Laurie Pezeron, Fraiche Woman 2019, fondatrice du Read! Club : « La black excellence aide à construire l’estime de soi »

Nous sommes journalistes, certes, mais nous sommes aussi de grandes amatrices de tout plein de choses et notamment de littérature. C’est ainsi que nos routes ont croisé celle de Laurie Pezeron. On se souvient de différentes rencontres qu’elle a pu organiser autour de livres, avec ou sans les auteur.ices, où on pouvait échanger sur nos ressentis en les lisant, ce qu’on avait appris, ce qui nous avait touché. Ou pas d’ailleurs. Des moments intimistes où les discussions vont toujours bon train, même une fois la session close. On aime tellement le concept que L’Afro en est partenaire. Aujourd’hui, âgée de 38 ans, Laurie Pezeron poursuit Read! Club depuis 12 ans et a même ouvert le concept aux enfants. Une amoureuse des mots qui y puise son inspiration. Mais c’est elle qui le raconte le mieux.

Les 8 #fraicheswomen de l’édition 2019 ont chacune donné leur avis sur la thématique de cette seconde édition du projet photo, à savoir la « black excellence », -preuve que les Noir.es ne devraient pas être essentialisé.es -et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé L’Afro le 31 octobre 2015 ;).

Comment Read! Club a commencé

« D’une manière assez simple. J’ai créé le READ! Club sous la forme d’une association en 2007, sans connaître le milieu associatif. Il s’agit du premier club de lecture parisien dédié aux auteur.es Afro’. L’idée est de se retrouver régulièrement afin de partager et discuter de lectures communes, des livres proposés par le club, avec tant que possible des intervenantes lié.es au sujet majeur de l’ouvrage. Notre marraine est Maryse Condé que nous avons reçu, ainsi que Fatou Biramah, Sérigne M’Baye (Disiz), Doudou Diène, Léonora Miano, Ta Nehisi Coates, D’ de Kabaal, et bien d’autres… »

La réaction de ses proches

« Leurs réactions étaient mitigées, j’ai plus été encouragée par l’extérieur que par mes proches. On me fait souvent le reproche du fameux repli « communautaire », qui a une connotation négative ici en France, et qui est pourtant nécessaire selon moi… Mieux se connaître soi-même, pour mieux affronter le monde. »

Sur la « black excellence »

« Étant tournée vers les USA, notamment via la culture Hip-hop, depuis jeune, c’est une notion qui me parle, évidemment. Après le ‘Black and Proud’ de James Brown, le ‘Black is Beautiful’, il faut se souvenir que les esclaves furent des biens meubles définis par le Code Noir, et que beaucoup de philosophes occidentaux ont douté de l’existence de leur âme. L’expression ‘Black Excellence’ entre dans le processus d’estime de soi et de la reconnaissance, afin de rendre compte de sa propre valeur, et permet d’ouvrir le champ des possibles, et de dépasser les pensées limitantes qui ont été transmises, puis sont déconstruites, de génération en génération. »

Un tournant ou un grand défi dans sa vie ?

« Plutôt qu’un tournant ou de grand défi, je peux parler de rencontres déterminantes, qui permettent ces tournants. Et READ! est une suite de rencontres enrichissantes, d’ailleurs j’ai rencontré Adiaratou et Dolorès via READ! Certains livres aussi ont été des tournants, on peut s’y retrouver soi-même. Et mon plus grand défi est de donner le virus de la lecture à ceux et celles qui en sont le + éloigné.es. »

Ses modèles et inspirations

« Maryse Condé pour son humour, Christiane Taubira pour son éloquence, James Baldwin pour son côté visionnaire, Malcolm X pour sa discipline, mes Parents pour leur solidité, ma Famille pour leur solidarité, mes Ami.es pour leur lucidité. Je m’inspire de ce qui m’entoure. Notre entourage n’est qu’un reflet d’une partie de nous-mêmes. »

Un mot, un slogan, un leitmotiv qui résume son état d’esprit

« Po-si-ti-ver, toujours !  Et faire les choses avec passion. »

Un conseil à quiconque, et en particulier aux femmes, souhaitant se lancer dans un projet similaire

 » D’y mettre toute son énergie sans s’oublier, et d’éviter d’écouter ceux et celles qui peuvent faire douter sur ses propres convictions profondes. »

Ce sur quoi elle travaille actuellement

« Les prochaines sessions READ! D’ailleurs, nous faisons une session sur le livre d’art NOIR, entre peinture et histoire le 9 mai prochain. »

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Laura Georges, Fraîche Woman 2019, ex-footballeuse : « nos jeunes ont besoin de modèles noirs »

En pleine année de Coupe du monde, et retenant notre souffle jusqu’à celle des joueuses en 2019, il nous tenait à coeur de parler à une d’entre elles. Notre choix s’est porté sur Laura Georges pour plusieurs raisons : son expérience de footballeuse bien sûr mais aussi son évolution de carrière aussi bien sur le terrain qu’en dehors, ses engagements …
188 sélections, participation à 3 Coupes du monde, 6 championnats remportés… Un sacré palmarès ! On l’a rencontré quelques jours après son 34ème anniversaire et peu de temps après qu’elle a décidé de mettre fin à sa carrière de footballeuse en juin 2018 pour se consacrer pleinement à sa fonction de Secrétaire générale de la Fédération Française de Football où elle est chargée de la question de l’arbitrage féminin. Son obsession : faire bouger les lignes du foot féminin. C’est à deux pas des prestigieux locaux qu’elle a accepté de nous emmener en immersion sur les réalités d’une discipline qui gagne en popularité mais aspire toujours à la professionnalisation, de revenir sur une polémique dont elle hérite d’une réputation de femme-qui-n’a-pas-sa-langue-dans-sa-bouche et de transmettre un souffle d’inspiration aux générations futures. Autant vous dire que son énergie nous a aussi bien boosté.

