INTERVIEW – Christian Dzellat, co-fondateur du journal Negus : « On voulait l’appeler ‘Niggaz’ au début »

ENTRETIEN – Le journal Negus, créé par Jonathan Zadi et Christian Dzellat dans un esprit For Us By Us a fait une apparition remarquée dans les kiosques en France l’été dernier. L’Afro a interrogé Christian Dzellat pour parler du mensuel dont le second numéro est sorti ce jeudi 3 novembre.

[Mise à jour : le numéro 2 devait sortir le vendredi 28 octobre mais ce ne fut pas le cas comme l’explique un post Facebook publié par les équipes de Negus qui ne donne pas d’informations précises, tout comme le co-fondateur Christian Dzellat, joint par L’Afro. Le journal a depuis atterri dans les kiosques.]

Soutenu par des personnalités comme Kery James, Claudy Siar, Tonjé Bakang ou encore Dieudonné (critiqué par certain.e.s),  Negus a fait parler de lui sur les réseaux sociaux avant même son arrivée dans les points de vente. La stratégie de communication mise en place par l’équipe , celle de miser sur l’engagement d’une communauté dévouée à la cause noire fonctionne. Ainsi les internautes se sont pris.e.s en photo, le numéro dans les mains. Le journal se revendique héritier de L’Étudiant noir, fer de lance du mouvement de la négritude. On a parlé avec l’un des fondateurs, le médiatique Christian Dzellat.
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Comment est né NOFI – Noir et Fier-

Tout a commencé avec la création de la marque Noir et Fier en 2004. On a fait imprimer ces mots sur des t-shirts. On était 5 au début, on est depuis devenu un réseau d’une centaine de personnes liées de près ou de loin au concept. En 2014, on a décidé de créer le site NOFI.
Et le journal Negus ?
Negus est né de la rencontre avec Jonathan Zadi. Il évolue dans le milieu de la presse depuis quelques temps et a créé le magazine All eyez on me. En partant du constat qu’en France, à part des magazines beauté, il n’y a aucun journal avec un ton libéré, décomplexé, sans tabou et avec une vision panafricaine, on a décidé d’y remédier.
Avant cela, aviez-vous pensé à une publication papier chez NOFI ?
On pensait plutôt à un magazine. C’est Jonathan qui a eu l’idée d’un journal.
Pourquoi avoir choisi ce nom ?
Au début, on voulait l’appeler « Niggaz » parce qu’on est fans de Tupac tous les deux. Et ce rappeur utilisait beaucoup ce terme, péjoratif à la base, mais qui a été repris pour parler des gens qui peuvent changer les choses. Après des retours négatifs et de la réflexion, on a opté pour un nom plus subtil pour faire l’unanimité, rassembler et ne pas avoir à se justifier. On a discuté avec un certain nombre de personnes pour tomber d’accord sur Negus, qui désigne les anciens rois d’Éthiopie.
Comment avez-vous choisi les sujets traités ?
Pour le numéro 1, on a voulu cristalliser toutes nos affinités (sic). Il était par exemple important pour nous de parler de la mort de Mohamed Ali survenu avant le bouclage parce qu’il nous a beaucoup inspiré. Pareil pour la mort d’Afeni Shakur, la mère de Tupac ; en plus, on n’a vu aucun article. On a choisi d’écrire sur le parcours de Booba, avec qui on a parlé de noir à noir parce que ça manque, celui de Kemi Seba qui représente le yin et le yang pour nous, ainsi que celui d’un jeune graphiste pour montrer que les Noirs ne sont pas seulement bons en sport ou en chant. Il y a également une BD avec un super héros noir.

Quel est l’esprit du journal ? Et la cible ?

