INTERVIEW – Grace Ly, la blogueuse qui oeuvre pour une représentation plus juste des Asiatiques en France

ENTRETIEN – Née en France, Grace Ly a utilisé la cuisine comme porte d’entrée pour accéder à la culture cambodgienne transmise par ses parents en y consacrant un blog, « La Petite Banane« . Grace Ly parle volontiers de sa double culture franco-asiatique et a même créé une websérie, « Ça reste entre nous », où d’autres femmes et des hommes s’expriment sur la question. Le troisième épisode, abordant le thème de l’éducation des enfants, a été mis en ligne mercredi.
Grace Ly fait partie de celleux qui veulent montrer une autre image des Asiatiques en France,  reflétant tout simplement leur quotidien et s’éloignant ainsi des clichés établis par la société.
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Grace Ly © Vanida Hoang

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Grace Ly, je tiens un blog qui s’appelle « La Petite Banane » où je parle de bonnes adresses de cantines et restaurants asiatiques mais aussi d’identité.

Pourquoi avoir appelé votre blog « La Petite Banane » ? Est-ce un nom qui a choqué certain.e.s ?

Bien sûr, on m’a déjà dit « mais pourquoi utiliser le mot ‘banane’ ? C’est raciste ! » Mais c’est le surnom que me donnait ma mère de façon affectueuse. Elle disait que jaune à l’extérieur et blanche à l’intérieur, du fait de ma double culture -mes parents ont quitté la guerre au Cambodge pour venir en France où je suis née. Ma mère voulait à tout prix que je m’intègre, elle croyait bien faire.

Quand avez-vous créé le blog ? Comment vous est venue l’idée ?

J’ai créé le blog il y a 7 ans. Il est né d’une colère, suite à une série de reportages télévisés qui pointaient du doigt les restaurants chinois pour leur mauvaise hygiène. On parlait d' »appartements raviolis ». Cela a contribué à leur faire une mauvaise réputation, ce que je trouve injuste. A cause d’une minorité, la majorité des restaurateurs sont stigmatisés. Quand on va manger dans un mauvais restaurant par exemple français, on dira « ça peut arriver », « je n’ai pas eu de chance ce coup-ci ». Alors que quand il s’agit d’un restaurant chinois, ce sera « je ne mangerai plus jamais ce type de cuisine, je vais encore tomber malade. » Je suis d’autant plus sensible à ça que mes parents sont eux-mêmes restaurateurs. J’ai également choisi de parler de cuisine car c’est le moyen le plus rapide d’accéder à la culture de mes parents.

Comment est née la websérie « Ça reste entre nous » ? Pourquoi ce nom ?

Le projet, que je réalise avec mon amie Irène Nam à la caméra, est inspiré des discussions que j’ai avec mes proches quand on se retrouve et qu’on échange autour d’un repas. L’idée, c’est de donner la parole à des asiatiques français.e.s, qui parlent de leurs expériences. Il y a un manque de visibilité à ce sujet. Ou alors, on nous limite à des stéréotypes (tou.te.s des restaurat.eur.ices, la minorité modèle etc). Dans cette websérie, on partage des choses personnelles, dont je ne peux, pour ma part, parler que dans un cadre intime. C’est de là que vient le nom « Ça reste entre nous ».

Pour le moment, vous avez réalisé trois épisodes : un sur les femmes, un autre sur les hommes et le dernier sur l’éducation des enfants. Comment avez-vous sélectionné les intervenant.e.s ? A-t-il été difficile de les convaincre de participer ?

Les intervenant.e.s sont des ami.e.s, pour des raisons pratiques ; c’était plus simple pour commencer. Iels  ont tou.te.s  accepté volontiers de participer sauf une femme, qui figure dans le dernier épisode, qui a failli ne pas le faire à la dernière minute. Encore une fois, on parle de choses intimes, elle avait peur de ce qu’aller en penser sa famille. Au final, elle a joué le jeu et m’a même dit que ça lui avait fait du bien.

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Steve Tran © Camy Duong

Avez-vous montré le projet à vos parents ?