Les 8 #fraicheswomen de l’édition 2019 ont chacune donné leur avis sur la thématique de cette seconde édition du projet photo, à savoir la « black excellence », -preuve que les Noir.es ne devraient pas être essentialisé.es -et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé L’Afro le 31 octobre 2015 ;).

Certain.es parmi vous se retrouveront dans leurs propos, d’autres les rejetteront en bloc. Quoiqu’il en soit, nous voyons là, comme pour la première édition, l’opportunité d’en discuter avec elles, avec vous.

Ses débuts dans le foot

« J’ai grandi dans le parc du château de Versailles car mon père y travaille -mes parents y habitent toujours. Mon environnement, avec tout l’espace qu’il y avait et mes voisins qui jouait au foot à m’y mettre aussi. Mon père lui-même en faisait en entreprise et tous les week-ends, j’allais voir ses matchs. Tout a commencé vers l’âge de 12 ans, j’avais envie d’avoir une activité à moi et un jour, dans la cour de l’école, une camarade à mon frère m’a dit : « je fais partie de l’équipe féminine du Paris-Saint-Germain, tu devrais nous rejoindre.» A l’époque, près d’où j’habitais, il y avait peu d’équipes féminines. Un an plus tard, j’ai eu envie de passer les tests, mon père m’y a accompagné et ça s’est bien passé.

Devenir joueuse professionnelle n’était pas mon but, ni celui de la plupart de mes camarades. A l’époque ça n’existait pas et je n’avais pas de représentations féminines autour de moi. Au départ, j’étais un peu influencée par ce que mon frère faisait ; je voulais être programmatrice de jeux vidéos ou dessinatrice ou designer des voitures. En fait, je me concentrais sur ce que j’aimais mais jamais je me serais imaginée être sportive de haut niveau. C’est venu après : on a fini par me proposer de jouer avec les garçons, d’avoir des entraînements supplémentaires pour continuer à progresser. Puis des détections pour être dans l’équipe de la région. J’ai fini par me donner d’autres objectifs pour être encore meilleure l’année suivante. Puis je me suis dit « pourquoi pas entrer dans le château de Clairefontaine » ce qui signifie être dans l’équipe de France et jouer une Coupe du monde. J’ai toujours voulu aller chercher plus loin.Généralement, je visualise le but que je me fixe et je l’atteint souvent. »

La réaction de ses proches

« Mon père m’a accompagné à tous mes entraînements et s’est rendu à tous mes matchs. Ma mère craignait juste que je me blesse mais je n’ai jamais eu droit à la rengaine « non le foot, c’est pour les garçons ». Tous deux m’ont toujours encouragé. Mes ami.es de façon générale m’ont toujours soutenu. J’ai juste eu des petits piques de la part d’un ami footballeur assez macho à l’époque qui avait rigolé quand je lui avais dit que je voulais jouer la Coupe du monde et m’avait rétorqué « tu n’as rien à faire là ». « 

Un engagement profond pour sa discipline

« J’ai toujours été intéressée par la question de comment faire évoluer mon domaine. Au lycée, mes TPE ont porté sur l’évolution du football féminin. L’année de mon bac, il y a eu le 11 septembre. Mes amies disaient qu’il fallait absolument en parler mais je trouvais qu’on n’avait pas assez de recul pour le faire Je leur ai suggéré de parler du domaine que je connaissais, convaincue qu’il évoluerait. On était les seules à présenter ce sujet et on l’a fait de manière marquante. Plus tard, j’ai rédigé un article de recherches en voulant au départ travailler sur la fidélisation dans le football professionnel masculin mais j’ai fini par me dire qu’il fallait que je me concentre sur un sujet que je maîtrise et qui me tient particulièrement à coeur. Mon sujet final : est-ce que la télévision peut être le fer de lance du foot féminin ? »

« Aujourd’hui, les matchs de compétition sont diffusés sur Canal + qui a acheté les droits de diffusion pour plus de 4 millions d’euros et la Coupe du monde sera retransmise sur TF1 (en juin 2019 ndlr). Je revois mes travaux de l’époque et ce que j’ai pu étudier par rapport à d’autres fédérations qui étaient en avance sur nous et je me rends compte que les médias sont entrés dans une boucle, suite logique vu l’évolution de notre discipline. »

« Quand j’ai commencé, il n’y avait pas de contrats, ce n’était pas professionnel. On avait des contrats d’emploi où on aidait au club comme coach notamment mais pas des contrats nous permettant d’être payées en tant que sportives. Mais Jean-Michel Aulas, président de l’OL a vu autour de 2007 pas mal de ses joueuses partir aux Etats-Unis en ligue professionnelle. Il a donc demandé à la fédération de créer des contrats pour les retenir et leur garantir une sécurité d’emploi.  »

