VIDEO – Les humeurs musicales de Samba, au rythme de la Mafia K’1 Fry

QUESTIONNAIRE – Aujourd’hui, nous avons demandé à Samba Doucouré, journaliste pour SaphirNews et Africultures notamment, de se prêter au jeu des humeurs musicales. Le résultat : on entre dans les oreilles d’un grand fan de la Mafia K’1 Fry et autoproclamé « docteur en rohffologie ». Mais pas que …

Le son coup de coeur du moment

« À la source » de Niro.

Son album Or Game m’a envoûté, j’ai pas d’autre explication.


Le morceau qui le motive

« Banlieusards » de Kery James

L’ironie, c’est que je suis parisien mais réécouter ce message permet de se ressaisir et se souvenir pourquoi chaque matin on lutte pour nos rêves.

Le son pour accompagner un coup de blues
Je me souviens notamment d’un devoir entièrement rédigé dans un taxiphone et que j’ai perdu.

Le son qu’il écoute tous les jours ou presque 
Honnêtement ça change d’une semaine à l’autre mais c’est un son que je peux écouter en toutes circonstances. C’est aussi l’occasion pour moi de rendre hommage au DJ Mehdi et Manu Key de la Mafia K’1 Fry.

Le son qui le réveille 

Le son qui le détend

Le son qui l’a eu à l’usure
 Loulou et Boutin…

Le son anthem 
Au passage, il s’agit du meilleur clip de rap français ever.

Le son qui l’émoustille 
Je ne ferai pas de commentaire…

Le son qu’il a honte d’aimer
Wallah je savais pas que c’était lui qui chantait ce morceau au début comme quoi les préjugés…

Le son qui le fait rire
Force à Despo Rutti dans son épreuve et désolé pour les féministes.

Le son auquel il ne faut pas toucher 
Un de mes fantasmes, c’est d’incarner Kery dans son biopic et gueuler « Le combat continue » ou « Hardcore » !!

Le son qu’il a dans la tête, là, tout de suite 

Le son qu’il a saigné et qu’il ne supporte plus 
Et pourtant je les ai tellement aimé ces gens là…

Le son qui l’énerve / l’agresse
Ça m’a fendu le coeur d’entendre jusqu’où sont descendus Kayna et Rim-K (qui s’est rendu compte de son erreur je crois et n’est pas présent dans le clip du morceau).

Le son qui l’émeut 
Je sais vraiment pas quoi dire sur ce morceau si ce n’est qu’invariablement, il me donne envie de chialer. Si jamais je devais faire semblant de pleurer comme un acteur de cinéma, je me remémorerais cette phrase : « c’est trop con, la vie est ainsi faite, dire qu’ils n’auront jamais su que c’était à eux que je pensais quand j’écrivais ». C’est peut-être la crainte de voir un jour mes proches me tourner le dos parce qu’ils ne comprennent pas le sens de mes choix de carrière.

Le son qui l’ambiance 
Ce son n’a toujours pas perdu de son efficacité.
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VIDEOS – Dix clips de Leïla Sy (@lalasy) pour s’enjailler avant notre discussion publique

Leïla Sy © Lorent Kostar
Leïla Sy ©Lorent Kostar

RETROSPECTIVE – Leïla Sy est l’invitée du blog L’Afro pour la première discussion publique sur le thème « Être afrofrançais.e, ça veut dire ? » ce jeudi 28. L’occasion de (re)voir ses clips, réalisés pour la Sexion d’Assaut en passant par Kery James, le rappeur Lino ou L.E.J..

Leïla Sy a imposé sa patte visuelle pour les vidéo-clips de nombreux artistes au cours d’une carrière de clippeuse débutée au milieu des années 2000 pour un morceau de Kery James. Petite plongée sélective dans la clipographie de Leïla Sy.

Le combat continue part. 3 co-réalisé avec Chris Macari

« Désolé » de la Sexion d’Assaut co-réalisé avec Cristobal Diaz, dont elle avait expliqué la genèse.

Mon Sound de Raggsaonic co-réalisé avec Tristan Bensaïd

Les collaborations récentes avec Kery James

 

Lettre à la République co-réalisé avec Mathieu Foucher

et Lino

Leïla Sy a également signé des réalisations qui s’éloignent du hip-hop

Entre autres, elle collabore avec L.E.J.

