INTERVIEW – La journaliste Claire Diao, promotrice de cinémas africains et indépendants, se raconte en films

ENTRETIEN- Vous l’avez peut-être vu dans l’émission Le Cercle sur Canal + ou sur TV5 Monde dans le Journal Afrique avec sa chronique cinéma. Vous l’aurez compris, Claire Diao est une journaliste cinéphile. Elle lance d’ailleurs ce vendredi soir à 20h au Ciné 104 de Pantin le coup d’envoi de la saison 5 de Quartiers Lointains, le cycle de courts métrages entre l’hémisphère nord et le sud qui revient cette fois avec quatre productions françaises. Cette cinquième édition, qui a pour thème « l’image de soi », est parrainé par le comédien et réalisateur Lucien Jean Baptiste. L’Afro, partenaire de l’événement, a proposé à la journaliste de se plier à l’intense exercice des humeurs cinématographiques.

Elle se souvient encore de son tout premier article, en 2002, paru dans la revue du Festival du court-métrage de Villeurbanne. Sept ans plus tard, Claire Diao se lance pleinement dans le journalisme et écrit pour Courrier International, le Bondy Blog ou encore So Film. Mais la franco-burkinabè a d’autres ambitions : contribuer à une meilleure diffusion des cinémas africains et français moins privilégiés. C’est ainsi que naît Quartiers Lointains en 2013 ; une sélection de courts métrages où, d’une année à l’autre, sont présentés tantôt des productions africaines tantôt des films français, tous bien différents mais réunis autour d’un thème. Cette année, il s’agit de quatre réalisations françaises mettant en scène l’ « image de soi », avec notamment Le bleu blanc rouge de mes cheveux de Josza Anjembe.

Quartiers Lointains saison 5

Mais Claire Diao, ne s’arrête pas là puisqu’en 2015, elle co-fonde Awotele, revue de critiques de cinéma panafricain, dont le quatrième numéro a été financé par une campagne de crowdfunding. L’année suivante, elle monte Sudu Connexion, société de distribution de films d’Afrique & Diaspora. Elle publie ensuite en 2017 son premier livre Double Vague, la nouvelle vague du cinéma français où elle parle de cette génération de cinéastes français.e.s aux doubles cultures, ayant grandi en province, en banlieue ou dans des quartiers populaires, loin du monde bourgeois et parisien du septième art en hexagone.

Les humeurs cinématographiques de Claire Diao se trouvent à la croisée de tous ces univers, éclectiques.

Le film qui t’a fait tomber amoureuse du cinéma et donner envie de t’y dédier

J’ai toujours aimé le cinéma donc je ne pense pas qu’il y ait un film plus qu’un autre qui m’ait fait tomber « en amour ». Le cinéma a toujours été un échappatoire pour vivre d’autres vies, découvrir d’autres mondes, ressentir des émotions… En revanche, je me souviens précisément que c’est en 2005, à l’occasion d’une projection du film Le pianiste de Roman Polanski au Centre Culturel Français Georges Méliès de Ouagadougou devant 400 lycéens burkinabè, que j’ai eu la révélation de vouloir transmettre le cinéma.

Le film que tu ne te lasses pas de regarder

Étonnamment, je n’aime pas regarder mille fois un film car j’ai souvent mille films à regarder ! Certainement les films de Quartiers Lointains que j’accompagne durant une année ? J’ai beau les voir et les revoir, je découvre toujours une nouvelle séquence, une nouvelle tirade, un nouveau plan qui m’avait échappé.

Le film qui te bouleverse

Récemment, le documentaire Maman Colonelle de Dieudo Hamadi. Pour la ténacité de cette femme gendarme qui tente de réhabiliter des femmes violées, élève plusieurs enfants adoptés, affronte les critiques de la population et fait bouger les lignes d’une République Démocratique du Congo déchirée depuis tant d’années.

Le film qui t’a appris des choses

J’apprends tout le temps et énormément à travers le cinéma. Mais s’il ne faut en citer qu’un, ce serait sans hésiter La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, l’une des plus belles reconstitutions cinématographiques sur la guerre d’Algérie, la colonisation française et la révolte d’un peuple en quête d’indépendance.

Le film que tu es particulièrement fière d’avoir fait découvrir au public

Vers la tendresse d’Alice Diop, dans la 3e saison de Quartiers Lointains. Un documentaire d’utilité publique qui met des mots sur des maux que beaucoup de gens connaissent mais dont très peu parlent. Son César a été un immense plaisir car il a permis de révéler un travail d’orfèvre qu’elle mène depuis des années.

