RECAP – 2019, on arrive! et on aimerait …

BILAN – 2018, une année bien riche. Entre polémiques et belles réalisations. On revient dessus et on partage aussi nos voeux pieux pour les prochains 365 jours de l’année à venir.

En mai 2018, nous avons eu la chance d’organiser notre premier festival, Fraîches Women. On commençait 2018 justement en vous l’annonçant. Il a pu être un véritable succès et ce grâce à vous ! Merci encore énormément pour ça !

Ce qu’on ne veut plus voir/entendre/lire

– on pense fort à ces rédactions qui se revendiquaient modernes, auprès desquelles on attendait notamment de la « diversité » et qui nous ont livré des photos de famille assez … monochromes ! Comme ici.

– on déplore l’utilisation de photoshop pour faire croire à de la diversité dans une école d’art française voulant s’implanter aux Etats-Unis ! Posons-nous peut-être la question du pourquoi du comment de la blanchité des écoles, non ? 


– on ne veut plus voir de « niggerfishing » ou cette tendance chez certaines instagrameuses à se faire passer pour des noires à coup d’autobronzant et de contouring, une autre forme de blackface bien expliquée ici 

En 2019, on dit bye bye au niggerfishing ?
Source photo : madame.suavelos.eu

– qu’on arrête de faire figurines ratées à l’effigie de l’acteur britannique Idris Elba pour les vendre presque 1000 euros l’unité

-qu’on n’écorche plus les noms d’origines africaines, à l’instar de ceux de certains joueurs de l’équipe de France de football -qui ont rapporté la coupe mondial en juillet dernier !- comme Ngolo Kanté et de Kylian Mbappé et  -notre confrère Cyril Lemba avait déjà donné des tips de prononciations à ce sujet ici et . On vous promet, ce n’est pas compliqué 😉 !

– qu’on respecte enfin l’artiste Aya Nakamura, critiquée tantôt pour avoir posté une photo d’elle sans maquillage tantôt pour utiliser des mots incompréhensibles pour le commun des mortel.le.s français.es dans ses chansons. On n’oublie pas non plus quand son nom -de scène- a été remixé deux fois lors des NRJ Music Awards en novembre dernier. Dur d’être une femme noire dans l’industrie musicale! On rappelle que son album Nakamura a été récemment certifié disque de diamant

Aya Nakamura dans « Djadja »

-et si on arrêtait avec des noms d’entreprise douteux type « Anti Black » ou des tentatives de réédition de la bande dessinée des aventures de « Bamboula » ? Et les représentants une fois interpellés, qui ne comprennent pas où est le souci … #lagrandefatigue   

-que Rachel Dolezal euh Nkechi Diallo pardon cesse de se faire de l’argent sur une vraie cause, on l’a revu à l’oeuvre suite à la polémique H&M en janvier dernier

-qu’on soit d’accord avec elles ou pas, pas possible de tolérer les insultes racistes auxquelles les personnalités publiques n’échappent pas, que ce soit en France avec Rokhaya Diallo et Hapsatou Sy ou en Belgique avec l’humoriste et présentatrice météo Cécile Djunga

qu’il n’y ait plus de non assistance en personne en danger comme ce fut le cas pour Naomi Musenga dont l’appel d’urgence n’a pas été pris au sérieux par le SAMU. La fin de la croyance d’un prétendu syndrome méditerranéen, c’est possible ?

-arrêter de culpabiliser les femmes africaines et leurs ventres, comme des responsables politiques l’ont fait et comme c’est le cas dans un article de presse datant du mois de septembre (!)

