INTERVIEW – Bolewa Sabourin et Balla Fofana, auteurs de « La Rage de vivre »

ENTRETIEN – Le premier est danseur et chorégraphe, le second est journaliste. Bolewa Sabourin, aidé de la plume de Balla Fofana, a publié son autobiographie, « La Rage de vivre », parue aux éditions Faces Cachées le 5 septembre dernier. L’Afro s’est entretenu avec les deux hommes pour évoquer notamment le travail à deux sur un récit si personnel, les liens à leurs pays d’origine respectifs, la difficulté à s’identifier dans la littérature française quand on est un homme noir, de leur rapport à la langue française qui leur a été imposée et le point de vue de Bolewa sur la façon dont sont perçues des danses traditionnelles africaines par les afrodescendant.es en France.

Le danseur et chorégraphe Bolewa Sabourin est l’un des fondateurs de l’association LOBA qui a lancé le projet Re-creation, une méthode de thérapie par la danse pour aider les femmes victimes de viols en République démocratique du Congo et en France à se reconstruire, un projet né suite à une rencontre avec le Dr Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », récemment sacré Prix Nobel de la paix pour son travail au quotidien dans la région du Sud-Kivu. Il a fait paraître en septembre dernier aux éditions Faces Cachées le récit de sa vie, revenant sur ses multiples vies, un contexte familial complexe, du Congo à la France en passant par la Martinique, son engagement politique au sein du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) et son parcours scolaire.

« La Rage de vivre » a été co-écrit par Balla Fofana, journaliste passé par le Bondy Blog, TF1 et actuellement en poste à Libération. Les deux hommes ont répondu à nos questions, se confiant sur leurs parcours, la perception du corps noir en France, les retours qu’ils ont eu -notamment d’hommes blancs- depuis la parution du livre et la façon dont ils se sont affranchis des clichés qui leur ont été imposés par la société.

 

CINEMA – Cinq temps forts à ne pas manquer au FIFDA 2018

SEPTIEME ART – Le Festival International des Films de la Diaspora Africaine revient à Paris pour sa huitième édition. Au programme, une douzaine de projections de fictions et de documentaires, de France, des Etats-Unis ou du Cameroun sans oublier des tables rondes. Le tout démarre dès ce vendredi 7 septembre au cinéma CGR Paris Lilas. L’Afro vous propose sa sélection de moments à ne rater sous aucun prétexte.

(Re)voir Le Rêve Français 

Réalisé par Christian Faure, Le Rêve Français avait été diffusé sur France Télévisions en mars dernier. Avec Yann Gael et Aïssa Maïga dans les rôles principaux de ce téléfilm en deux parties qui évoque les révoltes de mai 67 en Guadeloupe violemment réprimées par l’Etat Français, le BUMIDOM, les désillusions qui ont suivi, traversant les décennies jusqu’aux années 2000.

La projection sera suivie d’un débat avec notamment la productrice France Zobda et l’actrice Firmine Richard.

Où ? Cinéma Saint-André des Arts, 30 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris

Quand ? Samedi 8 septembre à 14h

Découvrir Minga et la cuillère cassée, premier film d’animation 100% camerounais

Le festival est family friendly ; vous pourrez donc vous y rendre avec vos enfants, nièces, neveux, cousin.e.s, petit.es sœurs et frères pour regarder Minga et la cuillère cassée, premier long métrage d’animation réalisé au Cameroun par un enfant du pays, le réalisateur Claye Edou. Inspiré du conte populaire La cuillère cassée, le film raconte l’histoire de Minga, orpheline, chassée de la maison familiale par sa belle-mère pour avoir cassé une cuillère. Sur son chemin, elle fera toute sorte de rencontres, le tout sur fond de chant et de musique.

Où ? Cinéma Saint-André des Arts, 30 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris

Quand ? Dimanche 9 septembre à 14h

Echanger autour de Noire n’est pas mon métier 

La question de la place des comédiennes noires en France est un sujet prégnant depuis de nombreuses années. L’actrice Aïssa Maïga, a d’ailleurs décidé de diriger un ouvrage à ce sujet dans lequel elle s’exprime, ainsi que 15 autres comédiennes, paru en mai dernier. Trois des autrices seront présentes pour échanger avec le public : Firmine Richard, Mata Gabin et Sabine Pakora

Rendre hommage à Lorraine Hansberry avec le documentaire Sighting eyes/Feeling heart

Réalisée par l’américaine Tracy Heather Strain, professeure de cinéma, qui a remporté des prix pour son travail avec près de 30 ans de carrière au compteur, le film retrace la vie de la dramaturge Lorraine Hansberry. Connue avant tout pour sa pièce Un raison au soleil, elle était aussi une militante pour les droits civiques, décédée en 1965 à l’âge de 34 ans. Une exclu européenne.

