SERIE – « Sonia la benguiste » ou le journal de bord d’une étudiante ivoirienne à Paris

RECIT – Sonia Guiza, blogueuse cinéma abidjanaise, connue pour sa plume pimentée -vous pouvez la lire ici https://lagozi.com/-  a décidé à l’âge de 24 ans de se perfectionner dans son domaine en étudiant le cinéma dans une école parisienne. En quittant son pays, la Côte d’Ivoire, pour s’installer pendant deux ans en France, elle devient une nouvelle benguiste. Les cours, les problématiques administratives, le métro, le climat, les proches, le mal du pays … Chaque mois, elle partagera avec nous ses expériences, son ressenti et se fixera un objectif sur lequel elle fera un bilan le mois suivant.

Dans ce premier épisode, Sonia nous fait part de ses découvertes, bonnes et mauvaises -le sourire des gens dans les transports (ou pas), être la seule noire de sa classe, la paperasse- et évoque son premier objectif depuis son arrivée dans la capitale parisienne depuis octobre 2018.

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Portrait – Djeneba Aduayom ou l’art de la photographie empathique

L’ex-danseuse et désormais photographe franco-togolaise basée à Los Angeles Djeneba Aduayom expose pour la première fois cette année à la Foire d’art contemporain africain AKAA au Carreau du Temple. Elle y présente des pièces de sa série « Capsulated » du 9 au 11 novembre . Portrait d’une artiste introvertie en quête de l’humain.
Avec la photographe Djeneba Aduayom, il faut du mouvement ! Pas étonnant quand on sait qu’avant de dégainer un Canon 5D, elle a suivi une carrière de danseuse, auprès de Prince, Tina Turner, Robbie Williams … jusqu’à ce qu’une opération de la hanche et du genou suite à une grave blessure l’oblige à envisager une reconversion professionnelle. Elle a cependant encore besoin que ça bouge. C’est à ce moment-là qu’elle se met à la photo. Et plus elle shoote, plus elle y prend goût. « Je cherchais quelque chose qui me passionne autant que la danse. Comme j’avais fait de l’architecture d’intérieur, je pensais que ce serait ma carrière numéro 2 mais quand j’ai découvert la photographie, ça m’a mis dans une espèce d’émotion … j’ai donc pris toutes mes économies et j’ai acheté un appareil photo et de belles lentilles. » L’aventure photographique débute il y a 9 ans.
Le mot d’ordre de Djeneba, photographe autodidacte ? La discipline.
A l’âge de six ans, alors que sa famille vit au Togo, elle exprime un voeu clair, net et précis : elle sera danseuse internationale ! Ses parents l’inscrivent à des cours de danse classique. Elle poursuit son apprentissage lorsque sa famille s’installe à Paris quelques années plus tard et toujours plus exigeante, elle réclame une formation d’un niveau supérieur. La voilà inscrite au Lycée Racine option danse. A l’âge de 16 ans, elle s’envole seule vers les Etats-Unis effectuer un stage à New-York. Elle travaille par la suite avec des compagnies de danse dont celle d’Alvin Ailey pour un ballet avant de rentrer dans le monde commercial auprès de grandes stars, des clips vidéos aux tournées internationales. « Des moments exceptionnels ! »
Pour l’amour du mouvement oui, mais pas à n’importe quel prix. Pas de place pour le désordre, il se doit d’être sensé car dans chaque cliché, il y a une intention. D’où la recherche parfois du « mouvement calme » où les modèles ne sont pas nécessairement en train de bouger mais où il y a ce qu’elle appelle « une respiration dans la personne ». « Je suis intéressée par le fait d’extraire des couches d’humanité, des couches d’émotions de l’intérieur d’une personne plutôt que de les faire poser ou de leur faire faire des mouvements qui n’ont ni queue ni tête. » Bienvenue dans la « poésie visuelle » de Djeneba Aduayom.

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« The arrival » de Djeneba Aduayom (Source photo : Galerie Number 8)

