Festival des 3 continents 2019 : focus sur le cinéma afro-américain

Foxy Brown, Menace II Society, Daughters of the dust, Get out… des classiques et des exclusivités françaises au menu du cycle « le livre noir du cinéma américain » présenté dès le 19 novembre à Nantes.

Cinéphiles ou simple curieux.ses, si vous vous trouvez à Nantes du 19 au 26 novembre, on a un bon plan pour vous. Pendant ces quelques jours aura lieu la 41ème édition du Festival des 3 continents dédié aux cinémas d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Cette année, une rétrospective axée sur la représentation des afro-américains en présence de certain.es cinéastes. L’Afro vous fait gagner des places pour une des séances!

Spike Lee (source : 3continents.com)

« Le livre noir du cinéma américain », c’est une sélection réunissant plus de 40 oeuvres balayant près d’un siècle de courts métrages et de longs métrages comprenant fictions et documentaires. Le cycle nous plonge dans les années 20 et 30 notamment avec l’incontournable Oscar Micheaux, –à noter pour la première fois en France Birthright– et la multitalentueuse Zora Neale Hurston – avec son documentaire en exclu hexagonal Fieldwork Footage-, les années 60 et 70 avec les grands Gordon Parks et Melvin Van Peebles, en passant par les années 80 avec Haïlé Gérima et Spike Lee, les années 90 avec John Singleton et Julie Dash et des films de ces dernières années signés Jordan Peele, Raoul Peck ou encore George Tillman Jr.

Les rendez-vous à ne pas manquer :

  • les projections de Medea (1973) de Ben Caldwell et de As above, so below (1973) de Larry Clark en présence des réalisateurs dimanche 24 novembre à 20h et mardi 26 novembre à 17h
  • les séances de courts métrages en présence de la réalisatrice Fronza Woods vendredi 22 novembre à 16h et dimanche 24 novembre à 15h45
  • les projections de The horse (1973) et Killer of sheep (1978) de Charles Burnett en sa présence dimanche 24 novembre à 14h et lundi 25 novembre à 19h15
  • la conférence autour de la thématique « le livre NOIR du cinéma américain » avec l’ensemble des cinéastes présents : Charles Burnett, Ben Caldwell, Larry Clark et Fronza Woods. Lundi 25 novembre à 14h au Museum d’histoire naturelle. Le plus : l’entrée est libre.
  • la soirée au Stereolux sous le signe de la soul avec le documentaire Wattstax (1972) de Mel Stuart autour du « Woodstock noir », réunissant des artistes cultes du fameux label Stax (Isaac Hayes, Rufus Thomas, The Bar-Kays…) en hommage aux 34 morts lors des révoltes du quartier Watts en 1965, où la population exprimait sa colère face à la quotidienne violence policière. Le film donne également la parole à ses habitant.es. Il a été nommé au Golden Globes en 1974. La séance sera suivie d’un concert de l’artiste Bilal, l’un de celleux qui a repris le flambeau musical avec brio. ça se passe lundi 25 novembre à 20h30 et on vous fait gagner 6×1 places pour cet événement ! Pour participer et tenter votre chance au tirage au sort, répondez à cette question : quel est le nom du dernier album de Bilal ? Vous avez jusqu’au mercredi 20 novembre 20h pour jouer en nous envoyant un mail à l.afrolesite@gmail.com avec comme objet « jeu concours Wattstax x Bilal ». Bon courage !