L’esprit est panafricain et on s’adresse aux Noirs.
Et que dire aux Noir.e.s qui ne se reconnaitraient pas dans ce ton et l’esprit panafricain dont vous parlez ?
Le panafricanisme est en nous, même si on ne se reconnaît pas dedans parce que tout vient de là, c’est la base de la communauté. Les Antillais, les Noirs américains, les Noirs français que nous sommes, nous venons tous d’Afrique. Le panafricanisme n’est pas une religion, on ne cherche à convertir personne mais il permet d’apporter une autre compréhension du monde et de parler de sujets d’une manière différente comme pour le Franc CFA parce qu’on n’a qu’une seule lecture en France. Mais comme je le dis souvent, être Noir ne suffit pas.
Vous décrivez Negus comme un « projet révolutionnaire. » C’est un peu fort comme terme,  non ?
C’est du marketing. C’est peut-être un peu fort mais en même temps ça l’est vu l’engouement que ça a l’air de susciter. D’après notre distributeur, c’est le journal qui a connu le meilleur démarrage de l’année, avec 20 000 exemplaires vendus en deux mois. On est distribué au niveau national, on va bientôt l’être aux Antilles et on travaille pour l’être en Afrique. Ce projet est révolutionnaire parce qu’on n’a jamais vu dans un même journal Kemi Seba, Booba, la question du nord-Kivu au Congo, en passant par le cinéma français noir et une bande dessinée. Donc Negus a comblé un vide en kiosque où on ne trouve que Miss Ebène et d’autres magazines de ce genre sans les critiquer. Il n’y a presque rien de disponible à part Le Figaro, Technikart ou Society dans lesquels on ne se retrouve pas.
Le journal s’intéresse beaucoup aux États-Unis et à l’Afrique. Et la France dans tout ça ?
Dans les 3 parcours, on a interrogé des Français. Mais tout ce dont on a parlé est rattaché d’une façon ou d’une autre à la France. On a voulu viser large et si on s’était cantonné à parler de la France (pause). Disons qu’il faut rêver.
La France ne fait pas rêver, donc ?
Pas encore ! Elle a tout pour faire rêver mais une partie de la population est bâillonnée.
On a un problème de connexion avec les autres communautés dans le monde. Si les Noirs américains pouvaient soutenir tous les projets d’ici, il y aurait une vraie puissance. D’ailleurs, Tonjé Bakang qui a créé Afrostream a trouvé son argent aux États-Unis, je ne dis pas que tous les financeurs étaient des hommes noirs mais ce qui est sûr, c’est qu’il est allé les chercher aux États-Unis. Et là on le soutient automatiquement. Je parle des États-Unis mais c’est la même chose avec l’Afrique.
Vous avez prévu des connexions avec d’autres médias ?
Ca ne sert à rien d’en faire pour le moment quand on n’a pas de poids avec des médias qui n’en n’ont pas non plus. Pour le moment, on essaie d’avoir une réelle influence ; on est au début d’une aventure.
(Source photo : page Facebook Negus)

AUDIO – La Minute Daron #1 : Ronald à Nuit Debout Paris

CHRONIQUE – On entend/lit beaucoup de vérités générales sur les daron.ne.s africain.e.s , caribéen.ne.s. Pourtant, ils ont tou.t.e.s des parcours, des croyances, des bagages différents.

 

Nos grands-mères, grands-pères, mères, pères, tantes, oncles, originaires de pays d’Afrique ou des Caraïbes, ont roulé leur bosse jusqu’en France quand ils n’y sont pas tout simplement né.e.s et/ou n’y ont pas grandi. Ils lisent Le Parisien, regardent les débats de l’Assemblée nationale de façon assidue, pratiquent la religion que leurs parents leur ont inculqué, ou pas, ont poursuivi des études, ou pas. Peu importe leur vécu, ils ont des choses à partager, à transmettre, que ce soit des anecdotes drôles ou touchantes, des leçons tirées, des convictions, des espoirs ou des craintes quant à notre avenir. Aujourd’hui, rencontre avec notre premier daron, Ronald.