 

Citation

INTERVIEW – Leïla Sy :  » Même si c’est un grand jeu de dupes, il faut absolument voter »

Leïla Sy ©Lorent KostarENTRETIEN – Elle nous avait parlé musique et images lors d’une première interview. Leïla Sy, réalisatrice de clips, passe devant la caméra jeudi 28 janvier pour rencontrer les lecteur.ice.s du blog. Entre engagement artistique et citoyen, elle se raconte.
Leïla Sy, réalisatrice de clips passionnée pour quelques-unes des plumes les plus exigeantes du rap français, est une citoyenne engagée et une activiste du hip-hop. Avant de rencontrer les lecteur.ice.s du blog, celle qui dit avec humour et lucidité « remplir deux quotas en étant une femme noire » est revenue pour L’Afro sur son action au sein de l’association Devoirs de Mémoires et son implication dans le centre hip-hop à venir, La Place.

Femme et noire

« Je remplis deux quotas : je suis une femme et je suis noire. Deux sacrés dossiers. Oui, je suis métisse, c’est ma différence. J’ai pu faire des photos pour Benetton. Oui, je suis une femme, qui bosse dans un milieu d’hommes. Mais j’ai aussi cette empathie que les femmes qui sont devenues mères ont ; travailler avec moi du coup rend les choses différentes. Pour le moment, je représente pour moi, les miens, mes engagements et ça fait déjà beaucoup. Essayer de créer des images de qualité et mettre en valeur le travail d’artistes que je respecte, c’est déjà une sacrée mission, je ne vais pas mentir. Cela m’importe de prendre plus le temps de réfléchir afin de représenter pour les femmes.  »

La radicalisation dans les quartiers

(On avait rencontré Leïla peu de temps après les attentats du 13 novembre) « Tant qu’il n’y aura pas de modèles, ni de tremplin, ni de but à atteindre plus lumineux pour les enfants et petits-enfants de déraciné.e.s qui ont la peau plus pigmentée et de manière plus globale pour les jeunes issues d’un environnement modeste, ils vont là où on leur tend une main et où on leur fait une place. Je travaille sur ces thèmes, à ma façon, aux côtés de nombreux artistes talentueux. Dans Fautes de français, le clip que j’ai réalisé pour Lino, on a écrit sur des écriteaux des extraits de son texte, malheureusement tristement prémonitoires. On laisse pourrir les choses, on attend que ‘ça crame’. Ces attentats, ce sont dix, quinze ans de travail qui sont partis en fumée. »

lino YT

Devoirs de Mémoires, l’expérience associative en sommeil

« Il y avait d’autres associations engagées comme AC le feu ou les Indigènes de la République, qui faisaient bien plus que nous sur le terrain et à qui je tire mon chapeau. Devoirs de Mémoires, c’était la réunion d’un groupe d’ami.e.s ; on voulait travailler sur des questions d’histoire, on se demandait d’où venait le rejet de la France chez certains et surtout ce sentiment étrange de ne pas se sentir français. On a rencontré des spécialistes, organisé des conférences / débats avec des historiens comme Benjamin Stora. Malheureusement, les événements*, comme la mort de Zyed et Bouna notamment nous ont rattrapé.
Devoirs de Mémoires est devenue Devoirs de Réagir. On organisait des réunions hebdomadaires. Lors de l’une d’elles, une jeune femme, Madeleine, a eu l’intelligence de dire qu’il fallait proposer des solutions concrètes pour contrer le manque de respect qui avait cours dans les médias à l’époque, alors beaucoup moins libéralisés, et comme les élections pointaient leurs nez, .  On s’est regardé : sur les vingt, on était au moins la moitié à ne pas avoir notre carte d’électeur. Si nous ne l’avions pas, alors qu’on était des adultes responsables, on s’est dit qu’on devait encourager les plus jeunes à l’avoir et surtout aller nous inscrire également ;))) « 

Sur le droit de vote

« On a mobilisé notre réseau et lancé cet appel à s’inscrire sur les listes électorales. On a été médiatisé, ce qu’on recherchait, car on voulait se faire entendre, on avait envie qu’il y ait un peu d’espoir mais on était la face visible de l’iceberg. On a été beaucoup décrié, comme étant le « collectif de people » appelant au vote, –et a suscité de nombreux débats sur la toile, ndlr-. Cela m’a beaucoup peiné et a sans doute contribué à ce qu’on mette l’association en sommeil. Aujourd’hui, par rapport au droit de vote, je suis assez radicale. Même si c’est un grand jeu de dupes, il faut absolument voter : d’autres ne s’en privent pas. Ma grand-mère n’avait pas le droit de vote dans sa jeunesse, moi si. Comme disait Guillaume Depardieu, qui nous a malheureusement quitté, si tu ne t’occupes pas de la politique, la politique s’occupera de toi. L’acte de voter, c’est aussi l’acte de s’approprier son pays. Déjà que certains ne veulent pas qu’on se sente chez nous, si nous n’essayons pas de faire en sorte de l’être, on ne va pas s’en sortir. »

