Mams Yaffa à l’origine de la campagne #stopdepigmentation : « cette démarche se veut sociale et sanitaire »

ENTRETIEN – Mams Yaffa est le fondateur de l’association Esprit d’Ebene, créée en 1998 et oeuvrant à l’insertion professionnelle de jeunes issu.e.s de quartiers populaires. Il est également à l’origine de la campagne « stop dépigmentation », soutenue par l’acteur Eriq Ebouaney , la comédienne Aicha Sylla et la chanteuse et comédienne Fatoumata Diawara et dont les photos réalisées par le photographe David Uzochukwu sont affichées dans les transports franciliens. Mams a accepté de répondre à nos questions au sujet de ce projet de sensibilisation aux dangers de l’éclaircissement de la peau.

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Comment est né le projet « stop dépigmentation » que vous avez monté dans le cadre de l’association Esprit d’Ebene que vous présidez ?

Le projet part du constat qu’aujourd’hui encore, nous observons que des femmes, des hommes, de tout âge et de toute catégorie socio-professionnelle ont recours à la dépigmentation artificielle de la peau. L’objectif est donc d’une part de sensibiliser les populations africaines, asiatiques et maghrébines de France des dangers liés à cette pratique et d’autre part de les conduire à prendre conscience que la beauté est plurielle et qu’être « bien dans sa peau » passe par l’acceptation de soi.

En somme, cette campagne se veut être un plaidoyer en faveur de la peau naturelle, mais également une véritable démarche sociale et sanitaire.

C’est le jeune et talentueux photographe David Uzochukwu qui est l’auteur de ces clichés que l’on retrouve dans nombre de métros parisiens et en Ile-de-France depuis le 21 décembre. Comment s’est passée la rencontre ?

L’agence digitale Iconoclast est l’un des partenaires phares de cette campagne. Elle nous a aidé à définir la ligne créatrice et éditoriale de celle-ci. Dans le cadre de ce partenariat, elle a également mis à contribution les talents de David Uzochukwu, jeune photographe parmi les meilleurs de sa génération. Nous avons partagé notre vision et nos ambitions avec lui et il a su les rendre parfaitement sur les photos que vous verrez dans différentes villes françaises.

Dans quelles autres villes la campagne sera-t-elle visible ? A quel moment ?

On prévoit Marseille, Lyon, Orléans et Strasbourg à partir de septembre 2018 si tout va bien.

Le projet a été lancé fin 2016 et dévoilé au grand public le 21 décembre de cette année. Que s’est-il passé durant un an ?

Pendant un an, nous avons étudié ce phénomène à travers une grande enquête en ligne. Sur la base de ces retours, nous avons pu comprendre précisément les origines de cette pratique et cela nous a conforté dans l’idée que cette campagne était nécessaire. En partant de ce postulat, nous avons travaillé à nouer des partenariats avec des act.eur.ice.s et professionnel.le.s de la beauté, des médecins, dermatologues et coachs en développement personnel. L’objectif était de fournir une campagne complète axée essentiellement sur l’estime de soi et la prise de conscience que notre couleur de peau fait partie de notre identité,  donc que la changer, c’est se dénaturer.

Enfin, pour mener et financer une campagne de cette envergure, il a également fallu récolter des fonds. C’est tout ce travail qui a été réalisé ces derniers mois avec l’équipe projet.

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Combien de personnes ont répondu à cette enquête en ligne ?

860 personnes dont 90% sont des femmes.

Sur le site stopdepigmentation.com, vous indiquez « ce projet tend à déconstruire les idées reçues installées dans la conscience des femmes de couleurs et selon lesquelles l’usage de produits éclaircissants est une arme de séduction et signe d’intégration. » Quid des hommes adeptes de cette pratique ?

Les hommes qui pratiquent la dépigmentation de la peau, le font pour les mêmes raisons que les femmes : l’envie de plaire, de s’insérer plus facilement dans une société où avoir la peau claire est mieux perçu.

Dans la section où vous évoquez lutter pour « changer les comportements », vous indiquez vouloir « Détabouiser la dépigmentation artificielle de la peau : donner la parole aux personnes concernées ». Quelle(s) forme(s) cela prendra-t-il ? 