 

Place de la République, nous avons passé une soirée à NuitDebout à la date du #54mars en compagnie de Ronald, un daron d’origine haïtienne, fraîchement naturalisé après avoir vécu 25 ans en France. Fortement imprégné de valeurs « socio-politiques », il passe toutes ses nuits en « observateur » au sein du mouvement lancé le 31 mars à Paris, dès la première semaine.
Tout en nous faisant visiter, il en a profité pour nous parler de son parcours, d’éducation, de politique, de lutte antiraciste, de religion, de son histoire, d’actualité et de sa vision son du mouvement Nuit Debout.

 

Ronald explique les raisons pour lesquelles il se rend chaque soir Place de la République.

Son intérêt pour les questions politiques et sociales ne datent pas d’aujourd’hui puisqu’il s’en souciait déjà lorsqu’il vivait en Haïti.

 

 

Ronald, un grand curieux, a décidé de nourrir encore plus sa réflexion et d’approfondir sa culture en entamant des études en France.

Il retient des choses positives concernant Nuit Debout …

… mais

 


Ronald s’intéresse également aux luttes antiracistes. Il partage son avis sur le Peuple des Indigènes de la République (PIR) et sa porte-parole, Houria Bouteldja.

Ronald retrace également son parcours religieux.

EN DIRECT – La commémoration de l’abolition de l’esclavage place Catroux à Paris

CEREMONIE – Dès 18 heures, suivez la commémoration de la fin de l’esclavage place Catroux.

Si vous avez assisté ce mardi matin 10 mai à la commémoration de l’abolition de l’esclavage et que vos oreilles ont saigné en assistant notamment au discours du révérend Jesse Jackson, qui a cité entre autres Aimé Césaire, rebaptisé Aimé César par sa traductrice, suivez en direct ci-dessous la cérémonie organisée par Claude Ribbe, animateur entre autres du site uneautrehistoireuneautrehistoire.

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Présidentielle américaine 2016 : le vote Noir compte t-il vraiment ?

Tous les yeux sont rivés vers les États-Unis durant la course aux primaires des deux partis traditionnels. Pour l’occasion, G.R., journaliste, nous propose de nous pencher sur la question du vote noir au pays d’Obama.

Avant d’élire leur nouveau président le 8 novembre prochain, les américains doivent d’abord désigner État par État, en faisant parler les urnes, les deux candidats démocrate et républicain. Côté démocrates, la voix des minorités est décisive. Si en France, la question des statistiques ethniques tisonne le feu des polémiques, aux USA, ces données démographiques sont un élément clé des primaires : les afro-américains représentent 13, 6 % de la population américaine. 95 % des votes des Noirs sont en faveur d’un candidat démocrate. L’heure est à la drague…

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Source : US News

Opération séduction

Kerry Washington, Magic Johnson, Uzo Aduba, Vivica Fox… nombreuses sont les célébrités noires américaines à avoir affiché sur les réseaux sociaux leur soutien à la candidate démocrate Hillary Clinton. Une stratégie de com’ qui rebooste le capital sympathie de l’ex-Première dame, en tête des suffrages à l’issue du second « Super Tuesday » du 15 mars, face à un Bernie Sanders moins populaire. Son cœur de cible? L’électorat noir des États du sud (Mississippi, Alabama, Géorgie, Caroline du sud…) et la population hispanique. Pour Cécile Coquet-Mokoko, maître de conférence à l’ Université de Tours, « cette pratique n’est pas nouvelle. Obama en faisait autant ». A grand renfort de tweets et de posts Instagram, caisses de résonance virtuelles d’une campagne menée du bout de l’index, on joue sur la proximité : «la plus grande crainte des démocrates est le taux d’abstentionnisme en particulier chez les jeunes noirs et latinos. En reprenant les codes du président Obama, ceux de la séduction et de la proximité, Clinton rallie des icônes populaires qui séduisent les jeunes et à travers lesquelles ils peuvent s’identifier », analyse l’universitaire.

