INTERVIEW – Ayana V. Jackson, photographe : « Je dois défendre mon travail mais aussi mon corps »

ENTRETIEN – Ayana Velissia Jackson séduit le monde avec ses oeuvres singulières. L’artiste américaine et ses autoportraits, dans lesquels elle se glisse dans le corps de femmes noires, illustres ou inconnues, de toutes les époques, sont de retour à Paris.

Nous avions rencontré Ayana V. Jackson en mars 2017 à l’occasion de la foire Art Paris Art Fair où elle a exposé. Sa série « Intimate justice in the stolen moment » est à découvrir à la galerie Baudoin Lebon dès ce vendredi 16 février et ce jusqu’au 7 avril 2018. Elle a étudié la sociologie et s’intéresse de près à l’histoire et à la représentation des corps noirs en se mettant elle-même en scène dans ses propres oeuvres. De ses débuts en tant que photographe, sa vie entre New York, Paris et Johannesburg, les défis liés au fait d’utiliser son corps dans son travail, à ses inspirations … On a pu poser quelques questions à cette artiste à l’oeuvre déjà foisonnante.

Comment avez-vous débuté dans la photographie ?

Mon père était un grand amateur de photographie. C’est une activité qu’on pratiquait régulièrement ensemble. J’ai fini par prendre des cours à l’université.

Quels ont été les premiers sujets de votre travail ?

Je me suis d’abord intéressée aux artistes Hiplife à Accra, aux musiciens du festival Afropunk à New York – j’ai travaillé en freelance pour des magazines lifestyle quand j’avais la petite vingtaine. Puis, j’ai travaillé sur « African by legacy, Mexican by birth » -Africain par héritage, Mexicain de naissance, ndlr-, un projet collaboratif avec Marco Villalobos. Cette série a conduit à une étude plus approfondie des populations afrodescendantes en Amérique latine. Sans oublier les conduct.eur.rice.s de matatu -taxis partagés- au Kenya, les artistes, activistes, intellectuel.le.s et étudiant.e.s en Afrique du sud après 1994, les artistes hip hop et graffeurs à Paris et j’en passe.
Ce qui est certain, c’est que je me focalisais sur les Africain.e.s et afrodescendant.e.s, en faisant bien attention à représenter le corps noir de façon dynamique et globale, pour rompre avec les récits qui associent ces personnes à un fort taux de mortalité, aux maladies, à la violence, à des victimes, ce que j’ai beaucoup entendu durant ma formation.

« Je ne suis ni latina, ni africaine, mais je sais ce que c’est que d’être noire »

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« Demons/Devotees I » par Ayana V. Jackson de la série « Archival Impulse » / Galerie Baudoin Lebon

Selon vous, ces travaux, qui vous ont permis de travailler à la fois sur le continent africain et auprès de la diaspora en Amérique latine et en France, ont-ils ouvert un autre type de discussion entre les résidents du continent et les afrodescendant.e.s ?

Absolument. A l’époque, je cherchais à élargir mon champ. En tant qu’américaine noire ayant grandi aux Etats-Unis, j’avais conscience des limites de nos médias et de notre éducation. J’ai longtemps connu mon père musicien , avant qu’il ne devienne avocat. Son groupe jouait de la musique du Ghana et d’Afrique de l’ouest en général, mais aussi du Brésil, et d’autres styles comme du jazz, du hip-hop, mais il les connectait entre elles comme des musiques issues de la diaspora. Très vite, j’ai su que l’histoire des Américain.e.s noir.e.s n’était qu’une partie de l’Histoire. Quand j’en ai appris davantage sur les communautés noires vivant dans d’autres régions des Amériques, comme le Mexique, le Venezuela, le Nicaragua et que j’ai rapporté les photos que j’y avais prises, ça a choqué du monde ! Ces personnes-là ne se rendaient pas compte que la traite des esclaves avaient été aussi étendue. De même pour le hip-hop au Ghana, les gens ne réalisaient pas que la voix de l’Amérique noire, à travers cette culture, avait porté si loin.

Ces personnes qui étaient si choquées, était-elles blanches ? Noires ? Les deux ?

Les deux. Par exemple, quand j’ai exposé à la Banque Mondiale, un des cadres blancs m’a dit : « Waouh ! J’ai travaillé dans cette région pendant 20 ans et je ne savais pas qu’on faisait du hip hop là-bas ! » En parallèle, les concierges ghanéen.ne.s qui faisaient le ménage pendant que j’accrochais mes photos étaient impressionné.e.s et très conten.t.e.s de voir Lord Kenya et Obrafour, des artistes Hiplife, affichés sur les murs. Iels voulaient savoir comment je les avais connu.

Je pense que cela a pu permettre d’ouvrir les esprits à la fois des noir.e.s et des non-noir.e.s. La plupart se demandaient « mais comment se fait-il que je ne savais pas ça ? »

Pourquoi, selon vous, ne savait-iels pas ces choses-là ?

