Portrait – Djeneba Aduayom ou l’art de la photographie empathique

L’ex-danseuse et désormais photographe franco-togolaise basée à Los Angeles Djeneba Aduayom expose pour la première fois cette année à la Foire d’art contemporain africain AKAA au Carreau du Temple. Elle y présente des pièces de sa série « Capsulated » du 9 au 11 novembre . Portrait d’une artiste introvertie en quête de l’humain.
Avec la photographe Djeneba Aduayom, il faut du mouvement ! Pas étonnant quand on sait qu’avant de dégainer un Canon 5D, elle a suivi une carrière de danseuse, auprès de Prince, Tina Turner, Robbie Williams … jusqu’à ce qu’une opération de la hanche et du genou suite à une grave blessure l’oblige à envisager une reconversion professionnelle. Elle a cependant encore besoin que ça bouge. C’est à ce moment-là qu’elle se met à la photo. Et plus elle shoote, plus elle y prend goût. « Je cherchais quelque chose qui me passionne autant que la danse. Comme j’avais fait de l’architecture d’intérieur, je pensais que ce serait ma carrière numéro 2 mais quand j’ai découvert la photographie, ça m’a mis dans une espèce d’émotion … j’ai donc pris toutes mes économies et j’ai acheté un appareil photo et de belles lentilles. » L’aventure photographique débute il y a 9 ans.
Le mot d’ordre de Djeneba, photographe autodidacte ? La discipline.
A l’âge de six ans, alors que sa famille vit au Togo, elle exprime un voeu clair, net et précis : elle sera danseuse internationale ! Ses parents l’inscrivent à des cours de danse classique. Elle poursuit son apprentissage lorsque sa famille s’installe à Paris quelques années plus tard et toujours plus exigeante, elle réclame une formation d’un niveau supérieur. La voilà inscrite au Lycée Racine option danse. A l’âge de 16 ans, elle s’envole seule vers les Etats-Unis effectuer un stage à New-York. Elle travaille par la suite avec des compagnies de danse dont celle d’Alvin Ailey pour un ballet avant de rentrer dans le monde commercial auprès de grandes stars, des clips vidéos aux tournées internationales. « Des moments exceptionnels ! »
Pour l’amour du mouvement oui, mais pas à n’importe quel prix. Pas de place pour le désordre, il se doit d’être sensé car dans chaque cliché, il y a une intention. D’où la recherche parfois du « mouvement calme » où les modèles ne sont pas nécessairement en train de bouger mais où il y a ce qu’elle appelle « une respiration dans la personne ». « Je suis intéressée par le fait d’extraire des couches d’humanité, des couches d’émotions de l’intérieur d’une personne plutôt que de les faire poser ou de leur faire faire des mouvements qui n’ont ni queue ni tête. » Bienvenue dans la « poésie visuelle » de Djeneba Aduayom.
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« The arrival » de Djeneba Aduayom (Source photo : Galerie Number 8)
Elle s’est notamment fait remarquer pour sa série « Capsulated », publiée sur le site de Vogue Italia en avril dernier. « Le projet est né d’un mix entre mon expérience personnelle et celles des modèles. Je suis très timide même si on ne dirait pas. Faire un show sur une scène devant 60 000 personnes, ce n’est pas un problème pour moi, la scène étant comme une bulle mais danser en boîte, j’en suis incapable ! Etant en plus une artiste et un peu dyslexique, il m’arrive d’avoir l’impression d’être mal comprise. J’ai du apprendre à m’exprimer. J’ai donc souvent eu l’impression d’être dans une bulle. J’ai également rencontré des personnes rejetées de par leur couleur de peau, qu’elles soient foncées de peau, atteinte de dépigmentation ou d’albinisme. Parfois, cela provoque une tristesse chez elles. Il était également pour moi qu’elles soient dégenrées et que le public en posant leurs yeux sur les photos, entre dans cet univers, en apprécie la beauté, sans voir le genre et la couleur du modèle. »
Représentée par Galerie Number 8 qui se focalise « sur l’esthétique noire et la diversité dans la photographie et les techniques mixtes », Djeneba est la fille d’une mère franco-italienne et d’un père togolais. « Je suis à la fois blanche et à la fois noire. Mes modèles le sont aussi. J’ai la chance d’être métisse et de savoir parfaitement qui je suis ».
La photographie est avant tout pour elle une affaire de rencontres et de ressentis. Le choix de ses sujets se fait au coup de coeur ; « je ne suis pas attirée par les personnes qui sont belles et qui n’ont rien à donner mais plutôt par celles qui ont quelque chose dans leurs yeux que je ne peux pas ignorer. Etant empathique, je ressens assez facilement ce qu’une personne peut porter comme émotion sans forcément qu’elle le sache. » La bienveillance et la délicatesse sont palpables dans ses clichés. Elle se félicite d’ailleurs de réussir à capter une partie de leur émotion dont ils n’ont parfois pas conscience.
Basée à Los Angeles depuis 2009, l’artiste n’a pas fini de faire parler d’elle. Elle a été commissionnée par Time Magazine pour l’édition de décembre, chargée de réaliser une série de photos avec une sélection d’artistes choisies par Ava Duvernay qui en sera la guest editor. Elle a également prévu de s’essayer à l’autoportrait, un véritable challenge pour l’introvertie qu’elle est.
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