Lors de nos ateliers d’échanges seront prévus des instants de discussion avec le public pour donner la parole à tou.te.s. Ils seront accompagnés de témoignages écrits et vidéos de personnes ayant recours aux produits dépigmentants et qui ont accepté de partager leur expérience avec nous.

Parlez- vous déjà à des personnes qui ont recours à cette pratique ? Si oui, qu’est-ce qui ressort de vos échanges ? 

Oui, depuis le lancement de cette campagne, nous avons eu à échanger avec des personnes ayant recours à cette pratique. La plupart sont prêtes à témoigner de façon anonyme-la majeure partie n’assume pas- et peu la conseillerait à leur entourage. Nos interlocuteurs mettent en avant la relation de dépendance qui existe avec ces produits;  il y a donc une prise de conscience.

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Une campagne de crowdfunding sera lancée en janvier. A quoi servira l’argent récolté ?

Cette campagne, mise au point avec l’aide de l’agence de communication Solicom, servira à compléter le financement du dispositif de communication au niveau national et international à savoir le financement du personnel des ateliers en île-de-France, le financement des fascicules à destination des centres médicaux, la location d’un bus et des besoins logistiques pour une tournée de sensibilisation nationale et européenne, en Belgique, en Allemagne,  en Angleterre, en Suisse, en Espagne, au Portugal et en Italie. Au niveau européen, on espère interpeller les décideurs des Etats afin d’avoir un durcissement des lois au niveau européen tant sanitaire mais surtout en terme de représentativité ou de représentation dans les pubs. A y regarder de plus près, on touche assez vite le combat contre le racisme. le financement d’un concert caritatif pour la cause de la dépigmentation de la peau et la production audiovisuelle.

En Afrique,  ce sera d’abord une campagne de communication à grande échelle puis nous alerterons des pays comme la Côte d’Ivoire et le Ghana afin d’arriver à l’interdiction des mauvais produits. Ces fonds serviront aussi à l’organisation d’un concert caritatif et à la production de contenus audiovisuels.

Retrouvez la campagne « Stop dépigmentation » sur Facebookl’Instagram de l’association Esprit d’Ebene et sur le site internet d’Esprit d’Ebene.

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INTERVIEW – Grace Ly, la blogueuse qui oeuvre pour une représentation plus juste des Asiatiques en France

ENTRETIEN – Née en France, Grace Ly a utilisé la cuisine comme porte d’entrée pour accéder à la culture cambodgienne transmise par ses parents en y consacrant un blog, « La Petite Banane« . Grace Ly parle volontiers de sa double culture franco-asiatique et a même créé une websérie, « Ça reste entre nous », où d’autres femmes et des hommes s’expriment sur la question. Le troisième épisode, abordant le thème de l’éducation des enfants, a été mis en ligne mercredi.
Grace Ly fait partie de celleux qui veulent montrer une autre image des Asiatiques en France,  reflétant tout simplement leur quotidien et s’éloignant ainsi des clichés établis par la société.
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Grace Ly © Vanida Hoang

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Grace Ly, je tiens un blog qui s’appelle « La Petite Banane » où je parle de bonnes adresses de cantines et restaurants asiatiques mais aussi d’identité.

Pourquoi avoir appelé votre blog « La Petite Banane » ? Est-ce un nom qui a choqué certain.e.s ?

Bien sûr, on m’a déjà dit « mais pourquoi utiliser le mot ‘banane’ ? C’est raciste ! » Mais c’est le surnom que me donnait ma mère de façon affectueuse. Elle me disait jaune à l’extérieur et blanche à l’intérieur, du fait de ma double culture -mes parents ont quitté la guerre au Cambodge pour venir en France où je suis née. Ma mère voulait à tout prix que je m’intègre, elle croyait bien faire.

Quand avez-vous créé le blog ? Comment vous est venue l’idée ?

J’ai créé le blog il y a 7 ans. Il est né d’une colère, suite à une série de reportages télévisés qui pointaient du doigt les restaurants chinois pour leur mauvaise hygiène. On parlait d' »appartements raviolis ». Cela a contribué à leur faire une mauvaise réputation, ce que je trouve injuste. A cause d’une minorité, la majorité des restaurateurs sont stigmatisés. Quand on va manger dans un mauvais restaurant par exemple français, on dira « ça peut arriver », « je n’ai pas eu de chance ce coup-ci ». Alors que quand il s’agit d’un restaurant chinois, ce sera « je ne mangerai plus jamais ce type de cuisine, je vais encore tomber malade. » Je suis d’autant plus sensible à ça que mes parents sont eux-mêmes restaurateurs. J’ai également choisi de parler de cuisine car c’est le moyen le plus rapide d’accéder à la culture de mes parents.

