INTERVIEW – Grace Ly, la blogueuse qui oeuvre pour une représentation plus juste des Asiatiques en France

ENTRETIEN – Née en France, Grace Ly a utilisé la cuisine comme porte d’entrée pour accéder à la culture cambodgienne transmise par ses parents en y consacrant un blog, « La Petite Banane« . Grace Ly parle volontiers de sa double culture franco-asiatique et a même créé une websérie, « Ça reste entre nous », où d’autres femmes et des hommes s’expriment sur la question. Le troisième épisode, abordant le thème de l’éducation des enfants, a été mis en ligne mercredi.
Grace Ly fait partie de celleux qui veulent montrer une autre image des Asiatiques en France,  reflétant tout simplement leur quotidien et s’éloignant ainsi des clichés établis par la société.
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Grace Ly © Vanida Hoang

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Grace Ly, je tiens un blog qui s’appelle « La Petite Banane » où je parle de bonnes adresses de cantines et restaurants asiatiques mais aussi d’identité.

Pourquoi avoir appelé votre blog « La Petite Banane » ? Est-ce un nom qui a choqué certain.e.s ?

Bien sûr, on m’a déjà dit « mais pourquoi utiliser le mot ‘banane’ ? C’est raciste ! » Mais c’est le surnom que me donnait ma mère de façon affectueuse. Elle disait que jaune à l’extérieur et blanche à l’intérieur, du fait de ma double culture -mes parents ont quitté la guerre au Cambodge pour venir en France où je suis née. Ma mère voulait à tout prix que je m’intègre, elle croyait bien faire.

Quand avez-vous créé le blog ? Comment vous est venue l’idée ?

J’ai créé le blog il y a 7 ans. Il est né d’une colère, suite à une série de reportages télévisés qui pointaient du doigt les restaurants chinois pour leur mauvaise hygiène. On parlait d' »appartements raviolis ». Cela a contribué à leur faire une mauvaise réputation, ce que je trouve injuste. A cause d’une minorité, la majorité des restaurateurs sont stigmatisés. Quand on va manger dans un mauvais restaurant par exemple français, on dira « ça peut arriver », « je n’ai pas eu de chance ce coup-ci ». Alors que quand il s’agit d’un restaurant chinois, ce sera « je ne mangerai plus jamais ce type de cuisine, je vais encore tomber malade. » Je suis d’autant plus sensible à ça que mes parents sont eux-mêmes restaurateurs. J’ai également choisi de parler de cuisine car c’est le moyen le plus rapide d’accéder à la culture de mes parents.

Comment est née la websérie « Ça reste entre nous » ? Pourquoi ce nom ?

Le projet, que je réalise avec mon amie Irène Nam à la caméra, est inspiré des discussions que j’ai avec mes proches quand on se retrouve et qu’on échange autour d’un repas. L’idée, c’est de donner la parole à des asiatiques français.e.s, qui parlent de leurs expériences. Il y a un manque de visibilité à ce sujet. Ou alors, on nous limite à des stéréotypes (tou.te.s des restaurat.eur.ices, la minorité modèle etc). Dans cette websérie, on partage des choses personnelles, dont je ne peux, pour ma part, parler que dans un cadre intime. C’est de là que vient le nom « Ça reste entre nous ».

Pour le moment, vous avez réalisé trois épisodes : un sur les femmes, un autre sur les hommes et le dernier sur l’éducation des enfants. Comment avez-vous sélectionné les intervenant.e.s ? A-t-il été difficile de les convaincre de participer ?

Les intervenant.e.s sont des ami.e.s, pour des raisons pratiques ; c’était plus simple pour commencer. Iels  ont tou.te.s  accepté volontiers de participer sauf une femme, qui figure dans le dernier épisode, qui a failli ne pas le faire à la dernière minute. Encore une fois, on parle de choses intimes, elle avait peur de ce qu’aller en penser sa famille. Au final, elle a joué le jeu et m’a même dit que ça lui avait fait du bien.

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Steve Tran © Camy Duong

Avez-vous montré le projet à vos parents ?