-que les cas de violences policières soient plus souvent-tout le temps!-punies. Dans un cas rare, la justice américaine a déclaré coupable de meurtre en août dernier le policier qui a tué par balle Jordan Edwards, adolescent âgé de 15 ans, à Balch Springs (Texas) alors qu’il rentrait en voiture d’une fête avec son frère et des amis, assis côté passager. … On pense notamment à la famille d’Adama Traoré,-dont la soeur, Assa, qui a accepté de parler de son combat pour la vérité lors de la première édition du Fraîches Women festival– à celle de Lamine Dieng et à bien d’autres.  On rêve même de la fin de ces violences …

-on n’oublie pas la communauté LGBT afrodescendant.es prise pour cible. Une pensée pour Kerrice Lewis, et les femmes transgenres racisées le plus souvent, victimes de crimes haineux qui ont été tuées cette année 2018

Ce qu’on est contentes de voir et ce qu’on attend avec impatience et qu’on espère voir

-le beau parcours qui se poursuit pour le documentaire Ouvrir La voix réalisé par Amandine Gay ; entre des prix reçus en festival,-le dernier en date ici– sa sortie en DVD et sa diffusion prochaine à la télévision, notamment sur TV5 Monde, Canal+ où il est déjà dispo en VOD et la chaîne belge BeTV. On attend également avec impatience son second documentaire qui portera sur l’adoption. Elle a par ailleurs lancé le mois des adopté.es en novembre dernier, une excellente initiative pour donner la parole aux adopté.es en France, en Suisse et au Québec.

– on souhaite une belle trajectoire au projet de compilation de musiques francophones de luttes, intitulée Par les damné.e.s de la terre, des voix de luttes 1969-1988 mis en place par Rocé et dont nous avons eu le grand honneur de co-organiser la release party en octobre dernier avec le label Hors Cadres

– on salue l’initiative de la femme qui se cache derrière Ovocytemoi-où elle parle surtout d’infertilité chez les femmes africaines- et de l’association Afrique Avenir qui ont organisé un événement autour de la santé sexuelle et reproductive des femmes noires en novembre dernier à Paris

le retour de Missy Elliott et Timbaland ; on a envie d’y croire cette fois !

-Hâte de découvrir le projet documentaire sur lequel l’actrice Aïssa Maïga travaille autour de la vie de son père, Mohamed Maïga, journaliste sénégalais engagé et proche de Thomas Sankara, assassiné en 1988

-on a hâte de voir des adaptations cinéma de livres marquants. De Petit pays écrit par l’artiste Gaël Faye, à Born a Crime : Stories from a South African childhood sur l’enfance sous le régime de l’apartheid en Afrique du sud de Trevor Noah avec Lupita Nyongo dans le rôle de sa mère en passant par la fiction Americanah écrite par la nigériane Chimamanda Ngozi Adichie avec, une fois de plus au casting, l’actrice kenyane cette fois épaulée de son amie et consoeur Danai Gurira

-vivement février 2019 pour la sortie du livre pour enfants Djibril: un jour de pluie, premier de la série Les aventures de Djibril à l’initiative de Makamoussou Traoré plus connue en tant que DJ Miss Mak. Elle a lancé une campagne de crowdfunding qui s’est achevé en atteignant 126% de son objectif ! Un projet important car les petits garçons noirs aussi souffrent du manque de représentation dans la littérature en France

– plus de nouveaux podcasts inclusifs en France comme Kiffe ta race animé par Rokhaya Diallo et Grace Ly ou Miroir Miroir hosté par la journaliste Jennifer Padjemi

– que Serena Williams continue d’être incroyable malgré les attaques en tout genre

-qu’on comprenne qu’il y a bien des librairies au Nigeria et pas que Boko Haram contrairement à ce que la journaliste Caroline Broué a pu adresser à Chimamanda Ngozi Adichie en interview au Quai d’Orsay le 25 janvier pour la Nuit des Idées.

-on place nos billes pour les Grammys 2019. On ne se remet pas du non sacre de SZA l’an dernier malgré ses nominations mais on a envie d’y croire pour H.E.R nominée quatre fois notamment dans les catégories nouvelle meilleure artiste et album de l’année

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INTERVIEW – Shirley Souagnon lance Afrocast, une agence pour comédien.ne.s afro « pour rompre avec l’hypocrisie »

 

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RENCONTRE – La comédienne Shirley Souagnon parle d’Afrocast, l’agence web pour les comédien.ne.s afro qu’elle vient de lancer. Le but : visibiliser les artistes et créer des opportunités.

