RECAP – 2019, on arrive! et on aimerait …

BILAN – 2018, une année bien riche. Entre polémiques et belles réalisations. On revient dessus et on partage aussi nos voeux pieux pour les prochains 365 jours de l’année à venir.

En mai 2018, nous avons eu la chance d’organiser notre premier festival, Fraîches Women. On commençait 2018 justement en vous l’annonçant. Il a pu être un véritable succès et ce grâce à vous ! Merci encore énormément pour ça !

Ce qu’on ne veut plus voir/entendre/lire

– on pense fort à ces rédactions qui se revendiquaient modernes, auprès desquelles on attendait notamment de la « diversité » et qui nous ont livré des photos de famille assez … monochromes ! Comme ici.

– on déplore l’utilisation de photoshop pour faire croire à de la diversité dans une école d’art française voulant s’implanter aux Etats-Unis ! Posons-nous peut-être la question du pourquoi du comment de la blanchité des écoles, non ? 


– on ne veut plus voir de « niggerfishing » ou cette tendance chez certaines instagrameuses à se faire passer pour des noires à coup d’autobronzant et de contouring, une autre forme de blackface bien expliquée ici 

En 2019, on dit bye bye au niggerfishing ?
Source photo : madame.suavelos.eu

– qu’on arrête de faire figurines ratées à l’effigie de l’acteur britannique Idris Elba pour les vendre presque 1000 euros l’unité

-qu’on n’écorche plus les noms d’origines africaines, à l’instar de ceux de certains joueurs de l’équipe de France de football -qui ont rapporté la coupe mondial en juillet dernier !- comme Ngolo Kanté et de Kylian Mbappé et  -notre confrère Cyril Lemba avait déjà donné des tips de prononciations à ce sujet ici et . On vous promet, ce n’est pas compliqué 😉 !

– qu’on respecte enfin l’artiste Aya Nakamura, critiquée tantôt pour avoir posté une photo d’elle sans maquillage tantôt pour utiliser des mots incompréhensibles pour le commun des mortel.le.s français.es dans ses chansons. On n’oublie pas non plus quand son nom -de scène- a été remixé deux fois lors des NRJ Music Awards en novembre dernier. Dur d’être une femme noire dans l’industrie musicale! On rappelle que son album Nakamura a été récemment certifié disque de diamant

Aya Nakamura dans « Djadja »

-et si on arrêtait avec des noms d’entreprise douteux type « Anti Black » ou des tentatives de réédition de la bande dessinée des aventures de « Bamboula » ? Et les représentants une fois interpellés, qui ne comprennent pas où est le souci … #lagrandefatigue   

-que Rachel Dolezal euh Nkechi Diallo pardon cesse de se faire de l’argent sur une vraie cause, on l’a revu à l’oeuvre suite à la polémique H&M en janvier dernier

-qu’on soit d’accord avec elles ou pas, pas possible de tolérer les insultes racistes auxquelles les personnalités publiques n’échappent pas, que ce soit en France avec Rokhaya Diallo et Hapsatou Sy ou en Belgique avec l’humoriste et présentatrice météo Cécile Djunga

qu’il n’y ait plus de non assistance en personne en danger comme ce fut le cas pour Naomi Musenga dont l’appel d’urgence n’a pas été pris au sérieux par le SAMU. La fin de la croyance d’un prétendu syndrome méditerranéen, c’est possible ?

-arrêter de culpabiliser les femmes africaines et leurs ventres, comme des responsables politiques l’ont fait et comme c’est le cas dans un article de presse datant du mois de septembre (!)

-que les cas de violences policières soient plus souvent-tout le temps!-punies. Dans un cas rare, la justice américaine a déclaré coupable de meurtre en août dernier le policier qui a tué par balle Jordan Edwards, adolescent âgé de 15 ans, à Balch Springs (Texas) alors qu’il rentrait en voiture d’une fête avec son frère et des amis, assis côté passager. … On pense notamment à la famille d’Adama Traoré,-dont la soeur, Assa, qui a accepté de parler de son combat pour la vérité lors de la première édition du Fraîches Women festival– à celle de Lamine Dieng et à bien d’autres.  On rêve même de la fin de ces violences …

-on n’oublie pas la communauté LGBT afrodescendant.es prise pour cible. Une pensée pour Kerrice Lewis, et les femmes transgenres racisées le plus souvent, victimes de crimes haineux qui ont été tuées cette année 2018

Ce qu’on est contentes de voir et ce qu’on attend avec impatience et qu’on espère voir

-le beau parcours qui se poursuit pour le documentaire Ouvrir La voix réalisé par Amandine Gay ; entre des prix reçus en festival,-le dernier en date ici– sa sortie en DVD et sa diffusion prochaine à la télévision, notamment sur TV5 Monde, Canal+ où il est déjà dispo en VOD et la chaîne belge BeTV. On attend également avec impatience son second documentaire qui portera sur l’adoption. Elle a par ailleurs lancé le mois des adopté.es en novembre dernier, une excellente initiative pour donner la parole aux adopté.es en France, en Suisse et au Québec.

– on souhaite une belle trajectoire au projet de compilation de musiques francophones de luttes, intitulée Par les damné.e.s de la terre, des voix de luttes 1969-1988 mis en place par Rocé et dont nous avons eu le grand honneur de co-organiser la release party en octobre dernier avec le label Hors Cadres

– on salue l’initiative de la femme qui se cache derrière Ovocytemoi-où elle parle surtout d’infertilité chez les femmes africaines- et de l’association Afrique Avenir qui ont organisé un événement autour de la santé sexuelle et reproductive des femmes noires en novembre dernier à Paris

le retour de Missy Elliott et Timbaland ; on a envie d’y croire cette fois !

-Hâte de découvrir le projet documentaire sur lequel l’actrice Aïssa Maïga travaille autour de la vie de son père, Mohamed Maïga, journaliste sénégalais engagé et proche de Thomas Sankara, assassiné en 1988

-on a hâte de voir des adaptations cinéma de livres marquants. De Petit pays écrit par l’artiste Gaël Faye, à Born a Crime : Stories from a South African childhood sur l’enfance sous le régime de l’apartheid en Afrique du sud de Trevor Noah avec Lupita Nyongo dans le rôle de sa mère en passant par la fiction Americanah écrite par la nigériane Chimamanda Ngozi Adichie avec, une fois de plus au casting, l’actrice kenyane cette fois épaulée de son amie et consoeur Danai Gurira

-vivement février 2019 pour la sortie du livre pour enfants Djibril: un jour de pluie, premier de la série Les aventures de Djibril à l’initiative de Makamoussou Traoré plus connue en tant que DJ Miss Mak. Elle a lancé une campagne de crowdfunding qui s’est achevé en atteignant 126% de son objectif ! Un projet important car les petits garçons noirs aussi souffrent du manque de représentation dans la littérature en France

– plus de nouveaux podcasts inclusifs en France comme Kiffe ta race animé par Rokhaya Diallo et Grace Ly ou Miroir Miroir hosté par la journaliste Jennifer Padjemi

– que Serena Williams continue d’être incroyable malgré les attaques en tout genre

-qu’on comprenne qu’il y a bien des librairies au Nigeria et pas que Boko Haram contrairement à ce que la journaliste Caroline Broué a pu adresser à Chimamanda Ngozi Adichie en interview au Quai d’Orsay le 25 janvier pour la Nuit des Idées.

-on place nos billes pour les Grammys 2019. On ne se remet pas du non sacre de SZA l’an dernier malgré ses nominations mais on a envie d’y croire pour H.E.R nominée quatre fois notamment dans les catégories nouvelle meilleure artiste et album de l’année

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ACTU – Ce que neuf journalistes afro retiennent de l’année 2018

BILAN – L’an dernier, nous avions demandé à huit consœurs et confrères de nous faire part de trois faits marquants de l’année 2017. En 2018, on remet ça avec neuf autres journalistes : Yslande Bossé, Armelle De Oliveira, Samba Doucouré, Sandrine Etoa-Andegue, Jadine Labbé Pacheco, Sinatou Saka, Aphelandra Siassia, Mélody Thomas et Philippe Triay.