Ils ne comprennent pas les questionnements identitaires que je peux avoir. Pour mon père, je suis cambodgienne. Mes parents sont d’une autre génération. Ils se disent, après avoir fui la guerre, qu’ils sont bien contents que ce pays, la France, les a accueilli. Pour eux, je m’invente des problèmes à critiquer les clichés auxquels on est assimilé.e.s et je devrais juste dire merci d’avoir pu naître ici. J’aimerais donc finir certaines choses avant de leur montrer.

Avez-vous tenté de vendre ce concept pour l’adapter à la télévision ?

On a tenté de démarcher quelques chaînes mais elles sont frileuses…

Jugent-elles le programme « trop communautaire » ?

Oui, parce qu’un programme qui ne réunit QUE des asiatiques … Pourtant, quand on voit le public qui vient quand on organise des projections -comme la seconde qui a eu lieu en novembre au Musée de l’Histoire de l’Immigration– ou même l’audience sur les réseaux sociaux, on voit bien que le sujet ne parle pas qu’aux Asiatiques mais touche tout le monde. Ce sont des questions universelles qu’on aborde : l’amour,  la séduction, la confiance en soi, l’éducation des enfants …

Quelle est la suite du projet ?

Nous allons continuer « Ça reste entre nous » mais cette fois, j’aimerais beaucoup que ce soit des intervenant.e.s extérieur.e.s, des femmes et des hommes que je ne connais pas, qui y prennent part, en proposant des thèmes et en prenant la parole devant la caméra. Nous allons aussi lancer une campagne de crowdfunding car le programme a été réalisé sur nos fonds personnels jusqu’ici.

Vous pouvez retrouver Grace Ly sur la page Facebook La Petite Banane, sur la page Facebook Ça reste entre nous. Elle est également sur Twitter (@BananaGras).

(Crédits photo à la une : Camy Duong)

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#Fraicheswomen2017 n°3 : Marina Wilson, dj et beatmakeuse

« Le meilleur, c’est quand des inconnus viennent me remercier de leur avoir fait passer un bon moment ; ma mission est accomplie ! »

Musique – Marina Wilson devient Cheetah quand elle est aux platines pour enjailler son monde. On est tellement fans de son oreille qu’on l’a invitée à mixer lors de notre émission spéciale Afropunk en juillet dernier et à #lafrorentree2017 qui aura lieu ce vendredi au Hasard Ludique. On lui avait même demandé de parler de sa nuit typique. Elle avait donc toute sa place dans notre liste de femmes afrofrançaises à suivre,  elle, la dj montante de la scène afroparisienne, qui est bien au fait des tendances musicales à Abidjan, à Johannesburg ou à Atlanta. En plus d’être un couteau-suisse avec une vraie vision, férue de digital (elle a d’ailleurs créé Creative Land, un site dédié où elle partage des découvertes numériques), à l’origine du webzine culture et lifestyle Black Square et tellement d’autres choses. En d’autres termes, elle ne blague pas.
Comment définissez-vous votre travail ?
Mon travail, je le définis comme étant nourri par ma polyvalence, que ce soit au niveau des morceaux que je choisis de mixer , de mes influences ou encore de mes centres d’intérêts divers et variés.
A-t-on essayé de vous décourager ou vous avez été au contraire encouragée, choyée, portée dans votre entreprise ?
Oui, on a souvent essayé de me décourager du fait de cette assignation -femme et noire- mais la personne qui m’a toujours encouragée à ne rien lâcher, c’est ma mère car elle-même était femme d’affaire donc anticonformiste.
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Crédits photo : Noellal
Quand vous êtes-vous sentie pleinement dj ? 
Je me suis pleinement sentie dj le 3 septembre dernier ! Je mixais pour un événement afro à Communion et à un moment donné, j’ai joué du Meiway, son classique 100% zoblazo ! Pour ceux qui connaissent le clip, une des références est de danser avec des mouchoirs … Lorsque j’ai vu les gens les sortir pour recréer la chorégraphie, c’était incroyable et aussi l’énergie globale qu’il y avait pendant mon set. Le meilleur, c’est quand des inconnus viennent me remercier de leur avoir fait passer un bon moment ; ma mission est accomplie!
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je travaille sur l’organisation de la 3ème édition du Break The Beat, un battle de beatmakers que j’ai lancé le 2 septembre dernier.
Quelle est votre principale source d’inspiration ?
Ma mère 🙂