Son expertise sollicitée pour le centre hip-hop La Place

« La Place est gérée par une association, présidée par Agnès B., une grande dame qui a un vrai attachement au hip-hop. Elle soutient les graffiti artistes, a également une renommée qui dépasse notre milieu. Je suis membre qualifiée et bénévole au sein du conseil d’administration ; on est en charge de conseiller l’équipe qui gère le lieu au quotidien, de faire la place à toutes les disciplines, de crédibiliser le projet. C’est un idéal qui prend jour, après un travail de longue haleine, qui, j’espère, rayonnera, une fois mis en place. Enfin une reconnaissance concrète et juste de notre culture, de ma culture, le hip-hop.
C’est une évolution logique, importante et vitale pour notre pays. La France reconnaît la puissance, la richesse et l’énergie de tous ses enfants. Je suis extrêmement honorée d’avoir été contactée, même si je suis plutôt discrète. »

*A ce sujet, un article publié sur Regards dresse un bilan des actions diverses initiées nées suite aux événements de 2005

Pour lire la première partie de notre entretien : Leïla Sy, portrait musical

INTERVIEW- Leïla Sy : Portrait musical de la réalisatrice, pilier du mouvement hip-hop

Leïla Sy © Lorent Kostar
RENCONTRE – Leïla Sy est plutôt une femme de l’ombre, comme elle le revendique. On est d’autant plus contentes que la réalisatrice de clips et activiste hip-hop a accepté de se raconter à L’Afro. Pour l’occasion, on lui a concocté un questionnaire spécial humeurs musicales !

Directrice artistique, activiste hip-hop, la réalisatrice Leïla Sy affiche son amour pour le rap dès sa messagerie, sur laquelle on tombe pour prendre rendez-vous et où l’on croit reconnaître Lino. « C’est Eklips, l’un des meilleurs beatboxers au monde, qui a repris la voix du rappeur dans son morceau « 12ème Lettre » dont j’ai réalisé le clip. Lino est un artiste que j’aime énormément ! », nous dit celle que l’on rejoint dans un café, quelque part dans le sud de Paris. « Je m’exprime peu, je suis une femme de l’ombre, je l’ai choisi. Moi, je sais parler avec l’image », nous prévient-elle. Et nous voici, une heure après cette entrevue fleuve.


Un clip qui vous a marqué jeune

Ado, « Thriller« ou encore « Bad » réalisés respectivement par John Laudis et Martin Scorsese. Michael Jackson a posé les bases de l’importance du rapport entre l’image et la musique.

Le(s) son(s) / le(s) clip(s) qui vous ont donné envie de faire ce métier

Les morceaux de KRS-One m’ont donné beaucoup de force. Je suis française, noire, métisse, -ma mère est blanche, mon père est noir-, et j’ai toujours eu ce complexe de ne pas savoir où était ma maison. J’ai eu une adolescence pleine de contradictions, ici, je n’étais pas chez moi et quand j’ai eu la chance d’aller au Sénégal, je n’étais pas chez moi non plus. C’est en partant vivre aux Etats-Unis à New York à Brooklyn Far Rockaway, que j’ai senti que j’appartenais à une communauté. Du fait de leur histoire, les Noir.e.s américain.e.s sont déraciné.e.s, ils ont néanmoins réussi à construire des fondations solides grâce à leurs combats et engagements. Sans nier les problématiques ou le racisme du système américain, comme le prouvent les récentes violences policières, à l’époque, ma rencontre avec la communauté afro-américaine a été un vrai déclic car il y avait une vraie ouverture d’esprit.

Un son / un clip qui vous rappelle des moments heureux

La grande époque de Missy Elliott. C’est l’époque où j’étais une jeune femme, sans trop de responsabilités, où je sortais dans les clubs faire des folies. J’adorais son univers coloré, imaginé entre autres avec Hype Williams. Dix ans après, la vie est passée par là, mais que ce soit avec son retour au Super Bowl ou son dernier titre, elle a toujours cette énergie communicative et représente notre culture et ses fondamentaux, -Peace, Love, Unity and Havin’ Fun- avec intelligence et tellement de singularité.

Un son/ un clip qui en dit long sur vous

(Elle réfléchit) Celui de Lettre à la République de Kery James. Il est un peu azimuté.


Le morceau est tellement Kery que je ne pourrai pas me l’approprier à ce point-là. Sinon, il y a le morceau L’Enfant Seul d’Oxmo.

Un clip qui a marqué un tournant dans la musique pour vous

« Hardcore » d’Ideal J que j’ai vraiment trouvé chanmé dans le fond et dans la forme.