Yslande Bossé, journaliste au Journal de Saint-Denis et auteure du blog consacré aux littératures D.É.L.I.É.E 

Yslande Bossé

L’acte héroïque de Mamoudou Gassama (mai 2018)

« J’ai été marquée par l’ampleur qu’a pris ce fait divers. Le nom de Mamoudou Gassama a fait le tour du monde et c’est tant mieux. Il a sauvé la vie d’un enfant. Il est dommage qu’il ait fallu un acte comme celui-là, pour qu’on puisse éclairer et médiatiser l’héroïsme et le courage des gens comme Mamoudou Gassama. C’est-à-dire des migrants. Ils prennent la mer au péril de leur vie pour finir entassés dans les rues des villes du Grand Paris ou des petits villages français. Il y a une telle disproportion entre la manière dont des sans-papiers qui ressemblent à Mamoudou Gassama sont traités en France, et la façon dont les politiques ont accueilli l’acte de bravoure de ce jeune malien… La récupération d’un point de vue médiatique et politique a été assez sidérante. » 

Donald Trump et les ‘shithole countries.’ (janvier 2018)

« En début d’année, Donald Trump a qualifié plusieurs pays -Le Salvador, Haïti et des pays d’Afrique- de ‘shithole countries’ lors d’une réunion à la Maison-Blanche sur la question de l’immigration. On a traduit l’expression en français par ‘trous à merde’, ‘pays de merde’. Quand on sait ce que les politiques américains ont fait endurer aux Haïtiens notamment, et continue de leur faire endurer, on ne peut qu’être marqué par ce genre de parole. Sur D.É.L.I.É.E, on a essayé de lui répondre d’une jolie manière. »

La victoire de la France à la Coupe du monde de football (juillet 2018)

« La victoire des Bleus m’a ramené à mon enfance, à 1998, à cette époque ‘Black, Blanc, Beur’. J’avais 11 ans et j’ai l’impression d’avoir ressenti à peu près les mêmes émotions. J’ai adoré marcher dans les rues de Paris, sentir l’ambiance, rire avec les gens, crier avec les gens, fêter la victoire. C’est une belle page de l’année, on ne peut pas le nier. »

Armelle De Oliveira, journaliste pigiste basée à Londres (BBC, NBC News)

Armelle De Oliveira

Le film Black Panther (février 2018)

« Black Panther a enfin montré l’Afrique et sa population sous un angle novateur -que ce soit dans l’afro-futurisme ou dans la sortie tant attendue du portrait misérabiliste qu’on dépeint trop souvent du continent. Il a permis à de nombreux africains et afro-descendants à embrasser leur culture sans honte. Une véritable discussion a été amorcée autour de la représentation, d’abord de l’Afrique et des afro-descendants au cinéma, mais aussi autour du colorisme, du problème d’identité de la diaspora, du statut de super-héros de la femme noire, de la restitution des œuvres volées par les colons.Vivement la suite ! »

La polémique sur les origines des Bleus (juillet 2018)

« Quelle belle histoire d’amour entre la France, que dis-je, le monde entier et Kylian Mbappé ! Les Bleus nous ont fait vibrer à coup de playlists endiablés et de matchs gagnés. Mais les histoires d’amour finissent toujours mal. “Ils sont Français avant tout, ce n’est pas une victoire pour l’Afrique”. L’horreur de placer les joueurs au milieu d’une polémique pareille quelques heures après le plus beau moment de leur carrière, si ce n’est de leur vie. »

Dewayne Johnson fait plier Monsanto (août 2018)

« La figure historique ayant fait plier le géant de l’agrochimie est un homme Noir de la classe populaire américaine. Quel symbole quand on sait que bien souvent en écologie, les racisés ne sont pas entendus ou sur le devant de la scène. Quel symbole quand on sait qu’être Noir et issu de la classe populaire vous fait déjà partir avec une longueur de retard aux Etats-Unis. J’espère voir dans tous les livres d’histoire son visage rongé par son cancer en phase terminale causé par le glyphosate. »

Samba Doucouré, journaliste pigiste (Mouv’), président d’Africultures

Samba Doucouré

Mamoudou Gassama 

« Un événement démesuré qui en dit long. L’enfant pendu dans les airs c’est irréel, la prouesse l’est aussi. Ce qui a suivi également. La récupération par Macron, les multiples passages sur des plateaux télé, les prix… Tout cela s’est enchaîné à une vitesse folle. Quand on voit de l’autre côté le traitement réservé aux autres migrant.es, on ne peut qu’être révolté.e. On ne passe pas de zéro à héros. Pourtant, parmi les hommes et femmes qui meurent sur des chemins similaires à celui de Mamoudou, il y a beaucoup de héros. »

La victoire de la France à la Coupe du monde de football

« Ramenez la Coupe à la maison, allez les bleus allez, 20 ans après c’est le moment! On en avait besoin, vraiment. Un moment de communion qui transcende les opinions, les origines et les statuts. C’est peut-être naïf comme commentaire mais un peu de joie même éphémère ça ne se refuse pas. Très vite, les débats hypocrites sur la francité vs l’africanité des joueurs m’ont gonflé. Mais je suis heureux que ces footballeurs et les jeunes de leur génération aient eu droit à cet instant de grâce. Je suis aussi content pour Vegedream qui va croquer sur son tube pendant 30 ans ! »

Black Panther

« Plus que le film en lui-même, j’ai adoré la passion qu’il a déchaîné. J’ai aimé lire et observer ces réactions, débats et analyses. Chacun y allait de sa lecture politique du film. C’est une œuvre panafricaniste dans la mesure où elle propose une utopie d’union africaine.  Et elle est intéressante parce qu’elle pose les questionnements essentiels : si nous arrivions à faire l’union, où placerions-nous la diaspora, les traditions, le progrès, la solidarité et les femmes? »

Sandrine Etoa-Andegue, grande reportrice à Franceinfo

Sandrine Etoa-Andegue

Espoir des candidats à l’exil pour l’Europe au Niger (janvier 2018)

« En janvier 2018, je me rends au Niger pour une série de reportages entre Niamey et Agadez. Lors de mon séjour dans cette dernière ville, située aux portes du désert, deuxième du pays par sa taille, j’ai rencontré de nombreux migrants en route vers la Libye. Parmi eux, il y a Koffi, un orphelin ivoirien de 18 ans. En attendant son voyage, le temps de réunir l’argent nécessaire et constituer son kit de protection pour traverser le désert, il végète dans un ‘ghetto’, une maison tenue par des passeurs en périphérie de la ville à l’abri des regards où ils hébergent les migrants en transit. Les récits de ceux qui l’ont précédé vendus sur des marchés aux esclaves, la possibilité d’être abandonné à son sort en plein désert, l’épreuve de la traversée de la Méditerranée, le rejet et l’hostilité une fois en Europe, rien ne peut l’arrêter. Il veut gagner l’Allemagne et devenir footballeur, réussir et vivre. ‘Dieu m’a donné le courage, lui et mes ancêtres veilleront sur moi’ dit-il. » 

Le plus grand bidonville de France est à Mayotte en France (mars 2018)

« En mars 2018, Mayotte 101ème département français est paralysé par une grève générale qui se matérialise par de nombreux blocages sur l’île, une population sous tension et une économie au ralenti. Les mahorais.es sont révolté.es et fatigué.es, des nombreuses agressions aux abords des établissements scolaires, de l’insécurité quotidienne, du chômage endémique des jeunes. Derrière cette crise sociale, une crise économique : 84% de la population vit sous le seuil de pauvreté. A Kaweni, le plus grand bidonville de France situé à l’est de l’île, 15 000 personnes vivent entassées les unes sur les autres, des mahorais.es, des comorien.nes -boucs émissaires tenus pour responsables de tous les maux du territoire-, des malgaches. Des familles vivent dans le dénuement le plus complet comme cette mère de cinq enfants que j’aimerais entendre parler de ses conditions de misère criantes mais auxquelles elle ne fait plus attention. Beaucoup sont comme elle fatalistes et résigné.es, ‘c’est comme si l’État et la France nous avaient oubliés ici à Mayotte’, dit Fainou une autre mère célibataire. » 

L’élection de Jaïr Bolsonaro au Brésil et le règne des fake news (octobre 2018)

