RENTRÉE – On a parlé avenir du blog et posts polémiques à l’apéro

Ça y est, à Paris, la pluie a repris ses droits. C’est ce qu’on a craint toutes les semaines précédant l’annonce de notre événement de rentrée au Petit Bain. Jusqu’à ce qu’on arrive aux abords de ce bateau-terrasse, stationné face à la BNF.

L'Afro @ Petit Bain
Bienvenue au Petit Bain

 

Depuis le débat du 29 mars sur la place des comédien.ne.s noir.e.s en France dans l’industrie, on n’avait plus fait d’événements. Et pour amorcer la deuxième et dernière moitié de l’année, après avoir fait des rediffs des quelques 140 posts qu’on a publié depuis novembre 2015, on s’est dit qu’on voulait juste chiller, manger, rigoler avec des gens dont on adore le travail.

Bon, il est vrai que d’abord, on a un peu parlé. Du blog, de nos aspirations, de l’année écoulée. Des posts qui ont cartonné comme celui sur Aissa Moments, les Tyla ou encore Afrocast et Shirley Souagnon. Des couacs, des interviewé.e.s qu’on a du mal à attraper, de notre propre emploi du temps, des posts qu’on a encore à faire. De notre prochain événement … pour fêter notre première année d’existence (détails prochainement). De la team L’Afro qui va s’agrandir grâce à vous.

La team de L'Afro échange avec le public le 31 août
L’Afro team

 

Il a fait beau. Il a fait chaud en fait. Alors, après, on a laissé les micros, et toute la soirée, ce sont les artistes qui ont pris possession de la terrasse. Nous, on était pas loin, dans un coin à boire des bières au calme.

Annabelle Lengronne, comédienne qu’on suit et à qui on n’a rien à prédire mais tout à souhaiter, qui a commencé par des films toujours plus exigeants et dans lesquels elle puisse montrer tout son talent, était là. Quand on lui a parlé de la soirée fin juin/début juillet, elle a tout de suite été motivée. Et c’est sur une lecture du texte « Communauté » de Leonora Miano – qu’on remercie-,  extrait de ses Ecrits pour la parole qu’elle a décidé de se lancer.

Annabelle Lengronne lit Communauté de Léonora Miano au Petit Bain
Annabelle Lengronne 

D’ailleurs, le même jour, l’auteure qui vient de sortir son nouveau roman, avait publié une tribune dans Libération suite au décès d’Adama Traoré, une réflexion faite sur le corps noir et son rejet violent, pouvant causer la mort, par l’État…

ELLE A TELLEMENT TUÉ CA ! Le texte est fort, dur, n’épargne pas les afrodescendant.e.s, détricote nos difficultés relationnelles entre nous, nos différences, nos incompréhensions creusés, renforcées par la vie en France, qui nous malmène, le poids de l’Histoire. À lire et à relire, à entendre et à réentendre.

Nicky Lars et Celia Wa sont venus ensuite pour nous enjailler. Flûte traversière, instrumentaux planants hip-hop, musica negra, les deux artistes ont joué leurs titres sans se départir d’un certain message politique tranquillement asséné et reçu tout aussi tranquillement par le public.

 

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Nicky Lars 
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Celia Wa

 

Bref, tout se passait bien et l’ambiance est montée crescendo, quand ils ont ouvert le micro à celleux qui voulaient poser un 16 ou juste zouker. Le temps de quelques instants, ils ont eu un guest pas si inconnu. D’avance mille excuses pour la qualité de la vidéo mais le son reste bon !

Le rappeur Blade, mais si, vous voyez, celui que des salles jugent « trop » engagé pour le programmer,-LOL, on peut être trop engagé donc !- avait aussi fait le déplacement pour partager le micro avec le duo.

Après ça, on n’a plus de photos, désolé. Kendra Yukiji, la djane a tellement mixé les morceaux parfaits pour clôturer la soirée, qu’on n’était plus dans les histoires de photos, de souvenirs tout ça. Merci à elle et à tou.te.s les invité.e.s et surtout à toute l’équipe technique du Petit Bain qui nous a reçu de manière hyper pro de 17h à minuit. À la prochaine !

IMMERSION – Afroxploitation / Afroparisian network : 1 réseau 2 afterworks

REPORTAGE – Afroxploitation est un jeune afterwork parisien, destiné aux créatifs afrodescendants, dont le troisième rendez-vous se tient ce 18 janvier à la Colonie dans le 10ème arrondissement. Pour Afriscope, L’Afro s’est rendue également à l’événement de mise en réseau proposé par le danseur-chorégraphe Qudus Onikeku. Regards croisés.

