EDITO – Et si on explorait le corps noir ?

Depuis quelques années, on peut voir, entendre ou lire dans certains médias toutes sortes de choses sur le « phénomène nappy » en France. Depuis une dizaine d’années, on voit effectivement de plus en plus de femmes et d’hommes abandonner les pots de défrisant pour laisser leur cheveu revenir à leur état naturel. On a pu assister à des guéguerres entre les « nappex » (nappy extrémistes rejetant totalement les artifices capillaires) et les personnes continuant à modifier chimiquement la nature de leur cheveu ou à porter des mèches, des tissages et autres perruques, preuve du tiraillement entre une revendication militante pour certain.e.s et un simple souci esthétique pour d’autres. Au même moment blogueuses, vlogueuses et auto-entrepreneuses et artistes inspirées par du poil crânien made in France  émergent et continuent aujourd’hui, pour la plupart à occuper la scène française. 

L’Afro se plonge dans ces questions capillaires pour tenter d’y démêler le vrai du faux, entre légendes urbaines et réalités. Mais ne s’y limite pas.

On s’intéresse au corps noir au sens large, tête, visage, peau. Le corps noir est un corps chargé d’histoire dont il porte encore les stigmates en 2016. Tantôt fantasmé, décrié ou fièrement affiché,  le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est régulièrement l’objet de polémiques. Comme ce fut le cas en février dernier avec les lèvres de la mannequin Aamito Stacie Lagum.  Un corps dont on ne sait pas trop quoi faire, comme dans les magazines de beauté féminins, épinglé en couverture une fois dans l’année ou objet d’un hors-série. Un corps qui, de la tête au pied, peut coûter très cher, la femme noire étant celle qui dépense le plus au monde en terme de cosmétique.

Le corps noir, un sujet plus profond et complexe qu’une simple histoire de beauté donc. Un sujet riche que l’on traitera tout le long du mois de mars.

Bonne lecture !

EDITO – Faut-il un Black History Month dans les écoles françaises ?