Au lendemain des Césars, un nouveau site dédié aux pro afro et à celleux qui s’y intéressent a vu le jour. Afrocast se propose de mettre en avant les comédien.ne.s, producteur.ice.s, réalisateur.ice.s noir.e.s. Nous avons eu la chance d’en parler avec sa créatrice, la comédienne Shirley Souagnon avant son décollage, pour jouer son spectacle, vers la Côte-d’Ivoire, dont elle est originaire. 

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Shirley Souagnon 

Depuis quand aviez-vous l’idée de monter ce site ? 

J’ai eu l’idée d’Afrocast depuis quelques temps. Le débat autour d’#oscarssowhite et surtout les Césars, m’ont donné envie de me lancer tout de suite.

Quelle est la spécificité du problème français selon vous ? 

Il y a selon moi un combat à laisser tomber : demander aux Blanc.he.s de nous apporter ce que nous pouvons faire nous-mêmes. Il y a des raisons qui expliquent cela et qui résident dans la manière dont on nous a élevé en France, dans la méfiance des autres. On ne communique pas assez non plus entre nous. Par ailleurs, on manque d’argent pour mener à bien des projets. Avec ma société, j’ai déjà produit une émission de télé pour Afrostream, qui s’appelera le Show de Shirley Souagnon, en misant mes économies. Il y a aussi du crowdfunding et plein d’autres moyens de financer des projets.

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En quoi consiste afrocast ? 

Pour l’instant, à publier des photos de comédiennes et comédiens ; le but, c’est simplement de rendre les artistes visibles. Certains ont des agents, d’autres n’en ont pas. On répertorie aussi les scénaristes et les producteurs, car c’est aussi le problème, qu’il y ait des histoires pensées et écrites par nous pour nous. S’il y a assez de producteur.ice.s par exemple sur le site, on pourra par exemple monter une commission, choisir un scénario et pourquoi pas, monter un film. C’est important de faire des choses très concrètes.

Mais encore ?

Ca permettra de rompre avec une certaine hypocrisie. Dans certaines agences artistiques, on n’indique pas la couleur de peau. Par contre, je reçois des appels pour me demander si je ne connais pas -texto- « un.e noir.e », comme si j’étais agent ou cheffe de tribu !

Comment sont arrivées les premières photos sur le site ? 

Grâce à mon réseau, au bouche-à-oreille. Tant qu’on continue d’en parler, le mot va continuer de passer.

C’est beaucoup de travail. Comment voyez-vous le développement du site ? 

Quand je sentirai qu’il y aura assez d’inscrit.e.s, je pourrai travailler avec mon développeur sur la possibilité de s’inscrire seul.e. A terme, il y aura un peu plus d’infos sur les comédien.ne.s et les moyens de les contacter.

Avez-vous été inspirée par d’autres initiatives ? Des personnes ? 

Oui, celles du Gotha Noir, ou quand j’ai commencé, il y avait Africultures, ou grioo. Il y a aussi Rokhaya Diallo. Je me retrouve dans bon nombre de ses actions, comme celles menées avec les Indivisibles: passer des messages avec humour.


Avant afrocast.org, la première agence web d’acteur.ice.s s’appelait afrocine.com

Le site est aujourd’hui en sommeil. Mais à la fin des années 90 jusqu’au début des années 2000, Afrociné était la plateforme privilégiée pour contacter les comédien.ne.s afrofrançais.es sur un répertoire nommé blackcast. »Tous les producteur.ice.s à la recherche d’acteur.ice.s noires nous contactaient », se souvient celui qui mettait en ligne les fiches des artistes. Le site a longtemps bien marché.
Il avait été créé par Owell A. Brown, réalisateur, et parrainé par Pascal Légitimus « qui nous faisait profiter de ses connaissances du monde cinématographique », indique le webmaster d’Afrociné, qui certifie que tout le monde était bénévole.
Ce dernier, blanc, ami du comédien-producteur, confirme qu’une telle entreprise, nécessaire du fait des vrais problèmes que rencontraient déjà les comédien.ne.s noir.e.s à l’époque pour jouer, plus philanthropique que lucrative, représente beaucoup de travail. Il affirme ne plus avoir de nouvelles de M. Brown depuis bien longtemps.

