Sorbet Coco, la Maison des Femmes Thérèse Clerc … tous les stands présents au #FWFbyLafro2019

Au Fraîches Women Festival qui se tient dans 11 jours, en plus de la discussion en plénière sur le thème de la bienveillance avec la journaliste Jennifer Padjemi et la co-fondatrice du collectif Féministes contre le cyberharcèlement Laure Salmona, sans oublier les ateliers book club et yoga enfants et les masterclass autour des questions de discrimination au travail et du management sportif entre autres, vous pourrez découvrir des stands commerciaux et associatifs tout au long de la journée. Lingerie, bullet journal, accessoires d’artisanat ouest-africains mais également association d’aides aux femmes basées pour certaines à Montreuil -où se trouve La Marbrerie, lieu accueillant le festival pour la seconde fois-, voici l’ensemble des stands qui seront là le jour J.

Au cas où vous n’auriez pas encore pris vos billets, on vous remet la billetterie ici !

STANDS COMMERCIAUX ET ESPACE DEDICACES

Sorbet Coco« Sorbet Coco est une entreprise à taille réduite, qui est née en février 2018. La fondatrice de Sorbet Coco avait jusqu’ici toujours eu du mal à trouver les sous-vêtements qu’il lui fallait ; les tailles dépassaient rarement le bonnet G et le tour de taille 100, et les conseils de fitting n’étaient pas toujours adaptés au confort des personnes qui en ont besoin. Elle ne trouvait plus d’espace accueillant où il était possible d’être mesuré.e et écouté.e ; elle a donc voulu créer Sorbet Coco, un lieu pour que les personnes dans la même situation puissent être conseillé.e de façon utile et bienveillante, et pour essayer de la lingerie à prix abordable. »

TSAN’A

« TSAN’A est une entreprise qui crée et commercialise des produits et accessoires axés sur le développement personnel et le lifestyle. Notre premier produit, Le WorkBook by Le Sisterhood, est un carnet qui comprend des exercices pratiques pour faire son introspection (sur sa culture, son bien-être, ses envies, etc.) et développer sa créativité. »

Diyananko

« Diyananko vous propose ses divers produits fabriqués au contact d’artisans de l’Afrique de l’ouest. Venez découvrir un petit coin d’Afrique à Paris ! »

Nafis & Sens

Nafis & Sens est une marque qui propose des parfums garantis sans alcool « aux inspirations de grandes marques. »

Faces Cachées éditions

« Faces Cachées est une maison d’édition dédiée aux parcours de vie singuliers. Entre le bitume des villes et l’appel de l’ailleurs, nous publions des épopées du quotidien. Nos auteurs veulent comprendre le temps présent à travers des yeux inédits.

Qu’il s’agisse de parcours de vies, de travaux universitaires mis à la portée de tous, de livres illustrés ou de romans, nos publications ont la même ambition : dire notre époque avec style, dans toute sa complexité. »

Annick Kamgang

Illustratrice pour la presse et d’ouvrages, Annick Kamgang vous présentera son livre « La Lucha : chroniques d’une révolution sans armes au Congo », écrit avec Justine Brabant et préfacé par Angélique Kidjo. C’est aussi elle qui signe certains de nos visuels depuis 2016, y compris l’affiche officielle du festival cette année ! L’occasion de la rencontrer de repartir avec votre dédicace.

STANDS ASSOCIATIFS

La Maison des Femmes Thérèse Clerc à Montreuil

Depuis septembre 2000, la MdF-TC se veut un lieu d’accueil de toutes les femmes pour leur accès aux droits et un lieu d’expression, de réflexion et d‘analyse féministe sur la place des femmes dans la société, et sur la portée du système patriarcal qui s’impose encore dans notre société.

La MdF-TC est un lieu de lutte, tant par l’accompagnement féministe collectif que par l’interrogation permanente des institutions et mentalités pour un avènement d’une société féministe et démocratique.