Portrait – Djeneba Aduayom ou l’art de la photographie empathique

L’ex-danseuse et désormais photographe franco-togolaise basée à Los Angeles Djeneba Aduayom expose pour la première fois cette année à la Foire d’art contemporain africain AKAA au Carreau du Temple. Elle y présente des pièces de sa série « Capsulated » du 9 au 11 novembre . Portrait d’une artiste introvertie en quête de l’humain.
Avec la photographe Djeneba Aduayom, il faut du mouvement ! Pas étonnant quand on sait qu’avant de dégainer un Canon 5D, elle a suivi une carrière de danseuse, auprès de Prince, Tina Turner, Robbie Williams … jusqu’à ce qu’une opération de la hanche et du genou suite à une grave blessure l’oblige à envisager une reconversion professionnelle. Elle a cependant encore besoin que ça bouge. C’est à ce moment-là qu’elle se met à la photo. Et plus elle shoote, plus elle y prend goût. « Je cherchais quelque chose qui me passionne autant que la danse. Comme j’avais fait de l’architecture d’intérieur, je pensais que ce serait ma carrière numéro 2 mais quand j’ai découvert la photographie, ça m’a mis dans une espèce d’émotion … j’ai donc pris toutes mes économies et j’ai acheté un appareil photo et de belles lentilles. » L’aventure photographique débute il y a 9 ans.
Le mot d’ordre de Djeneba, photographe autodidacte ? La discipline.
A l’âge de six ans, alors que sa famille vit au Togo, elle exprime un voeu clair, net et précis : elle sera danseuse internationale ! Ses parents l’inscrivent à des cours de danse classique. Elle poursuit son apprentissage lorsque sa famille s’installe à Paris quelques années plus tard et toujours plus exigeante, elle réclame une formation d’un niveau supérieur. La voilà inscrite au Lycée Racine option danse. A l’âge de 16 ans, elle s’envole seule vers les Etats-Unis effectuer un stage à New-York. Elle travaille par la suite avec des compagnies de danse dont celle d’Alvin Ailey pour un ballet avant de rentrer dans le monde commercial auprès de grandes stars, des clips vidéos aux tournées internationales. « Des moments exceptionnels ! »
Pour l’amour du mouvement oui, mais pas à n’importe quel prix. Pas de place pour le désordre, il se doit d’être sensé car dans chaque cliché, il y a une intention. D’où la recherche parfois du « mouvement calme » où les modèles ne sont pas nécessairement en train de bouger mais où il y a ce qu’elle appelle « une respiration dans la personne ». « Je suis intéressée par le fait d’extraire des couches d’humanité, des couches d’émotions de l’intérieur d’une personne plutôt que de les faire poser ou de leur faire faire des mouvements qui n’ont ni queue ni tête. » Bienvenue dans la « poésie visuelle » de Djeneba Aduayom.

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« The arrival » de Djeneba Aduayom (Source photo : Galerie Number 8)

Elle s’est notamment fait remarquer pour sa série « Capsulated », publiée sur le site de Vogue Italia en avril dernier. « Le projet est né d’un mix entre mon expérience personnelle et celles des modèles. Je suis très timide même si on ne dirait pas. Faire un show sur une scène devant 60 000 personnes, ce n’est pas un problème pour moi, la scène étant comme une bulle mais danser en boîte, j’en suis incapable ! Etant en plus une artiste et un peu dyslexique, il m’arrive d’avoir l’impression d’être mal comprise. J’ai du apprendre à m’exprimer. J’ai donc souvent eu l’impression d’être dans une bulle. J’ai également rencontré des personnes rejetées de par leur couleur de peau, qu’elles soient foncées de peau, atteinte de dépigmentation ou d’albinisme. Parfois, cela provoque une tristesse chez elles. Il était également pour moi qu’elles soient dégenrées et que le public en posant leurs yeux sur les photos, entre dans cet univers, en apprécie la beauté, sans voir le genre et la couleur du modèle. »
Représentée par Galerie Number 8 qui se focalise « sur l’esthétique noire et la diversité dans la photographie et les techniques mixtes », Djeneba est la fille d’une mère franco-italienne et d’un père togolais. « Je suis à la fois blanche et à la fois noire. Mes modèles le sont aussi. J’ai la chance d’être métisse et de savoir parfaitement qui je suis ».
La photographie est avant tout pour elle une affaire de rencontres et de ressentis. Le choix de ses sujets se fait au coup de coeur ; « je ne suis pas attirée par les personnes qui sont belles et qui n’ont rien à donner mais plutôt par celles qui ont quelque chose dans leurs yeux que je ne peux pas ignorer. Etant empathique, je ressens assez facilement ce qu’une personne peut porter comme émotion sans forcément qu’elle le sache. » La bienveillance et la délicatesse sont palpables dans ses clichés. Elle se félicite d’ailleurs de réussir à capter une partie de leur émotion dont ils n’ont parfois pas conscience.
Basée à Los Angeles depuis 2009, l’artiste n’a pas fini de faire parler d’elle. Elle a été commissionnée par Time Magazine pour l’édition de décembre, chargée de réaliser une série de photos avec une sélection d’artistes choisies par Ava Duvernay qui en sera la guest editor. Elle a également prévu de s’essayer à l’autoportrait, un véritable challenge pour l’introvertie qu’elle est.