Elle s’est notamment fait remarquer pour sa série « Capsulated », publiée sur le site de Vogue Italia en avril dernier. « Le projet est né d’un mix entre mon expérience personnelle et celles des modèles. Je suis très timide même si on ne dirait pas. Faire un show sur une scène devant 60 000 personnes, ce n’est pas un problème pour moi, la scène étant comme une bulle mais danser en boîte, j’en suis incapable ! Etant en plus une artiste et un peu dyslexique, il m’arrive d’avoir l’impression d’être mal comprise. J’ai du apprendre à m’exprimer. J’ai donc souvent eu l’impression d’être dans une bulle. J’ai également rencontré des personnes rejetées de par leur couleur de peau, qu’elles soient foncées de peau, atteinte de dépigmentation ou d’albinisme. Parfois, cela provoque une tristesse chez elles. Il était également pour moi qu’elles soient dégenrées et que le public en posant leurs yeux sur les photos, entre dans cet univers, en apprécie la beauté, sans voir le genre et la couleur du modèle. »
Représentée par Galerie Number 8 qui se focalise « sur l’esthétique noire et la diversité dans la photographie et les techniques mixtes », Djeneba est la fille d’une mère franco-italienne et d’un père togolais. « Je suis à la fois blanche et à la fois noire. Mes modèles le sont aussi. J’ai la chance d’être métisse et de savoir parfaitement qui je suis ».
La photographie est avant tout pour elle une affaire de rencontres et de ressentis. Le choix de ses sujets se fait au coup de coeur ; « je ne suis pas attirée par les personnes qui sont belles et qui n’ont rien à donner mais plutôt par celles qui ont quelque chose dans leurs yeux que je ne peux pas ignorer. Etant empathique, je ressens assez facilement ce qu’une personne peut porter comme émotion sans forcément qu’elle le sache. » La bienveillance et la délicatesse sont palpables dans ses clichés. Elle se félicite d’ailleurs de réussir à capter une partie de leur émotion dont ils n’ont parfois pas conscience.
Basée à Los Angeles depuis 2009, l’artiste n’a pas fini de faire parler d’elle. Elle a été commissionnée par Time Magazine pour l’édition de décembre, chargée de réaliser une série de photos avec une sélection d’artistes choisies par Ava Duvernay qui en sera la guest editor. Elle a également prévu de s’essayer à l’autoportrait, un véritable challenge pour l’introvertie qu’elle est.

INTERVIEW – Bolewa Sabourin et Balla Fofana, auteurs de « La Rage de vivre »

ENTRETIEN – Le premier est danseur et chorégraphe, le second est journaliste. Bolewa Sabourin, aidé de la plume de Balla Fofana, a publié son autobiographie, « La Rage de vivre », parue aux éditions Faces Cachées le 5 septembre dernier. L’Afro s’est entretenu avec les deux hommes pour évoquer notamment le travail à deux sur un récit si personnel, les liens à leurs pays d’origine respectifs, la difficulté à s’identifier dans la littérature française quand on est un homme noir, de leur rapport à la langue française qui leur a été imposée et le point de vue de Bolewa sur la façon dont sont perçues des danses traditionnelles africaines par les afrodescendant.es en France.

Le danseur et chorégraphe Bolewa Sabourin est l’un des fondateurs de l’association LOBA qui a lancé le projet Re-creation, une méthode de thérapie par la danse pour aider les femmes victimes de viols en République démocratique du Congo et en France à se reconstruire, un projet né suite à une rencontre avec le Dr Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », récemment sacré Prix Nobel de la paix pour son travail au quotidien dans la région du Sud-Kivu. Il a fait paraître en septembre dernier aux éditions Faces Cachées le récit de sa vie, revenant sur ses multiples vies, un contexte familial complexe, du Congo à la France en passant par la Martinique, son engagement politique au sein du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) et son parcours scolaire.

« La Rage de vivre » a été co-écrit par Balla Fofana, journaliste passé par le Bondy Blog, TF1 et actuellement en poste à Libération. Les deux hommes ont répondu à nos questions, se confiant sur leurs parcours, la perception du corps noir en France, les retours qu’ils ont eu -notamment d’hommes blancs- depuis la parution du livre et la façon dont ils se sont affranchis des clichés qui leur ont été imposés par la société.

 

CINEMA – Cinq temps forts à ne pas manquer au FIFDA 2018

SEPTIEME ART – Le Festival International des Films de la Diaspora Africaine revient à Paris pour sa huitième édition. Au programme, une douzaine de projections de fictions et de documentaires, de France, des Etats-Unis ou du Cameroun sans oublier des tables rondes. Le tout démarre dès ce vendredi 7 septembre au cinéma CGR Paris Lilas. L’Afro vous propose sa sélection de moments à ne rater sous aucun prétexte.

(Re)voir Le Rêve Français 

Réalisé par Christian Faure, Le Rêve Français avait été diffusé sur France Télévisions en mars dernier. Avec Yann Gael et Aïssa Maïga dans les rôles principaux de ce téléfilm en deux parties qui évoque les révoltes de mai 67 en Guadeloupe violemment réprimées par l’Etat Français, le BUMIDOM, les désillusions qui ont suivi, traversant les décennies jusqu’aux années 2000.

La projection sera suivie d’un débat avec notamment la productrice France Zobda et l’actrice Firmine Richard.