Ils ne comprennent pas les questionnements identitaires que je peux avoir. Pour mon père, je suis cambodgienne. Mes parents sont d’une autre génération. Ils se disent, après avoir fui la guerre, qu’ils sont bien contents que ce pays, la France, les a accueilli. Pour eux, je m’invente des problèmes à critiquer les clichés auxquels on est assimilé.e.s et je devrais juste dire merci d’avoir pu naître ici. J’aimerais donc finir certaines choses avant de leur montrer.

Avez-vous tenté de vendre ce concept pour l’adapter à la télévision ?

On a tenté de démarcher quelques chaînes mais elles sont frileuses…

Jugent-elles le programme « trop communautaire » ?

Oui, parce qu’un programme qui ne réunit QUE des asiatiques … Pourtant, quand on voit le public qui vient quand on organise des projections -comme la seconde qui a eu lieu en novembre au Musée de l’Histoire de l’Immigration– ou même l’audience sur les réseaux sociaux, on voit bien que le sujet ne parle pas qu’aux Asiatiques mais touche tout le monde. Ce sont des questions universelles qu’on aborde : l’amour,  la séduction, la confiance en soi, l’éducation des enfants …

Quelle est la suite du projet ?

Nous allons continuer « Ça reste entre nous » mais cette fois, j’aimerais beaucoup que ce soit des intervenant.e.s extérieur.e.s, des femmes et des hommes que je ne connais pas, qui y prennent part, en proposant des thèmes et en prenant la parole devant la caméra. Nous allons aussi lancer une campagne de crowdfunding car le programme a été réalisé sur nos fonds personnels jusqu’ici.

Vous pouvez retrouver Grace Ly sur la page Facebook La Petite Banane, sur la page Facebook Ça reste entre nous. Elle est également sur Twitter (@BananaGras).

(Crédits photo à la une : Camy Duong)

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TRIBUNE – « Racism or Just French ? », quand une américaine d’origine coréenne s’interroge sur le racisme en France

Auteure et fondatrice du blog Les Lolos, où elle parle de ses découvertes parisiennes, de sa maternité, et du fait d’être une femme en général, Maggie Kim-Bunuel vit à Paris depuis 9 ans, après avoir quitté New-York par amour. Américaine d’origine coréenne âgée d’une quarantaine d’années, elle est mère de deux enfants, ce qui l’a poussé à adresser les problématiques liées au racisme à travers une série d’articles dont le premier publié sur son blog.

Dans le premier épisode de la série « Racism or Just French? », Maggie Kim-Bunuel s’est intéressée au monde la publicité à travers une campagne lancée par Monoprix, confondant différentes cultures asiatiques, faisant de l’Asie non plus un continent mais un pays. Elle y explique l’impact que ce secteur peut avoir au quotidien sur le racisme ordinaire en perpétuant des clichés.

L’article « Racism or Just French ? Monoprix » a été initialement publié en anglais sur le blog Les Lolos, à retrouver en version originale ici.

Est-ce du racisme ou est-ce juste français ? Le cas Monoprix

En tant que femme américaine de couleur, je remarque de diverses façons que ce pays est à la traîne au niveau de la conscience du racisme et de son caractère sensible. Par exemple, mon fils a appris à l’école maternelle une chanson qui s’intitule « Les petits Chinois« . Voilà ce que donne en gros les paroles : « Les petits Chinois sont comme toi mais bon, ils ne sont pas vraiment comme toi parce qu’ils font des trucs exotiques et bizarres comme rêver de dragons, porter des tongs dans les rues de Hong Kong et ils dessinent leur langue au lieu de l’écrire ». (N.B : j’ai pris quelques libertés artistiques avec les paroles).

Alors que cette chanson semble être un classique français des comptines pour enfants, est-ce que les professeurs la remettent en contexte ? Est-ce qu’ils expliquent aux élèves que les enfants chinois portent désormais des baskets et sont conduits en voiture à l’école (et non plus en vélo), en particulier dans la Chine moderne ? Se rendent-ils compte à quel point cette chanson est stigmatisante ? Si vous dites à un enfant âgé de 4 ans en utilisant un rythme entraînant que ça, c’est la Chine, ne va-t-il pas grandir en croyant que c’est vrai jusqu’à ce qu’on lui explique que ce n’est pas le cas ? Et qui va le lui expliquer ? Je n’ai pas encore décidé si j’allais dire à l’école ce que j’en pense, mais comme j’ai passé deux paragraphes à râler, je devrais probablement le faire.