Où ? Cinéma Saint-André des Arts, 30 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris

Quand ? Samedi 8 septembre à 20h30

Célébrer Jocelyne Béroard avec Jocelyne, Mi Tche Mwen de 

Le documentaire signé Maharaki sur la vie de la chanteuse et comédienne Jocelyne Béroard sera diffusée en clôture du festival … en sa présence ! Oui, la figure emblématique du groupe Kassav, instigateur du zouk, sera bien là pour la première parisienne. Comment rater ça …

Où ? Cinéma 7 Parnassiens, 98 boulevard de Montparnasse, 75014 Paris

Quand ? Dimanche 9 septembre à 20h15

Pour découvrir le reste du programme et réserver vos billets :

 le site internet du FIFDA

 la page Facebook du festival

INTERVIEW – La journaliste Claire Diao, promotrice de cinémas africains et indépendants, se raconte en films

ENTRETIEN- Vous l’avez peut-être vu dans l’émission Le Cercle sur Canal + ou sur TV5 Monde dans le Journal Afrique avec sa chronique cinéma. Vous l’aurez compris, Claire Diao est une journaliste cinéphile. Elle lance d’ailleurs ce vendredi soir à 20h au Ciné 104 de Pantin le coup d’envoi de la saison 5 de Quartiers Lointains, le cycle de courts métrages entre l’hémisphère nord et le sud qui revient cette fois avec quatre productions françaises. Cette cinquième édition, qui a pour thème « l’image de soi », est parrainé par le comédien et réalisateur Lucien Jean Baptiste. L’Afro, partenaire de l’événement, a proposé à la journaliste de se plier à l’intense exercice des humeurs cinématographiques.

Elle se souvient encore de son tout premier article, en 2002, paru dans la revue du Festival du court-métrage de Villeurbanne. Sept ans plus tard, Claire Diao se lance pleinement dans le journalisme et écrit pour Courrier International, le Bondy Blog ou encore So Film. Mais la franco-burkinabè a d’autres ambitions : contribuer à une meilleure diffusion des cinémas africains et français moins privilégiés. C’est ainsi que naît Quartiers Lointains en 2013 ; une sélection de courts métrages où, d’une année à l’autre, sont présentés tantôt des productions africaines tantôt des films français, tous bien différents mais réunis autour d’un thème. Cette année, il s’agit de quatre réalisations françaises mettant en scène l’ « image de soi », avec notamment Le bleu blanc rouge de mes cheveux de Josza Anjembe.

Quartiers Lointains saison 5

Mais Claire Diao, ne s’arrête pas là puisqu’en 2015, elle co-fonde Awotele, revue de critiques de cinéma panafricain, dont le quatrième numéro a été financé par une campagne de crowdfunding. L’année suivante, elle monte Sudu Connexion, société de distribution de films d’Afrique & Diaspora. Elle publie ensuite en 2017 son premier livre Double Vague, la nouvelle vague du cinéma français où elle parle de cette génération de cinéastes français.e.s aux doubles cultures, ayant grandi en province, en banlieue ou dans des quartiers populaires, loin du monde bourgeois et parisien du septième art en hexagone.

Les humeurs cinématographiques de Claire Diao se trouvent à la croisée de tous ces univers, éclectiques.

Le film qui t’a fait tomber amoureuse du cinéma et donner envie de t’y dédier

J’ai toujours aimé le cinéma donc je ne pense pas qu’il y ait un film plus qu’un autre qui m’ait fait tomber « en amour ». Le cinéma a toujours été un échappatoire pour vivre d’autres vies, découvrir d’autres mondes, ressentir des émotions… En revanche, je me souviens précisément que c’est en 2005, à l’occasion d’une projection du film Le pianiste de Roman Polanski au Centre Culturel Français Georges Méliès de Ouagadougou devant 400 lycéens burkinabè, que j’ai eu la révélation de vouloir transmettre le cinéma.

Le film que tu ne te lasses pas de regarder

Étonnamment, je n’aime pas regarder mille fois un film car j’ai souvent mille films à regarder ! Certainement les films de Quartiers Lointains que j’accompagne durant une année ? J’ai beau les voir et les revoir, je découvre toujours une nouvelle séquence, une nouvelle tirade, un nouveau plan qui m’avait échappé.