On se contente de ce qu’on nous a dit… sans remettre cela en question. Que ce soit ce qu’on nous a appris à l’école, ou les informations dont les médias nous bombardent à longueur de journée. Il faut dire que tout le monde n’a pas le privilège de voyager. Alors on croit ce qu’on voit, lit et entend. Et si ces autres récits ne sortent pas -ou qu’on ne va pas pour les chercher- , on ne peut pas faire grand-chose. C’est ce que j’essaie de faire en partie avec mon travail : encourager une réflexion critique plutôt que de la passivité.

Suite à des expériences vécues au sein de ma famille, je savais qu’être noir.e était bien plus que ce qu’on m’avait montré. J’ai eu la chance d’avoir des ressources qui me permettent de voyager et de le voir.

Quand avez-vous voyagé pour la première fois ?

Je ne m’en souviens pas, ma mère était hôtesse de l’air. J’ai voyagé toute ma vie.

Mon premier voyage sans ma famille, c’était à 12 ans en Espagne avec ma classe. Plus tard, j’ai étudié à la fac en République dominicaine et en Argentine. En ce qui concerne ma première fois en Afrique, j’avais 24 ans.

J’ai toujours été habituée à vivre entre deux endroits. Mes parents étant divorcés alors que j’étais enfant, je vivais entre deux villes.

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Ayana V. Jackson devant ses oeuvres « Lucy » et « Anarcha » de la série « Intimate Justice in the stolen moment » à Art Paris Art Fair (mars 2017)

Vous vivez actuellement entre New York, Johannesburg et vous venez souvent à Paris. Le fait de se trouver régulièrement entre 3 continents aide-t-il à nourrir votre travail ?

Absolument. Je rencontre tout le temps de nouvelles personnes avec qui je partage des expériences, des idées. Montrer mon travail dans des contextes différents m’aide aussi dans mon rapport à mon travail.

Quand on s’est rencontré au Art Paris Art Fair en mars 2017, vous m’aviez dit que votre regard en tant qu’américaine regardant des Africain.e.s avaient été questionné par un ami blanc. Pouvez-vous expliquer ce qu’il a dit et comment vous avez réagi ?

C’était quelques années avant que je n’utilise mon corps dans mes oeuvres. J’étudiais à Berlin quand mon « regard d’américaine » a été remis en question. Je travaillais donc sur le Mexique et le Ghana. Il m’a interrogé sur le fait que je ne photographie que des africain.e.s et afrodescendant.e.s et m’a demandé, pourquoi est-ce que je pouvais le faire alors que je n’étais ni originaire d’Amérique du sud ni africaine -je suis donc une personne extérieure, tout comme lui, en tant qu’homme blanc- sans que cela ne soulève de question. Je me suis défendue en lui expliquant que l’une des choses que je partage avec toutes ces personnes est l’expérience de vivre dans un corps noir. Je reconnais que je ne suis pas une personne de l’intérieur mais j’ai une autre relation avec les femmes et hommes afrodescendant.e.s que lui n’a pas. Je trouve que c’est une question intéressante. C’est quelque chose qui m’habite encore à chaque fois que je prépare un nouveau projet; je me demande pourquoi je suis si sensible à la façon dont je représente le corps noir, pourquoi je choisis de photographier les afrodescendant.e.s d’une certaine manière, ce que j’essaie de faire.

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« Tignon » par Ayana V. Jackson de la série « Intimate justice in the stolen moment » / Galerie Baudoin Lebon

A quel moment avez-vous débuté les autoportraits ?

Mes premiers autoportraits, ou plutôt performances-car je ne me représente pas moi-même mais je me glisse dans la peau d’autres personnes- remontent à 2009 avec la série « Leapfrog (a bit of the other) Grand Matron Army » [Saute-Mouton (un peu de l’autre) L’Armée de la Grande Matrone], que j’ai commencé après avoir obtenu une résidence à Paris. Pour la première fois de ma vie, je me retrouvais dans un atelier à proprement parler et j’ai dû réfléchir à la manière dont je devais l’exploiter.

À de nombreuses reprises, dans des cercles élitistes, blancs, riches, j’ai été considérée comme un objet d’étude anthropologique ou comme une bizarrerie et j’en ai eu assez. Dans ces moments-là, j’aurais aimé pouvoir me multiplier et devenir toutes les femmes actives que je connaissais, pour les présenter à ces gens afin qu’ils sachent que les noir.e.s complexes, éduqué.e.s, et ayant voyagé existent… On pourrait alors parler de la pluie, du beau temps ou, que Dieu nous en garde, de l’art, comme des gens normaux.

La série « Leapfrog » est le résultat de cette envie de pouvoir me multiplier, alors, c’est ce que j’ai fait.

Qu’est-ce qui est le plus compliqué dans le fait de se mettre en scène dans ses propres oeuvres ?