CINEMA – Cinq temps forts à ne pas manquer au FIFDA 2018

SEPTIEME ART – Le Festival International des Films de la Diaspora Africaine revient à Paris pour sa huitième édition. Au programme, une douzaine de projections de fictions et de documentaires, de France, des Etats-Unis ou du Cameroun sans oublier des tables rondes. Le tout démarre dès ce vendredi 7 septembre au cinéma CGR Paris Lilas. L’Afro vous propose sa sélection de moments à ne rater sous aucun prétexte.

(Re)voir Le Rêve Français 

Réalisé par Christian Faure, Le Rêve Français avait été diffusé sur France Télévisions en mars dernier. Avec Yann Gael et Aïssa Maïga dans les rôles principaux de ce téléfilm en deux parties qui évoque les révoltes de mai 67 en Guadeloupe violemment réprimées par l’Etat Français, le BUMIDOM, les désillusions qui ont suivi, traversant les décennies jusqu’aux années 2000.

La projection sera suivie d’un débat avec notamment la productrice France Zobda et l’actrice Firmine Richard.

Où ? Cinéma Saint-André des Arts, 30 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris

Quand ? Samedi 8 septembre à 14h

Découvrir Minga et la cuillère cassée, premier film d’animation 100% camerounais

Le festival est family friendly ; vous pourrez donc vous y rendre avec vos enfants, nièces, neveux, cousin.e.s, petit.es sœurs et frères pour regarder Minga et la cuillère cassée, premier long métrage d’animation réalisé au Cameroun par un enfant du pays, le réalisateur Claye Edou. Inspiré du conte populaire La cuillère cassée, le film raconte l’histoire de Minga, orpheline, chassée de la maison familiale par sa belle-mère pour avoir cassé une cuillère. Sur son chemin, elle fera toute sorte de rencontres, le tout sur fond de chant et de musique.

Où ? Cinéma Saint-André des Arts, 30 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris

Quand ? Dimanche 9 septembre à 14h

Echanger autour de Noire n’est pas mon métier 

La question de la place des comédiennes noires en France est un sujet prégnant depuis de nombreuses années. L’actrice Aïssa Maïga, a d’ailleurs décidé de diriger un ouvrage à ce sujet dans lequel elle s’exprime, ainsi que 15 autres comédiennes, paru en mai dernier. Trois des autrices seront présentes pour échanger avec le public : Firmine Richard, Mata Gabin et Sabine Pakora

Rendre hommage à Lorraine Hansberry avec le documentaire Sighting eyes/Feeling heart

Réalisée par l’américaine Tracy Heather Strain, professeure de cinéma, qui a remporté des prix pour son travail avec près de 30 ans de carrière au compteur, le film retrace la vie de la dramaturge Lorraine Hansberry. Connue avant tout pour sa pièce Un raison au soleil, elle était aussi une militante pour les droits civiques, décédée en 1965 à l’âge de 34 ans. Une exclu européenne.

Où ? Cinéma Saint-André des Arts, 30 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris

Quand ? Samedi 8 septembre à 20h30

Célébrer Jocelyne Béroard avec Jocelyne, Mi Tche Mwen de 

Le documentaire signé Maharaki sur la vie de la chanteuse et comédienne Jocelyne Béroard sera diffusée en clôture du festival … en sa présence ! Oui, la figure emblématique du groupe Kassav, instigateur du zouk, sera bien là pour la première parisienne. Comment rater ça …

Où ? Cinéma 7 Parnassiens, 98 boulevard de Montparnasse, 75014 Paris

Quand ? Dimanche 9 septembre à 20h15

Pour découvrir le reste du programme et réserver vos billets :

 le site internet du FIFDA

 la page Facebook du festival

INTERVIEW – Ayana V. Jackson, photographe : « Je dois défendre mon travail mais aussi mon corps »

ENTRETIEN – Ayana Velissia Jackson séduit le monde avec ses oeuvres singulières. L’artiste américaine et ses autoportraits, dans lesquels elle se glisse dans le corps de femmes noires, illustres ou inconnues, de toutes les époques, sont de retour à Paris.