Comment est née la websérie « Ça reste entre nous » ? Pourquoi ce nom ?

Le projet, que je réalise avec mon amie Irène Nam à la caméra, est inspiré des discussions que j’ai avec mes proches quand on se retrouve et qu’on échange autour d’un repas. L’idée, c’est de donner la parole à des asiatiques français.e.s, qui parlent de leurs expériences. Il y a un manque de visibilité à ce sujet. Ou alors, on nous limite à des stéréotypes (tou.te.s des restaurat.eur.ices, la minorité modèle etc). Dans cette websérie, on partage des choses personnelles, dont je ne peux, pour ma part, parler que dans un cadre intime. C’est de là que vient le nom « Ça reste entre nous ».

Pour le moment, vous avez réalisé trois épisodes : un sur les femmes, un autre sur les hommes et le dernier sur l’éducation des enfants. Comment avez-vous sélectionné les intervenant.e.s ? A-t-il été difficile de les convaincre de participer ?

Les intervenant.e.s sont des ami.e.s, pour des raisons pratiques ; c’était plus simple pour commencer. Iels  ont tou.te.s  accepté volontiers de participer sauf une femme, qui figure dans le dernier épisode, qui a failli ne pas le faire à la dernière minute. Encore une fois, on parle de choses intimes, elle avait peur de ce qu’aller en penser sa famille. Au final, elle a joué le jeu et m’a même dit que ça lui avait fait du bien.

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Steve Tran © Camy Duong

Avez-vous montré le projet à vos parents ?

Ils ne comprennent pas les questionnements identitaires que je peux avoir. Pour mon père, je suis cambodgienne. Mes parents sont d’une autre génération. Ils se disent, après avoir fui la guerre, qu’ils sont bien contents que ce pays, la France, les a accueilli. Pour eux, je m’invente des problèmes à critiquer les clichés auxquels on est assimilé.e.s et je devrais juste dire merci d’avoir pu naître ici. J’aimerais donc finir certaines choses avant de leur montrer.

Avez-vous tenté de vendre ce concept pour l’adapter à la télévision ?

On a tenté de démarcher quelques chaînes mais elles sont frileuses…

Jugent-elles le programme « trop communautaire » ?

Oui, parce qu’un programme qui ne réunit QUE des asiatiques … Pourtant, quand on voit le public qui vient quand on organise des projections -comme la seconde qui a eu lieu en novembre au Musée de l’Histoire de l’Immigration– ou même l’audience sur les réseaux sociaux, on voit bien que le sujet ne parle pas qu’aux Asiatiques mais touche tout le monde. Ce sont des questions universelles qu’on aborde : l’amour,  la séduction, la confiance en soi, l’éducation des enfants …

Quelle est la suite du projet ?

Nous allons continuer « Ça reste entre nous » mais cette fois, j’aimerais beaucoup que ce soit des intervenant.e.s extérieur.e.s, des femmes et des hommes que je ne connais pas, qui y prennent part, en proposant des thèmes et en prenant la parole devant la caméra. Nous allons aussi lancer une campagne de crowdfunding car le programme a été réalisé sur nos fonds personnels jusqu’ici.

Vous pouvez retrouver Grace Ly sur la page Facebook La Petite Banane, sur la page Facebook Ça reste entre nous. Elle est également sur Twitter (@BananaGras).

(Crédits photo à la une : Camy Duong)

#Fraicheswomen2017 n°3 : Marina Wilson, dj et beatmakeuse

« Le meilleur, c’est quand des inconnus viennent me remercier de leur avoir fait passer un bon moment ; ma mission est accomplie ! »