« Il y a eu Trump, Salvini et maintenant Bolsonaro. Le 28 octobre dernier, le Brésil s’est choisi un président d’extrême-droite. Ouvertement raciste, homophobe, nostalgique de la dictature militaire. Toute sa campagne, il la mène sur les réseaux sociaux dans un pays où 120 millions de personnes utilisent WhatsApp. Pas de débat télévisé, sa première déclaration une fois élu, c’est sur internet qu’il l’a fait. Son camp est accusé d’avoir mis sur pied une vaste opération de désinformation contre son adversaire Fernando Haddad via l’envoi de centaines de millions de messages colportant des fausses nouvelles. La vérité n’a pas d’importance. Dans la vie réelle, il y a ceux pour qui cette élection annonce des lendemains difficiles. Notamment les militants des droits de l’homme, de la communauté afro ou LGBT. Ou encore ce policier qui craint que les violences des forces de l’ordre n’augmentent notamment à l’égard de ceux qui les subissent déjà le plus : ‘le jeune homme, noir, pauvre, habitant dans les quartiers périphériques’. »

Jadine Labbé Pacheco, journaliste à France Ô (émission Les Témoins d’Outre-mer)

Jadine Labbé Pacheco

Argentine : le Sénat rejette la légalisation de l’avortement (août 2018)

« Le 9 août, après plus de seize heures de débats, 38 sénateurs rejettent un projet de loi qui légalise l’IVG au cours des 14 premières semaines de grossesse. Le texte avait été adopté par les députés en juin à 129 voix pour et 125 contre. Ce n’est qu’en 2020 que le Parlement pourra revenir sur ce texte. Des milliers de manifestantes féministes munies de foulards verts, vert couleur de l’espoir, sont en larmes. Moi aussi. »

 La France remporte la Coupe du monde…et des femmes sont agressées par des supporters (juillet 2018)

« Je ne suis pas une grande fan de football mais je ne rate pas un seul match de l’équipe de France pendant la Coupe du Monde. A chaque victoire, je crie, saute et chante ma joie avec mes proches. 15 juillet, jour de finale, jour de victoire. Paris est en fête, c’est beau, c’est génial. Mais certains supporters gâchent ces moments de joie. Plusieurs femmes racontent les agressions sexuelles dont elles ont été victimes pendant cette Coupe du monde, par des hommes, alcoolisés ou non. Ces agressions me dégoûtent, elles sont impardonnables. » 

Denis Mukwege et Nadia Murad, Prix Nobel de la paix (décembre 2018)

« Le 10 décembre 2018, l’ancienne otage yézidie de l’organisation Etat islamique Nadia Murad et le gynécologue congolais Denis Mukwege reçoivent le Prix Nobel de la paix à Oslo, en Norvège.’L’homme qui répare les femmes’ lutte contre les mutilations génitales dont les femmes sont victimes en RDC. Le combat de ces deux lauréats contre les violences sexuelles faites aux femmes prouvent qu’il y a de l’espoir. » 

Sinatou Saka, journaliste et chef de projet à RFI et France 24 (France Médias Monde) 

Sinatou Saka

La restitution de 26 œuvres d’art au Bénin (novembre 2018)

« Cette décision est tout simplement historique. Certes, il s’agit de 26 œuvres sur les 90000 objets d’art d’Afrique subsaharienne présents dans les collections publiques françaises mais c’est un pas important. Parce que cette restitution ouvre la porte à d’autres retours et aussi parce que ça dit quelque chose des actions humiliantes de la France pendant la période coloniale. En tant que béninoise, je me suis bien entendu senti très concernée par cette décision qui va permettre à des jeunes béninois et béninoises de voir pour la première fois de leur vie le trône du roi Ghezo, datant du XIXe siècle, exposé au Musée du quai Branly-Jacques Chirac. La culture n’est pas secondaire, c’est ce qui fait une nation. »

La France, championne du monde de football (juillet 2018)

« On n’y a pas cru. Mais ils ont ramené une deuxième étoile à la maison. Et cette coupe nous a tou.te.s rassemblé.es. Enfin pas vraiment, puisqu’on a quand même eu un vrai débat sur les origines africaines des joueurs de l’équipe de France de football. C’est intéressant de voir qu’en France, la couleur de peau divise en deux camps : ceux qui pensent que ces joueurs sont d’abord français, et ils ont bien raison -plusieurs n’ont pas grandi sur le continent- et ceux qui pensent que quoi qu’on dise, ils ont été imprégnés d’une éducation africaine de part leurs parents. Ce que je retiens, c’est qu’il est encore très complexe de  de se faire entendre en France quand on se dit Français.e mais aussi Africain.e, simplement, sans avoir à se justifier, s’expliquer, sans hiérarchiser.« 

Le Scandale Cambridge Analytica (mars 2018)

« Au mois de mars, Cambridge Analytica est accusée d’avoir utilisé des données de 30 millions à 70 millions d’utilisateurs de Facebook, recueillies sans leur consentement. C’est énorme et si l’opinion publique, notamment en Afrique où Facebook connaît une croissance incroyable,  s’en est inquiété rapidement, je ne pense pas qu’elle en ait vraiment pris la mesure. La preuve : à part lui dérouler le tapis rouge, aucun Etat africain ne fait le poids ou n’a daigné convoquer le géant américain. Ce n’est pas le premier gros scandale de ce type mais en tout cas, il a été heureusement bien traité par les médias. Car le problème, ce n’est pas seulement l’utilisation de nos données mais c’est un risque assez clair de faillite de toutes nos démocraties. « 

Aphelandra Siassia, journaliste pigiste (Nothing but the wax)

Aphelandra Siassia

Denis Mukwege et Nadia Murad, nommé.e prix nobel de la Paix (octobre 2018)

« Un événement m’a tout particulièrement bouleversé cette année : l’annonce en octobre dernier du prix Nobel de la Paix, décerné à deux activistes, le Congolais Denis Mukwege et la Yézidie Nadia Murad. L’un répare les corps des femmes meurtries, violées par les forces armées congolaises sévissant depuis des décennies dans le pays, l’autre a été l’esclave des jihadistes, kidnappée, torturée et violée par ses ravisseurs. Depuis son évasion, Nadia Murad se bat avec ferveur contre les violences infligées à son peuple par l’organisation Etat Islamique. Toute la beauté et la portée d’une telle récompense se cristallise peut-être dans le choix de la date de restitution, le 10 décembre dernier, date anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. »

Nous Toutes (novembre 2018)

« Le 24 novembre dernier déferlait une vague violette sur toute la France. Le mouvement Nous Toutes comptabilisait près de 50 000 personnes en France, unies pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles à l’encontre des femmes. Une manifestation historique organisée un an après les révélations chocs de l’affaire Weinstein et le lancement du mouvement #MeToo, ne faisant que confirmer la nécessité de prendre à bras le corps la question du patriarcat. »

Les Gilets Jaunes (novembre et décembre 2018)

« Compliqué de passer à côté de cette insurrection populaire, prenant de jour en jour davantage de poids depuis le début du mois de novembre. La France s’embrase sous le regard médusé de nos politicien.nes, une France fragmentée, divisée, fatiguée, aujourd’hui prête à tout, même à aller à l’encontre des principes de la République. Comment pacifier le mouvement tout en se faisant entendre ? Les interrogations au même titre que les revendications se multiplient, juste tribut de quarante ans d’inaction étatique. Où se placer dans tout ça ? Nous sommes beaucoup à nous poser la question. À l’action brutale, non maîtrisée, parfois brouillonne, préférons la réflexion et la prise de décision collective pour tenter de mettre à plat de vraies solutions. »

Mélody Thomas, journaliste à Marie Claire, co-auteure de la newsletter What’s Good

Mélody Thomas

Facebook est loin d’être mort (avril 2018 – aujourd’hui)

« Ces dernières années, j’utilise Facebook de manière aléatoire. Je poste très peu sur ce réseau, hormis des articles que j’ai écrits ou des choses que j’ai trouvé drôle. Par aveuglement, et étant donné le fait que dans mon milieu professionnel les gens sont plutôt sur Instagram, j’ai cru que tout le monde utilisait ce réseau à ma façon. Autrement dit, quasiment pas. Pourtant, aujourd’hui Facebook, au travers de groupes et événements privés, s’est révélé être un véritable enjeu politique. On a pu le voir avec le scandale Cambridge Analytica et on le comprend là encore avec le mouvement des Gilets Jaunes. Je pense que dans les prochains mois, voire les prochaines années, nous allons véritablement voir ce que signifient réellement le déplacement des discussions politiques sur des plateformes digitales et leur impact sur le monde réel. »