Tous les gros clips de NTM, au moment de leur explosion, comme « Laisse pas traîner ton fils », réalisé par Joey Starr je crois, « La Fièvre », toute la grande époque où les clips étaient ultra-produits.

J’adore Lunatic et le clip de leur morceau « Pas Le Temps pour les regrets ». Il est ter-ter comme il faut !

Un clip / un son qui est une inspiration ultime

Tous les Michael Jackson, tous les Missy, ultra-lourds. Le Sefyu de Nathalie Canguilhem, –Molotov 4– m’a mis aussi une petite claque, « Jimmy » pour Booba, ou encore  « Cry me a river ».

Sinon, dernièrement, « Soldier of Love » de Sade.

Un clip que vous avez aimé tourner

J’ai kiffé réaliser les derniers Lino. Lui, son frère et son équipe ont beaucoup de tempérament, ce sont des gens super, pas toujours facile de faire le poids ; c’est un gros kif de bosser avec eux !
J’avais tellement à coeur de bien faire « Fautes de français » que je me suis écroulée une fois le tournage terminé alors que cela ne m’arrive jamais, enfin pas à ce point-là.

J’ai réalisé « VLB », il faisait chaud, c’était une sacrée mission, c’était cool de se retrouver à Villiers-le-Bel avec ces messieurs.

Un clip qui a été particulièrement difficile à faire

C’était toujours la même chose, un peu comme quand tu mets un enfant au monde : tu oublies les mauvais moments, tu ne gardes que le meilleur ! « VLB », je vais pas mentir, c’était dur vu l’économie du clip et nos ambitions. C’était à base de 80 plans dans la journée ! Avec Kub & Cristo, on a tourné plusieurs vidéos dans un entrepôt, comme le remix de « Papa ce soir » avec LFDV, j’étais à la réa et dans le même week-end « Wolfgang » pour Lino, sur lequel j’étais D.A..  il faisait tellement froid, c’était un enfer ! Mais ça donne des choses intéressantes à l’image, comme la fumée qui sort de la bouche  de Lino quand il rappe.

Un clip que vous auriez aimé tourner vous-mêmes

« Reason », le morceau produit par Clément Animal’sons pour Selah Sue. J’adore cette meuf, j’ai dit à ma prod de faire savoir à son équipe que j’avais envie de bosser pour elle, mais il n’y a pas eu de suite. Sinon, il y a un titre qui tourne en boucle à la maison, plus mainstream. Un clip moyen est sorti, et là ils viennent de refaire une vidéo plus authentique en Afrique, mais j’aurai bien kiffé ! J’en dis pas plus, ceux qui veulent aller gratter ont quelques indices 😉

Un clip qui vous agace / qui montre que l’industrie a changé

Ce qui m’agace, ce sont certaines maisons de disques. Elles ont beaucoup d’argent, mais elles tirent notre métier vers le bas en limitant les budgets, en utilisant les énergies  à mauvais escient. Je ne le répèterai jamais assez mais on ne fait pas d’images tout.e seul.e, il y a des équipes et chacun doit avoir son rôle. Pour faire de belles images, surtout dans une ère où le visuel est très important, il faut du temps et de l’argent. Je travaille avec Suther Kane Films, qui ont une haute estime de ce que je peux accomplir avec mon équipe et qui ont une vraie vision artistique ; même si on galère, ils savent prendre des risques. Je garde ma liberté artistique. Mais le clip, c’est presque une profession de foi, c’est usant.

Leïla Sy ©Lorent Kostar

Leïla Sy en quelques dates

30 juin 1977 Née l’année du punk et de pas mal d’activistes

1985 Rencontre Mya Frye et Michel Ressiga au Centre de danse du Marais, où elle continue de danser irrégulièrement.

1990 Après un casting sauvage, 1ère campagne Benetton. « Oliviero -Toscani, le photographe célèbre pour ses clichés jamais tièdes- a un sacré caractère, mais il m’a pris sous son aile ; j’ai beaucoup appris en l’observant »

1995-1996 tournée Macarena

1998 Défilé Yves Saint-Laurent ; départ aux Etats-Unis, danse pour Alvin Ailey

2000 Diplômée de l’Académie Julian, mieux connue sous le nom de Penninghen.

Juillet/Aout 2001 Photographe / graphiste pour le magazine Track List

Septembre 2003 Directrice artistique / Photographe pour la version française du magazine The Source
2005 Naissance de son 1er fils et de l’association Devoirs de mémoires

2007 Naissance de son deuxième fils

2009-2015 : Nombreux clips pour Kery James, Lino etc

2015 Clip de L.E.J