DEBAT -« Le traitement des afro-descendant.e.s dans l’espace médiatique est-il acceptable », une question rhétorique ?

Lundi 20 février, nous organisions une rencontre autour du traitement médiatique des Afrodescendant.e.s. Il s’agissait de parler dans le contexte actuel -mobilisation pour le changement de nom du Bal Nègre, violences policières à l’encontre de Théo Luhaka, de la manière dont on parle d’elleux dans les médias, et dont illes existent. Bref, quels mots sont employés et comment ils giflent parfois la dignité des concerné.e.s en émeuvant à peine. On avait ouvert l’année 2016 avec Leïla Sy. On devait organiser ce premier événement de l’année 2017 depuis un moment et on a décidé de parler du traitement médiatique des Afrodescendant.e.s avec des lecteur.ice.s.

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara
Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara

Là, un syndicaliste relativise l’usage du mot “bamboula” à la télé, soutenu par un ancien magistrat, ici c’est un homme qui appelle un cabaret « bal nègre », arguant de l’histoire, alors qu’il ne s’était jamais nommé ainsi officiellement. Les afrodescendant.e.s seraient des victimes qui se plaignent tout le temps d’attaques. Or, la sortie de Luc Poignant, le 9 février, parlant de « bamboula » a été jugé inadmissible et raciste, condamné notamment par le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, sauf pour l’ex-procureur Philippe Bilger qui a parlé d’un mot “presque affectueux ».

Nous voulions savoir si nous avions progressé depuis 2010 et la phrase de Guerlain sur « les nègres fainéants » point de départ d’une mobilisation militante sans précédent. La réponse n’est pas évidente…

Face à Luc Poignant, il y avait Caroline Roux. La journaliste de France 5 a réagi de suite, tout en laissant sur le même plan une injure raciste et une insulte (“enculé de flic”) et ce, 7 ans après une scène similaire entre Elise Lucet et Jean-Paul Guerlain.

Personne n’a oublié la sortie offensive et raciste du parfumeur au JT de 13h que présentait alors Elise Lucet : il doutait au calme que « les nègres aient jamais travaillé »

Elle n’avait pas su/pu lui répondre et s’en était excusée par la suite.

Nous voulions savoir si nous avions progressé depuis 2010 et cette phrase, point de départ d’une mobilisation sans précédent de la Brigade Anti-Négrophobie, née à ce moment-là, des Indivisibles portée par Rokhaya Diallo à l’époque et qui a conduit à la condamnation du parfumeur ?

Nous avions organisé trois mini-débats. Le premier échange permettait de mettre en contexte le terme « nègre » et toute son histoire complexe, d’injure raciste et condescendante à la réappropriation, notamment littéraire et poétique. Qu’y met-on derrière ? Les journalistes Sindanu Kasongo, animateur du blog Le Black et la plume et  Samba Doucouré, ont pu analysé le mot dans le rap français, un de leur champ d’écriture privilégié. 

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara
De g. à d. : les journalistes Samba Doucouré, Sindanu Kasongo et Adiaratou Diarrassouba, de L’Afro Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s
crédits Aboubacar Naby Camara

Pour le deuxième échange, on s’est fixé sur l’affaire du “bal nègre”, de l’annonce de la réouverture du lieu, dont l’histoire est mal connue, à la mobilisation qui a suivi et sur la couverture médiatique. Nous avions convié la militante Magali Fontaine, à l’origine du collectif BLM France – Les vies des Noir.e.s comptent et Ghyslain Vedeux, chargé des relations police-société civile du CRAN. Ce qui nous a particulièrement intéressé, c’est de voir qu’à part les institutions visibles, reconnaissables, notamment le CRAN, alors même que les afrodescendant.e.s ont quand même permis de faire savoir ce qui se passait au 33 de la rue Blomet, à aucun moment elles/ils ne sont clairement mentionné.e.s. 

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s
Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s

Dans l’article du  Mondeilles sont les « initiateurs d’une pétition », dans celui du Parisien, en date du 8, qui rejette la polémique en bas de l’article dans un encadré qu’on doit aller chercher et à côté duquel on peut passer, et prend clairement le parti de Guillaume Cornut, ce sont des dizaines de personnes. L’article du même jour de 20minutes montre les visages des manifestant.e.s à travers une photo tirée d’un tweet du compte Vivre à Paris, mais idem, sans prendre la peine de dénominer les organisations présentes ; et distigant une fois de plus le CRAN.

Alors même que les Afrodescendant.e.s sont dans l’action, font l’actualité, on ne le retient qu’à peine.

Surtout, on prend avec des pincettes le fait que l’afrodescendant qu’on n’ose pas nommer ne soit pas d’accord avec le fait de baptiser ce lieu Bal Nègre.