TRIBUNE – « Racism or Just French ? », quand une américaine d’origine coréenne s’interroge sur le racisme en France

Auteure et fondatrice du blog Les Lolos, où elle parle de ses découvertes parisiennes, de sa maternité, et du fait d’être une femme en général, Maggie Kim-Bunuel vit à Paris depuis 9 ans, après avoir quitté New-York par amour. Américaine d’origine coréenne âgée d’une quarantaine d’années, elle est mère de deux enfants, ce qui l’a poussé à adresser les problématiques liées au racisme à travers une série d’articles dont le premier publié sur son blog.

Dans le premier épisode de la série « Racism or Just French? », Maggie Kim-Bunuel s’est intéressée au monde la publicité à travers une campagne lancée par Monoprix, confondant différentes cultures asiatiques, faisant de l’Asie non plus un continent mais un pays. Elle y explique l’impact que ce secteur peut avoir au quotidien sur le racisme ordinaire en perpétuant des clichés.

L’article « Racism or Just French ? Monoprix » a été initialement publié en anglais sur le blog Les Lolos, à retrouver en version originale ici.

Est-ce du racisme ou est-ce juste français ? Le cas Monoprix

En tant que femme américaine de couleur, je remarque de diverses façons que ce pays est à la traîne au niveau de la conscience du racisme et de son caractère sensible. Par exemple, mon fils a appris à l’école maternelle une chanson qui s’intitule « Les petits Chinois« . Voilà ce que donne en gros les paroles : « Les petits Chinois sont comme toi mais bon, ils ne sont pas vraiment comme toi parce qu’ils font des trucs exotiques et bizarres comme rêver de dragons, porter des tongs dans les rues de Hong Kong et ils dessinent leur langue au lieu de l’écrire ». (N.B : j’ai pris quelques libertés artistiques avec les paroles).

Alors que cette chanson semble être un classique français des comptines pour enfants, est-ce que les professeurs la remettent en contexte ? Est-ce qu’ils expliquent aux élèves que les enfants chinois portent désormais des baskets et sont conduits en voiture à l’école (et non plus en vélo), en particulier dans la Chine moderne ? Se rendent-ils compte à quel point cette chanson est stigmatisante ? Si vous dites à un enfant âgé de 4 ans en utilisant un rythme entraînant que ça, c’est la Chine, ne va-t-il pas grandir en croyant que c’est vrai jusqu’à ce qu’on lui explique que ce n’est pas le cas ? Et qui va le lui expliquer ? Je n’ai pas encore décidé si j’allais dire à l’école ce que j’en pense, mais comme j’ai passé deux paragraphes à râler, je devrais probablement le faire.

Ce qui m’amène à notre nouvelle série : est-ce du racisme ou est-ce juste français ?

Pour tenter d’informer, de questionner et d’analyser, je vais faire référence à des choses sur lesquelles je suis tombée en France, qui sont au mieux, de l’ignorance, et au pire, du racisme.  (La paresse et la stupidité se situent quelque part au milieu). Je sais que la plupart des gens n’essaient pas d’être racistes, mais les bonnes intentions n’empêchent pas de faire du mal. Lisez ça à nouveau : les bonnes intentions n’empêchent pas de faire du mal. Bien entendu, ça peut être agaçant de « sans cesse » pointer du doigt des choses comme étant racistes. Pourquoi sommes-nous, les minorités, constamment si sensibles ? Mais vous savez ce qui est pire ? Être « sans cesse » entouré.e.s de personnes qui nous rappellent que nous sommes des citoyen.ne.s de seconde zone à cause de nos origines. Au passage, c’est ce qu’on appelle des micro-agressions.