Le plus compliqué est non seulement de défendre mon travail, mes choix, mes recherches, mes compétences mais aussi mon apparence physique et toutes les questions relatives à mon corps. On m’a par exemple posé des questions sur ma « beauté ». Comment dans « Archival impulse » (ndlr : série qui utilise des archives photographiques datant de l’expansion coloniale en Afrique et dans les Amériques entre le 19ème et le 20ème siècle) et « Poverty pornography » (ndlr : série autour de la représentation de la pauvreté dans les pays dits du sud et les clichés racistes), j’évoque des histoires très douloureuses, problématiques et peut-être aussi bien laides. Mais tout cela, selon ces personnes, en mettant en avant un beau corps ou un beau visage. Tout cela semble incompatible pour certain.e.s.

C’est fatigant d’être encore confrontée à cela car les questions que je pose dans mon travail repose sur bien plus qu’un corps. Cela est révélateur de leur relation à mon corps et aux corps qu’il représente quand je me mets en scène. Je suis retenue en arrière par ces traumas sur lesquels j’essaie de travailler. Dans ces moments-là, je suis bouleversée.

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« Death » par Ayana V. Jackson de la série « Poverty pornography » / Galerie Baudoin Lebon

Dans quels pays africains avez-vous exposé votre travail ? Comment le public l’a-t-il reçu ?

J’ai exposé en Afrique du sud, au Nigeria, au Sénégal, au Mali. A chaque fois, mon travail a été bien reçu.

En Afrique du sud, cela dit, c’était comparable aux Etats-Unis ; les gens ont plutôt apprécié « Archival impulse » et « Poverty Pornography », mais en même temps, ils étaient troublés et préféraient ne pas « se souvenir ».

Il n’y a qu’au Nigeria que mon travail a été perçu d’une façon totalement différente. C’était surprenant. Iels ne s’identifiaient pas à travers ces traumas et voyaient donc autre chose.

Quel.le.s artistes vous inspirent ?

Carrie Mae Weems, Rembrandt, Claude Cahun, Vermeer, Lorna Simpson, Ike Ude, Gilbert et George.

Vous pouvez retrouver le travail d’Ayana V Jackson sur Instagram https://www.instagram.com/ayanavjackson/
son site internet : https://www.ayanavjackson.com/
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[SPOILERS ALERT] #ACHAUD Le film « Black Panther » est-il aussi flamboyant qu’annoncé ?

SPOILERS ALERT – Depuis des mois, on en a vu des bandes-annonces et des images de ce Black Panther, mettant en scène le premier super héros noir issu de la famille Marvel. Le temps de bien apercevoir le casting canon, composé notamment de Lupita Nyong’o –12 years a slave, Star Wars-, Chadwick Boseman –Get on Up…-, Angela Bassett –What’s love got to do with it ?, Exhale, etc- ou encore Michael B. Jordan –Fruitvale Station, Creed…- les décors et des costumes à couper le souffle, une histoire qui se déroule entre l’Amérique et l’Afrique en rendant hommage à ce continent, avec ingénuosité. On a vu le film et on vous dit -dans les grandes lignes- ce qu’on en a pensé.
Black Panther, c’est l’histoire du premier super-héros noir chez Marvel, T’Challa, qui, après la mort de son père devient roi du Wakanda, un pays pacifiste et riche, situé en Afrique. Ce dernier possède des technologies uniques au monde et des ressources rares. Parmi lesquelles, le vibranium, extrêmement convoité -toute ressemblance avec des faits réels sera fortuite 😉 -. Le jeune monarque se retrouve face à une tâche délicate : protéger son peuple d’ennemis cupides.
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T’Challa joué par Chadwick Boseman / The Walt Disney Company France

 

 

 

Un vrai divertissement
Loin d’être des inconditionnelles des histoires de super-héros -les ressorts dans les histoires en général étant souvent les mêmes finissent par nous ennuyer-, on a été diverties du début jusqu’à la fin. Le film est très bien rythmé , le jeu de l’ensemble des act.eur.rice.s est expressif. On est passé par toutes les émotions… Bref, on s’est laissé transporter. Sans oublier l’esthétique au top ; des effets spéciaux, aux costumes, en passant par les décors et la flamboyance du casting afrodescendant – venu des quatre coins de l’Europe et des Etats-Unis, saurez-vous d’ailleurs reconnaître Isaach de Bankolé ?-… Ca fait du bien ! Même si les superhéro.ine.s, ce n’est pas votre truc, vous allez obligatoirement être pris.e.s au piège.
De l’importance des femmes
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Danai Gurira, Lupita Nyong’o, Florence Kasumba -Walt Disney / Marvel

 

 

