Laurie Pezeron, Fraiche Woman 2019, fondatrice du Read! Club : « La black excellence aide à construire l’estime de soi »

Nous sommes journalistes, certes, mais nous sommes aussi de grandes amatrices de tout plein de choses et notamment de littérature. C’est ainsi que nos routes ont croisé celle de Laurie Pezeron. On se souvient de différentes rencontres qu’elle a pu organiser autour de livres, avec ou sans les auteur.ices, où on pouvait échanger sur nos ressentis en les lisant, ce qu’on avait appris, ce qui nous avait touché. Ou pas d’ailleurs. Des moments intimistes où les discussions vont toujours bon train, même une fois la session close. On aime tellement le concept que L’Afro en est partenaire. Aujourd’hui, âgée de 38 ans, Laurie Pezeron poursuit Read! Club depuis 12 ans et a même ouvert le concept aux enfants. Une amoureuse des mots qui y puise son inspiration. Mais c’est elle qui le raconte le mieux.

Les 8 #fraicheswomen de l’édition 2019 ont chacune donné leur avis sur la thématique de cette seconde édition du projet photo, à savoir la « black excellence », -preuve que les Noir.es ne devraient pas être essentialisé.es -et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé L’Afro le 31 octobre 2015 ;).

Comment Read! Club a commencé

« D’une manière assez simple. J’ai créé le READ! Club sous la forme d’une association en 2007, sans connaître le milieu associatif. Il s’agit du premier club de lecture parisien dédié aux auteur.es Afro’. L’idée est de se retrouver régulièrement afin de partager et discuter de lectures communes, des livres proposés par le club, avec tant que possible des intervenantes lié.es au sujet majeur de l’ouvrage. Notre marraine est Maryse Condé que nous avons reçu, ainsi que Fatou Biramah, Sérigne M’Baye (Disiz), Doudou Diène, Léonora Miano, Ta Nehisi Coates, D’ de Kabaal, et bien d’autres… »

La réaction de ses proches

« Leurs réactions étaient mitigées, j’ai plus été encouragée par l’extérieur que par mes proches. On me fait souvent le reproche du fameux repli « communautaire », qui a une connotation négative ici en France, et qui est pourtant nécessaire selon moi… Mieux se connaître soi-même, pour mieux affronter le monde. »

Sur la « black excellence »

« Étant tournée vers les USA, notamment via la culture Hip-hop, depuis jeune, c’est une notion qui me parle, évidemment. Après le ‘Black and Proud’ de James Brown, le ‘Black is Beautiful’, il faut se souvenir que les esclaves furent des biens meubles définis par le Code Noir, et que beaucoup de philosophes occidentaux ont douté de l’existence de leur âme. L’expression ‘Black Excellence’ entre dans le processus d’estime de soi et de la reconnaissance, afin de rendre compte de sa propre valeur, et permet d’ouvrir le champ des possibles, et de dépasser les pensées limitantes qui ont été transmises, puis sont déconstruites, de génération en génération. »

Un tournant ou un grand défi dans sa vie ?

« Plutôt qu’un tournant ou de grand défi, je peux parler de rencontres déterminantes, qui permettent ces tournants. Et READ! est une suite de rencontres enrichissantes, d’ailleurs j’ai rencontré Adiaratou et Dolorès via READ! Certains livres aussi ont été des tournants, on peut s’y retrouver soi-même. Et mon plus grand défi est de donner le virus de la lecture à ceux et celles qui en sont le + éloigné.es. »

Ses modèles et inspirations

« Maryse Condé pour son humour, Christiane Taubira pour son éloquence, James Baldwin pour son côté visionnaire, Malcolm X pour sa discipline, mes Parents pour leur solidité, ma Famille pour leur solidarité, mes Ami.es pour leur lucidité. Je m’inspire de ce qui m’entoure. Notre entourage n’est qu’un reflet d’une partie de nous-mêmes. »