Dans un canapé, une femme soupire. « Les Africains, c’est toujours la même chose ! » Quelques personnes sont déjà arrivées, à l’espace Dojo Créa, près de la porte du faubourg Saint-Denis (Paris 10e) pour participer à l’afterwork AfroParisian Network, organisé par Qudus Adéremi Onikeku. Le danseur-chorégraphe qui vit entre la France et le Nigéria, est « dans les bouchons ».

Petit à petit, la salle se remplit. Aset Malanda, auteure d’un livre sur le cinéma nigérian s’occupe de détendre tout le monde, qui se découvre, quand il ne se reconnaît pas, et prépare de quoi sustenter et rafraîchir les participants.

Depuis quelques années, Qudus réunit des artistes comme le réalisateur Ruddy Kabuiku, 32 ans, qui a atterri dans l’événement grâce à Aset. « Elle m’en a parlé comme d’un rassemblement de créatifs, de gens qui font des projets et les présentent. Un moment durant lequel il est possible de réseauter », nous dit l’auteur du documentaire L’ Amour en cité.

Après les présentations, Chris de Négro, humoriste, se place au centre pour tester ses blagues sur l’auditoire. « Cela m’a intéressé car en tant qu’afro on a toujours l’impression qu’il n’y a pas grand-chose qui se passe. Mais en réalité, c’est juste l’exposition qui manque. Donc c’est une bonne opportunité de rencontrer des gens et de voir ce qui se fait. »

Trouver des opportunités professionnelles

AfroParisian Network n’est pas le seul afterwork dédié aux créatifs afro à Paris. Afroxploitation, né en juillet 2015 dans le jardin de Leonce Henri Nlend, comédien et metteur en scène du récent spectacle DjeuhDjoah qu’est-ce que tu Fela, est aussi de ceux-ci.

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Là où, chez Qudus, on est accueilli par une lumière franche, un tour obligatoire pour se connaître, c’est l’ambiance feutrée du bar le Next Club (Paris 2e) qui nous attend et Kristell Diallo, responsable de la communication et de coordination , pour le tout jeune Afroxploitation. « C’est un événement pour le réseau artistique afrodescendant parisien. C’est une occasion pour ses membres de se connaître, de se rencontrer et de faire des projets « , explique la jeune femme.

Dans la salle, une trentaine de danseur.se.s, comédien.ne.s, chercheur.se.s. discutent. Lors de la première édition, Léonce a trouvé des collaborateurs pour sa pièce, « des musiciens envisagent de travailler ensemble », confirme Kristell.

Alain Bidjeck fréquente les deux. Porteur du projet du Mois des cultures de L’ Afrique(1), l’entrepreneur apprécie comme Ruddy de se retrouver dans un espace « accueillant, qui peut inspirer et susciter l’envie de s’exprimer » et se dit « décomplexé de voir d’autres créer ».

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Besoins de structuration

Ruddy confesse que seule « l’effervescence d’Afro/Parisian Network » lui a permis de faire ces rencontres, soulignant une nouvelle fois le manque de visibilité des initiatives portées par des personnalités afrodescendantes. « Ici, j’ai pu prendre connaissance d’un projet de livre sur l’histoire africaine racontée aux enfants, c’est intéressant ! », donne-t-il pour exemple. Il continue : « Rencontrer des gens permet de rester à la page et de se donner de la force. Qudus est nigérian, moi lillois, ayant vécu au Canada et désormais parisien : nos réalités, nos perceptions sont différentes, donc enrichissantes. Enfin, le côté informel me plaît car ça n’engage à rien : pas de contrat, pas d’obligation ».

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Alain Bidjeck acquiesce : « Afro/Parisian Network doit être accompagné d’autres actions, du conseil, de l’accompagnement de montage de projets, du parrainage ». Si des structures spécialisées en direction des personnes afro manquent, le concept des afterworks Afroxploitation et Afro/Parisian Network de Qudus reste porteur. Ce dernier conclut le sien par une performance dansée, dans sa volonté d’échange et d’expériences. Il semble que la boucle est bouclée, il est temps de rentrer.

[1] GRAND RENDEZ-VOUS CULTUREL DU GRAND PARIS D’ARTISTES D’ORIGINE AFRICAINE QUI A EU LIEU DU 30 AVRIL AU 30 MAI 2016

Publié initialement en janvier 2016 dans le magazine Afriscope

REPORTAGE – Une soirée… au Deuxième Bureau

AFTERWORK – Pour Afriscope, on s’était enjaillées à l’événement Deuxième Bureau, organisé à l’Alcazar à Paris.