Depuis 2016, au regard de l’augmentation importante des demandes nous avons infléchi nos actions davantage sur les violences faites aux femmes, intensifiant un outil créé en 2011 : l’accueil collectif intersectoriel pour les femmes qui subissent des violences afin qu’elles trouvent dans un même espace-temps des professionnelles du droit, du social et du psy. Cela afin qu’elles puissent à la fois prendre conscience par le collectif de la portée universelle des violences faites aux femmes et donc se déculpabiliser et retrouver la force de lutter pour elles-mêmes. »

Les EnChantières

« Un chemin vers l’autonomie des femmes dans les savoirs du bâtiment. Apprendre-Partager-Transmettre-S’entraider-changer-Rencontrer à travers :

– des ateliers de bricolage.

– des chantiers participatifs

– des rencontres d’artisanes

– des actions de sensibilisation contre les préjugés

– des conseils travaux

– des chantiers d’entraide »

UTASA Infertilité

« L’association UTASA est née d’un besoin, des difficultés rencontrées par les femmes et les hommes afro-descendants en situation d’infertilité, en raison du tabou, de l’isolement et parfois l’absence d’un réel accompagnement associée à cette maladie. »

Nta Rajel ?

« Féministes et antiracistes de politique décoloniale et anticapitaliste, Nta Rajel? est un collectif rassemblant des femmes de la diaspora nord-africaine qui aspirent à élever leurs voix plurielles pour imposer leur humanité. »

Collectif Sesame F

« Collectif Sésame F est une association LGBTQ+ et féministe pensée comme un espace de construction communautaire et d’expression culturelle qui s’attache à promouvoir les échanges entre les différents groupes de minorités sexuelles pour renforcer l’amitié entre les féministes et LGBTQ+ des mondes francophone, anglophone et sinophone. »

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EDITO : #FraichesWomen2019 Noire, femme, créative : l’éternelle injonction à l’excellence?

2018 s’est terminée sur des notes plutôt positives pour L’Afro. L’un des points d’orgue de cette année écoulée a été d’organiser la première édition du festival Fraîches Women le 6 mai 2018. Une nouvelle expérience pour nous, dont nous avons appris beaucoup -des réussites, comme des choses à améliorer- et pour laquelle on a eu besoin de temps pour se remettre. On remercie d’ailleurs toutes celles et ceux qui ont pris le temps de nous faire leur retour, de nous donner des conseils précieux qui nous ont permis de préparer l’édition 2.

Elle se tient samedi 11 mai, toujours à La Marbrerie à Montreuil.

A travers la première série de portraits qui a donné le nom à notre festival, il s’agissait de dire que les voix de la moitié de la planète méritent d’être vues et surtout entendues, dans son ensemble. Un peu comme lorsqu’au cours de la marche #NousToutes le 24 novembre dernier, une manifestation pacifique et silencieuse pour adresser les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, des voix se sont élevées pour dire #NousAussi et pointer que ces violences « sont [aussi]une expérience inséparable du racisme, du validisme, de la précarité ». Les retours que vous nous avez faits, les réactions aux articles ici et sur nos réseaux sociaux nous ont donné envie de reprendre, pour une seconde fois, cette série de portraits de femmes « diverses dans leurs diversités ». D’enfoncer le clou. Pour cette deuxième édition, on a décidé de questionner la « black excellence ».

« L’excellence noire », un concept tout droit venu des États-Unis consiste à prôner la réussite, à mettre en avant des modèles aux parcours jugés exemplaires et la promotion d’une élite noire, rendant fière toute une communauté. Le rappeur, producteur et
désormais avant tout businessman Diddy s’en est fait le fer de lance depuis un an. Rihanna, Naomi Campbell, Spike Lee, Jay-Z -avec qui il avait annoncé en mars 2018 vouloir lancer une application pour promouvoir les entreprises dont les propriétaires sont noir.es-, autant de figures noires ayant atteint des sommets dans leurs domaines respectifs, pour bon nombre parti.es de loin et parfois présenté.es comme « self-made », inspirant potentiellement des millions d’autres, illustrent son compte Instagram. Le storytelling sur papier et dans les esprits fait rêver …

Mais ce club de la « black excellence » semble quelque peu fermé ; qui juge qui peut y entrer ? Quels sont les critères pour y accéder ? Y a-t-il de la place pour des erreurs de parcours ? Et si on n’en est pas, est-on finalement médiocres ? A-t-on même le droit à la médiocrité ? Quid de la méritocratie ? Ces questions méritent d’être posées. Qui plus est quand on parle de femmes noires. La charge mentale, le syndrôme de la femme potomitan se devant de toujours supporter plus, sans jamais se plaindre, de toujours tout bien gérer, de rester au top niveau  et encore mieux, avec le sourire. Difficile de laisser de la place pour la vulnérabilité qui demeure encore dans certains esprits un signe de faiblesse.