Un mot, un slogan, un leitmotiv qui résume son état d’esprit

« Po-si-ti-ver, toujours !  Et faire les choses avec passion. »

Un conseil à quiconque, et en particulier aux femmes, souhaitant se lancer dans un projet similaire

 » D’y mettre toute son énergie sans s’oublier, et d’éviter d’écouter ceux et celles qui peuvent faire douter sur ses propres convictions profondes. »

Ce sur quoi elle travaille actuellement

« Les prochaines sessions READ! D’ailleurs, nous faisons une session sur le livre d’art NOIR, entre peinture et histoire le 9 mai prochain. »

#Unjouruneactriceafrofrançaise #16 : Astrid Bayiha

TROMBINOSCOPE – Parce qu’on n’en peut plus d’entendre que les comédien.ne.s noir.e.s en France sont invisibles, qu’on n’en connaît peu, que si, que là… on a décidé d’en présenter un, brièvement, tous les jours. Aujourd’hui : Astrid Bayiha.

Invisibles, les comédien.ne.s afrofrançais.e.s ? Pendant que nous nous demandons si nous sommes capables d’en citer plus de cinq, ces artistes s’affairent sur les plateaux de cinéma, les planches. Loin de nier la ligne de couleur qui règne au théâtre, au cinéma, à la télévision et malgré des améliorations, nous voulons mettre en valeur, comme d’autres le font, mais à notre manière, les comédien.ne.s noir.e.s en France.

Vous trouverez ici chaque semaine le nom et la photo d’un.e comédien.ne noir.e, sa date de naissance, son premier film, les films marquants dans lesquels ille a joué, son dernier rôle. Aujourd’hui : Astrid Bayiha.

crédits Talentbox
crédits Talentbox

Astrid Bayiha est née en 1985.

Après des études au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique achevées en 2010, elle mène une carrière principalement au théâtre débutée en 2005, dans Roméo et Juliette de W. Shakespeare mis en scène par Gaétan Peau. Elle y incarnait Juliette.

Elle a notamment joué dans Trames, pièce écrite et mise en scène par Gerty Dambury en 2012, Pearl de Fabrice Melquiot dans une mise en scène de Paul Desveaux, ou encore Afropéennes, d’après Blues pour Elise et Femme in a city de Léonora Miano mis en  scène par Eva Doumbia à Avignon. Elle obtient un des rôles privilégié dans la mise en scène des Nègres de J. Genet au théâtre de L’Odéon en 2014.

Elle apparaît en parallèle dans des courts-métrages qu’elle réalise elle-même comme Hannah et Holly en 2005, La Fée Mélanine de Maryline Poux en 2007,  Awa de Marion Desseigne en 2008, ou encore La Rupture de Pauline Mille et Laurent Le Doyen.

Tous les derniers lundis du mois, elle -et d’autres comédiens- foule la scène du théâtre Dalayrac pour l’événement parisien Fenêtre Ouverte qu’elle organise.

Elle sera à l’affiche de La Traversée aux disparus, mise en scène d’Eva Doumbia de textes de Maryse Condé, Fabienne Kanor et Yanick Lahens en mai 2016, ainsi que dans la reprise de Suzanne Césaire, Fontaine Solaire au Tarmac les 26 et 27 mai, aux côtés de Martine Maximin et Nicole Dogué, un spectacle autour des écrits très peu connus de la femme d’Aimé Césaire, mis en scène par Hassane Kassi Kouyaté, directeur de la Scène Nationale de Martinique, où il a été créé.

En 2017, MAMIWATA, la pièce qu’elle a écrite et mise en scène se jouera au mois de septembre au TGP et au mois de mars au Théâtre de l’Opprimé. Elle sera à l’affiche au Théâtre du Nord de Lille en janvier 2017 dans la pièce J’ai 17 pour toujours, écrite et mise en scène par Jacques Descorde.