« Cela dit, les championnats féminins français ne sont toujours pas professionnels ; ils sont amateurs car ils dépendent de la fédération, contrairement aux championnats américains qui dépendent des franchises et là-bas, tout dépend de la bonne économie des clubs et des sociétés qui gèrent les clubs des villes.  »

« Pour en revenir à la situation française, certains clubs font en sorte que les joueuses soient dans les meilleures conditions possibles avec des contrats fédéraux -différents au niveau juridique des contrats professionnels- qui leur permettent de se consacrer totalement à leur activité. Par exemple, dans notre championnat qui compte 12 équipes, les clubs de Lyon, du PSG, de Montpellier ont un effectif de 23 joueuses disposant de contrats alors que d’autres peuvent mettre seulement 3 joueuses sous contrats, faute de moyens, les autres étant obligées d’étudier ou de travailler. Aujourd’hui la fédération accompagne les clubs pour professionnaliser ce système. »

Retour sur un article qui a fait couler beaucoup d’encre dans son milieu

« On me parle souvent de cette interview que j’ai donné au Monde, où mes propos ont été tronqués. Le journaliste y fait une comparaison entre le président du PSG et celui de l’Olympique lyonnais, deux clubs au sein desquels j’ai évolué alors que durant l’entretien, j’ai abordé divers sujets concernant ces deux clubs, sans juger.  Cet article a fait beaucoup de bruit dans le monde du football et il y a eu des critiques sur les réseaux sociaux. A ce moment-là, j’ai été cataloguée comme la femme qui se plaint, qui est aigrie. Après cet épisode, j’ai eu la chance d’être nommée marraine des 24h du sport féminin, ce qui m’a permis de m’exprimer et de montrer que j’avais des choses à dire. « 

« Il existe désormais des médias spécialisés mais auparavant, il pouvait arriver d’avoir affaire à des journalistes qui ne connaissent rien à notre discipline. On parle beaucoup de la place des femmes depuis quelque temps. Pour ma part, j’ai toujours été sensible à cette question et en particulier, à rendre plus visible le foot féminin et surtout, de façon qualitative. Pour y arriver, il faut s’intéresser avant tout aux gens. Aujourd’hui, je n’ai pas à me plaindre, cette discipline a droit à une couverture conséquente, plus même que d’autres sports tels que le handball ou le rugby. »

Les leçons retenues de son expérience aux Etats-Unis

« A la saison 2003-2004, je suis partie aux Etats-Unis car j’avais une réputation de joueuse agressive sur le terrain en équipe de France, bien que je ne le sois pas dans la vie. J’étais défenseure et c’était un peu difficile à vivre car ce que je suis sur le terrain ne reflète pas qui je suis dans la vie -je suis une personne assez douce. C’était le moment pour moi de m’ouvrir à autre chose, de découvrir une autre éducation ; j’avais besoin de prendre confiance et moi. Je suis donc allée au Boston College, j’ai obtenu une bourse en plus d’avoir réussi mes examens d’entrée. Une fois sur place, j’ai consulté le psychologue de l’université, qui n’était autre que George Mumford, qui a travaillé pour les Chicago Bulls et Michael Jordan, George Mumford. J’ignorais l’ampleur de ce qu’il représentait à l’époque. J’ai beaucoup évolué mentalement notamment grâce à lui.  »

« Avant d’entamer ce voyage, j’étais très introvertie et j’ai fait face à des défis comme l’apprentissage de la langue. Je me sentais un peu comme une enfant. J’ai beaucoup appris notamment des associations afros, communautaires en général et de la sororité. Il fallait prendre conscience que j’étais une femme, que j’étais noire. J’étais aussi admirative d’observer qu’on pouvait mener des projets même en étant jeune. Finalement, j’ai grandi et j’ai pu m’épanouir en étant moi-même et au gré de mes rencontres.« 

Une des rencontres qui m’a beaucoup marqué est celle avec Steffi Jones, la première femme ambassadrice de l’UEFA de développement de foot féminin, qui est en plus une femme métisse. En la voyant, je me suis dis « c’est super ce qu’elle fait, j’aimerais faire la même chose ». Un jour, en 2015, on m’a appelé pour me proposer d’être ambassadrice à mon tour, ce qui a aussi permis à la FFF de voir mon implication dans les projets.

Comment elle est devenue Secrétaire générale de la FFF

« Un jour le président m’a contacté puis on a calé un rendez-vous. Je ne savais absolument pas ce qu’il allait me proposer. Lors de ce fameux rendez-vous, il m’explique qu’il montait une liste pour son comité exécutif. En tant que membre du comité, on fait une réunion mensuelle où on aborde des sujets importants, graves sur lesquels on donne notre avis. Il m’a dit qu’il savait que j’étais encore joueuse, qu’il connaissait mon implication dans la vie du football. Il m’a dit de continuer à jouer tout en apprenant avant de me donner des missions. Il m’a fallu un temps de réflexion.Je tenais à m’assurer aussi que je n’étais pas juste un quota parce que je suis une femme noire. Le président m’a expliqué qu’il ne pouvait pas se permettre de prendre une personne qui ne soit pas compétente. « 