Musique – Marina Wilson devient Cheetah quand elle est aux platines pour enjailler son monde. On est tellement fans de son oreille qu’on l’a invitée à mixer lors de notre émission spéciale Afropunk en juillet dernier et à #lafrorentree2017 qui aura lieu ce vendredi au Hasard Ludique. On lui avait même demandé de parler de sa nuit typique. Elle avait donc toute sa place dans notre liste de femmes afrofrançaises à suivre,  elle, la dj montante de la scène afroparisienne, qui est bien au fait des tendances musicales à Abidjan, à Johannesburg ou à Atlanta. En plus d’être un couteau-suisse avec une vraie vision, férue de digital (elle a d’ailleurs créé Creative Land, un site dédié où elle partage des découvertes numériques), à l’origine du webzine culture et lifestyle Black Square et tellement d’autres choses. En d’autres termes, elle ne blague pas.
Comment définissez-vous votre travail ?
Mon travail, je le définis comme étant nourri par ma polyvalence, que ce soit au niveau des morceaux que je choisis de mixer , de mes influences ou encore de mes centres d’intérêts divers et variés.
A-t-on essayé de vous décourager ou vous avez été au contraire encouragée, choyée, portée dans votre entreprise ?
Oui, on a souvent essayé de me décourager du fait de cette assignation -femme et noire- mais la personne qui m’a toujours encouragée à ne rien lâcher, c’est ma mère car elle-même était femme d’affaire donc anticonformiste.
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Crédits photo : Noellal
Quand vous êtes-vous sentie pleinement dj ? 
Je me suis pleinement sentie dj le 3 septembre dernier ! Je mixais pour un événement afro à Communion et à un moment donné, j’ai joué du Meiway, son classique 100% zoblazo ! Pour ceux qui connaissent le clip, une des références est de danser avec des mouchoirs … Lorsque j’ai vu les gens les sortir pour recréer la chorégraphie, c’était incroyable et aussi l’énergie globale qu’il y avait pendant mon set. Le meilleur, c’est quand des inconnus viennent me remercier de leur avoir fait passer un bon moment ; ma mission est accomplie!
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je travaille sur l’organisation de la 3ème édition du Break The Beat, un battle de beatmakers que j’ai lancé le 2 septembre dernier.
Quelle est votre principale source d’inspiration ?
Ma mère 🙂

TRIBUNE – « Racism or Just French ? », quand une américaine d’origine coréenne s’interroge sur le racisme en France

Auteure et fondatrice du blog Les Lolos, où elle parle de ses découvertes parisiennes, de sa maternité, et du fait d’être une femme en général, Maggie Kim-Bunuel vit à Paris depuis 9 ans, après avoir quitté New-York par amour. Américaine d’origine coréenne âgée d’une quarantaine d’années, elle est mère de deux enfants, ce qui l’a poussé à adresser les problématiques liées au racisme à travers une série d’articles dont le premier publié sur son blog.

Dans le premier épisode de la série « Racism or Just French? », Maggie Kim-Bunuel s’est intéressée au monde la publicité à travers une campagne lancée par Monoprix, confondant différentes cultures asiatiques, faisant de l’Asie non plus un continent mais un pays. Elle y explique l’impact que ce secteur peut avoir au quotidien sur le racisme ordinaire en perpétuant des clichés.

L’article « Racism or Just French ? Monoprix » a été initialement publié en anglais sur le blog Les Lolos, à retrouver en version originale ici.

Est-ce du racisme ou est-ce juste français ? Le cas Monoprix

En tant que femme américaine de couleur, je remarque de diverses façons que ce pays est à la traîne au niveau de la conscience du racisme et de son caractère sensible. Par exemple, mon fils a appris à l’école maternelle une chanson qui s’intitule « Les petits Chinois« . Voilà ce que donne en gros les paroles : « Les petits Chinois sont comme toi mais bon, ils ne sont pas vraiment comme toi parce qu’ils font des trucs exotiques et bizarres comme rêver de dragons, porter des tongs dans les rues de Hong Kong et ils dessinent leur langue au lieu de l’écrire ». (N.B : j’ai pris quelques libertés artistiques avec les paroles).

Alors que cette chanson semble être un classique français des comptines pour enfants, est-ce que les professeurs la remettent en contexte ? Est-ce qu’ils expliquent aux élèves que les enfants chinois portent désormais des baskets et sont conduits en voiture à l’école (et non plus en vélo), en particulier dans la Chine moderne ? Se rendent-ils compte à quel point cette chanson est stigmatisante ? Si vous dites à un enfant âgé de 4 ans en utilisant un rythme entraînant que ça, c’est la Chine, ne va-t-il pas grandir en croyant que c’est vrai jusqu’à ce qu’on lui explique que ce n’est pas le cas ? Et qui va le lui expliquer ? Je n’ai pas encore décidé si j’allais dire à l’école ce que j’en pense, mais comme j’ai passé deux paragraphes à râler, je devrais probablement le faire.