David Rutherford, afro-américain, architecte, blogueur et membre du conseil au Bureau d’éducation de Plainfield (New Jersey) ne fait pas mystère de son vote pour la « General Election » du 8 novembre 2016 : «Il sera démocrate », assure d’emblée le jeune homme de 29 ans, même s’il ne s’avoue « pas particulièrement touché par le style de Clinton bien qu’elle ait de de fortes chances de l’emporter ». Selon lui, le vote noir a assurément un poids numérique dans ces élections. Aux États-Unis, les afro-américains représentent 13,6% de la population et 95% des votants désignent traditionnellement un candidat démocrate, «cela veut dire que sans ces voix, le parti démocrate n’existerait pas tel que nous le connaissons aujourd’hui. Cela signifie également que si l’on veut voir un candidat démocrate à la Maison Blanche, le soutien des Noirs est indispensable», explique le jeune homme issu d’une famille à l’héritage politique marqué par le parti communiste et le Black Panther Party.

En revanche, dans un pays au système électoral bipartite, la marge de manœuvre qu’offre le scrutin limite l’impact réel et direct du vote noir: « un vote noir massivement démocrate est prévisible et il se fera en dépit du candidat républicain. En l’absence d’une troisième alternative véritablement forte, les Noirs n’ont pas vraiment le choix des urnes. Et n’avoir pour seul choix que de voter pour une succession de candidats démocrates n’est pas ce qu’on peut appeler avoir un vote de pouvoir . Il est très difficile de faire bouger les lignes. », déplore David.

Voter, oui…..mais après ?

Cette vision binaire du système électoral aurait même pour effet de fragiliser davantage l’impact réel du vote noir pour les Noirs sur le plan socio-économique. Pour preuve, selon David Rutherford, la fin de l’ère Obama se soldera pour nombre d’afro-américains par la fin de l’enchantement du symbole du « Black President » : « c’est un président noir qui n’a pas œuvré pour la communauté noire. La plupart du temps, il aura observé le silence sur des problématiques liées à la race, thématique sur laquelle beaucoup l’attendaient, chose que certains candidats démocrates blancs n’auraient sans doute pas fait. Une façon de ne pas heurter l’opinion blanche et de ne pas être « le président des noirs », dont il bénéficiait pourtant d’une certaine forme de loyauté. C’est paradoxalement parce qu’il a dès le début bénéficié de cette loyauté sans faille qu’Obama a peut-être desservi la cause Noire.» souligne le jeune élu.

Aux États-Unis, les Noirs sont confrontés aux mêmes problématiques sociétales et économiques que la France : discrimination à l’embauche, chômage, pauvreté, contrôle au faciès….. mais contrairement à la France, les statistiques ethniques américaines traduisent une réalité que l’on peine à identifier formellement en France; 27.4% des familles noires américaines vivent sous le seuil de pauvreté contre 9.9% des familles blanches. 37% des hommes Noirs non-diplômés de 20 à 34 ans sont actuellement emprisonnés ou le seront tôt ou tard au moins une fois dans leur vie. Avec 12 % de sa population derrière les barreaux, la communauté noire américaine affiche le triste record d’être la plus incarcérée au monde. Aux griefs de cette discrimination s’ajoutent les « homicides justifiés » de la police –faisant un quart de victimes noires selon le FBI – et la violence qui stigmatisent plus durement les couches les plus pauvres de la population noire où «l’ homicide est de loin la première cause de mortalité chez les hommes noirs de 15 à 34 ans. » confie David, dont le frère et l’oncle ont été tués par arme à feu.

Pour Cécile Coquet-Mokoko, cet état des lieux résulte du cumul d’un racisme institutionnalisé hérité de l’esclavage et d’une politique de contrôle et d’incarcération massive des Noirs, intensifiée sous Bill Clinton avec la « Crime Bill « de 1994, époque pendant laquelle «  on a dit à la communauté noire que les « Black-on-Black crimes », les crimes perpétrés par des Noirs sur d’autres Noirs était le vrai problème, ce qui a circonscrit e phénomène à un problème intracommunautaire pour tenter de légitimer cette politique ».