Ce qui m’amène à notre nouvelle série : est-ce du racisme ou est-ce juste français ?

Pour tenter d’informer, de questionner et d’analyser, je vais faire référence à des choses sur lesquelles je suis tombée en France, qui sont au mieux, de l’ignorance, et au pire, du racisme.  (La paresse et la stupidité se situent quelque part au milieu). Je sais que la plupart des gens n’essaient pas d’être racistes, mais les bonnes intentions n’empêchent pas de faire du mal. Lisez ça à nouveau : les bonnes intentions n’empêchent pas de faire du mal. Bien entendu, ça peut être agaçant de « sans cesse » pointer du doigt des choses comme étant racistes. Pourquoi sommes-nous, les minorités, constamment si sensibles ? Mais vous savez ce qui est pire ? Être « sans cesse » entouré.e.s de personnes qui nous rappellent que nous sommes des citoyen.ne.s de seconde zone à cause de nos origines. Au passage, c’est ce qu’on appelle des micro-agressions.

J’espère que vous verrez cette série de la même manière que moi, c’est-à-dire comme une façon d’entamer un dialogue et d’ouvrir une discussion sur la race et la culture pour améliorer notre société, en particulier quand on éduque des enfants, que l’on soit parents ou pas.

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Monoprix, je vous vois surfer sur la tendance de la beauté asiatique parce que c’était une grande mode il y a deux ans. Mais je suis heureuse de voir mon pays se faire un nom et être respecté par un géant français comme vous. Répandons l’amour pour les produits coréens de soin de la peau.

Mais attendez, je suis un peu perdue. Pratiquement tous les produits ici viennent de Corée- pays qui a été le meilleur dans le secteur cosmétique- pourtant votre titre mentionne « le pays du Soleil-Levant ». Hum, ça, c’est le Japon ; la Corée, c’est le pays du Matin calme. Une recherche rapide vous aurait permis d’avoir cette information. Vous ne pensez pas que le Japon et la Corée, c’est la même chose, si ?

Parce qu’ensuite, vous continuez avec les « kawaii-girls ». « Kawaii » veut dire mignon en japonais. Encore une fois, ce ne sont ni les mêmes pays ni la même population et nous n’y parlons pas la même langue. C’est pourtant simple : le coréen est parlé en Corée et le japonais est parlé au Japon. De plus, la Corée et le Japon ont une relation tendue qui remonte à longtemps alors mieux vaut éviter de les mettre dans le même panier.

Jusqu’ici, les références sont japonaises mais les produits ne le sont pas :

  1. La marque Erborian est une collaboration franco-coréenne bien connue
  2. Des mots coréens apparaissent sur l’emballage des masques en tissu Saem

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  1. C’est juste de la paresse. Vous ne pouvez pas dire qu’un produit Maybelline vient « directement de Corée » parce que ce n’est pas vrai. C’est le cas de la technologie de coussin compact mais la marque Maybelline est américaine pur jus (du moins jusqu’au moment où elle a été rachetée par L’Oréal). L’éditrice que je suis est offensée.
  2. Eh bien, tout ça est bien « mignon ». Nous, les Asiatiques, adorons tout ce qui est kawaii !
  3. Est-ce qu’on peut ARRÊTER avec les références aux geishas ? Je ne rêve pas de ressembler pas à une geisha parce que je n’ai pas envie d’avoir l’air de m’être barbouillée le visage avec de la craie. Pourquoi ne pas dire tout simplement « vous rêvez de ressembler à Marcel Marceau ? » Mais si vous tenez à parler des geishas (un conseil en passant : ne le faites pas), montrez un produit japonais et non pas un coréen.

