Interview – Mati Diop, réalisatrice d’ « Atlantique » : « les femmes de mon film sont des survivantes »

ENTRETIEN- Mati Diop fait fort. Avec Atlantique, son premier long-métrage, elle rafle le Grand Prix du Jury du festival de Cannes en mai dernier. Elle a accepté de revenir sur ce grand moment et de nous en dire plus sur sa démarche et la façon dont elle a choisi de traiter sous forme de fiction et loin du miserabilisme un sujet très présent dans les médias : la tragédie des départs en mer.

Vous n’y verrez pas de bateaux naufragés, ni de corps sans vie mais des esprits qui hantent les êtres qui les ont aimés. Loin de l’actualité devenue tristement banale à coup de décomptes quasi-quotidiens, Mati Diop narre l’histoire des disparus qui reprennent vie à travers les femmes restées au Sénégal sans les oublier. Il s’agit avant tout d’une histoire d’amour, de lutte et d’émancipation à travers celle d’Ada dont la famille a arrangé un mariage alors qu’elle est éprise de Souleiman. Le tout mettant en scène un cast charismatique. La réalisatrice Mati Diop s’est confiée sur ses inspirations, sa vision du cinéma et son rapport au Sénégal.

Atlantique sort en salles ce mercredi 2 octobre.

Mati Diop ©lesfilmsdubal

Que représente le Grand prix du Jury du festival de Cannes que vous avez reçu cette année ?

C’est énorme et avec le recul, j’arrive à mieux le digérer.

D’une part, il y a le côté impressionnant avec le dispositif, le cadre, la compétition, le côté institutionnel, qui sont un peu écrasant. Mais si on revient à l’essentiel, au final, c’est un groupe de personnes qui a été touché par ce film.

Un film est choisi pour un ensemble de bonnes et de mauvaises raisons.

Je pense que c’est en partie lié au fait que je sois une femme, que je ne sois pas blanche, métisse, franco-sénégalaise, noire, peu importe ce qu’on utilise comme terme. Ça ne devrait pas être une raison, mais on sait que c’en est une.

Un festival comme Cannes est forcément politique, c’est difficile d’échapper à ça, on comprend que dans la balance il y a à la fois des enjeux cinématographiques, politiques et de représentation.

Ce qui est le plus significatif pour moi, c’est que le film a finalement touché un groupe de cinéastes confirmés, qui viennent d’horizons différents, du réalisateur Alfonso Cuarón à l’acteur Thierry Frémont pour ce qu’il est. Ils l’ont choisi parce qu’ils y ont vu un cinéma à défendre.

J’ai l’impression d’être reconnue par mes pairs et que c’est de mon cinéma dont il est question. Il représente aussi le Sénégal, un certain cinéma africain et un certain cinéma d’auteur.

Je suis contente que le film incarne tout ça et qu’il montre peut-être à certaines femmes, à certaines femmes de couleur et peut-être à une génération de cinéastes sénégalais.es que c’est possible.

C’est aussi le résultat d’un travail collectif fait notamment par des femmes noires pour dire aux institutions qu’on ne peut plus faire sans nous.

Vous parlez du départ en mer, un drame traité régulièrement dans les médias souvent de façon misérabiliste. Comment avez-vous réussi à en parler autrement que sous cet angle ?

Dans le film, la situation socio-économique est donné d’emblée ; on comprend pourquoi ces hommes partent en mer. Une fois que le départ a eu lieu, le film commence vraiment. J’ai voulu dépeindre les femmes, en particulier Ada et son amie Dior, comme des survivantes, des jeunes filles qui survivent à la disparition, à la perte de l’être aimé, et qui survivant à tout ça, se transcendent, se dépassent. L’idée était non pas de filmer la traversée mais plutôt l’odyssée d’Ada. L’Histoire est souvent écrite du point de vue des hommes, des soit-disant gagnants de l’Histoire, des blancs, alors j’ai voulu écrire un film qui se place du point de vue d’une femme.

Effectivement, cette situation a été extrêmement traitée médiatiquement, et très mal traitée, de façon misérabiliste, abstraite, économique, à travers des statistiques.