Si la rue regrette le manque d’implication de l’administration Obama pour panser des stigmates intimement liés à l’ethnicité, notamment les meurtres de Noirs non armés par des officiers de police ( Trayvon Martin, Tamir Rice, Mike Brown..), Cécile Coquet-Mokoko nous rappelle que « l’intervention d’Obama sur l’action de la police est très limitée . Contrairement à la France, les juges et les shérifs américains sont élus par le peuple à l’échelle fédéral, mènent campagne comme des politiques. D’où l’importance de la participation des minorités aux élections locales. Face à cela, il y a un manque d’empathie de la part des autres communautés sur la situation. »

Trump, Le Pen: même combat ?

En France comme aux États-Unis, l’ extrême-droite menace de museler davantage le dialogue intercommunautaire. Pire. Elle menace littéralement d’ériger des murs. Immigration, frontières, religion… les prismes politiques de Donald Trump et de Marine Le Pen s’affichent comme étrangement similaires aux yeux du monde. Pour ratisser au plus large l’électorat conservateur, tous deux usent d’un lexique victimaire face à l’ immigration. Pour Trump, il s’agira des mexicains « violeurs» et « trafiquants de drogues » (voir vidéo ci-dessous) ou des musulmans qu’il souhaite interdits de territoire américain. Quant à Marine Le Pen, la subtilité toute relative du discours privilégie une « priorité nationale » ou encore prescrit «l’arrêt immédiat de tout accueil de migrants » faisant un lien direct entre immigration et attentats de Paris du 13 novembre 2015. «Alors que Trump est ouvertement raciste, Marine le Pen s’en défend farouchement mais adopte le même postulat en instillant un racisme plus subtil, laissant à l’électorat le soin de faire l’amalgame seul » remarque Cécile Coquet-Mokoko.

«Trump choque, bouscule, enchaîne les déclarations scandaleuses. Il joue sur la provocation et les clichés en dépit d’un discours et d’un programme réellement construit. Là où il séduit l’électorat, c’est sur sa position de candidat « anti-système » qui bouleverse l’establishment. Ce postulat est le même que Marine le Pen qui remporte un vif succès dans le nord de la France», poursuit l’universitaire.

Mais qui vote Trump? Une certaine Amérique en marge, blanche, relativement peu instruite et voyant en sa candidature une sorte de « défouloir ». Pour Cécile Coquet Mokoko, «le point sur lequel Trump comme Le Pen peuvent s’avérer dangereux, c’est sur le fait qu’ils déplacent des électeurs qui ne votaient plus depuis un certain temps. En Amérique, le parti républicain a longtemps connu une fuite d’une partie de son électorat. Les « blue collars» ( « cols bleus »), qui désigne traditionnellement la classe ouvrière masculine et blanche, ont longtemps blâmé la politique d’Affirmative Action en faveur des Noirs et d’autres communautés pour justifier la précarisation , y voyant une “discrimination inversée » à l’encontre des hommes blancs et peu diplômés. L’administration Reagan y a mis un terme dans les années 1980. Aujourd’hui, ces gens restés en marge constituent la cible de Trump».

En France, la voix émergente semble assurément être celle du Front National de Marine Le Pen comme l’a démontré un nombre de voix à la hausse aux élections régionales de décembre 2015 sans pour autant remporter une seule région.

Côté américain, à l’heure actuelle, un duel Clinton/Trump semble se dessiner à l’horizon de novembre 2016 . Mais loin de faire l’unanimité dans son propre camp, Donald Trump, s’il est élu candidat républicain de ces primaires, risque de diviser davantage sa famille politique… à la faveur des démocrates.

À quand un leader pour la France Noire ?