Que ce soit Nakia -interprétée par Lupita Nyong’o-, Okoye -jouée par Danai Gurira- ou Shuri -personnage dans lequel s’est glissée Letitia Wright-, les personnages féminins sont bien écrits et développés. Les femmes sont des personnages-clés : elles apportent les solutions. C’est par exemple Nakia qui a le -bon- réflexe de taper à la bonne porte lorsque son amour T’Challa est laissé pour mort au cours d’un duel avec son cousin américain. C’est Okoye, meilleure guerrière du pays au service du roi, qui poussera son mari W’kabi -interprété par Daniel Kaluuya- à l’âme vengeresse à rendre les armes ou encore Shuri la soeur du monarque qui permettra, grâce à ses innovations technologiques, de sauver des vies et le royaume en question. Tout cela en étant cool, stylées, déterminées, touchantes et sacrément efficaces.
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Letitia Wright joue Shuri / Marvel Studios 2018

 

 

Accents et sons afro
On a un peu tiqué en entendant une petite partie de la bande-son, mélange de tam tam et de voix un rien cliché. On a dû s’habituer aux accents « wakandais  » des comédien.ne.s américain.e.s. Pourquoi ne pas avoir laissé le cast parler avec leur accent habituel plutôt que de forcer le trait ? Le cinéma est un monde d’imaginaire et le décor est bien planté – dans un pays africain, c’est assez clair-, on aurait donc pu comprendre de toutes les façons, non ?
Diaspora
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T’challa (de dos) affrontera bientôt Erik Killmonger / Marvel Studios 2018

 

 

La dualité entre T’Challa, enfant du pays, héritier logique du trône, et Erik Killmonger, joué par Michael B. Jordan, le cousin américain privé de son père durant son enfance par son oncle et abandonné, cristallise une vision : celle des rapports, complexes, que l’on peut entretenir avec un endroit où nos ascendant.e.s sont né.e.s. Le différend des deux personnages -outre le fait de pointer que l’ennemi vient souvent de l’intérieur- repose sur les sentiments de celui qui a connu, est né, a grandi, a quitté, est revenu sur la terre où sont nés ces parents -T’Challa- et de celui qui ne la connait pas, l’a fantasmé et rêve de la conquérir -Erik-. Le premier a la mission de ne pas galvauder ses traditions tout en accueillant l’autre alors qu’accepter cette identité hybride est un combat difficile pour le deuxième semble nous dire le film.
Erik Killmonger reçoit le coup fatal porté par T’Challa et demande à ce que son corps soit jeté dans la mer pour rejoindre ses ancêtres. Ce geste rappelle comment ils se jetaient des bateaux après avoir été capturés pour être mis en esclavage et préféraient mourir plutôt que de vivre enchaînés. Belle façon d’évoquer cette partie de l’histoire des afro-américain.e.s. Ou on ne peut voir dans tout cela que de belles bagarres, de belles paroles coincées dans le beau décor de Marvel qui fera date.
Nous divertir, nous faire réfléchir ; Black Panther a -plus que- fait le boulot.

[MUSIQUE] MaMa Festival : (Re)découvrez Kristel, KillASon et Khadyak

Le festival parisien a débuté aujourd’hui et permet aux professionnel.le.s du monde de la musique de se rencontrer. C’est l’occasion de (re)découvrir des artistes qu’on aime. Voici une -très- petite sélection.

Khadyak
Bon, on avoue : on n’a toujours pas trop compris ce qu’était la ghetto pop. Malgré ça, on a décidé de ne pas se fier au nombre de vues de Khadyak sur Youtube mais plutôt l’univers que la danseuse, mannequin, rappeuse déploie, une électro très 80s, inspirée par la musique de ballroom, chantée parfois en anglais, parfois en français.  Mieux vaut se faire une idée de Khadyak sur scène, lieu où la slasheuse assure autant que son rutilant pseudo.
Mercredi 18 octobre à 21h30 au Carmen

Killason
C’est l’occasion d’aller voir ce rappeur, à part sur la scène francophone. Et ce, pour une bonne raison : le performer -il danse depuis plus d’une décennie- ne chante pas en anglais. Celui qu’on avait découragé de poursuivre à poser dans la langue de Shakespeare a poursuivi sa route et délivrera un set de pure energy music. On ne sait pas s’il sera entouré de son crew de danseur.se.s, mais ça promet d’être épique. On postera l’interview qu’il nous a accordé la semaine prochaine, pour achever de vous convaincre qu’il est un des artistes sur lequel il faut absolument garder un oeil.
Jeudi 19 octobre à 22h30 au Backstage by Mill, Paris 18e

 

Kristel
Elle vient de Madagascar et comme ses collègues de Dizzy Brains, elle fait une musique rock inhabituelle pour le pays,comme elle nous l’a confié.On a hâte de voir la bassiste avec son groupe, dont elle est la leader. En plus, c’est leur première fois en France. Pareil, on risque de vous en reparler la semaine prochaine. A suivre !
Vendredi 20 octobre à 21h15 au Bus Palladium, Paris 9e