« J’ai très vite été amenée à remplacer le Vice-président en menant les débats durant les réunions. Ce qui est drôle, c’est qu’une personne de la liste adverse m’a dit « je m’étais trompée sur toi », sous-entendant qu’il m’avait sous-estimé. »

« Actuellement, ma mission est consacrée à l’arbitrage féminin. Mon défi : comment amener les femmes à s’intéresser à l’arbitrage. C’est une activité qui n’est pas forcément bien perçue. Dans nos championnats amateurs, des arbitres sont victimes d’agressions par exemple.
L’intérêt de ce projet, c’est de transmettre à des femmes des qualités de leadership : mine de rien, quand on est arbitre, on doit gérer 22 personnes à la fois pendant un match. »

« Si on s’intéresse aux profils d’arbitres dans le foot féminin, -qui, je le rappelle est amateur- il y a des mamans, des juristes, des sociologues, des cadres supérieures … »

Ce qui lui a permis d’avoir la carrière qu’elle a

« Beaucoup de travail, beaucoup de mental et le fait d’avoir eu sur mon chemin des personnes inspirantes, solides, des rocs qui m’ont poussé à m’améliorer. Je n’ai jamais voulu être la meilleure. »

Ses modèles

« Lilian Thuram pour sa personnalité, parce qu’il est super avenant, toujours disponible pour les autres. Je rêvais de le rencontrer pour lui dire l’admiration que j’avais pour lui. J’ai eu cette opportunité après la Coupe du Monde 1998. Aujourd’hui, je suis reconnaissante de l’avoir comme ami. J’aime aussi me nourrir de citations, je lis beaucoup et j’écoute des conférences et des Ted talks. »

Son leitmotiv

« Rester authentique comme le dit Dave Chapelle, ce qui n’est pas facile dans notre société. »

La Black excellence ?

« Je dirais l’excellence avant tout car elle n’a pas de couleur. Mais trop peu de gens ont des modèles noirs. Or, on a besoin de références, surtout pour nos jeunes, pour les inspirer, qu’iels puissent se dire qu’iels peuvent être médecins, scientifiques … Il ne faut pas qu’iels se disent « ah ça, ce n’est pas pour moi parce que je n’en vois pas».
Le film Black Panther a fait du bien auprès des jeunes, justement pour ça. Il faut montrer l’excellence, montrer ce qui se fait de mieux. Cela dit, l’excellence, ce n’est pas avoir un métier d’élite, c’est juste faire les choses avec passion et les faire bien. « 

Des conseils à quiconque et en particulier aux femmes qui voudraient suivre sa voie

« Qu’elles croient en elles. Des statistiques ont montré qu’à compétences égales, une femme les remet en doute contrairement à un homme. Qu’elles soient confiantes dans le fait qu’elles peuventt apporter quelque chose et ne pas lâcher, ne pas s’effondrer à la moindre critique. »

Ses liens avec la Guadeloupe

« Mes deux parents sont guadeloupéens ; à la maison, on parle créole. Mes grands-parents maternels sont encore vivants donc j’essaie d’y retourner le plus régulièrement possible et ça me fait du bien. Dans le cadre de mon travail aussi c’est important pour y développer notre discipline. »

« Quand on joue en équipe de France féminine, on ne se rend pas compte mais on représente les gens sur place, ils s’identifient à nous, sont fiers de nous. On m’a dit « tu m’as donné envie de m’intéresser au foot féminin », « ton engagement m’a fait plaisir ». ils me donnent aussi de l’énergie et ça, ça n’a pas de prix (rires) »

Jessica Gérondal Mwiza, Fraîche Woman 2019, militante : « La réussite noire est à célébrer

On la voyait depuis un moment sur les réseaux sociaux, notamment pour son engagement sur la question de la mémoire du génocide contre les Tutsis. Jessica Gérondal Mwiza, éducatrice basée en Bretagne, franco-rwandaise -qui a obtenu la nationalité rwandaise fin 2017 et a hérité de son second nom de famille de sa mère- est sans concession, elle qui a sillonne les milieux militants depuis plus de dix ans. Elle a accepté de revenir sur cette expérience ainsi que sur son histoire personnelle qui se mêle à l’Histoire.

Les 8 #fraicheswomen de l’édition 2019 ont chacune donné leur avis sur la thématique de cette seconde édition du projet photo, à savoir la « black excellence », -preuve que les Noir.es ne devraient pas être essentialisé.es -et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé L’Afro le 31 octobre 2015 ;).

Certain.es parmi vous se retrouveront dans leurs propos, d’autres les rejetteront en bloc. Quoiqu’il en soit, nous voyons là, comme pour la première édition, l’opportunité d’en discuter avec elles, avec vous.