Le film qui te bouleverse

Récemment, le documentaire Maman Colonelle de Dieudo Hamadi. Pour la ténacité de cette femme gendarme qui tente de réhabiliter des femmes violées, élève plusieurs enfants adoptés, affronte les critiques de la population et fait bouger les lignes d’une République Démocratique du Congo déchirée depuis tant d’années.

Le film qui t’a appris des choses

J’apprends tout le temps et énormément à travers le cinéma. Mais s’il ne faut en citer qu’un, ce serait sans hésiter La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, l’une des plus belles reconstitutions cinématographiques sur la guerre d’Algérie, la colonisation française et la révolte d’un peuple en quête d’indépendance.

Le film que tu es particulièrement fière d’avoir fait découvrir au public

Vers la tendresse d’Alice Diop, dans la 3e saison de Quartiers Lointains. Un documentaire d’utilité publique qui met des mots sur des maux que beaucoup de gens connaissent mais dont très peu parlent. Son César a été un immense plaisir car il a permis de révéler un travail d’orfèvre qu’elle mène depuis des années.

LE film classique

La Noire de... de Sembène Ousmane. Pour son propos politique, son approche esthétique et parce qu’il offre un premier grand rôle à une actrice sénégalaise, Thérèse M’Bissine Diop, qui n’a même pas été payée. Voir et revoir ce film, c’est se rappeler qu’il était possible, dans les années 60, de s’élever contre l’ancien colonisateur avec ses armes culturelles et d’être respecté des deux côtés de la Méditerranée.

Le film qui te fait rire

Pee-Wee Big Adventure de Tim Burton, un régal d’humour décalé et de situations rocambolesques (spéciale dédicace à mon beau-frère qui le déteste 😉 ! )

Le film que tu ne peux pas/plus voir

Requiem for a dream de Darren Arronofsky qui a pendant longtemps été mon film préféré. Il m’a tellement secouée que je n’ai pas besoin de le revoir. C’était la première fois, en sortant d’une salle, que je ressentais le besoin de me mettre au soleil pour revenir à la réalité. Il m’a littéralement hantée.

Le film qui symbolise le mieux le Burkina Faso

Buud Yam de Gaston Kaboré, une épopée à travers la variété des paysages burkinabè et la pluralité des peuples qui l’habitent. C’est le deuxième volet d’un diptyque (Wend Kuuni en 1983 puis Buud Yam en 1997) tourné avec les mêmes acteurs. Un grand film qui m’a révélé en images la beauté d’un pays que mon père m’a transmis par les mots.

Le film qui symbolise le mieux la France

Les 400 coups de François Truffaut. Parce qu’il nous parle de la France de la débrouille, celle d’un autre temps, en noir et blanc, où Antoine Doisnel parle comme un adulte, fait l’école buissonnière et se débrouille sans ses parents. Les vieux films français ont souvent été pour moi un moyen d’imaginer la France de mes grands-parents.

Ton dernier coup de coeur

Get Out de Jordan Peele m’a tout à la fois effrayée, amusée, épatée. Beaucoup de sentiments à la fois. J’étais scotchée.

(Crédits photo : Yoann Corthésy/FIFF)

Josza Anjembe, réalisatrice (« Le bleu blanc rouge de mes cheveux ») : « Je voulais aborder le thème de la double culture à travers le conflit entre générations. »

ENTRETIEN – 37 prix remportés, une sélection dans la catégorie Meilleur court métrage pour les César 2018… Le bleu blanc rouge de mes cheveux, première fiction de la réalisatrice Josza Anjembe, mettant en scène la comédienne Mata Gabin et la révélation Grace Seri, triomphe en festivals. L’Afro s’est entretenu avec cette ancienne journaliste happée par le cinéma.
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La réalisatrice Josza Anjembe (à gauche) et la comédienne Grace Seri sur le tournage du film Le bleu blanc rouge de mes cheveux © Les caméras au beurre salé

Pouvez-vous vous présenter ?

J’ai 37 ans, je suis journaliste de formation et réalisatrice et je viens à la base du documentaire.

Anciennement journaliste,- vous avez notamment réalisé des documentaires dont Massage à la camerounaise (2011) K.R.U.M.P, une histoire du Krump en France (2012)- comment en êtes-vous arrivée à devenir réalisatrice de fictions ?