Les Vikings, Victor Hugo, les Mérovingiens, Montesquieu, … voilà un petit pot-pourri de souvenirs de mes cours d’histoire et de littérature. Et là, je me demande quelle place pour les Noir.e.s dans tout ça ?
C’est au collège que le problème a véritablement commencé à se faire sentir. Quand une professeure d’histoire-géo ose dire que la colonisation a eu des bienfaits -vous savez bien, les routes, l’électricité, etc – là, ça tique.
colonisation
Quand on étudie les guerres mondiales, encore, et encore, et encore…(un petit dépoussiérage des programmes s’imposent mais ça, c’est une autre histoire) et qu’on se retrouve avec un petit paragraphe de rien du tout avec une illustration encore moins grande au-dessus représentant des esclaves noirs enchaînés les uns aux autres pour faire un cours – ou plutôt une mention- sur ce qu’était la traite négrière, il y a un léger souci.
Quand au lycée on étudie des textes des génies du siècle des Lumières, qui ont la bonté de vouloir éclairer les lanternes des petites gens de leur époque et sont censés aujourd’hui susciter notre admiration voire nous faire lâcher une larme, alors que certains étaient eux-mêmes des esclavagistes, ça devient un poil plus compliqué.
Voltaire2
Même chose pour ceux arrivés plus tard, au XIXème, avec cette fibre humaniste dans le but de dénoncer des injustices parmi la population alors qu’ils partagent la conviction de Jules Ferry selon laquelle la « mission civilisatrice » des « sauvages » est le chemin, ça n’a aucun de sens. Comme si les Noir.e.s n’existaient pas en France, comme s’il n’y avait jamais rien établi pour ne pas dire qu’iels ne sont « pas assez rentré.e.s dans l’histoire » pour citer quelqu’un que l’on connait bien.
Enfin, en cours d’anglais, on me parle de Martin Luther King, de Malcolm X, de Rosa Parks (oui, toujours les mêmes et c’est déjà très bien !), ça aiguise ma curiosité et un champ des possibles s’ouvre à moi. Et je finis par me demander s’il existe de telles figures en France.
L’éducation purement scolaire n’a pas été suffisante. Il aura fallu chercher en-dehors. Je ne pense pas que l’école doive tout nous apprendre mais plutôt nous donner des pistes de réflexion. Sauf que ces pistes en question ont brillé par leur absence.
Oublier de parler des rébellions et luttes qui ont été menées par des esclaves pour sortir de leur état de servitude en précisant que certaines ont même abouti à des victoires comme dans le cas d’Haïti (qui en paie encore cher le prix aujourd’hui) ? Et les indépendances africaines qui, à en croire les manuels scolaires et les professeurs de mon temps du moins, se seraient toutes faites dans la joie et la bonne humeur ? (A l’exception de l’Algérie bien sûr, la pilule aurait été un peu trop grosse à faire passer…) Parce que oui, tout ça fait bien partie de l’histoire française.
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Le Général Toussaint Louverture
Des exemples de femmes et d’hommes ayant leur place dans l’histoire de France et se trouvant être afrodescendant.e.s, il y en a pourtant.
Aujourd’hui, on enseigne un peu de Césaire, c’est déjà un premier pas. En tant que poète surtout mais pas tellement en tant qu’homme politique, lui qui est resté maire de Fort-de-France pendant 56 ans !
Un « Black History Month » en France, une bonne idée ? J’en vois déjà venir et sortir le mot qui fait peur :  « communautarisme ». Dans un monde idéal, on parlerait, par exemple, de Paulette Nardal, première femme noire d’origine martiniquaise à avoir étudié à la Sorbonne, instigatrice du mouvement de la négritude et qui, avec sa soeur Andrée et Léo Sajous, ont lancé leur propre journal, « La Revue du Monde Noir ».
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Paulette Nardal
On expliquerait que les tirailleurs sénégalais -qui n’étaient pas tous sénégalais !-  étaient bel et bien présents lors de la libération de Paris à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Et on pourrait dire une fois pour toute que choisir Gérard Depardieu pour incarner Alexandre Dumas alors qu’il était métis, est un choix qui peut laisser perplexe.
Quand on remettra les Noirs de France à leur place dans les chapitres de l’histoire, on aura sûrement plus besoin de se poser la question.
Adiaratou Diarrassouba

EDITO -Aimons-nous assez nos journalistes noires ?

audrey pulvar

Nous inaugurons, à la demande générale ;), la deuxième partie de notre dossier sur les femmes noires dans les médias., l’audiovisuel et le cinéma.

Pour rappel, on s’attache plus largement à parler de celles au profil à la Oprah Winfrey, qu’on aime célébrer pour ses réussites, dans la production audiovisuelle, elle qui a été la première femme noire américaine à posséder sa propre boîte dans l’industrie du divertissement, cinématographique (cf. le trentième anniversaire du tournage de la Couleur pourpre, c’est cette année) et dans le business en général.

Nous avions parlé des pionnières en France, de celles qui ont des boîtes de production, qui ont monté des médias qui ont duré, à la tête d’écoles, de boîtes de communication, bref, de toutes celles qu’on ne voit pas mais qui sont là, opératrices essentielles mais dans l’ombre.

On s’est dit que pour cette deuxième partie, ce serait bien de se focaliser sur les journalistes / productrices/ réalisatrices installées. Parce qu’on en parle jamais assez. On les a sous les yeux toute la journée, qu’elles passent à la télé, passent leurs clips, écrivent, et pourtant, difficiles d’en citer plus de cinq, nous disent certain.e.s d’entre vous !

Dans une conversation Twitter, amorcée suite à une tribune de la blogueuse Clumsy parue sur le HuffPost, où elle demandait combien de journalistes noires les lecteur.ice.s étaient susceptibles de connaître ? Nous avons reposté cette question. Et les réponses tournaient toujours autour des mêmes personnalités : Audrey Pulvar, Christine Kelly , voire Hapsatou Sy ! Mais aucune journaliste de presse écrite, à la tête d’une rédaction numérique, d’un média féminin, ou culturel. 