Ses premiers pas en tant que militante

« Alors ça, c’est une question complexe. J’ai grandi dans le Var, le département du presque néant politique et culturel. A l’époque, j’ai adhéré aux Jeunes Socialistes (JS). J’avais 15 ou 16 ans. J’étais révoltée par le racisme très virulent du sud-est de la France. Les JS étaient sensibles à la question du Rwanda donc je me suis accrochée à ça. J’étais jeune, peu confiante et je pense m’être épuisée à tenter de faire en sorte que mon agenda fit celui d’une organisation ultra majoritairement blanche.
Je pense que la lettre de démission du parti communiste écrite par Aimé Césaire résume bien ce qui nous attend au sein des partis et mouvements politiques français. Je la trouve particulièrement actuelle. » 

Son engagement actuel

« Je me sens désormais afroféministe car lorsque j’ai connu le concept grâce au travail de la fabuleuse Amandine Gay, ça m’a semblé évident. C’est quelque chose qui me torture depuis que je suis petite, lorsque je vivais dans le sud de la France. Je n’arrivais jamais vraiment à mettre les mots sur ce que je vivais. M’objetisait-on à cause de mon genre ? De ma race sociale ? Qu’est ce qui était le plus dur à vivre ? Toujours un mélange peu subtil des deux oppressions. Défendre les femmes noires, oubliées des luttes antiracistes et féministes dites ‘universelles’ est une urgence. « 

« Le panafricanisme me vient de mon histoire familiale. J’ai perdu mes grands-parents lors du génocide contre les Tutsis au Rwanda. J’ai perdu ma mère aussi, qui ne s’est jamais remise de la mort de ses parents. Il s’agit d’une histoire méconnue, d’un génocide qui fut le fruit d’une longue histoire de colonialisme, de racisme, de manipulations médiatiques et anthropologiques et de haine. Une histoire à laquelle la France est fortement mêlée, par une collaboration active avec le gouvernement génocidaire de 1994. Depuis que je lis, que je me renseigne sur mon histoire, mais aussi sur les histoires tragiques de notre monde, je suis toujours extrêmement touchée par les histoires traumatiques qui ont un impact ou en ont eu un sur le monde noir. A l’image du crime contre l’humanité que constitue l’esclavage. Un autre exemple : chaque année, lorsque nous nous souvenons des crimes commis par la France à Thiaroye, j’ai une boule à la gorge de colère et de tristesse. C’est la même chose concernant les massacres des Bamilékés du Cameroun. C’est la même chose aussi, en ce qui concerne les violences policières à l’encontre des noir.es qu’ils soient aux États-Unis, en France ou au Brésil : la même colère m’anime, celle d’une injustice mondiale qu’il est si pratique pour certain.es d’enterrer et d’oublier avec nos morts. Nos vies ne seront importantes que lorsque nous reprendrons du pouvoir. »

« Je suis désormais membre d’Ibuka depuis deux ans. Je participe souvent à des conférences en milieu scolaire au nom de l’association. Au-delà de la transmission de la mémoire et de la lutte contre le négationnisme du génocide au Rwanda, Ibuka oeuvre également pour la justice, pour les personnes rescapées et pour l’organisation des commémorations en France. »

La réaction des proches

« Mon engagement à Ibuka, sur la mémoire du génocide contre les Tutsi, n’a pas vraiment fait polémique. Mes proches le saluent unanimement.
Mon engagement antiraciste a été, en revanche, en partie mal perçu. Personne n’aime être visé comme étant une partie du problème. Or, j’ai des amis blancs qui l’ont pris comme une attaque personnelle, ou qui n’ont pas été en mesure de comprendre. Tant pis ! J’ai choisi de ne rien laisser passer, dans aucun cercle car je ne suis pas une militante du dimanche et par ailleurs, j’en veux beaucoup aux ‘antiracistes’ qui s’accommodent d’ami.es ou fréquentations racistes, islamophobes, anti-immigration, homophobes etc. »

La ‘black excellence’

« Je connaissais cette expression, mais elle avait tendance à me stresser plus qu’autre chose ! Nous devrions être excellent.e.s ? Ça ne met pas la pression du tout ! Mais en réalité je le prends autrement. La réussite noire est à célébrer, aussi bruyamment que possible et d’autant plus fermement que nos icônes ont trop souvent été trahies dans leur héritage, ou silenciées. J’en ai pris conscience au niveau de l’écriture de l’histoire et du militantisme antiraciste. Combien de fois peut-on entendre ‘c’est dommage qu’il n’y ait pas de grandes figures militantes noires dans l’histoire de France’ de la part de personnes blanches. C’est impressionnant et très parlant : ce qu’ils ne connaissent pas n’existe pas ! »

Ses conseils aux femmes qui souhaiteraient s’engager également

« Ne passez pas par l’étape ‘je milite dans une organisation ultra majoritairement blanche pour faire grandir nos idées’, du moins si vous voulez y aller, faites-vous une armure en béton en amont. Donnez-vous le temps et si aucune structure ne vous convient, cela veut dire qu’il faut la créer. »

Un tournant ou grand défi dans sa vie

« Très certainement lorsque j’ai décidé de renouer avec mon identité rwandaise ! De m’approprier mon histoire et ma culture et d’en faire une force. Il s’agit à la fois d’un tournant et d’un défi perpétuel. Mon histoire familiale a toujours été importante pour moi mais il a été pendant longtemps trop douloureux pour moi d’en parler. »

Un moment où elle a senti qu’être une femme noire pouvait être un obstacle

« Surtout dans le milieu politique blanc en fait et globalement, au sein des cercles qui ne sont pas créés par nous pour nous. Il y a aussi l’hypersexualisation qui nous touche, nous bloque dans ce genre d’organisations. Nous sommes vues comme des objets et notre intelligence est trop souvent mise au second plan. La meilleure décision de ma vie a vraiment été d’arrêter d’insister avec les cercles sourds à l’antiracisme et prompts au fraternalisme. »