Les 8 Fraîches Women 2019 De gauche à droite : Laura Georges, Gisèle Mergey, Annie Melza Tiburce, Paule Ekibat, Jeannine Fischer Siewe, Jessica Gerondal Mwiza, Anne Sanogo, Laurie Pézeron.

Si au coeur du projet photo et événementiel Fraîches Women, réside l’idée d’entrelacer des récits de vie, de réussites, le but, nous tenons à le rappeler, n’est en aucun cas de présenter des parcours exceptionnels et inspirants pour les mettre en opposition à d’autres qui le seraient moins. Ce n’est pas non plus de remplacer le patriarcat par un pendant féminin. Le pouvoir reste le pouvoir.

Les 8 #FraîchesWomen que nous avons réuni pour cette seconde édition sont africaines, caribéennes, ou sont nées et ont grandi en France. Avocate, militante, entrepreneure, ex-footballeuse. Certaines étaient familières avec le concept de l’excellence noire, d’autres n’en avaient jamais entendu parler. Nous leur avons demandé de nous faire part de leur point de vue à ce sujet et avons retracé leurs parcours. En les lisant, vous découvrirez 8 femmes aux carrières bien distinctes, qui ont fait beaucoup de chemin et ne manquent ni de ressources ni de projets.

Un merci tout particulier à Ozal Emier, la photographe qui a mis sa touche si particulière et a produit cette belle salve de portraits.

Un grand merci également au bar Monsieur Zinc à Odéon qui nous a permis d’investir son beau sous-sol une fois de plus le temps d’un shooting et nous a mis bien !

Nous vous donnons rendez-vous les prochains lundi, mercredi et vendredi pour vous laisser faire connaissance avec Anne, Annie, Gisèle, Jeannine, Jessica, Laura, Laurie et Paule que l’on tient à remercier pour avoir accepté de jouer le jeu de la pose et des questions/réponses.

Bonne lecture et vivement que l’on puisse poursuivre cette conversation sur les internets et IRL !

Adiaratou et Dolores, L’Afro team

A propos de la photographe Ozal Emier

« Ozal Emier est née en 1986 à Paris, par un froid matin de février. Après une première vie de journaliste, elle bascule dans le cinéma et la réalisation. En 2015, elle co-écrit et co-réalise son premier court-métrage, Métropole – récit de l’exil d’un Antillais en métropole -, puis réalise en 2018 La Nuit d’Ismael, errance nocturne d’un immigré marocain et de deux Parisiens. En parallèle, elle travaille comme assistante à la mise en scène sur des tournages. Son intérêt pour l’image et le cadre l’ont amenée à aussi pratiquer la photographie, nourrie par des photographes tels que Saul Leiter, Harry Gruyaert ou encore Vivian Sassen. Dans son écriture, ses films et ses photos, la question de l’entre-deux, social, culturel et identitaire est prépondérante. Depuis 2016, elle poursuit un travail photographique autour de son jeune frère, «La vie d’Emmett ».Une partie de ce projet a été exposée en janvier 2017 au Théâtre El Duende à Ivry-sur-Seine dans le cadre du festival Traits d’Union. » A découvrir sur Vimeo et Instagram

#Fraicheswomen2017 n°9 : Danièle Obono, députée à l’Assemblée Nationale

Danièle Obono crédits Noella L

«  L’ « exposition médiatique » combinée au fait d’être une femme noire « insoumise » débouche sur des attaques et des campagnes de dénigrement, harcèlement politico-médiatiques« 

Politique – Dans son parti composé d’individualités, générant des dissonances en public allant du comique -le rapport aux médias- au tragique – Adama Traoré-, Danièle Obono fait entendre sa voix. Enfin quand elle le peut. Quand on ne commente pas la manière de se coiffer, son afrodescendance. Honorées qu’elle ait accepté notre proposition -comme pour les autres- de figurer parmi les #Fraicheswomen, nous clôturons avec elle cette série. Son travail au sein de la France Insoumise, le « double standard », les revers de l’exposition médiatique… Danièle Obono nous a parlé de sa vie de députée.