 

INTERVIEW – Racisme, afroféminisme… : Naya Ali (@laringarde) fait des vidéos

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ENTRETIEN – Y a pas que les vlogs sur le contouring, le gaming, les astuces beauté et les sketches sur YouTube, il y a aussi les vidéos de La Ringarde. Derrière ce nom se cache la journaliste Naya Ali, afroféministe revendiquée, qui parle discriminations, sexisme dans ses vidéos qu’elle réalise et monte elle-même. L’Afro l’a rencontrée.

Ça manquait en français et La Ringarde l’a fait ! La journaliste, Naya Ali de son vrai nom, ancienne de Noir et Fier et du site Madmoizelle, décrypte en vidéo les mots du racisme et du sexisme, qui touchent les personnes non-blanches en France, sans détours, avec un peu d’humour et beaucoup de pédagogie. A mettre sous tous les yeux, même si le résultat n’est pas parfait ! On a voulu en savoir plus sur cette youtubeuse qui s’affirme afroféministe, sur son parcours, ses motivations. Cinquante minutes d’entretien plus tard, nous voilà.

L’Afro :  Vous êtes un des visages de Youtube. D’où venez-vous ?

Naya Ali : Je suis née et j’ai grandi en banlieue, dans le 95, dans une petite ville où il y a beaucoup d’arbres. À 26 ans, j’y vis encore car je l’aime beaucoup !

Vous êtes passée par différents médias. Avez-vous une formation de journaliste ?

Après un Bac + 3 infocom et un master culture et médias, dans lequel on décortiquait particulièrement la télévision, j’ai écrit mon mémoire sur la représentation des femmes noires dans les magazines de mode les plus vendus et les plus connus en France, il y a trois ans. J’ai fait beaucoup de recherches, qualitatives et quantitatives ; par exemple, j’ai étudié des numéros de Vogue sortis depuis les années 70.
Surprise : il y avait plus de femmes noires qu’aujourd’hui, foncées, belles, et pas dans des postures dégradantes comme cela a pu être le cas dans les années 90 ; on se rend compte que les mannequins noires étaient très présentes, même si je n’ai pas eu la chance de rencontrer celles qui ont posé à cette époque.

C’est ce qui vous a donné envie de parler d’afroféminisme, des discriminations ? 

Si je me suis revendiquée féministe après avoir mieux compris que ce n’était pas l’image de la militante hystérique et anti-hommes qu’on nous vendait, 90% du féminisme dont on parle est blanc. En tant que jeune fille noire, je ne m’y reconnaissais pas. Comme j’ai toujours beaucoup lu, j’ai commencé à lire les théories du black feminism, l’afroféminisme en France, et je me suis sentie enfin moins seule. En français, j’ai dévoré Sois blanche et tais toi ! de Rokhaya Diallo, que je conseille pour celleux qui veulent être initié.e.s à l’afroféminisme en France.
Sinon, il y a des blogs très bien écrits sur le sujet, ou des comptes Twitter super comme celui d’Amandine Gay. Je suis très proche de ma famille, originaire des Comores, dont j’ai reçu une éducation africaine, musulmane, beaucoup de valeurs, des principes des coutumes hyper cool mais qui peuvent être très difficiles à porter quand on est une fille qui vit en France. J’étais la « rebelle ».
J’ai commencé à faire comprendre à mes parents, qu’autre chose m’intéressait, comme faire des études longues ; j’ai toujours été admirative de tout ce que ma mère savait faire, mais ce n’était pas moi. Ça a été dur de sortir de ce dans quoi j’avais le sentiment qu’on m’enfermait, la caricature de la « parfaite épouse africaine ».