En tant que cinéaste, mon rôle est de rendre intelligible et sensible ce que les journalistes analysent ou retranscrivent à travers des chiffres. Et ce à travers l’expérience humaine et des tensions existentielles. C’est aussi le rôle du cinéma d’apporter un regard personnel et subjectif. Je trouve que le cinéma africain dans son ensemble a connu un âge d’or. Il y a évidemment des cinéastes qui proposent des choses intéressantes régulièrement aujourd’hui mais il y a un grand travail à faire encore pour redonner au continent le droit à la fiction, le sortir de l’approche misérabiliste, colonial. La question de la décolonisation du regard revient beaucoup en ce moment dans la communauté afro entre autres. Les noir.es n’échappent pas à cette façon de regarder l’Afrique ; il y a des noir.es qui véhiculent une image du continent qui est totalement sous l’emprise du regard colonial. Que ce soit l’oeil d’un blanc, d’une métisse ou d’un noir, l’exigence de questionner de quoi est fait son regard dépasse la question de la couleur de la peau. Le film est aussi le regard d’une Africaine sur l’Afrique, bien que je ne suis pas seulement africaine mais franco-sénégalaise.

Ada, personnage principal d’Atlantique ©lesfilmsdubal

Les femmes dans le film sont en lutte. Vous êtes-vous inspirée de l’histoire, de l’actualité ?

Ce n’est que récemment que j’ai fait le lien entre le combat des héroïnes de mon film qui sont possédées par l’esprit des garçons qu’elles ont aimé pour revendiquer leurs droits, à savoir leurs salaires non payés et Assa Traoré. A travers la vulnérabilité de son frère, étant un homme noir d’une banlieue française puis sa mort provoqué par la violence des policiers a fait basculer sa vie et a fait d’elle une militante, à donner un sens différent à la vie qu’elle menait jusqu’à présent. La justice pour Adama est devenue sa raison d’être, son quotidien. Ce drame autour d’Adama Traoré m’a révolté. Je ne connais pas Assa Traoré mais j’ai beaucoup pensé à elle ces dernières années.

Une correspondance que je trouve intéressante, c’est le dernier album de Fatima Al Qadiri, qui signe la bande originale de film. Brute est une réaction à la violence policière à Ferguson aux Etats-Unis.

Il y a aussi Fatou Diome qui a écrit Le ventre de l’Atlantique avant Celles qui attendent que j’ai découvert en parallèle de la conception de mon film. Je trouve également beau que sans se connaître, elle à travers la littérature et moi à travers le cinéma, on se soit d’abord intéressé de la question des départs en mer avant d’avoir parlé des femmes qui sont restées.

Avez-vous de l’espoir pour la jeunesse sénégalaise ?

Je ne peux qu’espérer que le film pousse par exemple une jeune fille qui a envie de faire des films, qui se décide à en faire un qui aura plus d’impact sur les Sénégalais.es que le mien en a eu.

Le fait que cet été à Dakar le film est sorti et que des Sénégalais.es ont dit y reconnaître leurs réalités, avoir le sentiment d’exister au monde, me rend déjà très heureuse. Que des Américain.es aussi, de façon très différentes, puissent se reconnaître dans un personnage noir, c’est aussi beaucoup. Mais l’espoir est difficile à trouver aujourd’hui. Le cinéma est essentiel, il contribue à bouger les lignes, déplace le regard, insuffle du désir, inspire mais c’est à la fois beaucoup et pas grand-chose. Il ne faut pas oublier que c’est un domaine de privilégié.es même si à travers le Grand Prix, on voit l’intérêt de Netflix et que le Sénégal sera peut-être représenté aux Oscars 2020 ce qui rend le film accessible et visible à un public plus large. C’est important mais ça ne fait pas tout.

Quel.les cinéastes vous inspirent ?

Abderrahmane Sissako et notamment ses films En attendant le bonheur et Bamako ont été très importants pour moi.J’aime aussi beaucoup Tey d’Alain Gomis et les films de Jean-Pierre Bekolo. Ce sont des oeuvres avec un vrai langage cinématographique que j’ai pu regarder comme j’ai pu regarder du cinéma asiatique.

Quel lien entretenez-vous avec le Sénégal aujourd’hui ?

Quand j’étais enfant, j’allais passer l’été au Sénégal pour voir ma famille, suffisamment régulièrement pour me sentir chez moi. Mais entre mes 12 ans et mes 25 ans, je n’y suis plus du tout retournée. A partir de 25 ans, j’ai tout remis en question. Je vivais en France, j’évoluais dans un milieu assez blancs, j’avais très peu d’ami.es noir.es. Je ne me rendais pas compte et à cette époque-là, il n’y avait pas tous ces forums de discussion afroféministes, j’étais donc toute seule avec ces questions. Je ne subissais pas le racisme mais il y avait une certaine aliénation, une forme de trouble identitaire. J’avais perdue un peu contact avec mes origines africaines. Et surtout à force de vivre dans un monde où le blanc, la blondeur, sont valorisés et la couleur noire est dépréciée, on intègre ces échelles de valeur. On fait la lecture plus tard, après avoir lu un livre, fait une rencontre, regardé un film…

Vous avez eu un déclic ?