Nous avions rencontré Ayana V. Jackson en mars 2017 à l’occasion de la foire Art Paris Art Fair où elle a exposé. Sa série « Intimate justice in the stolen moment » est à découvrir à la galerie Baudoin Lebon dès ce vendredi 16 février et ce jusqu’au 7 avril 2018. Elle a étudié la sociologie et s’intéresse de près à l’histoire et à la représentation des corps noirs en se mettant elle-même en scène dans ses propres oeuvres. De ses débuts en tant que photographe, sa vie entre New York, Paris et Johannesburg, les défis liés au fait d’utiliser son corps dans son travail, à ses inspirations … On a pu poser quelques questions à cette artiste à l’oeuvre déjà foisonnante.

Comment avez-vous débuté dans la photographie ?

Mon père était un grand amateur de photographie. C’est une activité qu’on pratiquait régulièrement ensemble. J’ai fini par prendre des cours à l’université.

Quels ont été les premiers sujets de votre travail ?

Je me suis d’abord intéressée aux artistes Hiplife à Accra, aux musiciens du festival Afropunk à New York – j’ai travaillé en freelance pour des magazines lifestyle quand j’avais la petite vingtaine. Puis, j’ai travaillé sur « African by legacy, Mexican by birth » -Africain par héritage, Mexicain de naissance, ndlr-, un projet collaboratif avec Marco Villalobos. Cette série a conduit à une étude plus approfondie des populations afrodescendantes en Amérique latine. Sans oublier les conduct.eur.rice.s de matatu -taxis partagés- au Kenya, les artistes, activistes, intellectuel.le.s et étudiant.e.s en Afrique du sud après 1994, les artistes hip hop et graffeurs à Paris et j’en passe.
Ce qui est certain, c’est que je me focalisais sur les Africain.e.s et afrodescendant.e.s, en faisant bien attention à représenter le corps noir de façon dynamique et globale, pour rompre avec les récits qui associent ces personnes à un fort taux de mortalité, aux maladies, à la violence, à des victimes, ce que j’ai beaucoup entendu durant ma formation.

« Je ne suis ni latina, ni africaine, mais je sais ce que c’est que d’être noire »

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« Demons/Devotees I » par Ayana V. Jackson de la série « Archival Impulse » / Galerie Baudoin Lebon

Selon vous, ces travaux, qui vous ont permis de travailler à la fois sur le continent africain et auprès de la diaspora en Amérique latine et en France, ont-ils ouvert un autre type de discussion entre les résidents du continent et les afrodescendant.e.s ?

Absolument. A l’époque, je cherchais à élargir mon champ. En tant qu’américaine noire ayant grandi aux Etats-Unis, j’avais conscience des limites de nos médias et de notre éducation. J’ai longtemps connu mon père musicien , avant qu’il ne devienne avocat. Son groupe jouait de la musique du Ghana et d’Afrique de l’ouest en général, mais aussi du Brésil, et d’autres styles comme du jazz, du hip-hop, mais il les connectait entre elles comme des musiques issues de la diaspora. Très vite, j’ai su que l’histoire des Américain.e.s noir.e.s n’était qu’une partie de l’Histoire. Quand j’en ai appris davantage sur les communautés noires vivant dans d’autres régions des Amériques, comme le Mexique, le Venezuela, le Nicaragua et que j’ai rapporté les photos que j’y avais prises, ça a choqué du monde ! Ces personnes-là ne se rendaient pas compte que la traite des esclaves avaient été aussi étendue. De même pour le hip-hop au Ghana, les gens ne réalisaient pas que la voix de l’Amérique noire, à travers cette culture, avait porté si loin.

Ces personnes qui étaient si choquées, était-elles blanches ? Noires ? Les deux ?

Les deux. Par exemple, quand j’ai exposé à la Banque Mondiale, un des cadres blancs m’a dit : « Waouh ! J’ai travaillé dans cette région pendant 20 ans et je ne savais pas qu’on faisait du hip hop là-bas ! » En parallèle, les concierges ghanéen.ne.s qui faisaient le ménage pendant que j’accrochais mes photos étaient impressionné.e.s et très conten.t.e.s de voir Lord Kenya et Obrafour, des artistes Hiplife, affichés sur les murs. Iels voulaient savoir comment je les avais connu.