Ce qui l’a aidé dans son parcours

« Beaucoup de persévérance, mais aussi des modèles. J’ai toujours admiré ces femmes qui malgré un acharnement et une violence systémique portent leurs combats et projets au plus haut. »

Ses modèles et inspirations

« J’ai de très bons modèles dans ma famille aussi et plus largement dans la jeunesse rwandaise. Une jeunesse travailleuse, dynamique et fière d’être Africaine.
Mon modèle politique est Louise Mushikiwabo, ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda, actuelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Sinon depuis mon adolescence et jusqu’à présent, mon modèle est la journaliste et militante Rokhaya Diallo. »

Un mot, slogan, leitmotiv qui résume son état d’esprit

« Peut être un mot en kinyarwanda : ‘Agaciro’ qui signifie dignité. »

Ce sur quoi elle travaille en ce moment

« Beaucoup de choses en même temps en fait. Je finis ma formation dans le travail social. J’écris des articles, qui sont des commandes majoritairement et je participe à quelques conférences. »

Ses projets futurs

« Continuer ce que je fais, écrire plus, sous diverses formes. Reprendre la musique aussi car en tant que militant.e.s, nous passons beaucoup de temps dans la réaction alors qu’il est si important de créer. « 

Gisèle Mergey, Fraîche Woman 2019, entrepreneuse : « la réussite, c’est moi »

Nous avions entendu parler il y a un bon moment de la Body Academy.
Enfin une école de coiffure inclusive, permettant d’acquérir tous les fondamentaux quant aux spécificités des cheveux crépus, frisés et tous les autres ! L’une d’entre nous y avait même été pour ses cheveux, un jour où les étudiant.es, accompagné.es de professeur.es, reçoivent des client.es. Une expérience venue confirmer la nécessité d’un tel projet dont on se demande pourquoi il n’a pas existé plus tôt en France. Plus tard, il nous a semblé comme une évidence que Gisèle Merger, la fondatrice et directrice de l’école, figure dans le projet. C’est au cours d’une séance de coiffure qu’on a pu réaliser cette interview, en compagnie d’une des professeures et d’une étudiante, un vendredi ensoleillé dans les anciens locaux situés à Noisy-le- Grand.

Les 8 #fraicheswomen de l’édition 2019 ont chacune leur avis sur la thématique de cette seconde édition du projet photo, à savoir la « black excellence », -preuve que les Noir.es ne devraient pas être essentialisé.es -et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé L’Afro le 31 octobre 2015 ;). Certain.es parmi vous se retrouveront dans leurs propos, d’autres les rejetteront en bloc. Quoiqu’il en soit, nous voyons là, comme pour la première édition, l’opportunité d’en discuter avec elles, avec vous.

La genèse du projet

« J’étais dans une période où je cherchais ce que je pouvais bien faire de ma vie. Je voulais entreprendre mais je cherchais dans quel domaine. La vie a fait que j’ai retrouvé une amie d’enfance qui avait son propre salon avec qui j’ai discuté. Elle m’a appris que lorsqu’elle a passé son diplôme, il n’y avait pas du tout de formation pour cheveux afro et que pour avoir une telle formation, il fallait aller aux Etats-Unis ou à Londres. »

La réaction des gens aux prémices du projet

« Les personnes qui me connaissaient dans mon domaine professionnel d’avant ont été choquées !Auparavant, je travaillais dans le secteur de la finance et mes collègues ignorait cette partie de moi. »

« Au départ, je disais ‘c’est un centre de formation afro et on me répondait « ah c’est un salon de coiffure afro ! Il est situé où ?’ Il s’agit pourtant d’une école. Dans nos esprits, on n’a pas besoin d’apprendre comment maîtriser le cheveu afro. Apparemment, il s’agirait surtout de connaître des techniques ; à partir du moment où tu sais faire des nattes, rajouter des mèches, faire des tissages, tu connais le cheveu afro. Certaines personnes trouvaient l’idée du centre de formation géniale et d’autres ne comprenaient pas. A elles, j’expliquais qu’il fallait regarder nos cheveux pour comprendre pourquoi c’était nécessaire, entre les problèmes de casse et les cuirs chevelus qui brûlent … »

« Aujourd’hui, la plupart des gens est content que le centre existe. Je pense aussi que beaucoup de monde, à commencer par moi au départ, pensait que ça existait déjà. Avant de savoir que ça n’existait pas, il me semblait évident que quand on étudie la coiffure, le cheveu afro était aussi enseigné, au même titre que tous les autres types de cheveux. C’est quand je suis rentrée dans le domaine que je me suis rendue compte qu’il n’y avait rien du tout pour le cheveu afro. »

« Quand je me suis renseignée pour rendre officielle ma formation et que j’ai découvert comment ça fonctionnait dans ce domaine en France, j’ai appelé le service de diplôme pour leur dire qu’il n’y en avait pas pour le cheveu afro ce à quoi on m’a répondu qu’un cheveu était un cheveu. J’ai du expliquer qu’il a besoin de soins particuliers. Mon interlocuteur m’a ensuite dit de le proposer si je pensais que c’était nécessaire. Voilà pourquoi j’ai commencé par le centre de formation, ce qui était plus facile au début. Le centre est devenu une école depuis juin 2017. »