À peine arrivées sur les lieux, Guy Filliastre nous accueille. En ce mois d’avril, il co-organise Deuxième Bureau(1), un afterwork qui a pris ses quartiers à l’Alcazar. Le principe ? Se retrouver rue Mazarine dans ce bar-restaurant du 6e arrondissement de Paris,  après une journée de travail pour manger, boire, danser. Cet afterwork, qu’il a créé en 2008 avec le Togolais Atio Agbetra, est né d’un manque. « Avant, on sortait à l’Alizée(2) mais on ne savait jamais où commencer notre soirée », explique Guy.

Attiré par l’Afrique depuis son plus jeune âge – grâce à la musique de Fela Kuti, Touré Kunda, Zao ou encore Alpha Blondy que son père lui fait découvrir -, ce Français de 34 ans se rend régulièrement sur le continent pour des affaires. « Quand les gens me voient, ils sont étonnés et me croient libanais ! » s’amuse-t-il. Guy soigne tous les clients, qu’il se lève pour accueillir, habitués ou pas. Et pour cause, « il y a un marché, c’est une clientèle avec un vrai pouvoir d’achat », affirme-t-il.

Un duo aux commandes
Cadio franco-ivoirien âgé de 33 ans, et nouvel associé depuis le retour d’Atio au Togo, il précise : « Cette clientèle a la culture de la bouteille ». Et à 130 € l’unité, c’est un détail non négligeable. Cadio était client avant de devenir un intime et un partenaire commercial de Guy. C’est surtout son expérience en matière d’organisation de fêtes, lui qui travaille dans le milieu de la nuit depuis plus de 10 ans, qui a été décisive. Après un passage dans des hauts lieux de la restauration new-yorkaise, l’homme gère aujourd’hui l’Alcazar, le Vendôme ou encore le Théâtre Saint-Germain.

Les deux organisateurs ne veulent pas que leurs afterworks soient perçus comme exclusivement « afro », excepté pour la musique (et encore) : la playlist, c’est pour 30% du « David Guetta, des trucs généralistes ». Pour le reste, on a le droit à du « naija » ou musique nigériane, du zouglou et du hip-hop. Côté vestimentaire, style décontract’ mais classe exigée. à l’instar des deux organisateurs, costume et cravate pour Guy, chemise ouverte et pantalon à ourlet pour Cadio. Guy parle d’une ambiance familiale où tout le monde peut « s’enjailler » et d’un public surtout composé de « cadres parisiens autour de la trentaine, qui rentrent au pays pour l’été, mais aussi des franco-français ».

Mais où est la touche afro ?
Dans l’assistance, on remarque surtout des Afrodescendants qui dînent, des femmes pour une large part. « Des nanas qui s’assument et savent qu’elles ne se feront pas « emmerder » », explique Guy. Ahanna et ses copines acquiescent. La bande, moyenne d’âge 28-35 ans, sur son 31, vient pour la troisième fois. « C’est bien de se trouver ici plutôt que dans une boîte merdique, mais ça manque d’amuses-bouche. », déplore Ahanna*.

Arrimées au bar où elles sirotent leurs cocktails, elles trouvent l’ambiance plutôt calme et parlent de la touche afro pas assez appuyée. « Mais la musique reste cool ! », renchérit Shade*. Le Dj sélectionne les titres les plus populaires de ces derniers mois à l’instar de « Bum Bum » du Nigérian Timaya ou encore « Adonai » des Ghanéens Sarkodie et Castro. Dans les bons jours, les deux amis peuvent recevoir entre 200 et 300 personnes.

A priori
Le plus difficile : convaincre les propriétaires des lieux parisiens. « On me disait : « Des banlieusards, on n’en veut pas ! » Ils confondaient tout. S’ils avaient été à l’Alizée voir les gens prendre une table pour 200€, ils auraient parlé autrement… ». Les gérants affirment que la clientèle « afro » est exigeante mais fidèle, surtout lorsqu’on lui offre un service de qualité.

Cadio déplore que les événements où celle-ci peut se retrouver n’aient pas une bonne image auprès de certains Blancs. « Les soirées hip-hop sont interdites dans le quartier par la police », complète-t-il. Par des raccourcis douteux, ces dernières sont souvent associées à la violence. Mais Guy voit les portes s’ouvrir plus facilement depuis trois ans. « C’est l’influence afro-américaine, avec le succès de Jay-Z, Beyoncé… Tout le monde veut avoir un ami noir ! » dit Cadio, avec malice. On les quitte quand la musique se fait plus forte, il est 22 heures ; la nuit ne fait que commencer…

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(1) Le nom de l’afterwork s’amuse avec l’expression populaire en Afrique « avoir un deuxième bureau », qui signifie avoir une maîtresse et le fait de quitter son premier bureau pour aller à l’afterwork, le deuxième bureau.
(2) Boîte de nuit dans le 15e arrondissement de Paris, « un des QG de l’ambiance africaine ».
*les noms des personnes ont été changés à leur demande.

Initialement paru sur Afriscope