Soudain, un cri.

Dani Bumba avait fait le déplacement. Le chanteur a proposé quelques chansons, dont un titre inspiré d’un contrôle policier malheureux avec son fils. 

S’il a ce titre en stock, qui coïncide avec un moment de sa vie et avec l’actualité, Dani Bumba a un univers musical marqué par la poésie ; il a d’ailleurs récité un poème pour conclure son set.

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara
Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara

Nous avons terminé la conversation par un échange autour du mot « bamboula. » Entre autres échanges, le public s’est accordé pour dire que le mot n’avait pas la même force que le mot « nègre », et qu’il n’était pas question de se le réapproprier.

 

Qu’on se le dise, illes ne sont pas bamboula.

 

#Unjouruneactriceafrofrançaise #3 : Annabelle Lengronne

TROMBINOSCOPE – Parce qu’on n’en peut plus d’entendre que les comédien.ne.s noir.e.s en France sont invisibles, qu’on n’en connaît peu, que si, que là… on a décidé d’en présenter un, brièvement, tous les jours. Aujourd’hui : Annabelle Lengronne.

Invisibles, les comédien.ne.s afrofrançais.e.s ? Si revient toujours la sempiternelle question de notre capacité à en citer plus de cinq, pendant ce temps, ces artistes s’affairent sur les plateaux de cinéma, les planches.

Vous trouverez ici chaque semaine le nom et la photo d’un.e comédien.ne noir.e, sa date de naissance, son premier film, les films marquants dans lesquels ille a joué, son dernier rôle. Aujourd’hui, lendemain de la cérémonie des Césars 2016 : Annabelle Lengronne.

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Annabelle Lengronne

Annabelle Lengronne est né en 1987.

Elle a joué au cinéma notamment dans Ombline de Stéphane Cazès, Les Kaïra (2012) de Franck Gastambide, Mercuriales (2014) de Virgil Vernier.

À la télé, elle a joué, entre autres, le rôle d’une avocate dans Boulevard du Palais (2012) ou la boxeuse Aya Cissoko à l’âge adulte dans Danbé, la tête haute (2014).

Au théâtre, elle a été dirigée dans Iphigénie à Aulis et Tambours sur la digue, deux pièces d’Euripide mises en scène par Hélène Cixous. Elle a également fait partie de la première distribution d’Afropéennes, mise en scène par Eva Doumbia.

Elle est l’héroïneprincipale du film La fine équipe de Magaly Richard-Serrano, avec Jackee Toto, Ralph Amoussou et Doudou Masta entre autres. Le film est dans les salles obscures depuis le 30 novembre.

Vidéo

VIDEO – #Cesarssowhite ? On en a discuté avec la crème du cinéma français pt.2

DEBAT – La question de la place des Afrodescendant.e.s à tous les postes de l’industrie audiovisuelle et du spectacle vivant se pose en France. On en a parlé avec Shirley Souagnon, Claire Diao, Annabelle Lengronne, JP Zadi. Discussion animée en vue !

Mieux vaut tard que jamais ! En mars 2016, on avait organisé un débat sur la présence des comédien.ne.s noir.e.s en France dans l’industrie et avions convié des artistes et journaliste au parcours signifiant pour en parler.  A l’époque, Claire Diao, journaliste spécialiste des cinémas afro-urbains, continuait Quartiers Lointains. La manifestation itinérante a voyagé depuis de Pantin à l’Île Maurice en passant par les Etats-Unis ! Shirley Souagnon venait de lancer son site de référence Afrocast. Annabelle Lengronne sortait du tournage du film La Fine Equipe, dans les salles le 30 novembre, pour lequel elle est prénommée aux Césars 2017 (!) et JP Zadi commençait à parler de sa série Craignos, présentée en avant-première au cinéma parisien Luminor ce 16 novembre.

A voir, ça parle vrai de tous côtés. 

PORTRAIT – La nuit de… Marina Wilson, digital brand manager pour Afrostream le jour, DJ Cheetah la nuit

crédits : Lons Anydi
SOIREE -Elle sera aux platines pour  le lancement -que nous saluons- du média musical Afrovibes. On s’est mis dans les pas de Marina Wilson aka DJ Cheetah.

 « Je m’appelle Marina, j’ai 27 ans. Je travaille pour Afrostream en tant que digital brand manager. Je dois développer l’image de la marque auprès du grand public. Mais sinon, je suis Cheetah quand je mixe. Pas comme la guenon de Tarzan, hein ! J’ai choisi ce nom parce que ça veut dire guépard en anglais et c’est l’animal le plus rapide de la savane ; j’aime le concept d’aller vite, apprendre vite et j’aime bien comment ça sonne.