J’espère que vous verrez cette série de la même manière que moi, c’est-à-dire comme une façon d’entamer un dialogue et d’ouvrir une discussion sur la race et la culture pour améliorer notre société, en particulier quand on éduque des enfants, que l’on soit parents ou pas.

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Monoprix, je vous vois surfer sur la tendance de la beauté asiatique parce que c’était une grande mode il y a deux ans. Mais je suis heureuse de voir mon pays se faire un nom et être respecté par un géant français comme vous. Répandons l’amour pour les produits coréens de soin de la peau.

Mais attendez, je suis un peu perdue. Pratiquement tous les produits ici viennent de Corée- pays qui a été le meilleur dans le secteur cosmétique- pourtant votre titre mentionne « le pays du Soleil-Levant ». Hum, ça, c’est le Japon ; la Corée, c’est le pays du Matin calme. Une recherche rapide vous aurait permis d’avoir cette information. Vous ne pensez pas que le Japon et la Corée, c’est la même chose, si ?

Parce qu’ensuite, vous continuez avec les « kawaii-girls ». « Kawaii » veut dire mignon en japonais. Encore une fois, ce ne sont ni les mêmes pays ni la même population et nous n’y parlons pas la même langue. C’est pourtant simple : le coréen est parlé en Corée et le japonais est parlé au Japon. De plus, la Corée et le Japon ont une relation tendue qui remonte à longtemps alors mieux vaut éviter de les mettre dans le même panier.

Jusqu’ici, les références sont japonaises mais les produits ne le sont pas :

  1. La marque Erborian est une collaboration franco-coréenne bien connue
  2. Des mots coréens apparaissent sur l’emballage des masques en tissu Saem

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  1. C’est juste de la paresse. Vous ne pouvez pas dire qu’un produit Maybelline vient « directement de Corée » parce que ce n’est pas vrai. C’est le cas de la technologie de coussin compact mais la marque Maybelline est américaine pur jus (du moins jusqu’au moment où elle a été rachetée par L’Oréal). L’éditrice que je suis est offensée.
  2. Eh bien, tout ça est bien « mignon ». Nous, les Asiatiques, adorons tout ce qui est kawaii !
  3. Est-ce qu’on peut ARRÊTER avec les références aux geishas ? Je ne rêve pas de ressembler pas à une geisha parce que je n’ai pas envie d’avoir l’air de m’être barbouillée le visage avec de la craie. Pourquoi ne pas dire tout simplement « vous rêvez de ressembler à Marcel Marceau ? » Mais si vous tenez à parler des geishas (un conseil en passant : ne le faites pas), montrez un produit japonais et non pas un coréen.

Même si je mets en majeure partie la bêtise de Monoprix qui consiste à dire « ils se ressemblent tous » sur le compte de l’ignorance et de la paresse en ce qui concerne l’équipe de rédaction et  marketing, je n’apprécie pas le fait de confondre les cultures japonaise et coréenne. C’est tellement normal pour eux qu’ils n’ont même pas pris la peine de faire une recherche sur Google au sujet du pays sur lequel ils écrivaient. (J’ai cherché la date à laquelle L’Oréal a acquis Maybelline-parce que c’est ce que font les rédacteur.ices!- et ça remonte à 1996.) C’est ce genre de négligence au quotidien qui font que des gens vont me dire « Konichiwa » dans la rue, pensant que ça fait d’eux des ambassadeurs culturels alors qu’ils sont en fait stupides et offensants. Si vous vendez des produis coréens, ne faites pas référence à la culture japonaise. Ne perpétuez pas l’idée selon laquelle l’Asie est un pays. On ne parle pas de paella française, si ?

Pour finir, faites des vérifications au préalable. On est en 2017, internet est un outil incroyable pour accéder au savoir, si on choisit de l’utiliser de cette manière.