INTERVIEW « Mariannes Noires » : « C’est la réalité d’une France plurielle qui doit s’accepter comme telle »

  • RENCONTRE – Le documentaire 100% noir et féminin de Mame-Fatou Niang sera projeté le 9 septembre au festival international de la diaspora africaine (Fifda) au cinéma La Clef à Paris. Elle a accepté de nous en parler plus en détail.
Les oeuvres faites par des femmes afrodescendantes qui parlent de femmes afrodescendantes sont à l’affiche cet automne, tel le documentaire Ouvrir La Voix d’Amandine Gay, en salles le 11 octobre. Il raconte les douleurs, les combats, les histoires de femmes afrodescendantes en France ou plutôt ces dernières s’y racontent elles-mêmes, à la première personne. Mariannes Noires, réalisé par Mame-Fatou Niang et Kaytie Nielsen, tourne autour des même thématiques, preuve qu’il se passe quelque chose. L’Afro a rencontré Mame-Fati Niang pour parler du film, inspiré par les travaux de Nathalie Etoké et projeté ce samedi 9 septembre au FIFDA.

L’Afro : Bonjour pouvez-vous vous présenter ?


Mame-Fatou Niang : Je suis maman et enseignante-chercheure, née à Dakar où j’ai grandi. J’ai ensuite passé une partie de mon adolescence et de ma vie d’adulte à Lyon. Je vis actuellement à Pittsburgh.

Pourquoi avez-vous décidé de faire ce film ?

Mariannes Noires était dans ma tête depuis un moment. Mes cousines qui habitent à Paris sont allées voir Bande de filles, et elles en sont sorties dégoûtées. Entre ça, les entretiens où la réalisatrice avait l’air de tomber des nues quant à nos réactions viscérales au film, et ce constat, encore et toujours, de l’invisibilité, d’être actrices d’un freak show sans fin, de l’impossibilité d’être artisan.e.s de nos histoires… J’ai décidé de me lancer à l’automne 2014.
En tant que chercheure, je travaille depuis plus de dix ans sur les questions d’altérité, de citoyenneté et de genre en France. Je suis tombée sur des étudiant.e.s motivé.e.s qui ont décidé de m’accompagner sur ce projet, et ça s’est fait.
C’est un film que j’ai réalisé en écho à mes propres questionnements et les nombreuses phases par lesquelles j’ai pu passer pour savoir qui j’étais dans des mondes où, pour le dire poliment, je n’étais pas toujours la bienvenue. Enfin, c’est un documentaire qui est un outil, parmi d’autres, pour expliquer à mes enfants qui ils sont.

Aux USA, les gens -surtout les Afro-Américain.e.s- sont souvent très ému.e.s ou choquée.s par le film. Iels imaginent la France comme un havre de paix pour les minorités, voire comme un pays sans minorités, tant l’image « Paris-Béret-Champagne-Fromage » est forte. Cette image tend à changer depuis Charlie Hebdo, mais avec un focus sur le « problème » musulman qui occulte les discriminations raciales. C’était aussi pour percer cette bulle et mettre en relief la circulation d’idées, de situations et de mouvements qui relient les populations noires à travers le monde. Puisque la race « n’existe pas » en France, on dit souvent que la marginalisation est un phénomène de classe. Ce documentaire montre que même lorsque l’on réussit à s’extraire de ces problématiques, on est toujours retenu, différencié par un ensemble de caractéristiques ayant trait au fait d’être noir.e. Dans le même temps, j’essaie aussi de montrer que nous ne sommes pas un bloc monolithique uniquement soudé par et dans la marginalisation. Ces parcours, réussites et quotidiens sont autant d’illustrations de l’évidence de notre présence.

Quand vous êtes-vous lancée ?

J’ai fait une demande de bourse auprès de ma fac à l’automne 2014. Le tournage s’est déroulé en juin/juillet 2015. Le film a été diffusé pour la première fois sur notre campus en mai 2016.

« On écrit pour nos petites sœurs, nos filles, mais aussi pour nous, pour se soutenir, pour se dire qu’on n’est pas toute seule »

Pourquoi l’avez-vous appelé « Mariannes Noires » ?