Finalement, les journalistes noires se retrouvent confrontées aux mêmes problématiques que tout pigiste ou rédacteur qui n’a pas l’heur d’être sous les feux des projecteurs de D8 ou de TF1 : invisibles parce que pas vues à la télé ! 

Tout en continuant de parler des femmes qui sont haut perchées dans les organigrammes, à l’ombre des écrans, dans des bureaux, dans des festivals pour défendre les films qu’elles produisent, réalisent, on va vous parler de celles qui sont là, installées sur leurs chaises à roulettes, dans les rédac, sur le net, qui storyboardent des clips, qui ont une expertise dans des lieux importants, qui représentent, dans les médias, l’audiovisuel et le cinéma. De celles qui sont l’arbre (Audrey Pulvar, Rokhaya Diallo) qui cache la forêt.

On a du coup découvert plein de consoeurs, suivi plein de femmes de plume qu’on admirait déjà. Comme vous, on pourra dire désormais qu’on en connaît plus que 5 ! Car les connaître, suivre leur travail, c’est déjà les aimer 😉

Bonne lecture !

EDITO – Femmes noires dans les médias : on les voit peu, mais elles sont là !

On s’est dit que certain.e.s ne savaient peut-être pas qui avait fondé le magazine Cité Black, que d’autres en pleuraient encore l’arrêt, qui était derrière l’arrivée imminente du Musée des médias, ou qui avait contribué à créer les NRJ Music Awards… Des femmes de talent, noires, travaillant en France et à l’international le plus souvent. On a trouvé ça dommage.

On s’est dit qu’on aimait bien Oprah Winfrey et toutes les autres « game changers » des Etats-Unis, du Royaume-Uni et puis on a pensé qu’il fallait se pencher sur le cas, les carrières de NOS dirigeantes, directrices de programmes, de magazines en France et ce, en plusieurs étapes. Oui, elles sont peu nombreuses pour plein de raisons, d’ordre structurel normalement, mais elles sont là, travaillant behind the scene ou sous les feux de projecteurs et L’Afro a décidé d’en parler.

Nous consacrerons donc bon nombre de nos posts cette semaine aux femmes noires dans les médias et l’audiovisuel, aux pionnières.

Comme nous l’avions évoqué dans notre manifeste, nous n’avons pas la prétention d’inventer quoique ce soit avec L’Afro. Notre démarche s’inscrit dans un processus amorcé par d’autres personnes avant nous qui nous ont intrigué, agacé, inspiré, qu’on a admiré et qu’on continue de suivre.

Si nous relatons les parcours d’Hortense Assaga, France Zobda, les initiatives de Catherine Saint-Joseph, d’Edwige-Laure Mambouli ou de Christine Kelly, le but n’est pas de les présenter comme les alpha et les oméga de ce qu’il faut faire /être pour entrer dans les médias. Ces femmes ont fait leur chemin dans ce milieu, continuent, ont fait des choix sur lesquels il nous a paru intéressant de revenir.

Leur parole, libre, dit beaucoup des difficultés, des compromis, de ce qu’il leur a fallu pour faire leur trou, mais aussi de la ténacité nécessaire pour mener à bout des projets, les réaliser. Leurs parcours, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs accomplissements que vous jugerez peut-être durement, permettront peut-être de comprendre le contexte actuel, sur lequel elles ont toutes un regard et peut-être de susciter des vocations … ou un rejet total, suspense !

Qui a lu O, le magazine papier d’Oprah Winfrey, sait que compromis et adaptation au pays dans lequel cette dernière, femme puissante à la tête d’un empire, a entrepris est aussi une des clés de son succès commercial et de son influence, qu’on aime à rappeler inlassablement…

On espère que ces femmes noires dans l’ombre et la lumière susciteront débats, interrogations et prises de position de votre part.

Pour commencer : cliquez ici 😉

Bonne lecture !