Exclu – Un an après son lancement, la plateforme Afrostream veut mettre en avant la créativité de sa communauté

DIVERTISSEMENT – Afrostream, la plateforme afro où on peut regarder des séries, films et émissions américaines et africaines pour la plupart, fait peau neuve pour fêter sa première année d’existence. Le nouveau site qui se veut plus épuré et encore plus riches et divers en termes de contenu sera présenté au grand public ce jeudi 1er décembre. Marina Wilson, la responsable digitale de la plateforme, et dont on vous avait déjà parlé en tant que dj Cheetah, nous en a révélé les grandes lignes en exclusivité. 

Dans le monde très concurrentiel du streaming de séries et de films, il y a Netflix , le leader mondial en la matière, Iroko TV qui règne en maître au Nigéria et au Ghana et de façon plus général en Afrique anglophone,-une version francophone, Iroko+ a été lancée en partenariat avec Canal + début 2016– et Afrostream, lancé par Tonjé Bakang. Tourné vers la France et le continent africain, la plateforme veut conquérir la diaspora afrofrancophone mais aussi les États-Unis. Le plan pour atteindre son but ? La touche média social. La responsable digitale du site, Marina Wilson nous en dit plus.

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Quel est ton rôle chez Afrostream ?

Je suis responsable digitale- je me charge de la communication de la marque en ligne- et directrice artistique et éditoriale.

Que pourra-t-on trouver sur la nouvelle version du site ?

Il y aura 2 grandes nouveautés : un espace « life » et un espace communauté. Dans l’espace lifestyle, on pourra trouver du contenu éditorial préparé par l’équipe de rédaction mais aussi de contributeurs extérieurs, y compris en matière de vidéos qui devraient faire leur apparition au premier trimestre 2017. Dans la partie communauté, les abonné.e.s – en comptant celleux qui sont uniquement inscrits à notre newsletter, iels sont 150 000- pourront partager de l’audio et de la vidéo. Notre public pourra également soumettre des articles et on fera de la curation pour sélectionner les contenus que l’on juge intéressants à publier dans la partie lifestyle. Mais l’important est que l’on crée un espace d’interaction afin de fidéliser les personnes qui nous suivent sans avoir de comptes et d’en fidéliser d’autres. C’est ce que l’on a surnommé « le média social de la créativité afro. »

Le catalogue actuel comprend des webséries britanniques comme Brothers with no game que disponible sur Youtube ou américaines comme Sexless que l’on retrouve sur la webchaîne Black&Sexy TV. Quel est l’intérêt de les ajouter sur Afrostream ?

Le but est de rassembler l’ensemble de contenus que l’on peut trouver sur différents sites sur une seule et unique plateforme en les traduisant en Français. On en aura d’autres cette année comme la webdocumentaire Strolling de Cecile Emeke. On aura aussi de nouvelles séries TV avec l’arrivée de la série comique Black-ish produit par Disney dès le 1er décembre.

Quels sont les objectifs à atteindre sur du moyen/long terme ?

Devenir la référence du point de vue africain et caribéen et ne pas donner uniquement une vision occidentale. On essaie de le faire en élargissant nos contenus -déjà 1 000 heures de visionnage sur le site- et en nous déployant – on est déjà disponible dans 28 pays dont 24 africains comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire – parmi lesquels on recense le plus grand nombre d’abonnés avec la France- où l’on espère développer des projets au niveau local. On prévoit également de se mettre à l’événementiel, la meilleure façon d’aller à la rencontre de notre public, où qu’il soit.

 

SÉRIE – Pourquoi c’est important de regarder « Insecure » d’Issa Rae (quand on a OCS)

TÉLÉ – L’Afro a pu voir les premiers épisodes en exclusivité d’Insecure, la nouvelle série créée et interprétée par Issa Rae diffusée dimanche 9 octobre sur HBO (Girls…)   et lundi 10 octobre sur OCS. Ce projet a une histoire, débutée sur Youtube en 2011. On vous la raconte.

Noire et nerd, c’est le parfait point de départ qu’a choisi Issa Rae, une comédienne américaine pour écrire et jouer dans The Misadventures of  Awkward Black Girl, sa série diffusée sur Youtube en 2011. Vingt millions de vues plus tard, le projet a atterri sur HBO et s’appelle Insecure. Même si on n’y aime pas tout, on vous dit pourquoi on a apprécié regarder les premiers épisodes.