Le mariage de Meghan Markle (mai 2018)

« Ce qui m’a marqué dans cette histoire, ce n’est pas le mariage en lui-même, mais les conversations qu’il a provoqué. Il y a eu les articles qui l’ont déclaré première personne noire à intégrer la famille royale d’Angleterre (ce qui est faux). Puis les discussions sur la représentation : ce que l’image d’une “princesse noire” allait changer pour un tas de petites filles dans le monde. Et enfin, d’autres encore pour dire que ces conversations n’étaient qu’un décorum et qu’elles ne changeraient pas la sombre histoire coloniale de l’empire britannique. Ce que j’ai aimé, c’est voir ces questions soulevées, discutées sur la place publique -même si virtuelle. » 

Le clip ‘Apeshit’ de Beyoncé et Jay-Z (juin 2018)

« Je n’en parle pas seulement parce qu’elle est sortie le 16 juin, jour de mes 30 ans haha ! Je me souviens être dans un taxi plusieurs jours après la sortie du clip avec un ami qui me disait ‘quand même, Beyoncé au Louvre, c’est un peu n’importe quoi. Les gens s’emballent trop. Et puis ce n’est pas le lieu’. Le genre de phrase qu’on a tou.tes lu et entendu à la sortie du clip. Je finis par poser la question : ‘le lieu pour quoi ? Combien de personnes racisées tu vois dans les musées qui ne soient pas des vigiles ? Tu ne crois pas qu’avec ce clip, il y aura un tas d’ados qui vont se dire : ‘c’est aussi mon histoire. J’y suis à ma place ?’ J’entends le chauffeur Uber à l’avant dire ‘c’est vrai ça’. »

Philippe Triay, journaliste à France Ô et auteur 

Philippe Triay

Le prix Nobel de la paix au Dr Denis Mukwege

« Pour moi, cet homme a la stature d’un Nelson Mandela. Le Dr Denis Mukwege, ce gynécologue-obstétricien congolais qui soigne les femmes, les jeunes filles et les enfants, souvent même des bébés, victimes de viols et de brutalités sexuelles ignobles dans le Sud-Kivu en République démocratique du Congo, est l’un des héros de notre temps. Ce médecin rempli d’humanité et d’un courage inouï face aux atrocités humaines est également ce que l’Afrique peut offrir de meilleur et un exemple pour la jeunesse du continent. Il faut absolument écouter son formidable discours à la remise du prix à Oslo. » 

Les migrations d’Afrique subsaharienne qui se poursuivent

« Guerres, pauvreté, manque d’opportunités économiques, famines, bouleversements climatiques…Des centaines de milliers d’Africain.e.s tentent chaque année au péril de leur vie de quitter leur continent pour tenter de rejoindre un Occident qui ne les veut pas et les humilie. Et là, je veux pousser un coup de gueule non contre ce dernier -qui évidemment a une grande part de responsabilité- mais contre les élites africaines qui, par leur corruption, leur vénalité et leur gabegie ont conduit à cette situation. Il n’est plus possible de dire que c’est la faute des autres. Mais j’ai confiance en la société civile africaine et ses citoyens de plus en plus mobilisés pour prendre leur destin en main. »

Le scandale sanitaire du chlordécone aux Antilles (juin 2018)

« La question de l’empoisonnement des sols, des rivières et de toute la chaîne alimentaire en Guadeloupe et en Martinique par le chlordécone, un pesticide extrêmement toxique utilisé dans les bananeraies pendant plus de vingt ans, est revenue dans le débat public (il avait déjà éclaté au grand jour en 2016 ndlr). L’occasion de rappeler que plus de 92 % des Guadeloupéen.nes et des Martiniquais.es sont contaminé.es par ce perturbateur endocrinien, avec des risques très élevés de cancers et de troubles neurologiques. Selon les scientifiques, les terres seront polluées pour des siècles, au point que l’on parle d’un scandale d’Etat, resté sans réponse pour le moment… »


ACTU-L’année 2017 vue par des journalistes afrofrançais.e.s

Qu’iels officient chez Le Monde Afrique, Buzzfeed ou encore le Parisien, les journalistes afrofrançais.e.s sont peu visibles mais pourtant bien présent.e.s ! Iels ont d’ailleurs des choses à dire. L’Afro leur a donc demandé de nous parler des trois faits les plus marquants de l’an 2017 selon elleux. Au menu : politique, faits de société, foot et musique.

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Coumba Kane, journaliste pour Le Monde Afrique

« J’ai retenu des faits panafricains qui ont une résonance avec le continent. Ce sont des événements qui sont anachroniques, des choses qui ne devraient plus se passer en 2017. »

La manifestation du 18 novembre à Paris contre l’esclavage en Libye

« On savait bien sûr que les noirs étaient maltraités en Libye. Mais les images du reportage réalisé par une journaliste de CNN ont marqué les esprits. La manifestation du 18 novembre que j’ai couverte pour ma rédaction était une façon pour les gens de montrer qu’ils en avaient marre d’être considéré comme n’appartenant pas au genre humain, ce n’est pas comparable à ce qu’ils vivent en France mais ça les a renvoyé à leurs conditions hors d’Afrique subsaharienne. Il y a souvent des manifestations d’opposants, politiques gabonais ou congolais à Paris mais ce jour-là, il y a eu une vraie cohésion panafricaine. Cette solidarité et cette spontanéité m’ont marqué. La plupart des manifestants n’étaient pas des militant.e.s mais des hommes et des femmes qui manifestaient parfois pour la première fois. Il y a une communauté qui s’exprime, une libération de la parole. »

La visite d’Emmanuel Macron en Afrique de l’ouest (novembre-décembre)

« On l’a présenté comme un président jeune et progressiste mais il n’a pas été en rupture avec ses prédécesseurs ; le fait qu’il ait prononcé un discours adressé à la jeunesse africaine, c’est paternaliste et ça ne devrait pas exister en 2017.  Au niveau de la forme, il y a une image que j’ai trouvé extrêmement gênante, c’est le moment où le président français a fait sa blague sur la climatisation et où l’on voit le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré qui avait l’air gêné sans oser parler. Alors que quand Emmanuel Macron s’est rendu au Ghana, le président ghanéen Nana Akufo-Addo a fait un discours de rupture ; il était debout, digne, expliquant qu’on n’a rien à attendre de la part de pays comme la France. C’est un symbole fort. Cela illustre bien les relations entre les présidents d’Afrique de l’ouest et les présidents français. »

La chute du président zimbabwéen Robert Mugabe (21 novembre)

« On pensait tou.te.s que soit il mourrait au pouvoir, comme il le disait lui-même, soit qu’il y aurait eu effusion de sang pour lui faire quitter le pouvoir. Après 37 ans passé au pouvoir, jusqu’à l’âge de 93 ans, il a finalement démissionné, on lui a bien sûr forcé la main mais de voir que ça s’est fait aussi rapidement,  (en deux semaines ndlr ) sans violence alors qu’on le croyait indéboulonnable. Cela devrait donner à réfléchir à pas mal de chefs d’Etat mal élus et qui s’accrochent malgré tout au pouvoir. »

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Jennifer Padjemi, journaliste pour Buzzfeed France

L’investiture de Donald Trump (20 janvier)

« Ce jour venait officialiser la réalité de cette élection qui semblait être un terrible cauchemar dont le monde allait se réveiller. Il n’en fut rien, tout ceci est bien arrivé pour le pire. On avait beau nous répondre jusqu’ici que la politique américaine n’avait pas de réels impacts sur la France à chaque fois qu’on pouvait «s’émerveiller» sur la présidence d’Obama; l’élection de Trump nous a prouvé le contraire. Son impact sur le monde est bien là et son élection venait enclencher une série d’extrémisme politique dans le reste de la planète. La France y a échappé de justesse en élisant Macron, mais était-ce vraiment pour le meilleur ? Je ne pense pas, mais il nous reste encore quatre ans pour le savoir. »

L’enquête Weinstein du New Yorker et du NY Times (octobre) 