Je pense que cela a pu permettre d’ouvrir les esprits à la fois des noir.e.s et des non-noir.e.s. La plupart se demandaient « mais comment se fait-il que je ne savais pas ça ? »

Pourquoi, selon vous, ne savait-iels pas ces choses-là ?

On se contente de ce qu’on nous a dit… sans remettre cela en question. Que ce soit ce qu’on nous a appris à l’école, ou les informations dont les médias nous bombardent à longueur de journée. Il faut dire que tout le monde n’a pas le privilège de voyager. Alors on croit ce qu’on voit, lit et entend. Et si ces autres récits ne sortent pas -ou qu’on ne va pas pour les chercher- , on ne peut pas faire grand-chose. C’est ce que j’essaie de faire en partie avec mon travail : encourager une réflexion critique plutôt que de la passivité.

Suite à des expériences vécues au sein de ma famille, je savais qu’être noir.e était bien plus que ce qu’on m’avait montré. J’ai eu la chance d’avoir des ressources qui me permettent de voyager et de le voir.

Quand avez-vous voyagé pour la première fois ?

Je ne m’en souviens pas, ma mère était hôtesse de l’air. J’ai voyagé toute ma vie.

Mon premier voyage sans ma famille, c’était à 12 ans en Espagne avec ma classe. Plus tard, j’ai étudié à la fac en République dominicaine et en Argentine. En ce qui concerne ma première fois en Afrique, j’avais 24 ans.

J’ai toujours été habituée à vivre entre deux endroits. Mes parents étant divorcés alors que j’étais enfant, je vivais entre deux villes.

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Ayana V. Jackson devant ses oeuvres « Lucy » et « Anarcha » de la série « Intimate Justice in the stolen moment » à Art Paris Art Fair (mars 2017)

Vous vivez actuellement entre New York, Johannesburg et vous venez souvent à Paris. Le fait de se trouver régulièrement entre 3 continents aide-t-il à nourrir votre travail ?

Absolument. Je rencontre tout le temps de nouvelles personnes avec qui je partage des expériences, des idées. Montrer mon travail dans des contextes différents m’aide aussi dans mon rapport à mon travail.

Quand on s’est rencontré au Art Paris Art Fair en mars 2017, vous m’aviez dit que votre regard en tant qu’américaine regardant des Africain.e.s avaient été questionné par un ami blanc. Pouvez-vous expliquer ce qu’il a dit et comment vous avez réagi ?

C’était quelques années avant que je n’utilise mon corps dans mes oeuvres. J’étudiais à Berlin quand mon « regard d’américaine » a été remis en question. Je travaillais donc sur le Mexique et le Ghana. Il m’a interrogé sur le fait que je ne photographie que des africain.e.s et afrodescendant.e.s et m’a demandé, pourquoi est-ce que je pouvais le faire alors que je n’étais ni originaire d’Amérique du sud ni africaine -je suis donc une personne extérieure, tout comme lui, en tant qu’homme blanc- sans que cela ne soulève de question. Je me suis défendue en lui expliquant que l’une des choses que je partage avec toutes ces personnes est l’expérience de vivre dans un corps noir. Je reconnais que je ne suis pas une personne de l’intérieur mais j’ai une autre relation avec les femmes et hommes afrodescendant.e.s que lui n’a pas. Je trouve que c’est une question intéressante. C’est quelque chose qui m’habite encore à chaque fois que je prépare un nouveau projet; je me demande pourquoi je suis si sensible à la façon dont je représente le corps noir, pourquoi je choisis de photographier les afrodescendant.e.s d’une certaine manière, ce que j’essaie de faire.

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« Tignon » par Ayana V. Jackson de la série « Intimate justice in the stolen moment » / Galerie Baudoin Lebon

A quel moment avez-vous débuté les autoportraits ?

Mes premiers autoportraits, ou plutôt performances-car je ne me représente pas moi-même mais je me glisse dans la peau d’autres personnes- remontent à 2009 avec la série « Leapfrog (a bit of the other) Grand Matron Army » [Saute-Mouton (un peu de l’autre) L’Armée de la Grande Matrone], que j’ai commencé après avoir obtenu une résidence à Paris. Pour la première fois de ma vie, je me retrouvais dans un atelier à proprement parler et j’ai dû réfléchir à la manière dont je devais l’exploiter.