Si aux USA, l’élection d’un président noir ou la nomination d’un candidat démocrate ouvertement sensible à la question raciale n’est gage ni de résultat ni d’émancipation noire par le vote, en France, il faudra attendre pour connaître la liste complète des présidentiables pour 2017 et distinguer un candidat potentiellement fédérateur du suffrage des minorités. Mais voir, à l’instar des États-Unis, une coalition Noire autour d’un candidat a , selon Cécile Coquet-Mokoko, peu de chances d’arriver : «  il n’y a pas à ce jour de signaux forts qui l’indiquent. En France, tout comme aux États-Unis, les actions allant dans ce sens sont relativement circonscrites à l’image du mouvement Black Votes Matter. Nous sommes malheureusement loin de l’écho spectaculaire de la rue, des mouvements pour les droits civiques des années 1960 et du leader charismatique Martin Luther King. Depuis, l’Amérique a vu naître une bourgeoisie noire, inexistante avant l’administration Kennedy et la condition des Noirs s’est globalement améliorée» ajoute- t-elle.

De part et d’autre de l’atlantique, le problème du leadership et d’un consensus Noir semble faire défaut. «En France par exemple, depuis 2011 et la nomination de Louis- Georges Tin à la présidence du CRAN, croiser les problématiques de la sexualité et la race a créé des clivages et beaucoup de gens sont partis. » observe Cécile Coquet- Mokoko.

Par ailleurs, même si l’on retient l’action globale et radicale du collectif afro-féministe MWASI et sa réflexion sur l’intersectionnalité, pour l’universitaire « il serait cependant dommage d’imiter de trop près le modèle américain car cela entraîne une impossibilité de communiquer. Les communautés ne se regardent pas et l’absence de dialogue entre elles est le mal qui les rongent ».

Derniers résultats des primaires américaines 

Côté démocrates, comme le rappelle Les Échos , « Hillary Clinton dispose au total de 1.771 délégués contre 1.092 pour Bernie Sanders, selon l’estimation de CNN, en incluant près de 500 « super délégués » qui l’ont assurée de leur soutien à la convention de Philadelphie. La majorité requise pour être investi est de 2.383.

Côté républicains : Ted Cruz dispose de plus de 500 délégués contre 740 pour Donald Trump. La majorité nécessaire s’élève à 1.237

Les noms des candidats à la présidentielle des deux partis seront officiellement connus à la convention de juillet.

INTERVIEW – Rokhaya Diallo : « #Coupablesdetrenoirs est un film sur les Etats-Unis »

ENTRETIEN – L’éditorialiste et militante antiraciste Rokhaya Diallo présente un nouveau documentaire, « De Paris à Ferguson : coupables d’être noirs », à découvrir ce mercredi 23 mars à 20h50 sur France Ô. Elle nous conduit dans les rues de Ferguson où le mouvement #BlackLivesMatter et d’autres associations ont repris le combat de Martin Luther King Jr et Rosa Parks mené à la sauce 3.0.

En 2013, dans « Les marches de la liberté »,  Rokhaya Diallo invitait de jeunes activistes afro-américains à Paris pour rencontrer les marcheurs de 1983 en France. Le documentaire évoquait la marche de Washington de 1963 en plein mouvement des droits civiques aux Etats-Unis où Martin Luther King Jr prononça son légendaire « I have a dream ». Dans « De Paris à Ferguson : coupables d’être noirs », la militante antiraciste fait le chemin inverse et retrouve ses camarades activistes afro-américains sur leur territoire. L’occasion de mettre en parallèle situation française et américaine.

Pour le voir en replay http://pluzz.francetv.fr/videos/investigations_,137015169.html

Dans le documentaire, vous parlez beaucoup des moyens utilisés dans les luttes par les militant.e.s noir.e.s américain.e.s. Quels sont-ils en France ?