Ce qui m’amène à notre nouvelle série : est-ce du racisme ou est-ce juste français ?

Pour tenter d’informer, de questionner et d’analyser, je vais faire référence à des choses sur lesquelles je suis tombée en France, qui sont au mieux, de l’ignorance, et au pire, du racisme.  (La paresse et la stupidité se situent quelque part au milieu). Je sais que la plupart des gens n’essaient pas d’être racistes, mais les bonnes intentions n’empêchent pas de faire du mal. Lisez ça à nouveau : les bonnes intentions n’empêchent pas de faire du mal. Bien entendu, ça peut être agaçant de « sans cesse » pointer du doigt des choses comme étant racistes. Pourquoi sommes-nous, les minorités, constamment si sensibles ? Mais vous savez ce qui est pire ? Être « sans cesse » entouré.e.s de personnes qui nous rappellent que nous sommes des citoyen.ne.s de seconde zone à cause de nos origines. Au passage, c’est ce qu’on appelle des micro-agressions.

J’espère que vous verrez cette série de la même manière que moi, c’est-à-dire comme une façon d’entamer un dialogue et d’ouvrir une discussion sur la race et la culture pour améliorer notre société, en particulier quand on éduque des enfants, que l’on soit parents ou pas.

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Monoprix, je vous vois surfer sur la tendance de la beauté asiatique parce que c’était une grande mode il y a deux ans. Mais je suis heureuse de voir mon pays se faire un nom et être respecté par un géant français comme vous. Répandons l’amour pour les produits coréens de soin de la peau.

Mais attendez, je suis un peu perdue. Pratiquement tous les produits ici viennent de Corée- pays qui a été le meilleur dans le secteur cosmétique- pourtant votre titre mentionne « le pays du Soleil-Levant ». Hum, ça, c’est le Japon ; la Corée, c’est le pays du Matin calme. Une recherche rapide vous aurait permis d’avoir cette information. Vous ne pensez pas que le Japon et la Corée, c’est la même chose, si ?

Parce qu’ensuite, vous continuez avec les « kawaii-girls ». « Kawaii » veut dire mignon en japonais. Encore une fois, ce ne sont ni les mêmes pays ni la même population et nous n’y parlons pas la même langue. C’est pourtant simple : le coréen est parlé en Corée et le japonais est parlé au Japon. De plus, la Corée et le Japon ont une relation tendue qui remonte à longtemps alors mieux vaut éviter de les mettre dans le même panier.

Jusqu’ici, les références sont japonaises mais les produits ne le sont pas :

  1. La marque Erborian est une collaboration franco-coréenne bien connue
  2. Des mots coréens apparaissent sur l’emballage des masques en tissu Saem

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  1. C’est juste de la paresse. Vous ne pouvez pas dire qu’un produit Maybelline vient « directement de Corée » parce que ce n’est pas vrai. C’est le cas de la technologie de coussin compact mais la marque Maybelline est américaine pur jus (du moins jusqu’au moment où elle a été rachetée par L’Oréal). L’éditrice que je suis est offensée.
  2. Eh bien, tout ça est bien « mignon ». Nous, les Asiatiques, adorons tout ce qui est kawaii !
  3. Est-ce qu’on peut ARRÊTER avec les références aux geishas ? Je ne rêve pas de ressembler pas à une geisha parce que je n’ai pas envie d’avoir l’air de m’être barbouillée le visage avec de la craie. Pourquoi ne pas dire tout simplement « vous rêvez de ressembler à Marcel Marceau ? » Mais si vous tenez à parler des geishas (un conseil en passant : ne le faites pas), montrez un produit japonais et non pas un coréen.