Même si je mets en majeure partie la bêtise de Monoprix qui consiste à dire « ils se ressemblent tous » sur le compte de l’ignorance et de la paresse en ce qui concerne l’équipe de rédaction et  marketing, je n’apprécie pas le fait de confondre les cultures japonaise et coréenne. C’est tellement normal pour eux qu’ils n’ont même pas pris la peine de faire une recherche sur Google au sujet du pays sur lequel ils écrivaient. (J’ai cherché la date à laquelle L’Oréal a acquis Maybelline-parce que c’est ce que font les rédacteur.ices!- et ça remonte à 1996.) C’est ce genre de négligence au quotidien qui font que des gens vont me dire « Konichiwa » dans la rue, pensant que ça fait d’eux des ambassadeurs culturels alors qu’ils sont en fait stupides et offensants. Si vous vendez des produis coréens, ne faites pas référence à la culture japonaise. Ne perpétuez pas l’idée selon laquelle l’Asie est un pays. On ne parle pas de paella française, si ?

Pour finir, faites des vérifications au préalable. On est en 2017, internet est un outil incroyable pour accéder au savoir, si on choisit de l’utiliser de cette manière.

INTERVIEW – Christian Dzellat, co-fondateur du journal Negus : « On voulait l’appeler ‘Niggaz’ au début »

ENTRETIEN – Le journal Negus, créé par Jonathan Zadi et Christian Dzellat dans un esprit For Us By Us a fait une apparition remarquée dans les kiosques en France l’été dernier. L’Afro a interrogé Christian Dzellat pour parler du mensuel dont le second numéro est sorti ce jeudi 3 novembre.

[Mise à jour : le numéro 2 devait sortir le vendredi 28 octobre mais ce ne fut pas le cas comme l’explique un post Facebook publié par les équipes de Negus qui ne donne pas d’informations précises, tout comme le co-fondateur Christian Dzellat, joint par L’Afro. Le journal a depuis atterri dans les kiosques.]

Soutenu par des personnalités comme Kery James, Claudy Siar, Tonjé Bakang ou encore Dieudonné (critiqué par certain.e.s),  Negus a fait parler de lui sur les réseaux sociaux avant même son arrivée dans les points de vente. La stratégie de communication mise en place par l’équipe , celle de miser sur l’engagement d’une communauté dévouée à la cause noire fonctionne. Ainsi les internautes se sont pris.e.s en photo, le numéro dans les mains. Le journal se revendique héritier de L’Étudiant noir, fer de lance du mouvement de la négritude. On a parlé avec l’un des fondateurs, le médiatique Christian Dzellat.
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Comment est né NOFI – Noir et Fier-

Tout a commencé avec la création de la marque Noir et Fier en 2004. On a fait imprimer ces mots sur des t-shirts. On était 5 au début, on est depuis devenu un réseau d’une centaine de personnes liées de près ou de loin au concept. En 2014, on a décidé de créer le site NOFI.
Et le journal Negus ?
Negus est né de la rencontre avec Jonathan Zadi. Il évolue dans le milieu de la presse depuis quelques temps et a créé le magazine All eyez on me. En partant du constat qu’en France, à part des magazines beauté, il n’y a aucun journal avec un ton libéré, décomplexé, sans tabou et avec une vision panafricaine, on a décidé d’y remédier.
Avant cela, aviez-vous pensé à une publication papier chez NOFI ?
On pensait plutôt à un magazine. C’est Jonathan qui a eu l’idée d’un journal.
Pourquoi avoir choisi ce nom ?
Au début, on voulait l’appeler « Niggaz » parce qu’on est fans de Tupac tous les deux. Et ce rappeur utilisait beaucoup ce terme, péjoratif à la base, mais qui a été repris pour parler des gens qui peuvent changer les choses. Après des retours négatifs et de la réflexion, on a opté pour un nom plus subtil pour faire l’unanimité, rassembler et ne pas avoir à se justifier. On a discuté avec un certain nombre de personnes pour tomber d’accord sur Negus, qui désigne les anciens rois d’Éthiopie.
Comment avez-vous choisi les sujets traités ?
Pour le numéro 1, on a voulu cristalliser toutes nos affinités (sic). Il était par exemple important pour nous de parler de la mort de Mohamed Ali survenu avant le bouclage parce qu’il nous a beaucoup inspiré. Pareil pour la mort d’Afeni Shakur, la mère de Tupac ; en plus, on n’a vu aucun article. On a choisi d’écrire sur le parcours de Booba, avec qui on a parlé de noir à noir parce que ça manque, celui de Kemi Seba qui représente le yin et le yang pour nous, ainsi que celui d’un jeune graphiste pour montrer que les Noirs ne sont pas seulement bons en sport ou en chant. Il y a également une BD avec un super héros noir.