Etre femme et être entrepreneuse

« Pour les personnes qui me connaissent bien, c’était une évidence que je me lance dans la voie de l’entreprenariat ; le fait d’être une femme et d’entreprendre n’était pas une chose perçue comme anormale. En revanche, quand j’ai commencé à demander des prêts en exposant mon projet face à un homme, là on m’a fait comprendre que j’étais une femme et qui plus est, une femme noire et je me suis dit « est-ce que la taille compte aussi ? Est-ce que si je faisais 10 centimètres de plus, ça aurait été plus facile ? » (rires) On a fini par me dire que mon projet était trop innovant ! J’ai du leur faire comprendre que si je n’obtenais pas de prêt, je ne pourrais pas avoir d’aides. On m’a finalement prêté une petite somme, loin de ce dont j’avais besoin et on m’a demandé énormément de garanties. Je n’ai malheureusement pas de tonton qui puisse m’aider ! (rires) »

La black excellence ?

« Pour commencer, l’excellence est un signe de professionnalisme, de haut niveau. Quant à l’excellence noire, c’est un vaste sujet (rires) ! Je pense qu’on est excellent dans énormément de domaines et je resterai dans le mien. Dans le domaine technique pour ma part, je n’invente rien. Je ne fais que transmettre des savoirs à des personnes qui ne l’ont pas encore. Ce que j’apporte en revanche, c’est le rappel, le bon souvenir de ce qu’est notre cheveu, ce dont il a besoin, comment il en a besoin en ajoutant un bon zeste de rigueur, de professionnalisme et ce dans le but qu’il y ait de plus en plus d’excellent.es coiffeur.ses. »

Un grand défi

« Des défis, j’en ai eu plein et j’en ai encore, j’en ai même tous les jours (rires)! Mais je dirais la première fois que je me suis rendue aux Etats-Unis. Je ne savais pas qui j’allais voir, où je devais aller. J’ai atterri, j’avais déjà l’hôtel de réservé et je savais combien de temps je devais rester. J’ai arpenté les rues avec une vision complètement française et j’ai découvert sur place que c’était tout à fait différent. Mon plan était simple : j’allais trouver une école qui fonctionnait un peu comme en France et que j’allais pouvoir tout pomper et refaire la même chose ici ! Mais ça ne fonctionne pas du tout comme ça ! Les Américain.es ne révèlent pas tout, c’est super réglementé, c’est difficile de trouver les infos … Je n’ai pas pu aller aussi loin que je voulais mais j’ai compris comment ça se passait là-bas. Il a donc fallu que je creuse beaucoup et que j’aille ensuite à Londres. Tout ça entre 2011 et 2014. Ce n’est pas un long fleuve tranquille. Tous les jours, il faut se motiver, se rappeler pourquoi on fait ce qu’on fait. »

Un mantra qui la booste 

« C’est difficile d’en choisir un car j’en ai un pour chaque situation. Par exemple, si tout ne se passe pas comme je veux, que je n’y arrive pas, qu’il y a plus de portes fermées que de portes ouvertes, je me dis ‘je suis la réussite’. »

Des personnes qui t’inspirent ?

« Je n’ai pas une seule personne qui m’inspire. Je prendrai plutôt des bribes de toutes les personnes que j’ai pu rencontrer ou que j’ai découvert sur internet, les femmes en particulier, qui sont battantes, qui en veulent, qui foncent, riches en savoirs, en expériences. Je me dis ‘si elles y sont arrivées, pourquoi pas moi !’ « 

Un conseil en particulier aux femmes qui aimeraient devenir entrepreneure

« Je leur dirai que nous en avons besoin, qu’il faut qu’il y en ait encore plus qui se lèvent ; même s’il y en a déjà beaucoup, on ne les voit pas ou beaucoup ne le savent pas. Comme je dis souvent, c’est la femme qui fait l’enfant qui sera un jour un adulte et il a besoin d’avoir un exemple à suivre, un modèle. Si on veut que notre société change, c’est lourd à porter mais ça passe par nous les femmes. »

EDITO : #FraichesWomen2019 Noire, femme, créative : l’éternelle injonction à l’excellence?

2018 s’est terminée sur des notes plutôt positives pour L’Afro. L’un des points d’orgue de cette année écoulée a été d’organiser la première édition du festival Fraîches Women le 6 mai 2018. Une nouvelle expérience pour nous, dont nous avons appris beaucoup -des réussites, comme des choses à améliorer- et pour laquelle on a eu besoin de temps pour se remettre. On remercie d’ailleurs toutes celles et ceux qui ont pris le temps de nous faire leur retour, de nous donner des conseils précieux qui nous ont permis de préparer l’édition 2.

Elle se tient samedi 11 mai, toujours à La Marbrerie à Montreuil.