Oui, Frantz Fanon, ma rencontre avec Claire Denis, les films de mon oncle, (Djibril Diop Mambéty, ndlr) James Baldwin… A partir du moment où j’ai fait le film, le Sénégal a pris une plus grande place dans ma vie.

La bande-annonce du film ici

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EVENT – Sunshyne Harmony, Gerty Dambury, Kitoko Diva… L’Afro fait sa rentrée le 1er septembre 2019 au Petit Bain!

EVENEMENT – Après la seconde édition du Fraîches Women Festival qui s’est tenue le 11 mai dernier, L’Afro réinvestit le Petit Bain pour fêter la fin de l’été pour la deuxième année consécutive! Le concept reste inchangé : talk.live.party. Mais aussi, yoga, brunch, massage… De 11h à 21h, en cette rentrée et avant une troisième édition, l’idée, c’est de se retrouver, de parler, d’échanger, puis de (re)découvrir des artistes afrodescendantes qui montent, de profiter de la terrasse, de bruncher au soleil, de découvrir des initiatives commerciales et associatives #blackbusiness. Tout le monde est bienvenu !

On vous attend le dimanche 1er septembre dès 11h au Petit Bain (Paris 13ème) pour démarrer une nouvelle année sous le signe de la discussion et de l’enjaillement!

C’est gratuit mais vos donations sont bienvenues ! Réservez vos places en cliquant ici !

Et voici le programme !

🧘🏿‍♂️ 11h-12h30 : Patricia vous accueille pour un cours de kundalini yoga.
Sur inscription : 12 euros

OUVERT À TOU.TE.S // PLACES LIMITEES

Si vous êtes intéressé.e.s, écrivez-nous pour réserver votre place : lafrolesite@gmail.com

🍱12h-15h : Le brunch est ouvert ! et dès 14h, vous pourrez retrouver des stands jusque 20h (on vous en dit plus très vite!)

🗣️ 16h-17h TALK : Rebecca Amsellem (Les Glorieuses) et Gerty Dambury (Décoloniser les arts)

Rebecca Amsellem, fondatrice des Glorieuses et Gerty Dambury, autrice, poète et militante historique de la Coordination des femmes noires s’étaient rencontrées lors de la première édition. On les avait réunies pour parler de sororité mais surtout de l’urgence de connaître les luttes passée, présentes et à venir, de tout.e.s et de s’unir parce que les femmes sont loin d’être TOUTES libérées. Elles se retrouvent pour revenir sur l’édition à laquelle elles ont participé, parler de leurs combats, de leurs écueils. L’échange aura lieu sur la petite terrasse près du bar et sera enregistré.

Les places seront réduites, venez tôt !!

Pour retrouver le travail de Rebecca Amsellem https://lesglorieuses.fr/

Pour retrouver le travail de Gerty Dambury https://twitter.com/gdambury

🧘🏿‍♂️ 17h-18h BIEN-ÊTRE : Pour cette session, sur le mini rooftop, Patricia de We Are Yogis vous propose un atelier de massage. Vous serez en binôme. Après quelques étirements à deux, vous vous masserez selon un protocole précis (plusieurs protocoles possibles selon le type de massage) – l’un masse, l’autre reçoit et inversement. L’atelier proposé peut être vu comme de la méditation.

Et toujours PLACES LIMITEES

Pour réserver : écrivez-nous sur lafrolesite@gmail.com

🎶 18h15-19h LIVE : Sunshyne Harmony (concert)

Elle a été le coup de coeur du magazine Be. Trace TV a aussi flashé sur son talent. À 22 ans, Sunshyne Harmony est une autrice-compositrice-interprète qui commence à faire parler d’elle.

Elle présentera les titres de son premier EP « Type Shit », un super projet aux influences nu soul, hip-hop et électro.

Venez la découvrir sur le rooftop principal !

Pour l’écouter avant l’heure :

🎛️ 19h-22h : Kitoko Diva (DJ set)

Venue de Londres, où elle fait danser Peckham et ses environs, Kitoko Diva nous a fait l’honneur de conclure la deuxième édition du festival Fraîches Women.

Elle reviendra tout juste du festival Afronation, batteries, platines bien rechargées et pleine d’inspi.

Au programme : le meilleur des sons afrobeats, hip-hop, des latin vibes.