Quel est l’esprit du journal ? Et la cible ?

L’esprit est panafricain et on s’adresse aux Noirs.
Et que dire aux Noir.e.s qui ne se reconnaitraient pas dans ce ton et l’esprit panafricain dont vous parlez ?
Le panafricanisme est en nous, même si on ne se reconnaît pas dedans parce que tout vient de là, c’est la base de la communauté. Les Antillais, les Noirs américains, les Noirs français que nous sommes, nous venons tous d’Afrique. Le panafricanisme n’est pas une religion, on ne cherche à convertir personne mais il permet d’apporter une autre compréhension du monde et de parler de sujets d’une manière différente comme pour le Franc CFA parce qu’on n’a qu’une seule lecture en France. Mais comme je le dis souvent, être Noir ne suffit pas.
Vous décrivez Negus comme un « projet révolutionnaire. » C’est un peu fort comme terme,  non ?
C’est du marketing. C’est peut-être un peu fort mais en même temps ça l’est vu l’engouement que ça a l’air de susciter. D’après notre distributeur, c’est le journal qui a connu le meilleur démarrage de l’année, avec 20 000 exemplaires vendus en deux mois. On est distribué au niveau national, on va bientôt l’être aux Antilles et on travaille pour l’être en Afrique. Ce projet est révolutionnaire parce qu’on n’a jamais vu dans un même journal Kemi Seba, Booba, la question du nord-Kivu au Congo, en passant par le cinéma français noir et une bande dessinée. Donc Negus a comblé un vide en kiosque où on ne trouve que Miss Ebène et d’autres magazines de ce genre sans les critiquer. Il n’y a presque rien de disponible à part Le Figaro, Technikart ou Society dans lesquels on ne se retrouve pas.
Le journal s’intéresse beaucoup aux États-Unis et à l’Afrique. Et la France dans tout ça ?
Dans les 3 parcours, on a interrogé des Français. Mais tout ce dont on a parlé est rattaché d’une façon ou d’une autre à la France. On a voulu viser large et si on s’était cantonné à parler de la France (pause). Disons qu’il faut rêver.
La France ne fait pas rêver, donc ?
Pas encore ! Elle a tout pour faire rêver mais une partie de la population est bâillonnée.
On a un problème de connexion avec les autres communautés dans le monde. Si les Noirs américains pouvaient soutenir tous les projets d’ici, il y aurait une vraie puissance. D’ailleurs, Tonjé Bakang qui a créé Afrostream a trouvé son argent aux États-Unis, je ne dis pas que tous les financeurs étaient des hommes noirs mais ce qui est sûr, c’est qu’il est allé les chercher aux États-Unis. Et là on le soutient automatiquement. Je parle des États-Unis mais c’est la même chose avec l’Afrique.
Vous avez prévu des connexions avec d’autres médias ?
Ca ne sert à rien d’en faire pour le moment quand on n’a pas de poids avec des médias qui n’en n’ont pas non plus. Pour le moment, on essaie d’avoir une réelle influence ; on est au début d’une aventure.
(Source photo : page Facebook Negus)

INTERVIEW – Rokhaya Diallo : « #Coupablesdetrenoirs est un film sur les Etats-Unis »

ENTRETIEN – L’éditorialiste et militante antiraciste Rokhaya Diallo présente un nouveau documentaire, « De Paris à Ferguson : coupables d’être noirs », à découvrir ce mercredi 23 mars à 20h50 sur France Ô. Elle nous conduit dans les rues de Ferguson où le mouvement #BlackLivesMatter et d’autres associations ont repris le combat de Martin Luther King Jr et Rosa Parks mené à la sauce 3.0.