Quelles sont vos expériences journalistiques ?

J’ai travaillé pour Noir et Fier. Ça a été une super expérience. Je suis arrivée dans le média, par l’intermédiaire d’un ami, qui travaillait sur l’aspect technique du site et qui m’a présenté au boss. Ce dernier m’a engagée après avoir lu quelques articles du blog -aujourd’hui disparu-, que j’avais créé à l’époque, La Ringarde dont j’ai gardé le nom pour ma chaîne Youtube, où je parlais de tout, de manière un peu décalée ; je ne suivais pas la mode, je préférais lire des bouquins. J’y suis restée près d’un an, en débutant comme rédactrice. Les derniers mois, je suis devenue rédactrice en chef et j’ai commencé à faire des vidéos sur YouTube.

La communauté noire ? Penser qu’elle existe fait du bien !

Comment êtes-vous passée de Noir et Fier à Madmoizelle ?

Une des rédactrices avait écrit un article sur une de mes vidéos. Puis Fabrice Florent, le rédac chef du site, m’a demandé d’en faire une. J’ai adoré. J’ai rejoint ensuite l’équipe pour y travailler à plein temps, en CDD. J’ai arrêté il y a près de deux mois, avant la fin de mon contrat.

Pourquoi ?

Pour me concentrer sur mes vidéos. J’avais écrit un article qui a bien fonctionné sur l’afroféminisme. J’étais super contente de voir que ça intéressait les lecteur.ice.s qui posaient plein de questions. Ça se passait toujours très bien avec l’équipe.
J’ai donc continué de faire des sujets autour des femmes, artistes noir.e.s. Certains passaient très bien, d’autres très mal. Les lectrices blanches faisaient du whitesplaining, -le fait d’expliquer des problématiques de discrimination raciale, sexuelle ou autre… à celleux qui les vivent !-, et les lectrices noires le vivaient mal, hallucinaient de lire certains commentaires, ce que je peux comprendre. Du coup, elles me disaient : « Super, ces articles, mais pas sûr que ça vaille la peine de continuer. »
A un moment, j’étais dans une impasse. Soit je restais chez Madmoizelle et je me privais de faire une partie des articles qui me plaisaient -30% à peu près sur toute ma production écrite sur le site qui touchait à plein d’autres sujets-, soit je me concentrais sur ma chaîne YouTube, -faire une vidéo de cinq minutes, ça n’a l’air de rien, mais ça demande beaucoup d’énergie-, avec des abonné.e.s suffisamment nombreux.se.s pour continuer. Je suis partie.

Naya Ali

Vos vidéos parlent beaucoup de problématiques qui touchent les Noir.e.s en France. Croyez-vous à l’existence d’une communauté noire ?

C’est un terme qu’on entend souvent chez Noir et Fier ! Penser qu’elle existe, en parler fait du bien à beaucoup de monde. Pour moi, elle existe dans le sens où on vit plus ou moins les mêmes choses, on se rassemble plus ou moins autour des mêmes choses, on peut se serrer les coudes. Par contre, je ne suis pas d’accord avec l’idée que cela veuille dire que les Noir.e.s sont tout.e.s pareil.le.s, écoutent tou.te.s du r’n’b ou du rap par exemple. On m’a souvent dit : « Tu parles comme une blanche ! » ou on a pu me reprocher de faire des « trucs de blanc » comme d’écouter des morceaux rock. Mais qu’est-ce que ça veut dire ?!
Je me suis reconcentrée sur ces termes quand j’ai travaillé dans des entreprises où il n’y avait que des personnes blanches et j’avais besoin de partager des choses avec des personnes qui me ressemblent. Retrouver certain.e.s de mes ami.e.s noir.e.s à l’extérieur était du coup libérateur, comme boire de l’eau après une grosse soif ! Communauté d’expériences, de ressentis oui, pas nécessairement d’esprit.