Comment définissez-vous votre travail ? 

Ce n’est pas vraiment un « travail », même si on travaille beaucoup. C’est une responsabilité, une fonction, une forme particulière de mon engagement politique auquel je consacre aujourd’hui la majorité de mon temps, au lieu seulement d’une partie, et pour laquelle je suis indemnisée…C’est très stimulant car on apprend énormément de choses sur un grand nombre de sujets, on a l’opportunité de rencontrer plein de gens très intéressants, et on peut faire entendre nos idée sur une large échelle. En même temps, comme dirait l’autre, on peut aussi très vite être submergé par le flot des informations, des sollicitations, le rythme de travail imposé, notre petit nombre et le peu de moyens dont nous disposons en tant que petit groupe parlementaire signifie que nous n’avons pas toujours le temps d’aller au fond de chaque thème, ce qui est parfois très frustrant. Et quand on combine l’ « exposition médiatique » au fait d’être une femme noire « insoumise » cela donne des attaques et des campagnes de dénigrement, harcèlement politico-médiatiques qui rajoute à une certaine lassitude. Heureusement qu’on est un groupe solide, soutenu par un mouvement dont les membres sont très actifs et réactifs. Les soutiens viennent aussi de bien au-delà de la France Insoumise: des citoyens et des citoyennes dans la circonscription, des militant·e·s du mouvement social, des syndicalistes, associatifs, etc. C’est cela qui me donne la force et l’inspiration de continuer.

A-t-on essayé de vous décourager ou au contraire vous avez été choyée, portée dans votre entreprise ?
Non, mon entourage n’a pas essayé de me décourager. Ma famille a toujours eu une attitude un peu perplexe mais bienveillante face à mon engagement. Tout au plus m’a t-on enjoint à faire attention, dans les manifs, les actions, etc., vu que je n’ai eu la nationalité française qu’assez récemment. Donc, pendant longtemps, je devais faire renouveler ma carte de séjour. Et puis elle m’a aussi rappelé qu’étant femme et noire, je devais être doublement irréprochable car je serai toujours traitée différemment et soumise à une double pression.

Retrouvez l’édito photo et toutes les #fraicheswomen réunies  

Quand vous êtes-vous vraiment sentie femme politique ?

Je me considère d’abord comme une militante politique qui a aujourd’hui des responsabilités et une visibilité un peu particulières. C’est à la réaction des gens dans la rue ou dans le métro que je me suis rendue compte de la nouvelle manière dont j’étais perçue. Plus simplement comme une femme noire parmi d’autre mais comme Madame la députée, « honorable », qu’on a vu à la télé avec Mélenchon. Le plus drôle c’est souvent la réaction des enfants, le plus touchant les parents.

Danièle Obono crédits Noella L

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Plein de choses ! En premier lieu la question des « contrats aidés » : au-delà delà du soutien que nous apportons aux nombreuses associations qui nous ont interpellées sur le sujet, nous allons organiser un atelier législatif pour élaborer une proposition de loi sur le sujet en partant de la proposition de notre programme sur le droit à l’emploi opposable et de l’expérimentation des « territoires zéro chômeurs » votée sous la précédente mandature.
Nous sommes également en train de prendre contact avec différentes associations et collectifs de défense des droits humains pour travailler en commun sur un proposition de loi interdisant l’usage par les forces de police et de sécurité des techniques d’immobilisation létales. Autre gros dossier, celui des prisons sur lesquelles nous préparons un gros dossier et des interpellations.
En parallèle nous suivons et participons aussi à toutes les mobilisations nationales (contre la loi travail), les luttes locales (défense des services publics, logement, éducation); ainsi que des dossiers plus spécifiques comme la lutte des Chibanis de la SNCF (sur laquelle j’ai récemment interpellé la ministre des Transports).

Quelle est votre principale source d’inspiration ? 