On vous recommande de préparer vos meilleurs pas de shaku shaku, vraiment.

Pour avoir un avant-goût, c’est par là :


Retrouvez l’événement sur Facebook !

INTERVIEW – Shayden, fondatrice du Lili Women Festival : « les plus belles pépites artistiques brillent souvent dans l’ombre »

Partout dans le monde, les initiatives pour rendre les femmes plus audibles et plus visibles se multiplient. A Abidjan, Shayden, chanteuse originaire de l’ouest du pays, s’apprête à lancer du 20 au 22 juin la troisième édition de son festival 100% féminin et artistique Lili Women Festival avec au programme concerts, ateliers, remise de prix. Un événement annuel créé à travers son agence de promotion culturelle Léliai & Company. Cette année, elle a décidé de faire un focus sur les violences faites aux femmes et organise en amont du le festival une marche « Speak for her » à Abidjan samedi 25 mai à 9h au départ du Carrefour de la Vie (Cocody) pour éveiller les consciences des citoyen.nes et de l’Etat à ce sujet. Elle a accepté de répondre aux questions de L’Afro.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Shayden, chanteuse. J’ai participé à la première édition The Voice Afrique francophone avec Singuila. Avant ça, j’ai présenté des émissions culturelles et artistiques sur la chaîne VoxAfrica. Après The Voice, j’ai voulu réunir des artistes sur la même plateforme car il y a peu de place pour la scène underground en Côte d’Ivoire, or je suis persuadée que les plus belles pépites brillent souvent dans l’ombre.

Shayden, chanteuse et fondatrice du Lili Women Festival

Pouvez-vous nous en dire plus sur le concept Lili Women Festival ?

J’ai décidé de me centrer sur les femmes. Je trouve que depuis Nayanka Bell, la scène musicale ivoirienne du côté des chanteuses a perdu en valeur sauf en ce qui concerne Josey qui sait vraiment chanter. C’est dommage car la Côte d’Ivoire est connue pour être la plaque tournante de la musique africaine. Il est donc paradoxal de ne pas avoir de plateforme pour la valoriser. Le festival a été conçu pour montrer les femmes artistes mais aussi pour les former car être chanteuse, ce n’est pas uniquement être devant un micro. D’ailleurs, il n’y a pas que le chant, il y a aussi la danse, le stylisme … les femmes sont peu représentées dans les domaines artistiques en général. C’est pourquoi depuis la première édition axée sur la musique, quatre autres disciplines se sont ajoutés à partir de la seconde incluant les arts visuels comme la peinture ou la photographie et les arts de la scène comme la danse et le théâtre.

Comment les femmes sont-elles formées durant le festival ?

Par le biais d’ateliers qui auront lieu les 15 et 16 juin. Il y aura notamment Edith Brou, qui gourou du web et blogging, fondatrice de la start-up Africa Contents Group et qui n’est plus à présenter à Abidjan qui expliquera aux artistes comment valoriser leur travail sur les réseaux sociaux. Il y aura aussi Paule-Marie Assandre, (créatrice de l’atelier de danse Body Acceptance ndlr) qui donnera des conseils aux femmes pour s’accepter avec leurs défauts et leurs qualités, qu’elles soient foncées de peau, claires de peau, chevelue ou non … Qu’elles acceptent ce qu’elles sont à l’intérieur pour que cette beauté éclate à l’extérieur. Enfin, Amie Kouamé et son concept « Superwoman » confronte l’ancienne génération avec la nouvelle pour développer le côté mentorat. Ces ateliers s’adressent avant tout aux artistes mais sont ouverts à tout le monde.

Le Lili Women Festival est soutenu par la Commission Nationale Ivoirienne pour l’UNESCO. De quelle nature est ce soutien ? Financier ? Logistique ?

Dès que j’ai lancé le festival, la Commission a répondu favorablement et mis à disposition des rapports avec des chiffres notamment sur les violences faites aux femmes ou m’a guidé quant au choix des intervenantes pour les ateliers. Je leur suis reconnaissante. Il n’y a pas d’aide financière pour le moment ; le fonctionnement du festival dépend à 99% de mes fonds propres et de ce que j’appelle la « love money », c’est-à-dire de l’argent venant des gens de ma famille et de celles soutenant mon travail. Ici à Abidjan, aucune entreprise ou structure ne veut accompagner un projet nouveau, il faut un projet bien installé, depuis 6 ou 7 ans. Chose que je trouve paradoxale car si on est déjà bien développé, on n’a pas besoin d’aides mais je le fais sans ça. Je regarde surtout ce que ça apporte aux chanteuses car beaucoup ont voulu abandonner et sont motivées à nouveau grâce au festival.