« Une sombre affaire d’accusations de harcèlements sexuels, d’agressions sexuelles et de viols contre l’un des producteurs les plus puissants d’Hollywood. Des femmes ont élevé la voix et ont trouvé le courage de parler des actes qu’elles ont subies, parfois pendant des années. S’en est suivi les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc, illustration moderne de la culture du viol qui montre que TOUTES les femmes ont déjà été victimes d’une forme d’agression sexuelle de la part d’hommes. C’est bien la première fois qu’un mouvement a dépassé les réseaux sociaux pour devenir un symbole de la lutte contre le sexisme et les violences contre les femmes. En espérant que les hommes qui restent impunis continuent à tomber en 2018, mais surtout que la France suive le pas en considérant l’importance de ces sujets. »

L’arrivée de la gamme de maquillage Fenty Beauty (septembre)

« Ou comment Rihanna a commencé une révolution grâce à une ligne de maquillage inclusive dans tous les sens du terme. Pour certain.e.s, ce n’est que du maquillage, mais c’est en fait bien plus que ça : c’est la représentation des minorités, notamment des femmes noires, celles qu’on ne voit jamais dans les médias. Elle a donné le “la” à une industrie capitaliste qui réalise enfin que ce n’est plus possible de ne pas s’intéresser à nous. Dans cet esprit, il y a également le film Ouvrir la voix d’Amandine Gay qui a été le déclencheur d’une prise de conscience sur les femmes noires et leurs expériences. Après de nombreux bâtons dans les roues -coucou le CNC!-, elle a réussi à sortir son film en salles en octobre, et ce nationalement. Un exemple de combativité qui, espérons-le, ouvrira la voie à toutes celles qui comme elles se battent au quotidien pour voir leurs projets se concrétiser. »

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Sindanu Kasongo, journaliste spécialiste hip hop et responsable programmes et antennes chez BET France

L’esclavage en Libye révélé dans un reportage de CNN (novembre)

« Ce mois de novembre, une journaliste de CNN a filmé une vente de Noirs en Libye. Oui , une vente. Comme à la « belle époque ». Heureusement, l’efficace ONU a dénoncé « une situation inhumaine » et la Libye « assure qu’une enquête va être ouverte ». Que reste-t-il après la mobilisation (un samedi devant une ambassade vide) à Paris, le coup de gueule de Claudy Siar et quelques hashtags ? Un sentiment d’impuissance partagé par beaucoup de sœurs et de frères et une grande colère face aux gouvernements africains, qui restent les premiers coupables de ces drames. »

L’affaire Théo (février)

« Début février, Théo, un jeune français, était violé et brutalisé par des policiers. Il y a eu les manifestations, la visite express du président Hollande à son chevet, des témoignages accablants et puis…Plus rien. Enfin si. Certains médias évoquaient « les contradictions dans l’affaire Théo ». D’autres révélaient que son frère était sous le coup d’une enquête pour « suspicion d’abus de confiance et escroquerie ». Enfin, il se chuchotait que le jeune homme avait un oncle ministre au Congo RDC. Super. Il reste que près d’un an plus tard on ne sait toujours pas comment lors d’une interpellation une matraque a pu entrer par « accident » dans l’intimité du jeune homme. »

La sortie de l’album « 4:44 » de Jay-Z (30 juin)

« Il s’agit du treizième album de Jay Z. La prouesse, c’est qu’en 2017 il propose son meilleur album depuis longtemps -ça se discute- et son album le plus personnel : ça, c’est indéniable. 46 ans, multimillionnaire –810 millions selon Forbes-, plus de vingt ans de carrière, deux enfants et Beyoncé au bras mais Shawn Carter continue d’être motivé. Mieux, il sort de sa zone de confort et a proposé des clips de qualité et originaux. En plus, pour éviter de se confronter au jugement des ventes -ambitieux mais pas fou le gaillard)-Jay a soigneusement fait acheter un million d’exemplaires par la compagnie Sprint la première semaine et ainsi s’assurer son disque de platine. Brillant. »

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M GUI

Maïram Guissé, journaliste pour Le Parisien et co-réalisatrice du documentaire L’amour en cité

L’esclavage en Libye révélé dans un reportage de CNN (novembre)

« On sait que l’esclavage n’a pas cessé, malheureusement. Qu’il existe encore sous diverses formes. Mais voir au XXIè siècle des Noirs vendus au marché… c’est forcément choquant. L’histoire se répète pour le pire. 2017, on en est encore là ! »

Les violences subies par les Rohingyas

« Cette minorité musulmane de Birmanie subit un génocide, selon les Nations-Unies. Je n’arrive pas à comprendre qu’en 2017, à cause de son appartenance religieuse -quelle qu’elle soit, on puisse faire subir de telles atrocités à toute une population ! »

Les  femmes de ménage victimes de harcèlement sexuel 

« C’est une affaire qui remonte à 2012, traitée par Médiapart en 2015 et jugée au mois de novembre aux Prud’Hommes, comme expliqué dans un article de Slate. Ces femmes de ménage, employées par une entreprise sous-traitante de la SNCF, ont été victimes de diverses discriminations et de harcèlement sexuel. Elles ont lutté, ont obtenu gain de cause après des années de galère, tout ça dans beaucoup d’indifférence. »

(Suivez Maïram Guissé sur Twitter)

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Sarah Kouaka, journaliste et rédactrice en chef pour Nofi

L’ouragan Irma (août-septembre)

« Il a ravagé Saint-Martin, une partie de Saint-Barthélémy et la Dominique. S’il s’agit d’une catastrophe naturelle que nul n’aurait pu empêcher, c’est le traitement préventif du chaos et sa résolution par l’Etat français qui ont été choquants et nous ont fait exploser en pleine figure le mépris envers ces populations d’outre-mer. On savait que le cyclone serait violent, on connaissait la vulnérabilité des habitant.e.s sur place, mais les institutionnel.le/s ont préféré regarder comme des spectateurs impuissants, alors qu’iels auraient dû prévenir avant d’essayer de guérir. On a aussi clairement pu voir et entendre que les autorités se sont occupées en priorité des ressortissants blancs, comme si les autres n’étaient pas Français. La Dominique quant à elle, n’est pas sous domination française, donc elle a carrément sombré dans l’oubli. »

L’acquittement d’un violeur (novembre)

« Une fillette de 11 ans d’origine congolaise, violée par un homme de 30 ans, acquitté neuf ans plus tard parce qu’on n’aurait pas pu prouver qu’elle n’était pas consentante et que lui était en pleine possession de ses facultés mentales. C’est tout simplement révoltant qu’on se pose la question. Elle était enfant, il était adulte, c’est une agression sexuelle et qu’est-ce que le consentement à cet âge ? D’autant qu’elle est tombée enceinte et a accouché. Quels dégâts psychologiques pour cette jeune femme ? Cela démontre la façon dont les institutions nous perçoivent. Une étude américaine récente a d’ailleurs démontré que la société occidentale ne prêtait pas aux petites filles noires la même innocence infantile qu’aux petites filles blanches. Les premières seraient plus au fait sur les questions de sexe et pourraient même être demandeuses de ces rapports. Les clichés ont la vie dure. »

L’esclavage en Libye révélé dans un reportage (novembre)

« On savait que la négrophobie structurelle dans le monde arabe était et demeure un fléau. Mais les images de cette vente ont levé le voile sur beaucoup de choses : la responsabilité des dirigeants africains dans le départ forcé de leurs populations ; la responsabilité des dirigeants européens qui savent et ne font rien ; la responsabilité de la diaspora et cette impression d’être toujours des esclaves dans les yeux et l’esprit des peuples arabo-maghrébins. Cette dernière problématique est capitale parce que nous la vivons ici dans les rapports que nous entretenons et personne ne souhaite lever le tabou, parce que c’est douloureux et désagréable et qu’il y a beaucoup de risques d’amalgames. Néanmoins, le point le plus intéressant est que cette violence a permis aux diasporas afro-caribéennes de s’unir pour protester, pour agir. »

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Hortense Assaga, fondatrice de feu Cité black, actuellement journaliste pour Africa 24.