Lors d’une projection à San Francisco, une spectatrice m’a posée la même question, en me demandant pourquoi j’avais décidé de « donner une couleur à ce symbole qui était le visage d’une République neutre et universelle »… En fait, cette question revient à chaque projection, mais je parle de San Francisco, parce que l’indignation derrière la manière dont cette spectatrice (française) avait formulé sa question, illustre l’une des raisons pour lesquelles ce documentaire s’appelle Mariannes Noires. Jusqu’à preuve du contraire, Marianne est officiellement présentée sous les traits d’une femme blanche. En postulant la « neutralité » de ses traits, cette spectatrice rallumait la flamme universaliste d’une France dont on efface littéralement toute couleur sauf le blanc. Le titre du documentaire pose la question d’un pays où l’on peut officialiser une Marianne ukrainienne, mais où l’on est intrigué ou mal à l’aise de voir l’adjectif « noir » accolé à ce symbole.
Quand j’écris, mes titres évoluent souvent au gré de la recherche, de l’humeur etc… Avec ce documentaire, le titre est venu tout seul pendant le montage et il s’est confirmé comme une évidence. Lorsque l’on écoute ces sept femmes, leur appartenance et leur ancrage à la France est indéniable. Pourtant, leur francité baigne, naît et s’épanouit dans des différences culturelles et esthétiques que la France peine à intégrer. Ce titre pose tout seulement la réalité d’une France plurielle qui n’est plus à inventer et qui doit s’accepter comme telle.

Avez-vous rencontré des difficultés pour le casting, le montage financier, mobiliser les équipes techniques ?


Non, et pour ça, je sais que ma situation est radicalement différente du parcours du combattant que les copines à Paris ou à Lyon vivent avec des structures comme le CNC. Nous étions une petite équipe -3- avec  un tout petit budget soutiré à mon université. J’ai travaillé avec deux étudiant.e.s dont l’une, Kaytie, réalisait son mémoire sur les réponses artistiques à l’invisibilisation des personnes issues de minorités en France. On s’est vraiment débrouillé tout seul, avec les moyens du bord, et on a bricolé par-ci, par-là. Ce film, nous l’avons fait avec trois fois rien. Je cherche encore à coincer Laura Mvula pour qu’elle me laisse utiliser une de ses chansons.

Bintou Dembélé in Mariannes Noires

Comment avez-vous réalisé votre casting ?


Pour le casting, les choses sont allées de manière hyper organique. Je connaissais Maboula Soumahoro qui m’a conseillée d’appeler Bintou Dembélé, danseuse et chorégraphe. Bintou était hyper partante, elle m’a connectée avec la réalisatrice Alice Diop et voilà… Vraiment un truc absolument génial s’est mis en place, et très vite. J’ai contacté Aline Tacite au printemps 2015, en me disant “elle est en pleins préparatifs du salon Boucles d’Ebènes, je n’aurais pas de réponses”. Elle a répondu tout de suite, et était hyper partante. La même chose pour Fati Niang -entrepreuneure-, Isabelle Boni-Claverie -scénariste et documentariste- et Elizabeth Ndala -galeriste, ndlr-. C’était génial de voir ce groupe avec des identités, des parcours très différents, mais qui se retrouvait autour d’un désir de partager des expériences.

Fati Niang in Mariannes Noires

On voit beaucoup de personnalités afro connues dans le milieu artistique et intellectuel. Pourquoi avoir décidé de les mettre en valeur ?

Je ne les mets pas en valeur, elles font un très bon travail pour ça. En fait, je me suis beaucoup inspirée d’un documentaire produit en 2012 par Nathalie Etoké Afro Diasporic French Identities. En réponse à un freak show diffusé par M6 -déjà !-, Nathalie avait donné la parole à des gens autour d’elles, à Paris, qui ne ressemblaient en rien au zoo que la 6 avait recréé dans « L’Étonnante vie des Africains de Paris (2011) ». Cinq ans plus tard, j’ai été animée du même désir de parler d’amies, de connaissances, de personnes qui font bouger les choses dans leur coin. Des personnes aux parcours à la fois extraordinaires et complètement ordinaires. Je vais revenir encore au film de Sciamma, mais le succès populaire du film, cette fois-ci aux États-Unis, m’avait beaucoup interpellée. J’étais invitée à des panels ou des conférences où les gens (chercheurs et publics) étaient absolument subjugués par ce film. Faire mon documentaire et parler de ces personnes-là, c’était aussi un moyen de rétablir une balance des représentations où nous étions toujours déficitaires : invisibles à défaut d’être bruyantes, violentes etc.

lire l’interview d’Amandine Gay pour L’Afro 

Dans les teasers, on ne voit pas d’hommes. Pourquoi ce choix ?


Mon travail de recherche et ma réflexion sont orientés sur l’impact du genre dans les structures de domination historique et contemporaine. Je parle et je travaille sur les choses que je connais le mieux, car les ayant vécues ou les vivant dans ma chair. Lors d’une projection à Paris en mars 2017, un jeune homme a parlé de cette nouvelle « hyper-visibilité » d’Afro-Françaises qui investissaient une multiplicité de champs aussi bien dans le monde virtuel via les réseaux sociaux, que dans la vie réelle, avec le boom de l’afro-entrepreunariat, les actions coup de poing de groupes militants … Tout en louant ces actions, ce jeune homme se désolait de ne pas voir les hommes noirs mis en lumière dans ce processus. Alors, je n’ancre pas mon travail dans une guerre des sexes, ce n’est ni le lieu, ni l’orientation de ma réflexion, mais j’ai fait le choix de travailler sur les femmes issues de minorités, car leur positionnement à la croisée du genre, de la race et de la classe pose des questions particulières que n’adressent ni le féminisme blanc, ni les différents courants de luttes antiracistes ou anticapitalistes.