La première édition était un test pour voir si elles voulaient travailler ensemble. Ce qui m’importe, c’est la notion de communauté. Il n’y avait pas de thème sur la première édition. C’est à la seconde que j’ai décidé de centrer le festival sur une thématique, celle de la recherche d’identité en tant que femme artiste.

Qu’est-ce que la campagne « Speak for her » ?

Il est important d’avoir un impact réel. Or, les artistes en Côte d’Ivoire sont très loin de la vie sociale, ne sont pas impliqué.es dans la vie des gens qui la font. Pourtant, un.e artiste sans public, ça n’existe pas. Utiliser la force de la communication pour sensibiliser sur la question des violences faites aux femmes en Côte d’Ivoire face au déni de la population et la non-prise en charge par l’Etat, les artistes ont une responsabilité, un rôle d’éducat.eur.ices de la société. J’ai donc pensé à lancer la campagne « Speak for her ». Ce qui a motivé au départ cette action, c’est que je connais une femme qui en a été victime. J’ai ensuite été scandalisée en découvrant que la loi ivoirienne ne défend pas les femmes. Le viol est considéré comme un délit, plutôt que comme un crime. Le harcèlement n’est défini dans aucun texte de loi. Rien n’est fait. J’ai rencontré des juges, juristes, avocats, tout le monde a conscience qu’il y a un problème mais personne ne les pousse à réviser les lois, c’est donc à nous les femmes de le faire. Il n’y a pas d’endroit en Côte d’Ivoire pour que les victimes puissent se retrouver. Alors en général, elles restent dans leurs foyers pour les enfants. Certaines, dans le pire des cas, y perdent la vie. Non, cela n’arrive pas qu’ailleurs. Les chiffres de l’ONU-femmes et de l’OMS sur les violences faites aux femmes en Côte d’Ivoire dévoilés en 2018 m’ont indigné : 52% des filles et femmes excisées, entre 60 et 70% de femmes victimes de violences physique et sexuellesdes chiffres qui sont par ailleurs inexacts car des femmes se terrent dans le silence, par honte ou peur de représailles.

La marche « Speak for her » est donc une façon pour moi d’apporter ma pierre à cette cause. J’ai réuni des artistes comme Josey et d’autres issu.es de la jeune génération mais aussi des personnalités politiques comme Yasmina Ouegnin, députée de la commune de Cocody qui a accepté de participer à la marche. On sera tou.tes vêtu.es de blanc, symbole de la paix. C’est la première fois à Abidjan qu’une marche de ce genre a lieu. On attend 300 personnes.

Les femmes ne demandent pas à être supérieures aux hommes mais juste à avoir la même place qu’eux.

Pourquoi le nom « Speak for her »  ?

Le nom « Speak for her » (parler pour elle ndlr) est partie d’une discussion avec cette femme de mon entourage qui a vécu des violences et m’a dit « je souffre mais je vais le dire à qui ? Qui va parler pour moi ? ». Elle cherche une personne qui va être garant.e de cette douleur. Cette phrase m’a marquée. Une autre phrase bien connue en Afrique dit que « les grandes douleurs sont muettes ». Je veux donc parler pour elle et je veux que les gens le fassent aussi mais aussi pour les jeunes filles mariées trop tôt, excisées, pour celles pour qui la scolarisation reste un combat. J’ai choisi une formulation en anglais car c’est l’une des langues les plus utilisées dans le monde. Mon objectif à long terme : créer une plateforme voire une fondation où ces femmes pourraient se réunir, se retrouver et où on puisse leur apporter toute l’aide nécessaire.

Il est important pour moi qu’il y ait aussi des hommes dans la campagne débutée en ligne et le jour de la marche, car bien que les violences soient exercées par les hommes, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Il y a aussi ce que j’appelle des vrais hommes, des défenseurs des femmes, qui leur donnent la valeur qu’elles doivent avoir, qui se comportent de façon noble avec elles. Les gens ont tendance à oublier que cela devrait être normal. C’est aussi une façon de remercier ces hommes.

Qui est-ce que vous attendez à la marche du 25 mai?

En plus des artistes, toutes les personnes qui se sentent concernées par la question : on pense à son enfant qui peut être violé, victime de harcèlement etc.