Quels contenus proposiez-vous au départ sur votre chaîne Youtube ? 

Des critiques de séries des années 90 notamment. Je voyais aussi qu’il y avait des chaînes de nanas super cool qui parlent d’afroféminisme aux Etats-Unis, et j’ai tenté de savoir s’il y en avait en France. J’ai même lancé un appel sur Twitter pour savoir s’il y avait des vlogueuses qui faisaient autre chose que de la beauté. À ma connaissance, il n’y en avait pas et ça m’a rendu triste. Pour moi, cela ne servait à rien de faire des articles pour ne parler qu’aux noir.e.s. et Youtube est un super vecteur pour dire des choses.  J’ai 5000 abonné.e.s, ce qui est peu pour certain.e.s., mais je m’adresse à plein de personnes différentes avec mes émissions. Je compte cependant arrêter les débriefs, car c’est très éprouvant.

À terme, je veux créer une chaîne qui parle de ces questions-là, pas forcément centrées sur les Noir.e.s et qu’on se regroupe toutes. Je connais des tas de filles qui ont des tas de trucs à dire. Je n’ai rien contre les vlogs de beauté, qui ont d’ailleurs contribuer à rendre les filles noires visibles ; je m’en inspire d’ailleurs pour me coiffer, me maquiller. Mais si elles ne font que ça parce que c’est devenu un créneau par peur de faire autre chose, je dis non (rires) ! Qu’elles aient peur de se lancer pour plein de raisons, à cause des réactions, de manque de matos – j’ai commencé avec du matériel tout pourri- : c’est pas grave, allez-y les meufs !

Sa dernière vidéo 

Combien de temps ça prend pour faire une vidéo ? 

Pour les Kezak’ Oh !, ma grosse émission avec la voix qui me pose des questions, le tournage me prend un après-midi. J’écris, ma soeur m’aide à cadrer, je monte, -c’est le plus compliqué-, je cherche des extraits que j’ai le droit d’utiliser : en tout, ça me prend 10 jours.  Pour mes vlogs, j’ai besoin d’une heure de tournage et d’une journée pour le montage.

Est-ce que l’on vous a approché pour faire des collaborations ? Diffuser vos contenus ailleurs ?

Je reçois trois messages par jour de personnes qui me disent qu’elles aiment ce que je fais, ce qui me touche beaucoup à chaque fois ! Mais pas de mail pour me dire « Merci, tu m’as donné envie de faire comme toi » ou pour collaborer. Si y a besoin, je dis volontiers quel matériel j’utilise, ou encore je peux aider à monter quelque chose vite fait !

Quels sont vos projets ? 

J’aime beaucoup ce que fait Buzzfeed, qu’on critique pour ses articles faits à la va-vite, sur sa chaîne Youtube, avec des sketches très drôles parfois. À long, long terme, j’aimerai pouvoir faire aussi de la fiction, des saynètes pour rendre les acteur.ice.s noir.e.s visibles tout en convoquant un casting métissé, quand j’aurai bien développé ma chaîne. Si vous êtes réalisateur.ce, contactez-moi (rires) !

Comment votre famille considère vos vidéos ?

Ma soeur, qui m’aide, est ma première fan ! J’ai montré la vidéo sur l’appropriation culturelle à ma mère ; elle était fière du résultat, même si quand je parle de féminisme avec elle, qui est par ailleurs très heureuse dans sa vie, elle ne comprend pas bien pourquoi je fais ces vidéos.

Et pourquoi vous faites tout ça ?   

J’aurais aimé voir quelqu’un, il y a dix ans, faire ce genre de choses. Ado, à force d’entendre des remarques désagréables, sexistes, racistes, j’étais  réellement persuadée que les filles noires valaient moins que les filles blanches. J’étais dans une haine de moi-même et j’aurai kiffé voir une meuf parler librement et évoquer les motifs qui m’auraient encouragé à m’aimer.  J’aimerais que ça aide des jeunes filles, des jeunes femmes noires qui pensent que le féminisme ne s’adresse qu’aux femmes blanches. Entre femmes, on doit être solidaire. Ce n’est pas un mec qui peut nous encourager, ce n’est pas pareil. Ensemble, les filles noires, on peut beaucoup.  Ne nous regardons pas mal dans la rue. Faisons-nous des câlins !