J’en ai beaucoup et de plusieurs ordres ! Mais si je dois en désigner « une » principale, je dirais : les gens qui luttent, qui se battent, envers et contre tout, pour l’égalité et la dignité, pour leurs droits, tout simplement. C’est ça qui m’aide à retrouver la boussole, me rappelle pourquoi je fais ce que je fais et me (re)donne l’énergie nécessaire pour continuer.

(Crédits photo : Noellal)

INTERVIEW – Rokhaya Diallo : « #Coupablesdetrenoirs est un film sur les Etats-Unis »

ENTRETIEN – L’éditorialiste et militante antiraciste Rokhaya Diallo présente un nouveau documentaire, « De Paris à Ferguson : coupables d’être noirs », à découvrir ce mercredi 23 mars à 20h50 sur France Ô. Elle nous conduit dans les rues de Ferguson où le mouvement #BlackLivesMatter et d’autres associations ont repris le combat de Martin Luther King Jr et Rosa Parks mené à la sauce 3.0.

En 2013, dans « Les marches de la liberté »,  Rokhaya Diallo invitait de jeunes activistes afro-américains à Paris pour rencontrer les marcheurs de 1983 en France. Le documentaire évoquait la marche de Washington de 1963 en plein mouvement des droits civiques aux Etats-Unis où Martin Luther King Jr prononça son légendaire « I have a dream ». Dans « De Paris à Ferguson : coupables d’être noirs », la militante antiraciste fait le chemin inverse et retrouve ses camarades activistes afro-américains sur leur territoire. L’occasion de mettre en parallèle situation française et américaine.

Pour le voir en replay http://pluzz.francetv.fr/videos/investigations_,137015169.html

Dans le documentaire, vous parlez beaucoup des moyens utilisés dans les luttes par les militant.e.s noir.e.s américain.e.s. Quels sont-ils en France ?

En France, les militant.e.s ont pas mal investi les réseaux sociaux. C’est un terrain d’expression nouveau pour cette génération. Internet permet à des organisations d’être plus visibles, il y en a certaines dont on n’aurait peut-être jamais entendu parler. Cet espace permet de sortir du sérail médiatique dans lequel on aime convier les bons clients. Mais ce n’est pas tout, il faut continuer à se rassembler physiquement. Les Y’a Bon Awards par exemple, c’est une forme de rassemblement, bien que l’événement se veut humoristique et utilise les codes des émissions télé, le discours y est politique. Les réseaux sociaux ont permis d’ailleurs de rassembler du monde pour la Marche pour la dignité et contre le racisme du 31 octobre dernier.

En parlant de la Marche du 31 octobre 2015, quel impact a-t-elle eu à votre avis ?

 Je pense que c’est le début d’un mouvement pour les associations qui, contrairement à certaines comme SOS Racisme, sont autonomes du pouvoir. Cela a permis aux participant.e.s de mesurer leur force. La marche a été suivie, il y avait du monde dans les rues aux côtés des familles de victimes et des organisateur.ice.s : c’était du concret. Il y a eu une vraie mobilisation et des discours puissants ; c’est rare de voir ça avec des organisations proches du pouvoir.

Dans l’introduction de votre film, vous expliquez que la presse française parle volontiers des violences policières dont sont victimes les Noirs aux Etats-Unis et est plus frileuse pour parler de celles qui existent en France. Pourtant, vous vous concentrez surtout sur le cas américain …

Je fais un film sur les Etats-Unis. J’ai des liens avec ce pays et j’ai eu envie de comprendre ce qu’il se passe en ce moment là-bas. Comme le dit Rahiel dans le film, il faut avoir une compréhension globale. Je parle donc d’une question globale. D’ailleurs, dans le titre, je dis « coupables d’être noirs » mais je cite des noms de victimes de violences policières peu connues en France et qui ne sont pas toutes noires, à l’instar d’Ali Ziri.

Le but de ce documentaire est de créer des ponts. Je suis allée à Ferguson et à ma connaissance, il n’y avait pas de médias français là-bas. Certains des intervenants sont des personnes que j’vais invité à Paris,  et qui ont pu rencontrer des associations militants en France, Rahiel a rencontré  Ferguson in Paris par exemple. Rahiel dit à un moment dans le film qu’il faut connaître les Mike Brown français. Il est important de communiquer, notamment sur les moyens mis en oeuvre pour lutter. En France, on va plus sur le terrain juridique ce qui n’est pas la stratégie des américains.  Chaque pays a ses spécificités, il ne faut pas se leurrer mais on peut échanger. Pleins de rencontres se sont faites sur le terrain.