Où ? Cinéma Saint-André des Arts, 30 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris

Quand ? Samedi 8 septembre à 14h

Découvrir Minga et la cuillère cassée, premier film d’animation 100% camerounais

Le festival est family friendly ; vous pourrez donc vous y rendre avec vos enfants, nièces, neveux, cousin.e.s, petit.es sœurs et frères pour regarder Minga et la cuillère cassée, premier long métrage d’animation réalisé au Cameroun par un enfant du pays, le réalisateur Claye Edou. Inspiré du conte populaire La cuillère cassée, le film raconte l’histoire de Minga, orpheline, chassée de la maison familiale par sa belle-mère pour avoir cassé une cuillère. Sur son chemin, elle fera toute sorte de rencontres, le tout sur fond de chant et de musique.

Où ? Cinéma Saint-André des Arts, 30 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris

Quand ? Dimanche 9 septembre à 14h

Echanger autour de Noire n’est pas mon métier 

La question de la place des comédiennes noires en France est un sujet prégnant depuis de nombreuses années. L’actrice Aïssa Maïga, a d’ailleurs décidé de diriger un ouvrage à ce sujet dans lequel elle s’exprime, ainsi que 15 autres comédiennes, paru en mai dernier. Trois des autrices seront présentes pour échanger avec le public : Firmine Richard, Mata Gabin et Sabine Pakora

Rendre hommage à Lorraine Hansberry avec le documentaire Sighting eyes/Feeling heart

Réalisée par l’américaine Tracy Heather Strain, professeure de cinéma, qui a remporté des prix pour son travail avec près de 30 ans de carrière au compteur, le film retrace la vie de la dramaturge Lorraine Hansberry. Connue avant tout pour sa pièce Un raison au soleil, elle était aussi une militante pour les droits civiques, décédée en 1965 à l’âge de 34 ans. Une exclu européenne.

Où ? Cinéma Saint-André des Arts, 30 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris

Quand ? Samedi 8 septembre à 20h30

Célébrer Jocelyne Béroard avec Jocelyne, Mi Tche Mwen de 

Le documentaire signé Maharaki sur la vie de la chanteuse et comédienne Jocelyne Béroard sera diffusée en clôture du festival … en sa présence ! Oui, la figure emblématique du groupe Kassav, instigateur du zouk, sera bien là pour la première parisienne. Comment rater ça …

Où ? Cinéma 7 Parnassiens, 98 boulevard de Montparnasse, 75014 Paris

Quand ? Dimanche 9 septembre à 20h15

Pour découvrir le reste du programme et réserver vos billets :

 le site internet du FIFDA

 la page Facebook du festival

INTERVIEW – La journaliste Claire Diao, promotrice de cinémas africains et indépendants, se raconte en films

ENTRETIEN- Vous l’avez peut-être vu dans l’émission Le Cercle sur Canal + ou sur TV5 Monde dans le Journal Afrique avec sa chronique cinéma. Vous l’aurez compris, Claire Diao est une journaliste cinéphile. Elle lance d’ailleurs ce vendredi soir à 20h au Ciné 104 de Pantin le coup d’envoi de la saison 5 de Quartiers Lointains, le cycle de courts métrages entre l’hémisphère nord et le sud qui revient cette fois avec quatre productions françaises. Cette cinquième édition, qui a pour thème « l’image de soi », est parrainé par le comédien et réalisateur Lucien Jean Baptiste. L’Afro, partenaire de l’événement, a proposé à la journaliste de se plier à l’intense exercice des humeurs cinématographiques.

Elle se souvient encore de son tout premier article, en 2002, paru dans la revue du Festival du court-métrage de Villeurbanne. Sept ans plus tard, Claire Diao se lance pleinement dans le journalisme et écrit pour Courrier International, le Bondy Blog ou encore So Film. Mais la franco-burkinabè a d’autres ambitions : contribuer à une meilleure diffusion des cinémas africains et français moins privilégiés. C’est ainsi que naît Quartiers Lointains en 2013 ; une sélection de courts métrages où, d’une année à l’autre, sont présentés tantôt des productions africaines tantôt des films français, tous bien différents mais réunis autour d’un thème. Cette année, il s’agit de quatre réalisations françaises mettant en scène l’ « image de soi », avec notamment Le bleu blanc rouge de mes cheveux de Josza Anjembe.