Pour en revenir au festival, vous avez déclaré en 2017 : « C’est l’occasion de venir découvrir ces talents qui brillent dans l’ombre, un univers autre que le coupé-décalé. Il est temps d’ouvrir les yeux et les oreilles un peu plus grand pour découvrir les merveilles dont regorge la Côte d’Ivoire. » Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Le public ivoirien est un public difficile, a tendance à plus accepter ce qui vient de l’extérieur. Aujourd’hui, on dirait que si tu fais pas de coupé-décalé, tu n’as pas ta place sur la scène musicale. Ici, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de place pour des vrais mélomanes avec des paroles, de la musique, de la recherche. Il y a d’autres choses qu’on doit exploiter, on n’a pas véritablement une coloration musicale, je trouve que notre musique s’exporte très mal comparée aux Naijas dont Wizkid programmé à Coachella l’an passé, à quel moment nos artistes pourront prétendre y être à l’affiche? Je n’ai rien contre le coupé-décalé mais je pense notamment aux médias qui ne prêtent pas attention à des artistes qui font autre chose que ça.

Je me souviens, après avoir fait mon album, j’ai démarché une grande radio nationale afin que mes chansons puissent y être passées et on m’a dit que pour que ça marche, il faudrait que je me mettre à faire du coupé-décalé. Mais les auditeurs n’écoutent que ce qu’on leur donne. Si on leur met aussi du zouglou, du jazz et autres, ils auront un choix plus éclectique.

Vous organisez également en clôture du festival une remise de prix.

La remise de prix est apparue à la seconde édition. Je suis très à l’écoute de ce que les gens disent pour améliorer le festival. Quelqu’un a dit après la première édition « si j’avais de l’argent, je t’aurais donné un prix » à l’adresse d’une des artistes qui venaient de faire une prestation exceptionnelle. Cette soirée est pour moi la partie la plus stimulante car quand on est artistes indépendant.es, on se sent aller à contre-courant et le découragement nous frappe souvent. Il est important de récompenser ces artistes qui, avec très peu de moyens, font des albums de meilleure qualité que d’autres plus visibles. Mais attention, il s’agit de récompenser sur le mérite et pas par copinage, contrairement à beaucoup d’événements qui ont lieu en Côte d’Ivoire. J’aimerais en faire un événement à part entière sur le long terme.

Je ne suis pas contre les artistes qui ont déjà de la notoriété, certain.es bossent dur mais je recherche une certaine équité entre les undergrounds et les plus commerciaux.

Je sais ce qu’on peut vivre quand on est artiste underground. On me demande parfois pourquoi je ne mets pas cet argent pour produire mes propres albums. Kajeem, artiste reggae ivoirien, m’a tendu la main à un moment où j’ai voulu tout laisser tomber et je trouve donc qu’il est primordial de se soutenir. Je veux aussi qu’on puisse se dire qu’on peut rêver grand, c’est aussi le message que j’envoie aux jeunes ou moins connues artistes qui partageront la scène avec Nayanka Bell, tête d’affiche, après ne pas être montée sur scène depuis de nombreuses années. Pour cette troisième édition, elle jouera ses classiques et défendra ses nouveaux titres. C’est tout de même une de nos divas, elle a contribué à placer très haut la musique ivoirienne.

J’aimerais qu’on puisse être récompensé.e aux Grammys. La seule ivoirienne à l’avoir été, c’est Dobet Gnahoré et ça fait longtemps ! (en 2010 ndlr)

Dobet Gnahoré a été marraine de la première édition, elle donne énormément pour les jeunes talents, je ne la remercierai jamais assez, elle est exceptionnelle ! Cette année, notre marraine est la directrice des Beaux-Arts d’Abidjan Mathilde Moraux.

Deux choses à voir absolument pendant le festival ?

L’exposition qui est un des temps forts, le 20 juin, lors de la première journée du festival. On abordera la question des violences faites aux femmes, de façon artistique en reprenant une des traditions liées à mes origines -je suis Bété de l’ouest de la Côte d’Ivoire. -J’en profite par ailleurs pour souligner que la jeunesse perd les traditions et comme dit Kajeem : « il faut avoir les pieds dans la tradition, la tête dans les satellites ».

Pour cette exposition, on se réunira autour d’un feu pour trouver une solution à un problème comme la tradition Bété l’exige. Ce sera un moment particulier et je dirais même que rater ce moment sera rater le cœur du festival. Egalement la cérémonie de récompense, qui me fait oublier toutes les difficultés quand je vois les femmes artistes émues aux larmes.

Un mot de la fin ?