Je vis à Paris mais je viens du Cameroun, où j’ai vécu jusque mes 21 ans. Puis je suis venue en France pour faire mes études.


 Je fais la musique depuis un moment. Je suis dans le beatmaking depuis 2007, j’ai participé à des battles. Je suis DJ – le mot ne me dérange pas d’ailleurs !- depuis cinq mois environ. C’est une envie que j’avais depuis longtemps que je commence un peu à concrétiser. Tant que ça n’empiète pas sur mon activité principale, je ne me vois pas arrêter.

« Être une femme noire peut être un frein mais quand tu es douée, ça ne trompe pas ! »

Ma soirée idéale commence à 20h jusqu’au matin ; je mixe, fais de la vidéo, du beatmaking, danser et surtout , surtout rigoler parce que sans ça, c’est mort !

Dans mes sets, je mixe principalement du hip hop, mais surtout des classiques de la musique africaine (coupé décalé, afrobeat) , du hip hop africain également sud-africain, ghanéen, ivoirien, gabonais et camerounais) ; c’est primordial pour moi. J’ai les deux yeux sur la scène musicale africaine, j’adore la dynamique de la musique urbaine africaine pour ce qu’elle apporte de différent. Je passe aussi du baile funk brésilien. J’ai une grosse affection pour les remixes de morceaux populaires ; j’adore partager ces nouvelles versions et surprendre le public. Pour mixer, ça se joue beaucoup au contact, j’ai principalement évolué dans des réseaux hip hop et afro, en accord avec mes goûts musicaux. J’ai notamment mixé tout le mois d’août pour le festival Black Movie Summer ou pour le collectif Paris Loves US (P.L.US) qui est plus axé urbain et hip hop.


Être une femme noire peut-être un frein dans le sens où il faut prouver deux voire trois fois plus que les autres ce qu’on vaut. Mais au final, quand tu es doué.e, ça ne trompe pas ! Bosser dans la musique est une passion couplée à un business, donc si la personne en face ne veut pas faire du business avec moi, je vais voir ailleurs. En tant que DJ je n’ai rien vécu de négatif en ce sens. Dans mes autres activités liées à la musique, les expériences désagréables sont plus axées sur le fait que je sois une femme tout court – dédicace à mes amis machos lol ! -.

 


Je  ne prends pas trop les réseaux sociaux au sérieux. C’est une bonne manière de m’amuser de raconter des blagues plus qu’autre chose. Mon mot d’ordre c’est de travailler tout en s’amusant !

Pour suivre toutes les soirées et projets de Marina qui a un projet d’afterwork , des collaborations avec des artistes dans le beatmaking et une petite ligne de t-shirts en préparation, connectez-vous sur ses réseaux sociaux.

RENTREE – L’Afro est de retour le 31/08 au Petit Bain !

EVENEMENT – L’Afro, le blog sur l’expérience noire en France revient après une pause estivale, l’occasion de faire le bilan de l’année écoulée et d’annoncer la suite, avec les artistes et créatifs qui ont fait l’actu en 2016.

On veut vous retrouver après près de deux mois passés à buller, à aller regarder ailleurs et à réfléchir à de nouveaux articles. On vous donne rendez-vous le 31 août au Petit Bain, un bateau-péniche arrimé dans le 13e arrondissement. On compte sur  le soleil et votre présence, on arrive avec une armada de talents pour chiller, discuter et danser entre 18h et minuit.

L’event FACEBOOK c’est par ici.

Retrouvez nos invité.e.s et les horaires ci-dessous.

On vous attend pour parler du blog dès 18h-18h30. 

19h30Jacqueline de Little Africa viendra parler de son projet de guide afro parisien, financé cet été grâce au crowdfunding.

 

20h00 : Annabelle Lengronne
Comédienne au cinéma (Les Mythos, Stan…), à la télé (Danbé…) et au théâtre (Afropéennes…), Annabelle Lengronne viendra lire Communauté de Léonora Miano le texte très fort extrait de ses Ecrits pour la parole.

20h35 : concert de Nicky Lars et Celia Wa

 

Nicky Lars, figure du milieu hip-hop, signé chez les Rennais de Dooinit, puise dans les musiques noires la matière pour son art. Son premier opus, le bien nommé Musica Negra illustre à la perfection cette démarche artistique et politique. Il jouera sans doute quelques morceaux de son manifeste musical, accompagné de la chanteuse et flûtiste Célia Wa.


 

21h30 : DJ set de Kendra Yukiji (GDIB)
Plus la peine de présenter la DJane, fondatrice et membre du collectif féminin Girls Do It Better. Performeuse, promotrice de soirées, « bad bitch » autoproclamée, Kendra va clôturer votre nuit afro avec trap et fracas !


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