The Misadventures of  Awkward Black Girl, c’était l’histoire de J., que joue Issa Rae, qui a également écrit le scenario. « Je suis maladroite et je suis noire. Quelqu’un m’a dit un jour que c’était les deux pires choses que l’on puisse être », dit l’héroïne dès le début du premier épisode. On suit J. dans sa vie d’Afro-américaine moyenne. J. qui se fait larguer par son mec, qui se rase le crâne à la suite de cela, -qui « big chop » comme on dit chez les « nappys »- J. dans son boulot de téléprospectrice pour une entreprise qui vend le nécessaire pour se nettoyer le colon, J. avec ses collègues tous plus ridicules et/ou détestables les un.e.s que les autres.

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Coucou la bonne ambiance

Il y a celui qui parle tellement bas qu’il est inaudible, l’emmerdeuse de première et la cheffe, cerise sur le gâteau, une sorte de Rachel Dolezal, incarnant à merveille le cliché de l’amoureuse de la culture africaine-américaine, n’hésitant pas à arborer d’horribles tresses et à ponctuer ses conversations avec J. de « girlfriend » et autres « sister ».

Coucou les nattes couchées qui marquent mal
Coucou les nattes couchées qui marquent mal

Et la meilleure défense de l’héroïne pour tenir dans cet environnement, c’est l’agressivité passive à coup de rap énervé mais totalement awkward.

Insecure : du droit d’être noire et nerd

Issa Rae a débuté le projet alors qu’elle n’était pas encore diplômée, avec de petits moyens : une équipe de 12 personnes, dont sa meilleure amie – à qui elle apprend à tenir une caméra- et son petit frère – enimaL, rappeur et producteur de la majeure partie de la musique de la websérie. Très vite, l’awkward black girl devient un phénomène sur la toile : la seconde saison est hébergée sur la chaîne Youtube de Pharrell Williams, iamOther et l’ensemble des épisodes des deux saisons totalisent plus de 20 millions de vues à ce jour.

Quand on ne se sent pas représenté.e, on s’en charge soi-même.  C’est ce qu’a fait Issa Rae ; écrire, jouer et réaliser The misadventures of awkward black girl, c’est l’opportunité de se retrouver dans un personnage féminin noir autre que la noire énervée ou la croqueuse d’hommes pour ne citer qu’eux.
Le personnage de J. a diverses facettes, à l’image d’Issa Rae qui avoue « être coupable d’aimer les téléréalités », adorer les délires « ratchet », être fan de Seinfeld et de Donald Glover, qui a contribué à remettre au goût du jour l’image du noir nerd à la télévision par exemple dans le sitcom Community et que l’on connaît aussi comme rappeur sous le nom de Childish Gambino. Ce dernier apparaît d’ailleurs dans l’un des épisodes de la websérie.  J. n’est pas particulièrement sexy, elle n’est pas sous ou surdiplômée mais c’est une « average girl » cherchant l’amour, voulant se faire une place dans la société, s’épanouir professionnellement. Enfin, un personnage normal et marrant qui lui ressemble … et auquel on peut aussi s’identifier  !

Changements locaux pour la version HBO

HBO comprend qu’il y a du potentiel en 2014.

Ce contrat avec la chaîne américaine, c’est un tour de force quand on sait à quel point il est difficile de vendre un concept à une chaîne de télévision. Elle avait notamment été approchée par Shonda Rhimes en 2013 pour réaliser le pilote d’une des Issa Rae productions,  I hate L.A. dudes qui n’a finalement jamais abouti. Mais pour que The Misadventures of awkward black girl, rebaptisé sur le petit écran Insecure voit le jour, il aura fallu près de deux ans de travail, comprenant de nombreuses phases de réécriture.

Dans Insecure, Issa, qui porte son propre nom, est en couple depuis plusieurs années avec un homme qui a du mal à monter sa propre entreprise. Alors qu’elle s’ennuie, elle reprend contact avec son « what if guy », soit celui avec qui il ne s’est jamais vraiment rien passé et qui lui fait se demander ce que serait sa vie si elle s’était mise avec lui.