Est-ce que des travaux comme le film d’Amandine Gay vous ont inspiré ? Vous connaissez-vous ?


Je ne connaissais pas Amandine. On a réalisé nos films presque au même moment, et avec ce même désir de mettre en avant la multiplicité de nos visages et de nos expériences face à l’invisibilisation et aux visions stéréotypées. Dans mon travail, je me pose souvent la question de mon public. J’étais hyper heureuse de voir mes cousines Ami et Awa à la projection de mars à Paris. On écrit pour nos petites sœurs, nos filles, mais aussi pour nous, pour se soutenir, pour se dire qu’on n’est pas toute seule dans son coin, pas folle à imaginer des trucs. Et puis, des fois, je me dis « oui, il faut que cette parole sorte de nos murs » que la France, que le monde sache qu’on est là et que, comme le dit Alice Diop « les gens sont là, ils n’iront nulle part, et il faudra compter avec nous ». Nous avons une chance inouïe qui est celle de pouvoir être connectés d’une manière absolument folle via les réseaux sociaux et les connexions qu’ils créent ou renforcent dans le monde réel. Je suis extatique de voir le bouillonnement qu’il y a en ce moment, les initiatives pour s’assurer que nos enfants grandiront avec des outils, des visages, des modèles, une littérature, une place que nous n’avions pas, toutes ces choses qui disent leur place en France et dans le monde. C’est fabuleux !

Êtes-vous sensible/adhèrez-vous au discours produit par les afroféministes ?

Je travaille actuellement sur deux projets. Le premier (Teri) est un documentaire où j’analyse la perception de la santé mentale des femmes noires en France, au Sénégal et aux USA, en retraçant les derniers mois de la chanteuse Teri Moïse. Le second est un manuscrit qui suit les mobilisations des femmes noires dans l’espace francophone colonial. Voir ce que notre génération a hérité de femmes telles que Jane Léro, Jeanne-Martin Cissé ou Eugénie Eboué, mais aussi, ce que nous tenons des actions de femmes plus anonymes telles que nos propres mères, tantes, grands-mères etc.

Est-ce que vous vous inscrivez dans une démarche similaire -soit militante, soit revendicatrice ?

Par rapport à la militance, Maboula l’explique très bien dans le documentaire. Nous évoluons dans un milieu académique où le postulat est au recul, à la scientificité froide et cartésienne. Il faut travailler sur des choses inanimées, vieilles, mortes et de préférence “universelles” -non marquées racialement, sexuellement etc-. Lorsque l’on décide de se pencher sur des sujets palpitants, extrêmement contemporains et qui nous touchent personnellement, on peut être vu comme militant.e. En réponse à un journaliste qui lui demandait s’il se considérait comme tel, Malcolm X a eu cette réponse géniale que j’ai adoptée il y a très longtemps : « I consider myself Malcolm ». Je suis Mame et je travaille sur ma vie, mon parcours et celui de certaines de mes mères, de mes sœurs et de mes filles.

Y a-t-il une date de sortie prévue en salles ? Une diffusion en télé ? Dans les festivals ?


Je dois régler la question des droits sur quelques chansons utilisées dans le documentaire et nous préparons activement sa sortie. Quand j’ai commencé ce projet, c’était avec l’intention de l’utiliser pour mes cours et puis voir un peu où il ferait sa petite vie. La danseuse et directrice de compagnie Bintou Dembélé -qui apparaît dans le documentaire-a été la première à me dire « mais sors ce film ! » Et on revient à cette idée de chaîne, l’impression d’être porté, poussé par le groupe. Là, grâce au soutien de personnes hyper motivées, ce film va avoir une vie publique. Je suis contente de voir davantage d’espaces s’ouvrir et de nous voir dévoiler et partager nos blessures, nos réalisations, notre brillance, ce que nous sommes.

DEBAT -« Le traitement des afro-descendant.e.s dans l’espace médiatique est-il acceptable », une question rhétorique ?

Lundi 20 février, nous organisions une rencontre autour du traitement médiatique des Afrodescendant.e.s. Il s’agissait de parler dans le contexte actuel -mobilisation pour le changement de nom du Bal Nègre, violences policières à l’encontre de Théo Luhaka, de la manière dont on parle d’elleux dans les médias, et dont illes existent. Bref, quels mots sont employés et comment ils giflent parfois la dignité des concerné.e.s en émeuvant à peine. On avait ouvert l’année 2016 avec Leïla Sy. On devait organiser ce premier événement de l’année 2017 depuis un moment et on a décidé de parler du traitement médiatique des Afrodescendant.e.s avec des lecteur.ice.s.

