurait pu empêcher, c’est le traitement préventif du chaos et sa résolution par l’Etat français qui ont été choquants et nous ont fait exploser en pleine figure le mépris envers ces populations d’outre-mer. On savait que le cyclone serait violent, on connaissait la vulnérabilité des habitant.e.s sur place, mais les institutionnel.le/s ont préféré regarder comme des spectateurs impuissants, alors qu’iels auraient dû prévenir avant d’essayer de guérir. On a aussi clairement pu voir et entendre que les autorités se sont occupées en priorité des ressortissants blancs, comme si les autres n’étaient pas Français. La Dominique quant à elle, n’est pas sous domination française, donc elle a carrément sombré dans l’oubli.

L’acquittement d’un violeur (novembre)

Une fillette de 11 ans d’origine congolaise, violée par un homme de 30 ans, acquitté neuf ans plus tard parce qu’on n’aurait pas pu prouver qu’elle n’était pas consentante et que lui était en pleine possession de ses facultés mentales. C’est tout simplement révoltant qu’on se pose la question. Elle était enfant, il était adulte, c’est une agression sexuelle et qu’est-ce que le consentement à cet âge ? D’autant qu’elle est tombée enceinte et a accouché. Quels dégâts psychologiques pour cette jeune femme ? Cela démontre la façon dont les institutions nous perçoivent. Une étude américaine récente a d’ailleurs démontré que la société occidentale ne prêtait pas aux petites filles noires la même innocence infantile qu’aux petites filles blanches. Les premières seraient plus au fait sur les questions de sexe et pourraient même être demandeuses de ces rapports. Les clichés ont la vie dure.

L’esclavage en Libye révélé dans un reportage (novembre)

On savait que la négrophobie structurelle dans le monde arabe était et demeure un fléau. Mais les images de cette vente ont levé le voile sur beaucoup de choses : la responsabilité des dirigeants africains dans le départ forcé de leurs populations ; la responsabilité des dirigeants européens qui savent et ne font rien ; la responsabilité de la diaspora et cette impression d’être toujours des esclaves dans les yeux et l’esprit des peuples arabo-maghrébins. Cette dernière problématique est capitale parce que nous la vivons ici dans les rapports que nous entretenons et personne ne souhaite lever le tabou, parce que c’est douloureux et désagréable et qu’il y a beaucoup de risques d’amalgames. Néanmoins, le point le plus intéressant est que cette violence a permis aux diasporas afro-caribéennes de s’unir pour protester, pour agir.

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Hortense Assaga, fondatrice de feu Cité black, actuellement journaliste pour Africa 24.

La fin du second mandat d’Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria (novembre)

Première femme démocratiquement élue à la tête d’un Etat africain, le Libéria. Elle est aussi une des rares dirigeantes au monde. Elle a choisi de quitter le pouvoir cette année après deux mandats. Si on peut émettre quelques réserves sur sa gouvernance – Cf. les accusations de népotisme- on se doit cependant, de lui reconnaître une chose : elle n’a pas tenté de « bidouiller » la constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir. Alors, messieurs, chers collègues de Dame Ellen, prenez-en de la graine !

Le film Moonlight sacré meilleur film aux Oscars (27 février)

Et le gagnant est… La La Land. Il est à Paris, près de 06H00 du matin, quand le verdict tombe à Los Angeles. En direct de la cérémonie des Oscars. Et puis, quelques instants après… Oh surprise ! On annonce une inversion d’enveloppe. Il y a eu erreur sur le nom du gagnant. C’est finalement, le très réussi Moonlight qui remporte l’Oscar du Meilleur film. La joie se lit sur les visages des comédien.ne.s-réalisat.eur.ice.s et dans le public. Non ! Les Oscars, en cette année 2017, ont choisi de ne pas être « so White ». Pourvu que ça dure !

Les talents qui nous ont quitté

Le OO7 Roger Moore. Johnny Hallyday. Simone Veil. Robert Guillaume, la voix de Rafiki dans Le Roi Lion. Dick Gregory, activiste. La musique a également été endeuillée avec Chuck Berry, Charles Bradley, l’immense pianiste Fats Domino -110 millions de disques vendu, rien que ça ! Sans oublier la sister Joni Sledge. Et Al Jarreau, roi du « Boogy down ». Et puis, il y a eu le départ du poète et dramaturge Derek Walcott à 87 ans, Prix Nobel de littérature en 1992 qui, toute sa vie a clamé sa fierté afrocaribéenne. Sûr que les Arts sont à l’honneur dans les cieux avec tous ces êtres de talent.