La fin du second mandat d’Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria (novembre)

« Première femme démocratiquement élue à la tête d’un Etat africain, le Libéria. Elle est aussi une des rares dirigeantes au monde. Elle a choisi de quitter le pouvoir cette année après deux mandats. Si on peut émettre quelques réserves sur sa gouvernance – Cf. les accusations de népotisme- on se doit cependant, de lui reconnaître une chose : elle n’a pas tenté de « bidouiller » la constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir. Alors, messieurs, chers collègues de Dame Ellen, prenez-en de la graine ! »

Le film Moonlight sacré meilleur film aux Oscars (27 février)

« Et le gagnant est… La La Land. Il est à Paris, près de 06H00 du matin, quand le verdict tombe à Los Angeles. En direct de la cérémonie des Oscars. Et puis, quelques instants après… Oh surprise ! On annonce une inversion d’enveloppe. Il y a eu erreur sur le nom du gagnant. C’est finalement, le très réussi Moonlight qui remporte l’Oscar du Meilleur film. La joie se lit sur les visages des comédien.ne.s-réalisat.eur.ice.s et dans le public. Non ! Les Oscars, en cette année 2017, ont choisi de ne pas être « so White ». Pourvu que ça dure ! »

Les talents qui nous ont quitté

« Le OO7 Roger Moore. Johnny Hallyday. Simone Veil. Robert Guillaume, la voix de Rafiki dans Le Roi Lion. Dick Gregory, activiste. La musique a également été endeuillée avec Chuck Berry, Charles Bradley, l’immense pianiste Fats Domino -110 millions de disques vendu, rien que ça ! Sans oublier la sister Joni Sledge. Et Al Jarreau, roi du « Boogy down ». Et puis, il y a eu le départ du poète et dramaturge Derek Walcott à 87 ans, Prix Nobel de littérature en 1992 qui, toute sa vie a clamé sa fierté afrocaribéenne. Sûr que les Arts sont à l’honneur dans les cieux avec tous ces êtres de talent. »

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N’Fanteh Minteh, journaliste présentatrice du journal Afrique sur TV5 Monde

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump 

« La grosse claque. Je crois que personne ne croyait à sa victoire dans les média français, dans l’opinion. Cela montre à quel point on a manqué quelque chose. Il y a eu ce basculement après les années Obama que je n’ai pas perçu, naïvement peut-être. Un grand plongeon dans l’inconnu. »

L’affaire Théo (février)

« Les violences policières sont une réalité. Aujourd’hui, Théo est l’énième victime en France de ces dérives. Dans son cas, des preuves médicales témoignent du viol qu’il a subi. Je crois que les violences policières sont un sujet que notre société sous-estime. Pourtant, elles brisent la vie de centaines de jeunes noir.e.s et arabes chaque année. »

La coulée de boue en Sierra Leone (août)

« Plus de 500 morts, 600 disparus. Je regrette le traitement à deux vitesses d’un tel événement en Occident. Quelques images, un reportage tout au plus dans les JT. La situation est toujours catastrophique pour les sinistrés. Or, ce drame est l’illustration parfaite de plusieurs phénomènes : la déforestation, les bouleversements climatiques et l’exode rurale. »

(Suivez N’Fanteh Minteh sur Facebook ou Twitter)

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Cyril Lemba, journaliste auteur du blog justseereal.wordpress.com 

L’affaire Théo (février)

« Début février, le jeune Théodore Luhaka, 22 ans, est interpellé par les forces de l’ordre. L’intervention est plus que musclée. Insultes racistes, coups et viol ; un policier a introduit un bâton télescopique dans le corps du jeune homme. Résultat : une déchirure anale sur 10 cm. Théo a encore d’importantes séquelles aujourd’hui. Cette affaire a ému et scandalisé une bonne partie du pays.
Cet événement m’a particulièrement marqué car Théo aurait pu être moi ou mon petit frère ; tu es au quartier, la police intervient, tu veux faire le médiateur pour éviter que ça dégénère mais les policiers ne l’entendent pas de cette oreille. Et bim, tu prends des coups. Tu peux alors finir à l’hôpital ou bien mourir asphyxié dans une gendarmerie.
Pour plagier un rappeur célèbre, je dirais « être un Noir dans le pays de Marianne, c’est pas une vie mais une aventure, rencontre un flic raciste et ça devient vite une mésaventure ». »

Le phénomène Kylian Mbappé, footballeur au PSG

« Quand tu aimes le foot, tu ne vis que pour voir de beaux joueurs et des beaux matchs. Et cette année, on a été servi. On a assisté à l’éclosion d’un phénomène, Kylian Mbappé.
Touché de balle, accélération, instinct de tueur devant le but…  Des grands clubs l’ont courtisé cet été. L’enfant de Bondy, en Seine-Saint-Denis âgé de 18 ans devient  le joueur français le plus cher de l’histoire après un transfert historique de Monaco au PSG qui a coûté 180 millions d’euros. En 2017, il est aussi le meilleur buteur français toutes compétitions confondues.
Je me considère comme chanceux d’être un contemporain de celui qui rentrera dans le panthéon des plus grands joueurs français de l’histoire. Au même rang que les Platini ou Zidane. C’est tout ce que je lui souhaite en tout cas.
Par contre, toi qui me lis là, arrête de dire M-Bappé, please, dit Mbappé sans isoler le M. En te remerciant 😉 -je suis cool,j’ai même fait une vidéo où je t’explique comment faire. »

Les productions de femmes noires dans le domaine de la création artistique

« Elles sont quatre à m’avoir marqué cette année.
Amandine Gay et son film documentaire Ouvrir la Voix, Laura Nsafou aka Mrs Roots et son livre jeunesse Comme un million de papillons noirs, Madina Guissé et son ouvrage pour enfants, Neïba, je sais tout (ou presque) et Jo Güstin et son recueil de nouvelles 9 histoires lumineuses où le bien est le mal.
Le point commun entre ces différentes œuvres : mettre à l’écran ou sur papier des personnages que l’on voit peu ou pas du tout. Ces quatre auteures se réapproprient la narration. Elles racontent des histoires dont les personnages principaux sont Noir.e.s et elles trouvent leur public. Comme quoi l’état d’esprit FUBU (For us by us) n’enferme pas dans des niches. Il permet au contraire d’élargir les horizons de certain.e.s et pour d’autres de se sentir enfin représenté.e.s.
En espérant que ce vent nouveau se poursuive en 2018. Mais d’après ce que je sais ce n’est plus près de s’arrêter. 2019, 2020, 2021 et tout ce qui s’en suit. #VersLInfiniEtAuDelà »

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Qui es-tu… Kengné Téguia, du collectif Black(s) to the future ?

RENDEZ-VOUS – Découvrez Kengné Téguia l’un des artistes du collectif Black(s) to the Future, dont le festival aura lieu au Petit Bain les 16 et 17 septembre. Il y présente une vidéo et une performance le dimanche avec l’artiste Eden Tinto Collins.

On suit le festival Black(s) To The Future depuis sa première édition. On aime le côté visionnaire de la créatrice, Mawena Yehouessi, la fondatrice de la plateforme du même nom, son franc-parler -son interview vidéo pour Vice diffusée sur les réseaux en mai dernier en est un parfait exemple-. Elle a remis l’afrofuturisme sur le devant de la scène et contribué à  structurer une scène artistique créative, vive, qui bouscule. Kengné Téguia en fait partie. Il montrera une partie de son travail, qui prend racine dans sa surdité et d’autres éléments importants de sa vie, le 17 septembre 2017 et nous a parlé de lui, de sa quête en tant qu’artiste. Un récit sincère, intense qui nous a ému. Et un rappel aussi, qu’il reste important de se protéger du VIH en utilisant le préservatif. 

*Petite note avant lecture*

Voici ce que Kengné nous a dit en préambule, avant de répondre aux questions que nous lui avons posé par mail. « Je pense qu’il est important que certaines choses soient dites afin que ma démarche artistique puisse être comprise mais surtout faire écho aux personnes qui ont besoin de ce genre de témoignage pour avoir la force d’avancer dans leur vie et de savoir qu’on pense aussi à elles. » Ce qui suit s’inscrit exactement dans cette lignée. Nous sommes touchées qu’il ait livré certaines choses à L’Afro, auxquelles on ne s’attendait pas. On remercie aussi énormément Annie M.T. d’avoir permis en amont la rencontre et la prise en compte de plein  de facteurs qui nous permettent -on l’espère en tout cas- de prendre en charge ce récit, de le manipuler avec le plus d’attention possible et de le publier ici. Bonne lecture !