LE film classique

La Noire de... de Sembène Ousmane. Pour son propos politique, son approche esthétique et parce qu’il offre un premier grand rôle à une actrice sénégalaise, Thérèse M’Bissine Diop, qui n’a même pas été payée. Voir et revoir ce film, c’est se rappeler qu’il était possible, dans les années 60, de s’élever contre l’ancien colonisateur avec ses armes culturelles et d’être respecté des deux côtés de la Méditerranée.

Le film qui te fait rire

Pee-Wee Big Adventure de Tim Burton, un régal d’humour décalé et de situations rocambolesques (spéciale dédicace à mon beau-frère qui le déteste 😉 ! )

Le film que tu ne peux pas/plus voir

Requiem for a dream de Darren Arronofsky qui a pendant longtemps été mon film préféré. Il m’a tellement secouée que je n’ai pas besoin de le revoir. C’était la première fois, en sortant d’une salle, que je ressentais le besoin de me mettre au soleil pour revenir à la réalité. Il m’a littéralement hantée.

Le film qui symbolise le mieux le Burkina Faso

Buud Yam de Gaston Kaboré, une épopée à travers la variété des paysages burkinabè et la pluralité des peuples qui l’habitent. C’est le deuxième volet d’un diptyque (Wend Kuuni en 1983 puis Buud Yam en 1997) tourné avec les mêmes acteurs. Un grand film qui m’a révélé en images la beauté d’un pays que mon père m’a transmis par les mots.

Le film qui symbolise le mieux la France

Les 400 coups de François Truffaut. Parce qu’il nous parle de la France de la débrouille, celle d’un autre temps, en noir et blanc, où Antoine Doisnel parle comme un adulte, fait l’école buissonnière et se débrouille sans ses parents. Les vieux films français ont souvent été pour moi un moyen d’imaginer la France de mes grands-parents.

Ton dernier coup de coeur

Get Out de Jordan Peele m’a tout à la fois effrayée, amusée, épatée. Beaucoup de sentiments à la fois. J’étais scotchée.

(Crédits photo : Yoann Corthésy/FIFF)

Publicités

#unjouruneactriceafrofrançaise #26 : Gigi Ledron

TROMBINOSCOPE – Parce qu’on n’en peut plus d’entendre que les comédien.ne.s noir.e.s en France sont invisibles, qu’on n’en connaît peu, que si, que là… on a décidé d’en présenter un, brièvement, tous les jours. Aujourd’hui : Gigi Ledron.

Invisibles, les comédien.ne.s afrofrançais.e.s ? Pendant que nous nous demandons si nous sommes capables d’en citer plus de cinq, ces artistes s’affairent sur les plateaux de cinéma, les planches.

Loin de nier la ligne de couleur qui règne au théâtre, au cinéma, à la télévision et malgré des améliorations, nous voulons les mettre en valeur, à la suite d’autres, justement parce qu’il peut être difficile de savoir où et quand illes jouent.

Vous trouverez ici chaque semaine le nom et la photo d’un.e comédien.ne noir.e, sa date de naissance, son premier film, les films marquants dans lesquels ille a joué, son dernier rôle.  Aujourd’hui : Gigi Ledron.

Gigi-Ledron
Gigi Ledron (Source photo : Agence Parat)

Gigi Ledron est née le .

Elle chante et débute sa carrière en faisant du théâtre musical autour notamment des oeuvres de Molière dans Si les syllabes m’étaient contées par Sarah Eigerman (2002), de Boris Vian dans Trompette bonbon, les Négropolitains chantent Boris Vian (2003) ou de la vie de Joséphine Baker dans la pièce du même nom(2005). Elle joue également le rôle de Bintou, une abidjanaise dans la comédie Men !!! (2005-2006), Jeanne Duval, muse de Baudelaire dans Maudite soit la nuit (2009) ou encore Mamie Till dans la pièce Dans les rivières du Delta (2011).

Au cinéma, elle joue dans La valse des gros derrières aux côtés de Diouc Koma et Mata Gabin (2000), Mama Aloko de Jean Odoutan avec Laurentine Milébo et Stéphane Soo Mongo (2002),  Paris de Cédric Klapisch (2008), Le nom des gens de Michel Leclerc (2010), Carlos d’Olivier Assayas (2010), La stratégie de la poussette de Clément Michel (2011)

Gigi Ledron fait également des apparitions sur le petit écran dans les séries Mafiosa, Alice Nevers, Joséphine ange gardien, Les mystères de l’amour, Engrenages ou encore Q.I.

En 2016, on a pu la retrouver au théâtre dans la pièce Un mariage est si vite arrivé de Laurence Dru, dans la web-série Persuasif de Harold Varango co-produite pas Arte Creative, qui a été récemment diffusé sur BET France.