Je n’avais pas prévu de faire de la fiction mais j’ai eu une rupture sentimentale qui m’a plongée dans une nécessité d’écrire. A force d’écrire, un pote m’a dit que ce que j’écrivais était de la fiction et à partir de là, je m’y suis intéressée de plus près.

Dans une interview en avril dernier, vous disiez « ce n’est pas moi qui ai choisi le cinéma, c’est le cinéma qui m’a choisi ». Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Oui, parfois les gens se disent que les réalisateur.ices sont forcément issu.e.s de familles de réalisat.eur.ices ou regardent des films depuis qu’ils sont tout.e.s petit.e.s. Ce n’est absolument pas mon cas, on n’avait pas beaucoup d’argent pour aller au ciné à la maison. A l’école, les sorties consistait à aller à la bibliothèque et à la piscine. La passion pour le cinéma m’est tombée dessus en me documentant à l’âge de 30 ans sur ce qu’est la fiction. Le cinéma m’a effectivement choisi et c’est un bel accident.

Comment a réagi votre entourage quand vous avez annoncé changer de voie ?

Mon entourage ne le savait pas au début. En général, je fais ce que j’ai à faire sans demander d’autorisation à qui que ce soit. Mon entourage savait que je travaillais dans les médias. Il y avait des gens qui savaient que je travaillais sur un projet cinéma mais je n’ai pas annoncé que je faisais un film car tant que le film n’est pas fait, ça reste un scénario en devenir. J’ai simplement appelé mes ami.e.s et ma famille le jour de la projection. Ce qui revenait le plus souvent, c’est « je ne pensais pas que tu ferais un travail aussi abouti »; iels étaient étonné.e;s car souvent, on pense que le court-métrage n’est pas quelque chose d’abouti, que c’est un travail de fin d’études. Or, quand on fait des films, que ce soit un long ou un court, on y met la même volonté, la même passion.

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La réalisatrice Josza Anjembe et le comédien Augustin Ruhabura sur le tournage du film Le bleu blanc rouge de mes cheveux © Les caméras au Beurre Salé

A quel moment a été écrit et réalisé Le bleu blanc rouge de mes cheveux ? Combien de temps a pris chacun de ces processus ?

L’écriture m’a pris un mois, en août 2014, ça s’est fait sur un coup de tête. J’ai repensé à mon expérience du hors cadre vécue à la préfecture. Le mois suivant, je pitche le film à Talents en court et je rencontre mon producteur dans la foulée. Pendant un an, on a cherché des financements pour le film. J’ai continué à préciser le scénario tout du long; je n’ai donc pas cessé d’écrire. Le film, qui coûte 100 000 euros, a été tourné pendant sept jours à Rennes en septembre 2015. La post-production a duré sept mois, j’ai aussi composé une partie de la musique du film-je joue du piano. La première projection s’est finalement tenu en juin 2016.

L’histoire est celle d’une jeune femme adolescente camerounaise vivant en France et voulant acquérir la nationalité française, ce qui l’obligerait à perdre la camerounaise. Ce sujet vient-il de votre expérience personnelle ?

Moi, je suis née en France de parents effectivement camerounais. Le seul élément autobiographique, c’est qu’à l’époque où j’étais journaliste, je voyageais beaucoup en Afrique pour des missions. Il a donc fallu que je fasse un second passeport car je n’avais plus de page dans celui que j’avais. Là, j’arrive pour faire une photo d’identité et on me dit je suis hors cadre. C’est à partir de ça que j’ai décidé d’en faire un film. Le reste n’a rien à voir avec ma vie.

Au début, j’ai écrit le personnage principal comme étant sénégalais mais je me suis rendue compte que la double nationalité était possible au Sénégal. J’ai donc cherché les pays francophone d’Afrique subsaharienne qui n’autorisaient pas la double nationalité et le Cameroun était un des seuls dans ce cas. J’en ai donc fait un personnage camerounais.

Comment votre expérience du hors cadre vous a mené à penser plus large et arriver à la question de l’incapacité à obtenir une double nationalité et tout ce que cela implique ?

A partir du sentiment d’injustice nourri par cette expérience du hors cadre, je me suis dit que j’allais créer une fiction et je me suis posée la question de savoir quel sujet je voulais aborder à partir de cet événement. J’ai donc pensé à la double culture car ça me passionne et que c’est en moi. Je n’ai pas voulu parler des rapports entre blanc.he.s et noir.e.s, ou de parler de ce qui est bien ou mal mais plutôt de mettre l’accent sur le conflit entre générations. Dans mon entourage il y a pas mal de tantes et d’oncles qui sont déçu.e.s de la France parce que le pays les a maltraité, ne pas les considérer à leur juste valeur. Je me suis dit que c’était intéressant d’opposer un parent qui souffre de ça et craint que son enfant née en France vivent également ça.