La religion revient beaucoup tout au long du film. Comment avez-vous ressenti le rapport entre la foi et le combat mené par les militants ?

La religion occupe une place très importante aux Etats-Unis. On entend parler de Jésus toute la journée, ce qui interpelle quand on vient de France ! Cela dit, les églises noires, qui étaient incontournables au sein de la communauté noire pendant le mouvement des droits civiques, ont perdu leur force de l’époque. L’une des principales raisons, c’est qu’elle peine à intégrer la communauté LGBT qui se sentent exclues. Mais comme on le voit dans le film, certaines églises se remettent en question et deviennent de plus en plus inclusives.

Pour en revenir à la France, au bout de 10 ans d’activisme en France, quel bilan ?

Maintenant il y a des collectifs comme la voix des Rrom, le Cran, le CCIF, Stop au contrôle au faciès, qui sont minoritaires, pas  forcément soutenues par le gouvernement et ont recharpenté les luttes antiracistes. C’est assez nouveau. Il est vrai que le MRAP ou la LICRA mènent des actions judiciaires mais certains des combats qu’ils oublient sont menés par d’autres.  Le gouvernement, notamment Manuel Valls et Philippe Raviol, s’opposent aux organisations qu’ils disent communautaires. c’est une question de rapport de force. Dans les institutions, on a le défenseur des droits qui nous soutient et va du côté des victimes.

MILITANTISME – Racisme et sexisme : la cause de la cyberactiviste afroféministe @chillancezone

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ENGAGEMENT- Qu’elleux s’expriment sur la toile ou organisent des manifs, pour l’environnement, contre le “blackface” ou la “misogynoir”, les Afrodescendant.e.s militent. Cette semaine, L’Afro a parlé avec Taïna, @chillancezone, cyberactiviste afroféministe. 

Militer : vb. Agir, combattre pour ou contre quelqu’un, quelque chose. L’Afro va à la rencontre des Afrodescendant.e.s qui veulent voir changer le bout de leur rue ou du monde et inaugure sa série d’entretiens « Afro et engagé.e ». Aujourd’hui, c’est Taïna, @chillancezone, cyberactiviste afroféministe qui s’exprime. 

Qui êtes-vous ? 

Le moment fondateur qui vous a poussé à l’action ?

C’est plutôt un outil : Twitter. Y parler des micro agressions que l’on subit au travail en tant que femme noire a été pour moi libérateur. Je travaille dans un milieu qui se pense exempt de tout racisme qui y est systémique et donc plus insidieux : c’est également difficile de s’admettre à soi-même qu’il existe. Partager comment je me sentais invisible.

Depuis combien de temps vous militez ?

 Je ne milite pas vraiment. J’écris sur ce qui me touche, je participe parfois à des manifs qui me tiennent à cœur et j’essaie de baigner dans la sororité noire informelle le plus souvent : être entourée de femmes noires m’est vital.

Comment le vivent vos proches ? 

Le fait de « militer » sur Internet ne me fait pas changer mes habitudes de vie donc cela n’a pas d’incidence sur eux. J’ai  toujours eu mes idées sur ces sujets et elles se sont renforcées.  Est ce que mes proches sont d’accord avec tout ce que je dis ? Non. Respectent t-ils ma liberté de penser ? Oui. Comme c’est tout ce que je demande, je le vis bien.

Les réactions lorsque vous révélez la cause pour laquelle vous militez ? 

Lorsque je m’affirme féministe, il y a toujours deux réactions. Celleux qui pensent aux Femen alors que c’est un courant plutôt versé dans les images chocs et assez raciste. Pour moi le féminisme, ce n’est pas créer d’autres discriminations : il doit concerner toutes les femmes quelque soit la religion, la couleur de peau.