Cette année, elle a incarné le rôle d’une femme flic dans le téléfilm Noir Enigma de Manuel Boursinhac et Gianguido Spinelli et elle vient d’achever le tournage du long métrage Deux fils de Felix Moati avec Vincent Lacoste et Benoît Poolvoerde.

Shirley Souagnon, JP Zadi… L’actu des intervenant.e.s du débat « La place des comédien.ne.s noir.e.s en France »

IMG_0943 (2)
De gauche à droite : Claire Diao, JP Zadi, Annabelle Lengronne. Shirley Souagnon n’est pas sur cette photo mais sera sur les vidéos 😉
La soirée du 29 mars a permis de parler de la place des comédien.ne.s noir.e.s. en France. Elle a aussi permis aux afronautes présent.e.s de (re)découvrir les intervenant.e.s sans fards. Pour en savoir plus sur eux, lire ce qui suit.

Claire Diao, Shirley Souagnon, Annabelle Lengronne, JP Zadi et les autres intervenant.e.s nous ont fait la grâce d’être présent.e.s lors de notre soirée-débat sur la place des comédien.ne.s noir.e.s en France le 29 mars 2016. Elleux ont annoncé travailler sur des films, des séries, des festivals. On vous remet toutes les infos dans ce post 😉

claire diao
Claire Diao

Vous avez particulièrement apprécié les prises de parole précises, documentées et toujours à propos de Claire Diao. La journaliste spécialisée dans les cinémas urbains et/ou d’Afriques. fourmille d’activités ; elle est aussi l’une des instigatrices du festival Quartiers Lointains, qui projettent des courts-métrages de jeunes cinéastes comme Alice Diop, Yohann Kouam, Zangro, ou encore Jean Charles Mbotti Malolo. Le thème de cette année, c’est l’amour.
La prochaine projection de Quartiers Lointains aura lieu le mardi 19 avril à 18h30 au Magic Cinema de Bobigny, puis au Lincoln Center de New York (!!!) le samedi 7 mai 2016.

Plus d’informations : http://www.quartiers-lointains.com/saison-3.html

shirley s

Shirley Souagnon

C’est la première artiste que l’on a contactée, suite à notre interview sur Afrocast, l’agence web dédiée aux comédien.ne.s noir.e.s. Elle a dit oui tout de suite. La comédienne Shirley Souagnon est peut-être arrivée en retard en scooter à cause de la pluie et a dû partir à 21h30, non sans avoir dit des choses importantes sur la nécessité pour les comédien.ne.s afro de s’organiser surtout financièrement. Outre son émission pour Afrostream, qui arrive bientôt, Shirley Souagnon est en rôdage pour son nouveau spectacle -le troisième- au Sentier des Halles les 11, 13, 20 et 25 Avril 2016 à 21h30.

Plus d’informationshttp://www.shirleysouagnon.com

Annabelle Lengronne
Annabelle Lengronne

Annabelle Lengronne

Cinéma guérilla, rôles normaux pour les noir.e.s… Annabelle Lengronne a largement fait part des enjeux importants qui règnent dans l’industrie du cinéma, où on propose encore des rôles y a bon Banania aux comédien.ne.s noir.e.s et la nécessité d’être bien entourée. Elle sera au cinéma dans Stan, le prochain film de Magaly Richard-Serrano et y sera le rôle-titre, une rappeuse au sein d’un groupe qui fait sa tournée de la dernière chance.

12525539_1038464936199753_4917865528424742042_o

JP Zadi a marqué le débat par ses interventions provocantes. Pour lui, les noir.e.s ont besoin de rêver, d’avoir de l’ambition et ne doivent pas se priver de prendre une caméra et de se créer ses propres opportunités. Le réalisateur a écrit, réalisé et produit Craignos, un programme court de 13 min composé de 7 épisodes. Au casting de cette série comique à l’ambiance de thriller, un paquet d’acteurs et de guests masculins comme le réalisateur Rachid Djaidani, le rappeur Mac Tyer, Stephane Soo Mongo, Francis Kuntz –Groland-, Julien Cazarre du J+1 sur Canal +, Mathieu Longatte, le Youtubeur politique de Bonjour Tristesse. JP Zadi joue Ernesto, le personnage principal, qui a 6 mois pour trouver les 100 000 euros confiés par son meilleur ami, entré en prison, et contenus dans un sac qu’il a perdu.
Gigi Ledron
Assise dans le public, Gigi Ledron est intervenue notamment pour parler des activités de l’Association des Acteurs et Actrices de France Associés, dont la comédienne est membre. Une commission de la diversité a été créée. Pour retrouver les travaux et les rendez-vous de l’association, rendez-vous sur le site : http://www.aafa-asso.org/