 

DOSSIER – Ils ont Oprah Winfrey, nous on a… pt.2

MEDIAS – Femmes, noires et haut placées dans l’organigramme, cela n’arrive pas qu’aux Etats-Unis. L’Afro a décidé de consacrer une série d’articles aux professionnelles, décideuses et/ou « game changers » françaises de l’industrie médiatique et audiovisuelle.

Les valeurs devenues sûres 

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 Elles sont réalisatrices, journalistes, directrices artistiques. L’Afro veut vous présenter des professionnelles de l’écrit, de l’image, en rédaction, ou travaillant en indépendantes, qui sont devenues des signatures récurrentes dans les médias de presse écrite, à la radio, dans les années 2000. 


EDITO -Après les pionnières, nous avons voulu nous intéresser à la génération qui les a suivies, aux journalistes, réalisatrices qui sont installées dans le paysage médiatique, méconnues aussi et surtout parce que pas vues à la télé ! A LIRE ICI

REVUE DE PRESSERokhaya Diallo est une figure médiatique incontournable. Réalisatrice, productrice, éditorialiste, entre autres, elle fait les frais de son statut de personnage public. L’Afro recense quatre -des nombreuses- fois où elle a été publiquement attaquée. A LIRE ICI

FOCUS – Renée Greusard, Julie Martin, Kareen Guiock, Aline Afanoukoé ou encore Kady Adoum Douass parlent de musique, de sexe, de faits de société, font de l’info en somme. L’Afro vous présente ces journalistes qui officient sur le web, derrière ou devant l’écran ou un micro. A LIRE ICI

PORTRAITLeïla Sy est plutôt une femme de l’ombre, comme elle le revendique. On est d’autant plus contentes que la réalisatrice de clips et activiste hip-hop a accepté de se raconter à L’Afro. Pour l’occasion, on lui a concocté un questionnaire spécial humeurs musicales ! A  LIRE ICI 

Lire la 1ère partie du dossier : Les pionnières
Lire la 3e et dernière partie du dossier : Les digital natives 

MEDIAS – Quatre fois où Rokhaya Diallo a été attaquée publiquement

POLEMIQUES – Prendre des positions quand on est un personnage public, c’est s’exposer à de violentes réactions de la part de ses détracteurs, qu’ils soient connus ou anonymes. Dans le cas de Rokhaya Diallo, ça fait presque 10 ans. Bref rappel, qu’on peut être réduite à son enveloppe et ses attributs féminins, parce qu’on défend ses opinions.

Editorialiste, auteure d’essais, d’une BD, d’un livre sur les personnalités qui portent le cheveu afro, militante et co-fondatrice de l’association Les Indivisibles, réalisatrice de films documentaires, conférencière, animatrice sur BET, mais aussi passionnée de mangas et  doubleuse de mangas, productrice, blogueuse lifestyle, égérie d’une marque de bijoux éthiques… Rokhaya Diallo est un personnage public, devenu incontournable, qui multiplie les activités dont les engagements et les prises de paroles anti-racistes, féministes, pro-sexe dans la presse et sur les réseaux dérangent. L’Afro rappelle quatre moments, -mais ils sont plus nombreux- où elle a dû faire face à des agressions au cours de débats ou sur Internet.


Quand Eric Zemmour la renvoyait à sa « race noire »

Bien avant Nadine Morano, Eric Zemmour parlait de race blanche à la télé. En 2008, alors qu’il débat avec Rokhaya Diallo sur le plateau de l’émission d’Isabelle Giordano, Paris-Berlin, à la « race noire » de R. Diallo, le polémiste lui oppose sa « race blanche », validant leurs existences du fait que cela se voit, à l’issue d’un débat où il déplorait l’effacement des « hiérarchies entre les cultures », comme le retranscrit le site acrimed. Présent, Vincent Cespedes a également rappelé que « les races » n’existaient pas pour les scientifiques.