Cela n’a pas été trop compliqué à tourner ?

Non, ce n’était pas compliqué mais plutôt nouveau car je n’avais jamais dirigé des comédien.ne.s. Il fallait que je me trouve dans la direction d’acteur.ices, que je me soucie de leur bien-être tout en menant à bien la réalisation du film. Mais je ne m’étais pas préparée à toute l’énergie que ça nécessitait ; en tant que cheffe d’orchestre, je devais dire à chacun.e ce qu’iel devait faire pour obtenir le résultat que je voulais et j’étais parfois fatiguée. Ceci étant dit, c’était jouissif ! Entourée d’une équipe de trente personnes sur un plateau, il faut avoir des personnes solides ; mes deux piliers étaient  j’avais des soldat.e.s solides à mes côtés, à l’instar de Marie Maurin, ma scripte et Noé Bach, mon chef opérateur.

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Grace Seri dans le rôle de Seyna. Source : compte Facebook de la réalisatrice

Vous avez également évoqué la difficulté de trouver une comédienne noire pouvant jouer le rôle d’une adolescente. Pourquoi était-ce si compliqué ?

La première difficulté, c’était de trouver une jeune comédienne-le personnage principal est âgé de 17 ans dans le script- qui ait déjà un sens du jeu. Il faut savoir que je suis très exigeante. Trouver une comédienne noire était d’autant plus compliqué. Ce n’est pas que les comédiennes noires n’existent pas, il y en a mais elles ne sont pas très visibles ; elles ne sont ni dans les agences ni dans chez les direct.eur.ices de casting. Alors que dans le cas d’une comédienne blonde âgé de 17 ans, on trouve plus facilement. Je ne voulais pas de personnage de cité car ce n’est pas parce qu’on est noir qu’on vient de cité ou qu’on doit se revendiquer uniquement de ce milieu. Je cherchais une comédienne qui ait une certaine diction. J’avais donc partagé une annonce sur Facebook, en avais parlé à mes ami.e.s … Mais c’est finalement par l’intermédiaire de mon producteur que j’ai rencontré Grace. Il m’a dit d’aller voir au Conservatoire National Supérieur d’Art dramatique à Paris. Dès que j’ai vu la comédienne Grace Seri, je savais que c’était elle, avant même qu’elle ne parle. Elle était déjà validée, parce qu’elle a une vraie présence. Il fallait juste confirmer l’hypothèse. J’ai accroché tout de suite, il a juste fallu travailler pour l’emmener dans la direction que je souhaitais.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je suis sur l’écriture d’un second court métrage et d’un premier long, toujours de la fiction. Concernant le court, on espère bien avancer dessus en 2018.

Suivez l’actualité autour du court métrage Le bleu blanc rouge de mes cheveux sur la page Facebook dédiée.

VIDÉO – Ladj Ly, réalisateur des « Misérables » : « Le seul lien entre les jeunes et l’État en banlieue, c’est la police »

INTERVIEW – C’est sa première pure fiction. Ladj Ly, avec Les Misérables, signe un court-métrage sans abandonner ses thèmes et lieux de prédilection.

Membre du collectif Kourtrajmé, le réalisateur a imaginé la journée d’un bleu, au sens littéral du terme, un policier qui fait sa première journée et sa première intervention dans un quartier de banlieue.

Une journée banale, émaillée de compromis, de courses-poursuites, de violences.

Ladj Ly, qui se dit « caméraphobe », a pourtant accepté de revenir avec nous, le temps d’un entretien vidéo, -le tout premier que nous réalisons- sur son travail, sa carrière débutée il y a 20 ans, sur ses « Misérables », qui sont autant les jeunes que la police qui les malmène et sur ses projets à venir. Le tout au Style Cyclewear & Coffee Shop, le café parisien qui nous a accueilli.

Pour suivre l’actualité de Ladj Ly, rendez-vous sur son Twitter et sur la page Facebook du film Les Misérables

Pour découvrir l’exposition « Chroniques de Clichy-Montfermeil », un projet photo réalisé avec JR, c’est du 2 au 13 avril au Palais de Tokyo, à Paris. Le vernissage aura lieu le samedi 1er avril à 20h.

(Crédits photo : Aboubacar Naby Camara)