À de nombreuses reprises, dans des cercles élitistes, blancs, riches, j’ai été considérée comme un objet d’étude anthropologique ou comme une bizarrerie et j’en ai eu assez. Dans ces moments-là, j’aurais aimé pouvoir me multiplier et devenir toutes les femmes actives que je connaissais, pour les présenter à ces gens afin qu’ils sachent que les noir.e.s complexes, éduqué.e.s, et ayant voyagé existent… On pourrait alors parler de la pluie, du beau temps ou, que Dieu nous en garde, de l’art, comme des gens normaux.

La série « Leapfrog » est le résultat de cette envie de pouvoir me multiplier, alors, c’est ce que j’ai fait.

Qu’est-ce qui est le plus compliqué dans le fait de se mettre en scène dans ses propres oeuvres ?

Le plus compliqué est non seulement de défendre mon travail, mes choix, mes recherches, mes compétences mais aussi mon apparence physique et toutes les questions relatives à mon corps. On m’a par exemple posé des questions sur ma « beauté ». Comment dans « Archival impulse » (ndlr : série qui utilise des archives photographiques datant de l’expansion coloniale en Afrique et dans les Amériques entre le 19ème et le 20ème siècle) et « Poverty pornography » (ndlr : série autour de la représentation de la pauvreté dans les pays dits du sud et les clichés racistes), j’évoque des histoires très douloureuses, problématiques et peut-être aussi bien laides. Mais tout cela, selon ces personnes, en mettant en avant un beau corps ou un beau visage. Tout cela semble incompatible pour certain.e.s.

C’est fatigant d’être encore confrontée à cela car les questions que je pose dans mon travail repose sur bien plus qu’un corps. Cela est révélateur de leur relation à mon corps et aux corps qu’il représente quand je me mets en scène. Je suis retenue en arrière par ces traumas sur lesquels j’essaie de travailler. Dans ces moments-là, je suis bouleversée.

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« Death » par Ayana V. Jackson de la série « Poverty pornography » / Galerie Baudoin Lebon

Dans quels pays africains avez-vous exposé votre travail ? Comment le public l’a-t-il reçu ?

J’ai exposé en Afrique du sud, au Nigeria, au Sénégal, au Mali. A chaque fois, mon travail a été bien reçu.

En Afrique du sud, cela dit, c’était comparable aux Etats-Unis ; les gens ont plutôt apprécié « Archival impulse » et « Poverty Pornography », mais en même temps, ils étaient troublés et préféraient ne pas « se souvenir ».

Il n’y a qu’au Nigeria que mon travail a été perçu d’une façon totalement différente. C’était surprenant. Iels ne s’identifiaient pas à travers ces traumas et voyaient donc autre chose.

Quel.le.s artistes vous inspirent ?

Carrie Mae Weems, Rembrandt, Claude Cahun, Vermeer, Lorna Simpson, Ike Ude, Gilbert et George.

Vous pouvez retrouver le travail d’Ayana V Jackson sur Instagram https://www.instagram.com/ayanavjackson/
son site internet : https://www.ayanavjackson.com/

[SPOILERS ALERT] #ACHAUD Le film « Black Panther » est-il aussi flamboyant qu’annoncé ?

SPOILERS ALERT – Depuis des mois, on en a vu des bandes-annonces et des images de ce Black Panther, mettant en scène le premier super héros noir issu de la famille Marvel. Le temps de bien apercevoir le casting canon, composé notamment de Lupita Nyong’o –12 years a slave, Star Wars-, Chadwick Boseman –Get on Up…-, Angela Bassett –What’s love got to do with it ?, Exhale, etc- ou encore Michael B. Jordan –Fruitvale Station, Creed…- les décors et des costumes à couper le souffle, une histoire qui se déroule entre l’Amérique et l’Afrique en rendant hommage à ce continent, avec ingénuosité. On a vu le film et on vous dit -dans les grandes lignes- ce qu’on en a pensé.
Black Panther, c’est l’histoire du premier super-héros noir chez Marvel, T’Challa, qui, après la mort de son père devient roi du Wakanda, un pays pacifiste et riche, situé en Afrique. Ce dernier possède des technologies uniques au monde et des ressources rares. Parmi lesquelles, le vibranium, extrêmement convoité -toute ressemblance avec des faits réels sera fortuite 😉 -. Le jeune monarque se retrouve face à une tâche délicate : protéger son peuple d’ennemis cupides.