Merci toutes les personnes qui m’aident avec peu de moyens et m’accompagnent depuis Culture Riche, Iris Medias, médias dirigés par des femmes comme Ayana Webzine aussi depuis le départ. Dire merci à tous les festivaliers venus aux deux dernière éditions et reviendront j’espère à la 3ème.

Sorbet Coco, la Maison des Femmes Thérèse Clerc … tous les stands présents au #FWFbyLafro2019

Au Fraîches Women Festival qui se tient dans 11 jours, en plus de la discussion en plénière sur le thème de la bienveillance avec la journaliste Jennifer Padjemi et la co-fondatrice du collectif Féministes contre le cyberharcèlement Laure Salmona, sans oublier les ateliers book club et yoga enfants et les masterclass autour des questions de discrimination au travail et du management sportif entre autres, vous pourrez découvrir des stands commerciaux et associatifs tout au long de la journée. Lingerie, bullet journal, accessoires d’artisanat ouest-africains mais également association d’aides aux femmes basées pour certaines à Montreuil -où se trouve La Marbrerie, lieu accueillant le festival pour la seconde fois-, voici l’ensemble des stands qui seront là le jour J.

Au cas où vous n’auriez pas encore pris vos billets, on vous remet la billetterie ici !

STANDS COMMERCIAUX ET ESPACE DEDICACES

Sorbet Coco« Sorbet Coco est une entreprise à taille réduite, qui est née en février 2018. La fondatrice de Sorbet Coco avait jusqu’ici toujours eu du mal à trouver les sous-vêtements qu’il lui fallait ; les tailles dépassaient rarement le bonnet G et le tour de taille 100, et les conseils de fitting n’étaient pas toujours adaptés au confort des personnes qui en ont besoin. Elle ne trouvait plus d’espace accueillant où il était possible d’être mesuré.e et écouté.e ; elle a donc voulu créer Sorbet Coco, un lieu pour que les personnes dans la même situation puissent être conseillé.e de façon utile et bienveillante, et pour essayer de la lingerie à prix abordable. »

TSAN’A

« TSAN’A est une entreprise qui crée et commercialise des produits et accessoires axés sur le développement personnel et le lifestyle. Notre premier produit, Le WorkBook by Le Sisterhood, est un carnet qui comprend des exercices pratiques pour faire son introspection (sur sa culture, son bien-être, ses envies, etc.) et développer sa créativité. »

Diyananko

« Diyananko vous propose ses divers produits fabriqués au contact d’artisans de l’Afrique de l’ouest. Venez découvrir un petit coin d’Afrique à Paris ! »

Nafis & Sens

Nafis & Sens est une marque qui propose des parfums garantis sans alcool « aux inspirations de grandes marques. »

Faces Cachées éditions

« Faces Cachées est une maison d’édition dédiée aux parcours de vie singuliers. Entre le bitume des villes et l’appel de l’ailleurs, nous publions des épopées du quotidien. Nos auteurs veulent comprendre le temps présent à travers des yeux inédits.

Qu’il s’agisse de parcours de vies, de travaux universitaires mis à la portée de tous, de livres illustrés ou de romans, nos publications ont la même ambition : dire notre époque avec style, dans toute sa complexité. »

Annick Kamgang

Illustratrice pour la presse et d’ouvrages, Annick Kamgang vous présentera son livre « La Lucha : chroniques d’une révolution sans armes au Congo », écrit avec Justine Brabant et préfacé par Angélique Kidjo. C’est aussi elle qui signe certains de nos visuels depuis 2016, y compris l’affiche officielle du festival cette année ! L’occasion de la rencontrer de repartir avec votre dédicace.

STANDS ASSOCIATIFS

La Maison des Femmes Thérèse Clerc à Montreuil

Depuis septembre 2000, la MdF-TC se veut un lieu d’accueil de toutes les femmes pour leur accès aux droits et un lieu d’expression, de réflexion et d‘analyse féministe sur la place des femmes dans la société, et sur la portée du système patriarcal qui s’impose encore dans notre société.

La MdF-TC est un lieu de lutte, tant par l’accompagnement féministe collectif que par l’interrogation permanente des institutions et mentalités pour un avènement d’une société féministe et démocratique.

Depuis 2016, au regard de l’augmentation importante des demandes nous avons infléchi nos actions davantage sur les violences faites aux femmes, intensifiant un outil créé en 2011 : l’accueil collectif intersectoriel pour les femmes qui subissent des violences afin qu’elles trouvent dans un même espace-temps des professionnelles du droit, du social et du psy. Cela afin qu’elles puissent à la fois prendre conscience par le collectif de la portée universelle des violences faites aux femmes et donc se déculpabiliser et retrouver la force de lutter pour elles-mêmes. »

Les EnChantières

« Un chemin vers l’autonomie des femmes dans les savoirs du bâtiment. Apprendre-Partager-Transmettre-S’entraider-changer-Rencontrer à travers :

– des ateliers de bricolage.