Comment j’ai intégré « Black(s) To The Future

« La rencontre avec Mawena a eu lieu en deux temps. D’abord dans un cadre pro, par le biais d’Oliver Tida Tida, que je devais accompagner dans le cadre du partenariat de Blacks to the future avec le Before du Quai Branly pour l’exposition « The Color Line ». Cela n’a finalement pas pu se faire pour des raisons de concordances d’emploi de temps. Et la vie a continué.
On s’est véritablement rencontré avec l’aide de Tarek Lakhrissi, qui est comme un frère et fait partie de  Black(s) to the future. Tout comme Eden Tinto Collins, Josèfa Ntjam, Nadir Khanfour, Fallon Mayanja, Elvira Hsisson, Olivia Foulke. On est tou.te.s en train de travailler un projet traitant de la question du « healing » (le soin) et de comment on pourrait créer un « healing center ». À ce moment-là à travers le coup de foudre amical que j’ai pu avoir avec Mawena que ma place au sein de Black(s) to the future a pris sens, aussi pour ce que j’étais et suis encore. Et que l’endroit où je pouvais m’épanouir dans toute mon entité était celui-ci.

Pour découvrir le festival et tous les artistes programmés -dont Kami Awori-> http://blackstothefuture.com/festival/

Qui suis-je ?

Je m’appelle Kengné TEGUIA, je suis artiste et j’ai 30 ans.
J’ai envie de commencer par le commencement, je suis né avec 80% de surdité. Grâce à des appareils auditifs, j’ai pu avoir accès à l’audition avec les 20% restante. Entre temps, j’ai pu acquérir le langage parlé avec un apprentissage tout à la fois ludique et intensif, grâce un environnement stimulant instauré par mes parents et orthophonistes. J’ai suivi un cursus scolaire classique, c’est-à-dire entouré d’entendants ; pour mes parents, il était hors de question que je ne puisse pas avoir les mêmes chances que tout le monde du fait de mon handicap. Je n’ai donc pas évolué avec des sourds et n’ai donc pas appris la LSF (langue des signes françaises). J’ai eu de la chance d’avoir des parents qui étaient particulièrement attentifs/soucieux de mon épanouissement puisque dès mon plus jeune âge, j’ai pu avoir accès au cinéma grâce à Canal +.

À l’époque, c’était l’une des premières chaînes, pour ne pas dire la seule, qui se souciait de sous-titré leurs films français. Ce qui m’a rendu cinéphile ; je nourris depuis une passion particulière pour le cinéma d’auteur français et international. C‘est aussi pour cette raison que la place de la vidéo a une place importante dans ma pratique artistique.
J’ai toujours été attiré par la musique dès mon plus jeune âge, je pense que le fait qu’elle soit prédominante au sein de mon foyer familial y est pour beaucoup mais elle n’a pas été accessible de premier abord. Du fait de mon audition, je décortiquais d’abord ce qui m’apparaissait comme n « bruit » avant de pouvoir considérer ce dernier comme une mélodie. La lecture des paroles de la chanson, le visionnage du clip vidéo m’y aidait … ce qui me rendait très sensible à ce que pouvait proposer un artiste avec son CD et le livret qui l’accompagnait. Ceci explique pourquoi le son a également une place importante dans ma pratique artistique. À travers les reprises de chansons que j’ai pu faire, comme par exemple, celle de Céline Dion « Pour que tu m’aimes encore », cette dernière fait partie de mon enfance et j’ai pu l’entendre grâce à la pochette d’album que mes parents avaient à la maison.

Par le biais de la mémoire collective, j’invite l’auditeur à pouvoir avoir des repères par rapport à ce qu’il connaît pour pouvoir être dans de bonnes disposition pour être réceptif à ce que j’ai à lui dire. C’est par cette manière que j’essaie, je pense, de permettre à l’autre d’être ouvert à cette autre manière de chanter, d’être ouvert à ces autres questionnements que j’essaie de soulever de manière implicite dans mon art, pour être réceptif à une abstraction proposée en somme.

« Je me mets à  nu, car mon travail introspectif a porté ses fruits »

Puis est arrivée l’adolescence où plusieurs enjeux ont pris de l’importance, la question de ma place en tant que sourd -lorsque la perte d’audition est entre 70% et 80%, on parle de surdité sévère, c’est le dernier palier avant la surdité profonde et enfin totale- quand le handicap est invisible et que son entourage est entièrement entendant, de la question d’être homosexuel dans un environnement où c’est un tabou, du fait que mes parents, nés au Cameroun, n’y étaient pas sensibilisés et du manque de représentations. À cette époque, Internet n’était pas aussi rapide et aussi riche que maintenant.

La difficulté a été de savoir ce que je voulais réellement, de me dépasser pour prouver que je pouvais faire autant qu’un entendant, tout en ayant un handicap lourd et ne jamais se reposer aussi bien dans son foyer familial et à l’extérieur ou dire « fuck ». N’ayant pas de modèles pouvant m’aider à m’affirmer et à embrasser mon handicap, j’ai été plutôt dans la première optique. Ce qui a eu pour conséquence de me mener doucement mais sûrement vers la dépression.

À mes 18 ans, alléluia ! j’ai mon bac mais je reçois une autre nouvelle. Suite à une relation un peu, pour ne pas dire très malsaine, après un test, j’apprends que je suis séropositif. Je suis tombé amoureux d’un mec qui avait plus de 10 ans de plus que moi, allergique à la capote, et malgré le fait que j’étais particulièrement rôdé sur les questions du SIDA, j’ai été contaminé. À cette période, ce qui m’a sauvé, je pense, est le fait que j’étais, déjà, dans une logique de résilience, de survie par rapport à mon passif. Surtout, je me suis posé et me suis dit « hum, hum, il va falloir se regarder en face, faire de l’introspection pour pouvoir régler tes soucis, sinon tu es dans la merde !! » J’ai eu de la chance d’avoir une amie qui m’a accompagné et avec qui on s’auto-analysait, en se disant, « on va en chier pendant 10 ans, en ne pensant qu’à nos soucis à régler mais après on avancera pour de bon et putain, on finira par s’aimer doucement nous-mêmes. »

Entre temps, ne sachant pas quoi faire après le bac, j’ai suivi le cursus « facile », qui est l’informatique, puisque mon père est maître de conférence dans ce domaine. Je sentais bien que ça ne me plaisait pas mais je prends sur moi, le temps des études, 3 ans, le temps de mon taf en tant qu’administrateur réseau, 3 ans, aussi. Et à mes 25 ans, du jour au lendemain, je perds totalement mon audition. On me propose donc une oreille bionique. Cette dernière est aussi appelée implant cochléaire, qui est composée de deux parties : une à l’extérieur qui permet de capter le son, qui relie l’autre partie interne, elle-même connectée au nerf auditif. Après une rééducation intensive, j’entends de nouveau et de manière plus précise.

« Black(s) to The Future est une plateforme pour donner de l’amour (…) proposer des alternatives à un futur pessimiste »

De nouveaux sons apparaissent, comme celui d’une feuille qui tomberait par terre. Des choses se débloquent chez moi et je commence petit à petit à créer. Notamment à travers le dessin, plus précisément l’autoportrait, une manière sans doute de continuer ce travail d’introspection. La nécessité d’expression prend le dessus sur le confort matériel, social. C’est une renaissance. Je démissionne, je me prends 6 mois, je fais une rencontre décisive avec Laure Riginale, qui avec son atelier Célavie me donne foi dans mon travail artistique, je touche à la peinture grâce à elle. On prépare les beaux-arts de Nantes et j’obtiens mon concours.

« Avoir des oreilles bioniques dans cette société, en retard sur les questions de la surdité, me fait appartenir au futur ! »

De fil en aiguille, je me tourne vers la vidéo. Dans un premier temps, c’est la question plastique qui m’intéresse en tant que médium tout en ne le dissociant pas du son, bien au contraire. Je suis obsédé par les possibilités de langage que peut proposer ce format, qui fait écho au fait qu’il est plus difficile pour moi d’entendre sans voir. À travers les multiples vidéos d’expérimentation, une « méthode de travail » finit par se dessiner. Je crée une structure en utilisant ma voix, à l’aide d’une pédale de loop. Lorsque je chante, je me cale au rythme en plaçant l’enceinte près d’une partie de mon corps – ventre, dos, mains- afin de ressentir les vibrations sonores. À partir de ce ressenti kinesthésique se développe un langage visuel où je me mets en scène. Ceci me conduira à la prise de vue. Lors du montage, je déconstruis ce langage visuel en ayant recours à l’ouïe et force le dialogue entre les images et le son.