Si certain.e.s de mes interlocutrice.eur.s ne tiltent pas sur le féminisme, le mot afroféminisme fait réagir : « Oui mais pourquoi diviser ? », m’oppose-t-on. Difficile de leur faire entendre  que le féminisme blanc ne prend pas en compte -notamment- la double agression raciste et sexiste que je peux vivre au quotidien, en tant que femme noire. En France, on est prompt à parler de plafond de verre, des violences faites aux femmes. On peut reconnaître l’existence de ce sexisme-là, à demi-mot, mais parler de racisme, c’est renvoyer au passé colonial du pays et le déni sur cette question est immense.

Êtes-vous encarté.e ? Dans une association ? Dans une ONG ?  Sympathisant.e de mouvement ? 

J’ai cherché à le faire au début mais je ne me reconnais pas dans des associations anti-racistes comme SOS Racisme et co, avec des hommes blancs à leur tête, c’est quand même l’ironie poussée à l’extrême. Des associations comme Osez le féminisme, crachant sur les femmes voilées, très peu pour moi : quand t’es féministe, tu prends en compte toutes les femmes. Le Parti des Indigènes de la République, -P.I.R.-, un parti décolonial et ses textes pleins d’homophobie latente, non plus.

Etant d’origine haïtienne, j’ai trop vu à quel point les ONG, c’est juste un business comme un autre p: je n’irai donc jamais militer pour l’une d’elle. Je préfère les actions spontanées de femmes partageant les mêmes points de vue que moi. Internet a au moins ça de bien ; en deux clics, on peut trouver diverses causes qu’on veut défendre et les soutenir financièrement ou en signant des pétitions. Il y a deux ans, j’ai pris la décision de ne pas m’encarter, de ne pas faire partie d’une assoc. Je ne dis pas que toutes les assoc sont nulles, des récentes trouvent mes faveurs ; j’ai juste fait ce choix.

Quel est votre mode d’action préféré ? 

 Tous, du moment qu’on arrive à faire changer les choses que ce soit en allant aux manifs, en participant aux hashtags sur les réseaux sociaux, en mobilisant sur le net pour signer des pétitions.

Qu’est-ce qui, selon vous, empêche principalement votre cause d’avancer ? 

Pour l’afroféminisme, c’est notre invisibilité de femmes noires et ce besoin qu’ont les hommes -noirs, blancs-, ainsi que certaines femmes non blanches, à vouloir prendre notre spot. Par exemple, lors d’un grand débat sur l’afroféminisme, qui est avant tout un outil pour les femmes noires, d’autres femmes voulaient que cet outil soit pour toutes les femmes non blanches. Je n’accepte pas que certaines personnes veuillent revendiquer leur  héritage afro lorsqu’il y a des outils mis en place mais ne répondent pas présentes lorsqu’il s’agit de parler et de se battre contre des discriminations spécifiques aux femmes noires comme la misogynoir, misogynie qui touche spécifiquement les femmes noires.

Une action qui a débouché sur quelque chose d’inattendu ? 

J’admire toujours les actions que le collectif afroféministe Mwasi arrive à mettre en place  que ce soit pour aider des réfugié.e.s ou pour célébrer le 8 mars : ces femmes déchirent tout. Participer au film Ouvrir la Voix d’Amandine Gay a aussi été inattendu et révélateur pour moi.

Une action particulièrement difficile à mener ? 

 Participer à la manif contre Exhibit B en tant qu’afrodescendante a pour moi été difficile. On s’est fait gazer alors que tout ce que l’on demandait, c’était un minimum de respect pour ce que nous sommes, des êtres humains.

Le reproche qu’on vous fait souvent, lorsque vous parlez de la cause pour laquelle vous militez ? 

« Tu vois le mal partout. T’es parano. Tu donnes un style… » Pour les gens, parler racisme et sexisme, c’est trop.

La chose positive qu’on vous dit souvent, lorsque vous parlez de la cause pour laquelle vous militez ? 

Quand tu dis aux gens que t’es contre le racisme, le sexisme, l’islamophobie, l’homophobie, la transophobie ça n’a qu’un seul effet : leur clouer le bec.


Qu’est-ce que représente le fait de militer dans votre vie ?

Ma vie est politique, mon existence en tant que femme noire et le fait de l’assumer dans un monde comme le notre est l’acte le plus militant de ma vie. Cela ne représente qu’une seule chose pour moi : la liberté, le principe le plus important.

Pour suivre Taïna sur Twitter, c’est par ici