En France, les militant.e.s ont pas mal investi les réseaux sociaux. C’est un terrain d’expression nouveau pour cette génération. Internet permet à des organisations d’être plus visibles, il y en a certaines dont on n’aurait peut-être jamais entendu parler. Cet espace permet de sortir du sérail médiatique dans lequel on aime convier les bons clients. Mais ce n’est pas tout, il faut continuer à se rassembler physiquement. Les Y’a Bon Awards par exemple, c’est une forme de rassemblement, bien que l’événement se veut humoristique et utilise les codes des émissions télé, le discours y est politique. Les réseaux sociaux ont permis d’ailleurs de rassembler du monde pour la Marche pour la dignité et contre le racisme du 31 octobre dernier.

En parlant de la Marche du 31 octobre 2015, quel impact a-t-elle eu à votre avis ?

 Je pense que c’est le début d’un mouvement pour les associations qui, contrairement à certaines comme SOS Racisme, sont autonomes du pouvoir. Cela a permis aux participant.e.s de mesurer leur force. La marche a été suivie, il y avait du monde dans les rues aux côtés des familles de victimes et des organisateur.ice.s : c’était du concret. Il y a eu une vraie mobilisation et des discours puissants ; c’est rare de voir ça avec des organisations proches du pouvoir.

Dans l’introduction de votre film, vous expliquez que la presse française parle volontiers des violences policières dont sont victimes les Noirs aux Etats-Unis et est plus frileuse pour parler de celles qui existent en France. Pourtant, vous vous concentrez surtout sur le cas américain …

Je fais un film sur les Etats-Unis. J’ai des liens avec ce pays et j’ai eu envie de comprendre ce qu’il se passe en ce moment là-bas. Comme le dit Rahiel dans le film, il faut avoir une compréhension globale. Je parle donc d’une question globale. D’ailleurs, dans le titre, je dis « coupables d’être noirs » mais je cite des noms de victimes de violences policières peu connues en France et qui ne sont pas toutes noires, à l’instar d’Ali Ziri.

Le but de ce documentaire est de créer des ponts. Je suis allée à Ferguson et à ma connaissance, il n’y avait pas de médias français là-bas. Certains des intervenants sont des personnes que j’vais invité à Paris,  et qui ont pu rencontrer des associations militants en France, Rahiel a rencontré  Ferguson in Paris par exemple. Rahiel dit à un moment dans le film qu’il faut connaître les Mike Brown français. Il est important de communiquer, notamment sur les moyens mis en oeuvre pour lutter. En France, on va plus sur le terrain juridique ce qui n’est pas la stratégie des américains.  Chaque pays a ses spécificités, il ne faut pas se leurrer mais on peut échanger. Pleins de rencontres se sont faites sur le terrain.

La religion revient beaucoup tout au long du film. Comment avez-vous ressenti le rapport entre la foi et le combat mené par les militants ?

La religion occupe une place très importante aux Etats-Unis. On entend parler de Jésus toute la journée, ce qui interpelle quand on vient de France ! Cela dit, les églises noires, qui étaient incontournables au sein de la communauté noire pendant le mouvement des droits civiques, ont perdu leur force de l’époque. L’une des principales raisons, c’est qu’elle peine à intégrer la communauté LGBT qui se sentent exclues. Mais comme on le voit dans le film, certaines églises se remettent en question et deviennent de plus en plus inclusives.

Pour en revenir à la France, au bout de 10 ans d’activisme en France, quel bilan ?

Maintenant il y a des collectifs comme la voix des Rrom, le Cran, le CCIF, Stop au contrôle au faciès, qui sont minoritaires, pas  forcément soutenues par le gouvernement et ont recharpenté les luttes antiracistes. C’est assez nouveau. Il est vrai que le MRAP ou la LICRA mènent des actions judiciaires mais certains des combats qu’ils oublient sont menés par d’autres.  Le gouvernement, notamment Manuel Valls et Philippe Raviol, s’opposent aux organisations qu’ils disent communautaires. c’est une question de rapport de force. Dans les institutions, on a le défenseur des droits qui nous soutient et va du côté des victimes.