>Lire notre interview de Mawena Yehouessi, la créatrice de Black(s) To The Future<

La vidéo, qui me semble la plus aboutie et représentative de mon travail, est celle qui sera visible au festival Black(s) To the future le samedi 16 et dimanche 17 septembre 2017, sous le nom de « I can’t deal with it », elle traite de la question de l’identité au sens large et questionne la trajectoire qui peut avoir entre le langage, la compréhension et la réception. Sinon « SatisfiedGone », pour laquelle j’ai un profond attachement, qui est visible sur ma page Vimeo. Quant aux autres, elles sont, à mon sens, des vidéos d’expérimentations qui m’ont permis de m’améliorer avec ce médium.

Maintenant, parlons de communauté. J’ai constaté une chose, qui n’a cessé de me revenir comme un boomerang : nous allons tous mal. À travers mes différentes expériences dans chacune de mes communautés -sourde, noire, homo et séropo- j’aimerais porter l’attention sur celle de la communauté gay. Cette année, à 30 ans, l’année qui coïncide avec mon arrivée sur Paris, j’ai pu expérimenter le sexe sous « chems », ce qui signifie sous drogue et qui a pour but de stimuler la libido et d’être performant, c’est une pratique qui est de plus en plus répandue et qui peut avoir des conséquences dramatiques sur le long terme, telles que l’addiction aux drogues dures (coke, GHB, etc) mais aussi la montée en puissance des contaminations du VIH et autres MST. Sans compter les décès par overdoses … Et à côté de cela, il y a peu ou pas d’assistance psychologique par rapport à ce nouveau fléau, pour les personnes esseulées et dépendantes, les associations se trouvent dépassées par manque de moyen. C’est quelque chose dont on parle peu, qui est presque tabou et c’est triste. Il ne s’agit pas de juger mais de faire un appel à ceux qui seraient tombés dedans et de leur dire que je pense à eux et qu’ils ne sont pas seuls, qu’on est ensemble. Ceci est valable pour toutes les autres communautés que je pourrais représenter et dont les personnes qui les composent pourraient se trouver en difficulté et auraient besoin de représentations. Ce sont pour ces raisons que je me mets à nu car mon travail introspectif a porté ses fruits, j’ai pu avancer et j’ai le privilège, la chance d’avoir une famille, des amis qui me sont chers et qui ont été capables de se remettre en question pour comprendre ce qu’il pourrait m’arriver.

Moi, l’afrofuturisme et Black(s) to the future

On en vient à la famille Black(s) to the Future, qui est un collectif et une plateforme, où à travers l’afrofuturisme, j’ai pris conscience que j’avais un lieu où je pouvais partager mes expériences et surtout être dans un espace où nous nous donnerions beaucoup d’amour pour permettre de nous donner des clés afin de trouver ou du moins d’essayer, d’expérimenter afin de trouver des moyens d’être ensemble, de se soigner ensemble afin d’être assez fort.e.s pour pouvoir diffuser de l’amour et ainsi essayer de changer la donne et de proposer une alternative/des alternatives à ce futur, assez pessimiste qui nous est souvent donné à voir et de ce fait de changer la donne par rapport à la question de la communauté, du vivre ensemble.

Me concernant, l’afrofuturisme est un moyen de prendre du recul sur ses affects pour aller vers la création artistique « pure et simple », en évitant le côté victimaire. Par exemple, le fait d’avoir des oreilles bioniques qui ne sont pas intégrées dans cette société, cela ne signifie pas que je suis rejeté mais que cette dernière est en retard. Je fais donc partie du futur et ai beaucoup à vous apprendre !

Pour le festival, Eden Tinto Collins -aka Eden Ô Paradis- et moi, nous allons vous présenter notre projet « La phénoménologie de l’abstraction », il y sera question en quelques mots-clés de rencontre, d’amour, d’homme-machine et bien plus encore. => Dimanche 17 Septembre à 18h30. »

Rendez-vous est pris.

retrouvez toutes les infos sur le festival en allant sur sa page Facebook et celle de l’événement sur le meme réseau social https://www.facebook.com/blackstothefutureonline/

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Dites, Ludo d’ @osonscauser, vous jouiez vraiment au « négro », ado ?

Ludo

Je me permets de vous appeler comme cela car c’est ainsi que vous vous présentez sur votre chaîne Youtube Osons Causer, où vous parlez régulièrement politique. Vous avez une audience large, conquise par vos analyses et le format de vos propos, vos vidéos sont hébergées par Médiapart, les médias vous invitent régulièrement à vous exprimer. Vous savez comme moi que les mots sont importants, surtout dès lors qu’ils tombent dans la sphère publique, qu’ils sont notamment prononcés sur des médias d’état.

Je dois avouer que votre passage dans Jeunesse 2016, l’une des séries de France Culture, ainsi que la retranscription écrite de vos propos, m’a interpellée.

Oui, ça date -août 2016- ; sans doute, le climat politique entourant les élections présidentielles de 2017, entre offre politique plus que décevante, injonctions à aller voter et /ou à faire barrage au FN, sondages et débats à n’en plus finir a fait ressurgir ce podcast où vous parlez de vous. Partagée par plusieurs personnes sur les réseaux sociaux, dont par la blogueuse La Toile d’Alma, qui n’a pas manqué de réagir, ou encore par l’autre co-fondatrice du blog, cette partie de l’interview m’a étonnée par sa teneur et par le fait qu’elle soit passée inaperçue.

J’ai pris le temps de vous écouter évoquer votre enfance à Strasbourg, parler de vos parents.

Et j’ai tiqué. Dès le début.

Pourquoi utilisez-vous des mots et des tournures de phrases hautement racistes et blessantes ?

Vers la 4e minute de l’émission, par exemple, on arrive à ce moment du récit de votre vie, à l’époque du collège, de la pré-adolescence. Et vous dites :  « On jouait au négro ».

Jouer au négro. 2016. Ce n’est pas l’adolescent que vous étiez qui parle, c’est la personne qui a 29 ou 30 ans qui se revoit, avec tendresse, assorti d’un petit rire, évoluer au milieu notamment des personnes qui la fascinent alors : les « Blacks ». Jouer au négro du coup, c’était quoi, pour vous qui étiez « gros et gentil » ? Vouloir ressembler à votre ami noir, connaître le hip-hop de cette époque.

« Keubla », le verlan du mot noir en anglais -ça faisait jeune dans les années 90 peut-être- ou le terme négro, qui divise et blesse chaque fois qu’il est employé, est-il un usage que vous revendiquez encore en 2017 ?

Vous ne remettez à aucun moment en cause ces termes, dans ce qu’on entend des sept minutes d’émission : pourquoi ?

Comprenez-vous que parler de « jouer au négro » comme on endosserait un déguisement, un costume, puisse blesser, choquer, humilier, faire rire pour ne pas pleurer ?

Au début de l’interview, vous dites avoir grandi à côté de quartiers à Strasbourg et expliquez que c’est pour ça que vous ouvrez vos vidéos en disant « wesh wesh les amis ». Ce serait un marqueur culturel commun que vous utilisez pour vous adresser à celleux avec qui vous avez grandi. N’est-ce pas réducteur ? À vous écouter, il faut donc utiliser une locution spéciale, pour faire un clin d’œil à vos amis venant des quartiers.

Pensez-vous vraiment qu’en faisant cela, vous vous adressez à elleux ?

Vous réagissez à l’actualité politique et l’expliquez ; la question des « quartiers »  a clairement été l’une des grandes absentes du débat, mais également de vos vidéos. Pourquoi ?

C’est vraiment à vous que je m’adresse.

Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre comment vous expliquez ce que vous dites dans cette émission, parce que cela me choque, m’attriste, ainsi que mon entourage au sens large. Nous avons le même âge, vécu à proximité des quartiers populaires, et pourtant j’ai le sentiment de vivre dans un autre monde que le vôtre.

J’espère que vous comprendrez l’objet de ma missive et que vous répondrez aux questions qui y sont soulevées : utiliser des termes inappropriés, racistes, quand on se pose en proximité totale avec les personnes qu’on désigne en est une.

Osons en causer, mais vraiment.

Dolores pour L’Afro

(Source photo : France Culture)