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N’fanteh Minteh, journaliste présentatrice du journal Afrique sur TV5 Monde

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump 

La grosse claque. Je crois que personne ne croyait à sa victoire dans les média français, dans l’opinion. Cela montre à quel point on a manqué quelque chose. Il y a eu ce basculement après les années Obama que je n’ai pas perçu, naïvement peut-être. Un grand plongeon dans l’inconnu.

L’affaire Théo (février)

Les violences policières sont une réalité. Aujourd’hui, Théo est l’énième victime en France de ces dérives. Dans son cas, des preuves médicales témoignent du viol qu’il a subi. Je crois que les violences policières sont un sujet que notre société sous-estime. Pourtant, elles brisent la vie de centaines de jeunes noir.e.s et arabes chaque année.

La coulée de boue en Sierra Leone (août)

Plus de 500 morts, 600 disparus. Je regrette le traitement à deux vitesses d’un tel événement en Occident. Quelques images, un reportage tout au plus dans les JT. La situation est toujours catastrophique pour les sinistrés. Or, ce drame est l’illustration parfaite de plusieurs phénomènes : la déforestation, les bouleversements climatiques et l’exode rurale.

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Cyril Lemba, journaliste auteur du blog justseereal.wordpress.com 

L’affaire Théo (février)

Début février, le jeune Théodore Luhaka, 22 ans, est interpellé par les forces de l’ordre. L’intervention est plus que musclée. Insultes racistes, coups et viol ; un policier a introduit un bâton télescopique dans le corps du jeune homme. Résultat : une déchirure anale sur 10 cm. Théo a encore d’importantes séquelles aujourd’hui. Cette affaire a ému et scandalisé une bonne partie du pays.
Cet événement m’a particulièrement marqué car Théo aurait pu être moi ou mon petit frère ; tu es au quartier, la police intervient, tu veux faire le médiateur pour éviter que ça dégénère mais les policiers ne l’entendent pas de cette oreille. Et bim, tu prends des coups. Tu peux alors finir à l’hôpital ou bien mourir asphyxié dans une gendarmerie.
Pour plagier un rappeur célèbre, je dirais « être un Noir dans le pays de Marianne, c’est pas une vie mais une aventure, rencontre un flic raciste et ça devient vite une mésaventure ».

Le phénomène Kylian Mbappé, footballeur au PSG

Quand tu aimes le foot, tu ne vis que pour voir de beaux joueurs et des beaux matchs. Et cette année, on a été servi. On a assisté à l’éclosion d’un phénomène, Kylian Mbappé.
Touché de balle, accélération, instinct de tueur devant le but…  Des grands clubs l’ont courtisé cet été. L’enfant de Bondy, en Seine-Saint-Denis âgé de 18 ans devient  le joueur français le plus cher de l’histoire après un transfert historique de Monaco au PSG qui a coûté 180 millions d’euros. En 2017, il est aussi le meilleur buteur français toutes compétitions confondues.
Je me considère comme chanceux d’être un contemporain de celui qui rentrera dans le panthéon des plus grands joueurs français de l’histoire. Au même rang que les Platini ou Zidane. C’est tout ce que je lui souhaite en tout cas.
Par contre toi qui me lis là arrête de dire M-Bappé, please, dit Mbappé sans isoler le M. En te remerciant 😉 -je suis cool,j’ai même fait une vidéo où je t’explique comment faire.

Les productions de femmes noires dans le domaine de la création artistique

Elles sont quatre à m’avoir marqué cette année.
Amandine Gay et son film documentaire Ouvrir la Voix, Laura Nsafou aka Mrs Roots et son livre jeunesse Comme un million de papillons noirs, Madina Guissé et son ouvrage pour enfants, Neïba, je sais tout (ou presque) et Jo Güstin et son recueil de nouvelles 9 histoires lumineuses où le bien est le mal.
Le point commun entre ces différentes œuvres : mettre à l’écran ou sur papier des personnages que l’on voit peu ou pas du tout. Ces quatre auteures se réapproprient la narration. Elles racontent des histoires dont les personnages principaux sont Noir.e.s et elles trouvent leur public. Comme quoi l’état d’esprit FUBU (For us by us) n’enferme pas dans des niches. Il permet au contraire d’élargir les horizons de certain.e.s et pour d’autres de se sentir enfin représenté.e.s.
En espérant que ce vent nouveau se poursuive en 2018. Mais d’après ce que je sais ce n’est plus près de s’arrêter. 2019, 2020, 2021 et tout ce qui s’en suit. #VersLInfiniEtAuDelà