– des chantiers participatifs

– des rencontres d’artisanes

– des actions de sensibilisation contre les préjugés

– des conseils travaux

– des chantiers d’entraide »

UTASA Infertilité

« L’association UTASA est née d’un besoin, des difficultés rencontrées par les femmes et les hommes afro-descendants en situation d’infertilité, en raison du tabou, de l’isolement et parfois l’absence d’un réel accompagnement associée à cette maladie. »

Nta Rajel ?

« Féministes et antiracistes de politique décoloniale et anticapitaliste, Nta Rajel? est un collectif rassemblant des femmes de la diaspora nord-africaine qui aspirent à élever leurs voix plurielles pour imposer leur humanité. »

Collectif Sesame F

« Collectif Sésame F est une association LGBTQ+ et féministe pensée comme un espace de construction communautaire et d’expression culturelle qui s’attache à promouvoir les échanges entre les différents groupes de minorités sexuelles pour renforcer l’amitié entre les féministes et LGBTQ+ des mondes francophone, anglophone et sinophone. »

Fraîches Women Festival #2 : ateliers enfants, masterclass, les inscriptions sont ouvertes !

Vous les attendiez, vous nous avez même écrit à ce sujet … A J-15 du lancement de le seconde édition du #FWFbyLafro2019 à La Marbrerie (Montreuil), nous avons le grand plaisir de vous annoncer que vous pouvez désormais vous inscrire à ces moments de partage de savoirs intimistes ! On est également très contentes de vous dire qu’une masterclass s’ajoute à la liste : ça parlera management sportif, Coupe du monde féminine de football aussi avec Laura Georges de la team #FraichesWomen2019 !

ATTENTION : les places sont limitées !

A vos marques, prêt.es, inscrivez-vous !

SALLE 1 (située à l’étage de La Marbrerie)

1.30pm-3pm : coaching session « how to get away from the pressure of reaching excellence by any means necessary ? keys to embrace imperfection. » hosted by Shanon Bobinger.

ShaNon Bobinger is a systemic life-, & business coach, moderator and public speaker. As a systemic coach she focuses on promoting self growth, personal development and goal setting for individuals and groups with intercultural identities.She emphasizes on an intersectional and inclusive perspective with a holistic approach. www.shanon.me

Registration here

15h-16h : masterclass capillaire #Kinkyhairmatter animée par Gisèle Mergey, fondatrice et directrice de la Body Academy, première école européenne de coiffure à enseigner comment prendre soin de tout type de cheveux, y compris les crépus et frisés. C’est une de nos #FraichesWomen2019 Elle enseignera notamment la base d’auto-diagnostic. Inscription par ici.

16h-17h : masterclass « comment le sport m’a permis d’acquérir des compétences en management » animée par Laura Georges, ex-footballeuse (OL, PSG, Boston College, Bayern Munich, équipe de France) et actuelle Secrétaire générale de la Fédération Française de Football. Une des 8 afrodescendantes de la seconde édition de notre projet photo qui a donné son nom au festival, #FraichesWomen2019. Par là si vous voulez y assister.

17h-18h : masterclass « assigné.e métis.se, comment trouver sa place ? » animée par Jessica Gérondal Mwiza, militante afroféministe panafricaniste. Elle fait également partie de notre série photo #FraichesWomen2019. Cliquez ici pour remplir le formulaire d’inscription.

18h-19h : masterclass « discrimination au travail, comment les prouver devant la justice ? » animée par Paule Ekibat, avocate au Barreau de Paris. Elle figure parmi nos 8 #FraichesWomen2019. Cliquez là pour vous inscrire.

SALLE 2 (située en face de l’espace brunch)

13h-15h : book club enfants animé par Wendie Zahibo, créatrice du webzine et livre « Reines des Temps modernes ». Wendie accueillera un premier groupe d’enfants de 13h à 14h puis de 14h à 15h. Voici le lien vers la première session et le lien vers la seconde.

15h30-17h30 : yoga enfants animé par Aurélie, co-fondatrice de Flawless Yoga. Aurélie
accueillera un premier groupe d’enfants de 15h30 à 14h30 puis de 14h30 à 15h30. Voici le lien vers la première session et celui vers la seconde.