Dans une interview donnée à CNN, Issa Rae affirme que le rôle qu’elle campe est celui de celle qu’elle serait si elle ne savait pas ce qu’elle voulait faire. Elle a également insisté sur le fait que ce récit n’a aucunement la prétention de représenter la femme noire par excellence mais qu’il s’agit d’une expérience spécifique. Encore une fois, elle démontre la nécessité d’une variété dans les narrations, les façons de les écrire et de les montrer. Les contraintes du format TV -format d’environ 30 min, rythme, le casting vendeur- ont entraîné des changements dans l’oeuvre originale web.

Du renouveau à la télévision américaine ?

Issa Rae a lancé son projet « Color Creative » en 2013, une plateforme visant à « augmenter les chances des auteurs de télé femmes et issus de minorités, de montrer et de vendre leur travail, à la fois au sein et en dehors du circuit classique des studios (…) en formant les futures créateurs et auteurs-producteurs qui aideront à changer le paysage télévisuel. » Si on peut saluer l’initiative, tout n’est pas parfait. La plupart de ses collaborat.eur.ices sont des personnes déjà plus ou moins installées dans le monde de la télévision si hollywoodien, à l’instar de Larry Wilmore qui officie dans le « Daily Show » de Jon Stewart et de Natasha Rothwell qui écrit pour le « Saturday Night Live » et joue dans la série Netflix The Characters.

Côté réalisation, on retrouve Melina Matsoukas qui a  réalisé des clips pour Rihanna (« We found love »-pour lequel elle a gagné un Grammy-, « You da one »), Solange (« Losing You »), Beyoncé (« Pretty Hurts », « Diva », « Formation »), Kevin Bray qui a également fait dans les music videos pour Brandy (« Have you ever, Almost doesn’t count) ou encore Whitney Houston (« Your love is my love ») et désormais dans la série TV avec Suits, sans oublier Cecile Emeke et avec Raphael Saadiq et Solange pour une direction musicale au top. Des personnalités pas tout à fait mainstream, mais influentes et installées dans leur domaine.

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Issa et sa BFF Molly dans Insecure

C’est peut-être dans le casting que l’effort de mettre en valeur plus de comédien.ne.s non-blanc.he.s sans trop d’exposition se voit le plus, on aperçoit plusieurs comédien.nes de chaînes Youtube que l’on suit comme Rome et Chaz, deux des six colocataires humoristes de « Dormtainment », enimaL et d’autres qui jouaient dans The « F » word, websérie réalisée par Issa Rae sur la vie d’un groupe de rap un peu à la ramasse qui essaie de percer.

Insecure et awkward black girl : pas le même combat

La grosse déception, c’est surtout la disparition du duo original que formaient J. et son amie indienne Cece, interprétée par Sujata Day, au summum de l’awkwardness,  au profit du tandem Issa et Molly. Cette dernière est l’archétype de la femme noire éduquée, au top de sa carrière mais qui galère pour se caser. Un air de déjà vu dans la série Being Mary Jane ou encore le film Think like a man. Le pire : la talentueuse Sujata Day devient un simple personnage secondaire. Dommage.

Reste que la série est drôle, même s’il nous manque un peu d’awkwardness. On est en tout cas contentes de voir que la volonté d’Issa Rae de montrer d’autres femmes noires différentes sur petit écran, a porté ses fruits. Et c’est fort et symbolique, à l’heure où Girls, l’autre série phare de HBO, créée et interprétée par Lena Dunham s’arrête définitivement après six saisons et de nombreuses polémiques autour de la représentation ou plutôt la non-représentation des femmes non blanches.

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On continuera à la suivre, en espérant qu’elle puisse développer encore d’autres récits, toujours proches de la réalité, avec une touche de fantaisie et surtout avec son humour particulier. Et que d’autres puissent apporter leur pièce à l’édifice également, qu’ils débutent sur le net ou pas.