En 2013, dans « Les marches de la liberté »,  Rokhaya Diallo invitait de jeunes activistes afro-américains à Paris pour rencontrer les marcheurs de 1983 en France. Le documentaire évoquait la marche de Washington de 1963 en plein mouvement des droits civiques aux Etats-Unis où Martin Luther King Jr prononça son légendaire « I have a dream ». Dans « De Paris à Ferguson : coupables d’être noirs », la militante antiraciste fait le chemin inverse et retrouve ses camarades activistes afro-américains sur leur territoire. L’occasion de mettre en parallèle situation française et américaine.

Pour le voir en replay http://pluzz.francetv.fr/videos/investigations_,137015169.html

Dans le documentaire, vous parlez beaucoup des moyens utilisés dans les luttes par les militant.e.s noir.e.s américain.e.s. Quels sont-ils en France ?

En France, les militant.e.s ont pas mal investi les réseaux sociaux. C’est un terrain d’expression nouveau pour cette génération. Internet permet à des organisations d’être plus visibles, il y en a certaines dont on n’aurait peut-être jamais entendu parler. Cet espace permet de sortir du sérail médiatique dans lequel on aime convier les bons clients. Mais ce n’est pas tout, il faut continuer à se rassembler physiquement. Les Y’a Bon Awards par exemple, c’est une forme de rassemblement, bien que l’événement se veut humoristique et utilise les codes des émissions télé, le discours y est politique. Les réseaux sociaux ont permis d’ailleurs de rassembler du monde pour la Marche pour la dignité et contre le racisme du 31 octobre dernier.

En parlant de la Marche du 31 octobre 2015, quel impact a-t-elle eu à votre avis ?

 Je pense que c’est le début d’un mouvement pour les associations qui, contrairement à certaines comme SOS Racisme, sont autonomes du pouvoir. Cela a permis aux participant.e.s de mesurer leur force. La marche a été suivie, il y avait du monde dans les rues aux côtés des familles de victimes et des organisateur.ice.s : c’était du concret. Il y a eu une vraie mobilisation et des discours puissants ; c’est rare de voir ça avec des organisations proches du pouvoir.

Dans l’introduction de votre film, vous expliquez que la presse française parle volontiers des violences policières dont sont victimes les Noirs aux Etats-Unis et est plus frileuse pour parler de celles qui existent en France. Pourtant, vous vous concentrez surtout sur le cas américain …

Je fais un film sur les Etats-Unis. J’ai des liens avec ce pays et j’ai eu envie de comprendre ce qu’il se passe en ce moment là-bas. Comme le dit Rahiel dans le film, il faut avoir une compréhension globale. Je parle donc d’une question globale. D’ailleurs, dans le titre, je dis « coupables d’être noirs » mais je cite des noms de victimes de violences policières peu connues en France et qui ne sont pas toutes noires, à l’instar d’Ali Ziri.

Le but de ce documentaire est de créer des ponts. Je suis allée à Ferguson et à ma connaissance, il n’y avait pas de médias français là-bas. Certains des intervenants sont des personnes que j’vais invité à Paris,  et qui ont pu rencontrer des associations militants en France, Rahiel a rencontré  Ferguson in Paris par exemple. Rahiel dit à un moment dans le film qu’il faut connaître les Mike Brown français. Il est important de communiquer, notamment sur les moyens mis en oeuvre pour lutter. En France, on va plus sur le terrain juridique ce qui n’est pas la stratégie des américains.  Chaque pays a ses spécificités, il ne faut pas se leurrer mais on peut échanger. Pleins de rencontres se sont faites sur le terrain.

La religion revient beaucoup tout au long du film. Comment avez-vous ressenti le rapport entre la foi et le combat mené par les militants ?

La religion occupe une place très importante aux Etats-Unis. On entend parler de Jésus toute la journée, ce qui interpelle quand on vient de France ! Cela dit, les églises noires, qui étaient incontournables au sein de la communauté noire pendant le mouvement des droits civiques, ont perdu leur force de l’époque. L’une des principales raisons, c’est qu’elle peine à intégrer la communauté LGBT qui se sentent exclues. Mais comme on le voit dans le film, certaines églises se remettent en question et deviennent de plus en plus inclusives.

Pour en revenir à la France, au bout de 10 ans d’activisme en France, quel bilan ?