Même si je mets en majeure partie la bêtise de Monoprix qui consiste à dire « ils se ressemblent tous » sur le compte de l’ignorance et de la paresse en ce qui concerne l’équipe de rédaction et  marketing, je n’apprécie pas le fait de confondre les cultures japonaise et coréenne. C’est tellement normal pour eux qu’ils n’ont même pas pris la peine de faire une recherche sur Google au sujet du pays sur lequel ils écrivaient. (J’ai cherché la date à laquelle L’Oréal a acquis Maybelline-parce que c’est ce que font les rédacteur.ices!- et ça remonte à 1996.) C’est ce genre de négligence au quotidien qui font que des gens vont me dire « Konichiwa » dans la rue, pensant que ça fait d’eux des ambassadeurs culturels alors qu’ils sont en fait stupides et offensants. Si vous vendez des produis coréens, ne faites pas référence à la culture japonaise. Ne perpétuez pas l’idée selon laquelle l’Asie est un pays. On ne parle pas de paella française, si ?

Pour finir, faites des vérifications au préalable. On est en 2017, internet est un outil incroyable pour accéder au savoir, si on choisit de l’utiliser de cette manière.

Exclu – Un an après son lancement, la plateforme Afrostream veut mettre en avant la créativité de sa communauté

DIVERTISSEMENT – Afrostream, la plateforme afro où on peut regarder des séries, films et émissions américaines et africaines pour la plupart, fait peau neuve pour fêter sa première année d’existence. Le nouveau site qui se veut plus épuré et encore plus riches et divers en termes de contenu sera présenté au grand public ce jeudi 1er décembre. Marina Wilson, la responsable digitale de la plateforme, et dont on vous avait déjà parlé en tant que dj Cheetah, nous en a révélé les grandes lignes en exclusivité. 

Dans le monde très concurrentiel du streaming de séries et de films, il y a Netflix , le leader mondial en la matière, Iroko TV qui règne en maître au Nigéria et au Ghana et de façon plus général en Afrique anglophone,-une version francophone, Iroko+ a été lancée en partenariat avec Canal + début 2016– et Afrostream, lancé par Tonjé Bakang. Tourné vers la France et le continent africain, la plateforme veut conquérir la diaspora afrofrancophone mais aussi les États-Unis. Le plan pour atteindre son but ? La touche média social. La responsable digitale du site, Marina Wilson nous en dit plus.

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Quel est ton rôle chez Afrostream ?

Je suis responsable digitale- je me charge de la communication de la marque en ligne- et directrice artistique et éditoriale.

Que pourra-t-on trouver sur la nouvelle version du site ?

Il y aura 2 grandes nouveautés : un espace « life » et un espace communauté. Dans l’espace lifestyle, on pourra trouver du contenu éditorial préparé par l’équipe de rédaction mais aussi de contributeurs extérieurs, y compris en matière de vidéos qui devraient faire leur apparition au premier trimestre 2017. Dans la partie communauté, les abonné.e.s – en comptant celleux qui sont uniquement inscrits à notre newsletter, iels sont 150 000- pourront partager de l’audio et de la vidéo. Notre public pourra également soumettre des articles et on fera de la curation pour sélectionner les contenus que l’on juge intéressants à publier dans la partie lifestyle. Mais l’important est que l’on crée un espace d’interaction afin de fidéliser les personnes qui nous suivent sans avoir de comptes et d’en fidéliser d’autres. C’est ce que l’on a surnommé « le média social de la créativité afro. »

Le catalogue actuel comprend des webséries britanniques comme Brothers with no game que disponible sur Youtube ou américaines comme Sexless que l’on retrouve sur la webchaîne Black&Sexy TV. Quel est l’intérêt de les ajouter sur Afrostream ?

Le but est de rassembler l’ensemble de contenus que l’on peut trouver sur différents sites sur une seule et unique plateforme en les traduisant en Français. On en aura d’autres cette année comme la webdocumentaire Strolling de Cecile Emeke. On aura aussi de nouvelles séries TV avec l’arrivée de la série comique Black-ish produit par Disney dès le 1er décembre.

Quels sont les objectifs à atteindre sur du moyen/long terme ?

Devenir la référence du point de vue africain et caribéen et ne pas donner uniquement une vision occidentale. On essaie de le faire en élargissant nos contenus -déjà 1 000 heures de visionnage sur le site- et en nous déployant – on est déjà disponible dans 28 pays dont 24 africains comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire – parmi lesquels on recense le plus grand nombre d’abonnés avec la France- où l’on espère développer des projets au niveau local. On prévoit également de se mettre à l’événementiel, la meilleure façon d’aller à la rencontre de notre public, où qu’il soit.