Quartiers Lointains saison 5

Mais Claire Diao, ne s’arrête pas là puisqu’en 2015, elle co-fonde Awotele, revue de critiques de cinéma panafricain, dont le quatrième numéro a été financé par une campagne de crowdfunding. L’année suivante, elle monte Sudu Connexion, société de distribution de films d’Afrique & Diaspora. Elle publie ensuite en 2017 son premier livre Double Vague, la nouvelle vague du cinéma français où elle parle de cette génération de cinéastes français.e.s aux doubles cultures, ayant grandi en province, en banlieue ou dans des quartiers populaires, loin du monde bourgeois et parisien du septième art en hexagone.

Les humeurs cinématographiques de Claire Diao se trouvent à la croisée de tous ces univers, éclectiques.

Le film qui t’a fait tomber amoureuse du cinéma et donner envie de t’y dédier

J’ai toujours aimé le cinéma donc je ne pense pas qu’il y ait un film plus qu’un autre qui m’ait fait tomber « en amour ». Le cinéma a toujours été un échappatoire pour vivre d’autres vies, découvrir d’autres mondes, ressentir des émotions… En revanche, je me souviens précisément que c’est en 2005, à l’occasion d’une projection du film Le pianiste de Roman Polanski au Centre Culturel Français Georges Méliès de Ouagadougou devant 400 lycéens burkinabè, que j’ai eu la révélation de vouloir transmettre le cinéma.

Le film que tu ne te lasses pas de regarder

Étonnamment, je n’aime pas regarder mille fois un film car j’ai souvent mille films à regarder ! Certainement les films de Quartiers Lointains que j’accompagne durant une année ? J’ai beau les voir et les revoir, je découvre toujours une nouvelle séquence, une nouvelle tirade, un nouveau plan qui m’avait échappé.

Le film qui te bouleverse

Récemment, le documentaire Maman Colonelle de Dieudo Hamadi. Pour la ténacité de cette femme gendarme qui tente de réhabiliter des femmes violées, élève plusieurs enfants adoptés, affronte les critiques de la population et fait bouger les lignes d’une République Démocratique du Congo déchirée depuis tant d’années.

Le film qui t’a appris des choses

J’apprends tout le temps et énormément à travers le cinéma. Mais s’il ne faut en citer qu’un, ce serait sans hésiter La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, l’une des plus belles reconstitutions cinématographiques sur la guerre d’Algérie, la colonisation française et la révolte d’un peuple en quête d’indépendance.

Le film que tu es particulièrement fière d’avoir fait découvrir au public

Vers la tendresse d’Alice Diop, dans la 3e saison de Quartiers Lointains. Un documentaire d’utilité publique qui met des mots sur des maux que beaucoup de gens connaissent mais dont très peu parlent. Son César a été un immense plaisir car il a permis de révéler un travail d’orfèvre qu’elle mène depuis des années.

LE film classique

La Noire de... de Sembène Ousmane. Pour son propos politique, son approche esthétique et parce qu’il offre un premier grand rôle à une actrice sénégalaise, Thérèse M’Bissine Diop, qui n’a même pas été payée. Voir et revoir ce film, c’est se rappeler qu’il était possible, dans les années 60, de s’élever contre l’ancien colonisateur avec ses armes culturelles et d’être respecté des deux côtés de la Méditerranée.

Le film qui te fait rire

Pee-Wee Big Adventure de Tim Burton, un régal d’humour décalé et de situations rocambolesques (spéciale dédicace à mon beau-frère qui le déteste 😉 ! )

Le film que tu ne peux pas/plus voir

Requiem for a dream de Darren Arronofsky qui a pendant longtemps été mon film préféré. Il m’a tellement secouée que je n’ai pas besoin de le revoir. C’était la première fois, en sortant d’une salle, que je ressentais le besoin de me mettre au soleil pour revenir à la réalité. Il m’a littéralement hantée.

Le film qui symbolise le mieux le Burkina Faso

Buud Yam de Gaston Kaboré, une épopée à travers la variété des paysages burkinabè et la pluralité des peuples qui l’habitent. C’est le deuxième volet d’un diptyque (Wend Kuuni en 1983 puis Buud Yam en 1997) tourné avec les mêmes acteurs. Un grand film qui m’a révélé en images la beauté d’un pays que mon père m’a transmis par les mots.

Le film qui symbolise le mieux la France

Les 400 coups de François Truffaut. Parce qu’il nous parle de la France de la débrouille, celle d’un autre temps, en noir et blanc, où Antoine Doisnel parle comme un adulte, fait l’école buissonnière et se débrouille sans ses parents. Les vieux films français ont souvent été pour moi un moyen d’imaginer la France de mes grands-parents.

Ton dernier coup de coeur

Get Out de Jordan Peele m’a tout à la fois effrayée, amusée, épatée. Beaucoup de sentiments à la fois. J’étais scotchée.

(Crédits photo : Yoann Corthésy/FIFF)