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara
Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara

Là, un syndicaliste relativise l’usage du mot “bamboula” à la télé, soutenu par un ancien magistrat, ici c’est un homme qui appelle un cabaret « bal nègre », arguant de l’histoire, alors qu’il ne s’était jamais nommé ainsi officiellement. Les afrodescendant.e.s seraient des victimes qui se plaignent tout le temps d’attaques. Or, la sortie de Luc Poignant, le 9 février, parlant de « bamboula » a été jugé inadmissible et raciste, condamné notamment par le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, sauf pour l’ex-procureur Philippe Bilger qui a parlé d’un mot “presque affectueux ».

Nous voulions savoir si nous avions progressé depuis 2010 et la phrase de Guerlain sur « les nègres fainéants » point de départ d’une mobilisation militante sans précédent. La réponse n’est pas évidente…

Face à Luc Poignant, il y avait Caroline Roux. La journaliste de France 5 a réagi de suite, tout en laissant sur le même plan une injure raciste et une insulte (“enculé de flic”) et ce, 7 ans après une scène similaire entre Elise Lucet et Jean-Paul Guerlain.

Personne n’a oublié la sortie offensive et raciste du parfumeur au JT de 13h que présentait alors Elise Lucet : il doutait au calme que « les nègres aient jamais travaillé »

Elle n’avait pas su/pu lui répondre et s’en était excusée par la suite.

Nous voulions savoir si nous avions progressé depuis 2010 et cette phrase, point de départ d’une mobilisation sans précédent de la Brigade Anti-Négrophobie, née à ce moment-là, des Indivisibles portée par Rokhaya Diallo à l’époque et qui a conduit à la condamnation du parfumeur ?

Nous avions organisé trois mini-débats. Le premier échange permettait de mettre en contexte le terme « nègre » et toute son histoire complexe, d’injure raciste et condescendante à la réappropriation, notamment littéraire et poétique. Qu’y met-on derrière ? Les journalistes Sindanu Kasongo, animateur du blog Le Black et la plume et  Samba Doucouré, ont pu analyser le mot dans le rap français, un de leur champ d’écriture privilégié. 

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara
De g. à d. : les journalistes Samba Doucouré, Sindanu Kasongo et Adiaratou Diarrassouba, de L’Afro Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s
crédits Aboubacar Naby Camara

Pour le deuxième échange, on s’est fixé sur l’affaire du “bal nègre”, de l’annonce de la réouverture du lieu, dont l’histoire est mal connue, à la mobilisation qui a suivi et sur la couverture médiatique. Nous avions convié la militante Magali Fontaine, à l’origine du collectif BLM France – Les vies des Noir.e.s comptent et Ghyslain Vedeux, chargé des relations police-société civile du CRAN. Ce qui nous a particulièrement intéressé, c’est de voir qu’à part les institutions visibles, reconnaissables, notamment le CRAN, alors même que les afrodescendant.e.s ont quand même permis de faire savoir ce qui se passait au 33 de la rue Blomet, à aucun moment elles/ils ne sont clairement mentionné.e.s. 

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s
Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s

Dans l’article du  Mondeilles sont les « initiateurs d’une pétition », dans celui du Parisien, en date du 8, qui rejette la polémique en bas de l’article dans un encadré qu’on doit aller chercher et à côté duquel on peut passer, et prend clairement le parti de Guillaume Cornut-propriétaire du lieu-, ce sont des dizaines de personnes. L’article du même jour de 20minutes montre les visages des manifestant.e.s à travers une photo tirée d’un tweet du compte Vivre à Paris, mais idem, sans prendre la peine de dénominer les organisations présentes ; et distigant une fois de plus le CRAN.

Alors même que les Afrodescendant.e.s sont dans l’action, font l’actualité, on ne le retient qu’à peine.

Surtout, on prend avec des pincettes le fait que l’afrodescendant qu’on n’ose pas nommer ne soit pas d’accord avec le fait de baptiser ce lieu Bal Nègre.

Soudain, un cri.

Dani Bumba avait fait le déplacement. Le chanteur a proposé quelques chansons, dont un titre inspiré d’un contrôle policier malheureux avec son fils. 

S’il a ce titre en stock, qui coïncide avec un moment de sa vie et avec l’actualité, Dani Bumba a un univers musical marqué par la poésie ; il a d’ailleurs récité un poème pour conclure son set.

Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara
Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara Rencontre-débat du 20 février 2017 sur le traitement médiatique des Afrodescendant.e.s crédits Aboubacar Naby Camara

Nous avons terminé la conversation par un échange autour du mot « bamboula. » Entre autres échanges, le public s’est accordé pour dire que le mot n’avait pas la même force que le mot « nègre », et qu’il n’était pas question de se le réapproprier.

Qu’on se le dise, illes ne sont pas bamboula.