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T’Challa joué par Chadwick Boseman / The Walt Disney Company France

 

 

 

Un vrai divertissement
Loin d’être des inconditionnelles des histoires de super-héros -les ressorts dans les histoires en général étant souvent les mêmes finissent par nous ennuyer-, on a été diverties du début jusqu’à la fin. Le film est très bien rythmé , le jeu de l’ensemble des act.eur.rice.s est expressif. On est passé par toutes les émotions… Bref, on s’est laissé transporter. Sans oublier l’esthétique au top ; des effets spéciaux, aux costumes, en passant par les décors et la flamboyance du casting afrodescendant – venu des quatre coins de l’Europe et des Etats-Unis, saurez-vous d’ailleurs reconnaître Isaach de Bankolé ?-… Ca fait du bien ! Même si les superhéro.ine.s, ce n’est pas votre truc, vous allez obligatoirement être pris.e.s au piège.
De l’importance des femmes

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Danai Gurira, Lupita Nyong’o, Florence Kasumba -Walt Disney / Marvel

 

 

Que ce soit Nakia -interprétée par Lupita Nyong’o-, Okoye -jouée par Danai Gurira- ou Shuri -personnage dans lequel s’est glissée Letitia Wright-, les personnages féminins sont bien écrits et développés. Les femmes sont des personnages-clés : elles apportent les solutions. C’est par exemple Nakia qui a le -bon- réflexe de taper à la bonne porte lorsque son amour T’Challa est laissé pour mort au cours d’un duel avec son cousin américain. C’est Okoye, meilleure guerrière du pays au service du roi, qui poussera son mari W’kabi -interprété par Daniel Kaluuya- à l’âme vengeresse à rendre les armes ou encore Shuri la soeur du monarque qui permettra, grâce à ses innovations technologiques, de sauver des vies et le royaume en question. Tout cela en étant cool, stylées, déterminées, touchantes et sacrément efficaces.

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Letitia Wright joue Shuri / Marvel Studios 2018

 

 

Accents et sons afro
On a un peu tiqué en entendant une petite partie de la bande-son, mélange de tam tam et de voix un rien cliché. On a dû s’habituer aux accents « wakandais  » des comédien.ne.s américain.e.s. Pourquoi ne pas avoir laissé le cast parler avec leur accent habituel plutôt que de forcer le trait ? Le cinéma est un monde d’imaginaire et le décor est bien planté – dans un pays africain, c’est assez clair-, on aurait donc pu comprendre de toutes les façons, non ?
Diaspora

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T’challa (de dos) affrontera bientôt Erik Killmonger / Marvel Studios 2018

 

 

La dualité entre T’Challa, enfant du pays, héritier logique du trône, et Erik Killmonger, joué par Michael B. Jordan, le cousin américain privé de son père durant son enfance par son oncle et abandonné, cristallise une vision : celle des rapports, complexes, que l’on peut entretenir avec un endroit où nos ascendant.e.s sont né.e.s. Le différend des deux personnages -outre le fait de pointer que l’ennemi vient souvent de l’intérieur- repose sur les sentiments de celui qui a connu, est né, a grandi, a quitté, est revenu sur la terre où sont nés ces parents -T’Challa- et de celui qui ne la connait pas, l’a fantasmé et rêve de la conquérir -Erik-. Le premier a la mission de ne pas galvauder ses traditions tout en accueillant l’autre alors qu’accepter cette identité hybride est un combat difficile pour le deuxième semble nous dire le film.
Erik Killmonger reçoit le coup fatal porté par T’Challa et demande à ce que son corps soit jeté dans la mer pour rejoindre ses ancêtres. Ce geste rappelle comment ils se jetaient des bateaux après avoir été capturés pour être mis en esclavage et préféraient mourir plutôt que de vivre enchaînés. Belle façon d’évoquer cette partie de l’histoire des afro-américain.e.s. Ou on ne peut voir dans tout cela que de belles bagarres, de belles paroles coincées dans le beau décor de Marvel qui fera date.
Nous divertir, nous faire réfléchir ; Black Panther a -plus que- fait le boulot.