A travers la première série de portraits qui a donné le nom à notre festival, il s’agissait de dire que les voix de la moitié de la planète méritent d’être vues et surtout entendues, dans son ensemble. Un peu comme lorsqu’au cours de la marche #NousToutes le 24 novembre dernier, une manifestation pacifique et silencieuse pour adresser les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, des voix se sont élevées pour dire #NousAussi et pointer que ces violences « sont [aussi]une expérience inséparable du racisme, du validisme, de la précarité ». Les retours que vous nous avez faits, les réactions aux articles ici et sur nos réseaux sociaux nous ont donné envie de reprendre, pour une seconde fois, cette série de portraits de femmes « diverses dans leurs diversités ». D’enfoncer le clou. Pour cette deuxième édition, on a décidé de questionner la « black excellence ».

« L’excellence noire », un concept tout droit venu des États-Unis consiste à prôner la réussite, à mettre en avant des modèles aux parcours jugés exemplaires et la promotion d’une élite noire, rendant fière toute une communauté. Le rappeur, producteur et
désormais avant tout businessman Diddy s’en est fait le fer de lance depuis un an. Rihanna, Naomi Campbell, Spike Lee, Jay-Z -avec qui il avait annoncé en mars 2018 vouloir lancer une application pour promouvoir les entreprises dont les propriétaires sont noir.es-, autant de figures noires ayant atteint des sommets dans leurs domaines respectifs, pour bon nombre parti.es de loin et parfois présenté.es comme « self-made », inspirant potentiellement des millions d’autres, illustrent son compte Instagram. Le storytelling sur papier et dans les esprits fait rêver …

Mais ce club de la « black excellence » semble quelque peu fermé ; qui juge qui peut y entrer ? Quels sont les critères pour y accéder ? Y a-t-il de la place pour des erreurs de parcours ? Et si on n’en est pas, est-on finalement médiocres ? A-t-on même le droit à la médiocrité ? Quid de la méritocratie ? Ces questions méritent d’être posées. Qui plus est quand on parle de femmes noires. La charge mentale, le syndrôme de la femme potomitan se devant de toujours supporter plus, sans jamais se plaindre, de toujours tout bien gérer, de rester au top niveau  et encore mieux, avec le sourire. Difficile de laisser de la place pour la vulnérabilité qui demeure encore dans certains esprits un signe de faiblesse.

Les 8 Fraîches Women 2019 De gauche à droite : Laura Georges, Gisèle Mergey, Annie Melza Tiburce, Paule Ekibat, Jeannine Fischer Siewe, Jessica Gerondal Mwiza, Anne Sanogo, Laurie Pézeron.

Si au coeur du projet photo et événementiel Fraîches Women, réside l’idée d’entrelacer des récits de vie, de réussites, le but, nous tenons à le rappeler, n’est en aucun cas de présenter des parcours exceptionnels et inspirants pour les mettre en opposition à d’autres qui le seraient moins. Ce n’est pas non plus de remplacer le patriarcat par un pendant féminin. Le pouvoir reste le pouvoir.

Les 8 #FraîchesWomen que nous avons réuni pour cette seconde édition sont africaines, caribéennes, ou sont nées et ont grandi en France. Avocate, militante, entrepreneure, ex-footballeuse. Certaines étaient familières avec le concept de l’excellence noire, d’autres n’en avaient jamais entendu parler. Nous leur avons demandé de nous faire part de leur point de vue à ce sujet et avons retracé leurs parcours. En les lisant, vous découvrirez 8 femmes aux carrières bien distinctes, qui ont fait beaucoup de chemin et ne manquent ni de ressources ni de projets.

Un merci tout particulier à Ozal Emier, la photographe qui a mis sa touche si particulière et a produit cette belle salve de portraits.

Un grand merci également au bar Monsieur Zinc à Odéon qui nous a permis d’investir son beau sous-sol une fois de plus le temps d’un shooting et nous a mis bien !

Nous vous donnons rendez-vous les prochains lundi, mercredi et vendredi pour vous laisser faire connaissance avec Anne, Annie, Gisèle, Jeannine, Jessica, Laura, Laurie et Paule que l’on tient à remercier pour avoir accepté de jouer le jeu de la pose et des questions/réponses.

Bonne lecture et vivement que l’on puisse poursuivre cette conversation sur les internets et IRL !

Adiaratou et Dolores, L’Afro team

A propos de la photographe Ozal Emier

« Ozal Emier est née en 1986 à Paris, par un froid matin de février. Après une première vie de journaliste, elle bascule dans le cinéma et la réalisation. En 2015, elle co-écrit et co-réalise son premier court-métrage, Métropole – récit de l’exil d’un Antillais en métropole -, puis réalise en 2018 La Nuit d’Ismael, errance nocturne d’un immigré marocain et de deux Parisiens. En parallèle, elle travaille comme assistante à la mise en scène sur des tournages. Son intérêt pour l’image et le cadre l’ont amenée à aussi pratiquer la photographie, nourrie par des photographes tels que Saul Leiter, Harry Gruyaert ou encore Vivian Sassen. Dans son écriture, ses films et ses photos, la question de l’entre-deux, social, culturel et identitaire est prépondérante. Depuis 2016, elle poursuit un travail photographique autour de son jeune frère, «La vie d’Emmett ».Une partie de ce projet a été exposée en janvier 2017 au Théâtre El Duende à Ivry-sur-Seine dans le cadre du festival Traits d’Union. » A découvrir sur Vimeo et Instagram