Quand Caroline Fourest a mal pris son Y a Bon Awards

Des heurts et des prises de bec idéologiques entre Caroline Fourest et Rokhaya Diallo, il y en a eu beaucoup. La militante, co-fondatrice des Indivisibles est aussi l’organisatrice des Y a Bon Awards, une cérémonie satirique qui récompense les phrases racistes prononcées par des personnalités publiques. En 2012, pas contente d’avoir reçu un prix pour avoir parlé « des associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus lever des fonds pour le Hamas », Caroline Fourest s’était exprimée longuement dans un billet sur son blog pour dénoncer Rokhaya Diallo dont « le but (…) et de son association (Les Indivisibles) n’est pas de militer contre le racisme… Mais de combattre les antiracistes ayant le tort, à leurs yeux, de défendre la laïcité. » Suite à sa volonté de porter plainte contre l’association pour injures et diffamation, d’autres personnalités telles l’écrivaine Leonora Miano, la chercheuse Christine Delphy, la cinéaste Claire Denis, le rappeur Akhenaton, ou encore le producteur Kader Aoun ont signé une pétition de soutien aux Indivisibles.

Quand un internaute a appelé à son viol sur Twitter

« Il faut violer cette conne de rokaya comme ça fini le racisme » (sic). C’est ce message qu’a adressé sur Twitter un homme, travailleur au statut d’handicapé, qui dira à son audience avoir voulu « attirer l’attention ». Un message qu’avait retweeté Rokhaya Diallo, qui ne voulait « pas garder ça sous silence ! Quand on est une femme et qu’on prend la parole, on subit ce genre de réactions sur les réseaux sociaux ». Mardi 22 décembre 2015, LCP a rediffusé Les Réseaux de la haine, le documentaire de l’éditorialiste, qui retraçait son action en justice contre ce jeune homme dénommé Samir. Streetpress avait assisté à l’audience, marquée par le moment hallucinant où l’avocate de l’accusé s’est mise à pleurer à l’évocation de la situation et de la vie difficiles de son client. Si Rokhaya Diallo a admis comprendre sa détresse, mais pas pourquoi elle est devenue sa cible, elle a tenu à rappeler qu’elle était la victime. Le 24 janvier 2014, Samir a été condamné à 2.000 euros d’amende, dont 1.400 avec sursis et 1.000 euros de dommages et intérêts, contre les 520 000 euros demandés à l’origine.

Quand Ivan Rioufol demande à Rokhaya Diallo de se désolidariser des attentats contre Charlie Hebdo

En sa qualité d’éditorialiste, Rokhaya Diallo est une habituée de On Refait le monde sur RTL. Elle intervenait dans l’émission animée par Marc-Olivier Fogiel le 8 janvier 2015, au lendemain des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo, comme Ivan Rioufol. Ce dernier l’a sommé de se désolidariser de ces actes meurtriers, elle ainsi que tous les musulmans qu’il invite à manifester, de manière insistante, analysant une « société submergée par l’islam radical ». Laurence Parisot n’a pas apprécié qu’il sous-entende que les musulmans, « nécessairement pas solidaires » puissent adhérer à l’horreur terroriste et aient à s’en désolidariser. « Vous vous exprimez en tant que chrétien vous ? », « Vous mettez de l’huile sur le feu de manière indigne », a-t-elle notamment dit. Marc-Olivier Fogiel a dû également recadrer Ivan Rioufol, « en colère » et qui avait du mal à se contenir. « Donc, moi, je suis la seule autour de la table à devoir dire que je n’ai rien à voir avec ça ? » a dit Rokhaya Diallo, entre autres, scandalisée par un débat houleux et blessée d’avoir été prise à parti au point de  pleurer.