Maintenant il y a des collectifs comme la voix des Rrom, le Cran, le CCIF, Stop au contrôle au faciès, qui sont minoritaires, pas  forcément soutenues par le gouvernement et ont recharpenté les luttes antiracistes. C’est assez nouveau. Il est vrai que le MRAP ou la LICRA mènent des actions judiciaires mais certains des combats qu’ils oublient sont menés par d’autres.  Le gouvernement, notamment Manuel Valls et Philippe Raviol, s’opposent aux organisations qu’ils disent communautaires. c’est une question de rapport de force. Dans les institutions, on a le défenseur des droits qui nous soutient et va du côté des victimes.

TRIBUNE – Dans la peau d’une Africaine-Américaine en France

Anndi,  noire américaine de 22 ans, a vécu en France pendant près d’un an, arrivée en septembre 2015. Sur son compte Tumblr La Noire Afar, elle raconte son expérience dans le pays. Entre clichés, fantasmes et belles découvertes, la jeune femme adresse ce message à ses compatriotes restés aux Etats-Unis : vous n’êtes pas les seuls afrodescendants de la planète.

Noir.e en Europe

(Traduction du texte initialement publié le 20 mars 2016 sur La Noire Afar : http://lanoireafar.tumblr.com/post/141377340833/black-in-europe)

‘Mouais j’ai pas aimé la France. Les Français sont racistes. Va en Italie ! Ils sont tellement accueillants et on m’a dit qu’ils adoraient les femmes noires.’ ‘Est-ce qu’il y a d’autres Noirs chez les Allemands que ceux qui sont dans l’armée ?’

« La plupart des Noirs qui voyagent se demandent une chose avant de s’aventurer à l’étranger : commentje serai perçu dans cet espace où les blancs sont prédominants ? C’est une question légitime. Au mieux, on peut nous mettre sur un piédestal grâce à notre différence. Au pire, on peut nous maltraiter. Même en voyageant dans des coins reculés des Etats-Unis, on tombe sur des gens qui nous dévisagent et posent des questions exaspérantes du genre « je peux toucher tes cheveux ? ». Je me suis donc demandée comment je m’en sortirais en France.

Mais ce post ne parle pas que de moi. Oui, je suis noire. Oui, je me trouve actuellement en Europe. Mais cela ne fait pas de moi un être spécial. Parce que bien qu’il n’y ait qu’un petit pourcentage d’Africains-américains qui voyagent en Europe chaque année, il y a des dizaines de millions de noirs qui sont déjà là : les Afro-européens.

 Les Noirs ne vivent pas qu’en Afrique et aux Etats-Unis. Grâce au (enfin, « grâce » non …) colonialisme, la diaspora africaine s’est retrouvée dans des coins improbables de la planète. La plupart des Africains-Américains se trompent en supposant que nous constituons le seul groupe de descendants africains vivant en tant que minorité sous-représentée, maltraitée, discriminée dans des espaces majoritairement blancs. Allez dire ça aux quelque 55 millions d’Afro-brésiliens ou aux millions de descendants noirs vivant au Royaume-Uni, en Italie et en France.

Mais notre égocentrisme n’est pas uniquement de notre faute. Moi aussi, je n’avais pas d’idée précise du nombre de noirs qui vivaient en Europe avant d’y aller. Nourrie par les images que j’ai vu à la télévision et dans les films en grandissant, je pensais que l’Europe était un continent complètement blanc, que tout y était uniforme avec une très faible variation en termes de couleur ou de culture (du moins pas de culture d’un point de vue ethnique). C’est la diversité invisible de l’Europe. De la même façon que les Africains Américains sont sous-représentés dans presque toutes les strates de la société, les Afro-européens le sont encore plus.

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Pendant mes premiers mois passés en France, j’ai rencontré beaucoup de personnes mais je ressentais tout de même un manque. Je mourrais d’envie d’échanger avec des gens qui avaient les mêmes idées que moi. Des gens avec lesquels je partageais un lien indéniable. Pour faire court, j’avais besoin de me faire des amis noirs. Certains trouveront ça bête mais quiconque fait partie d’une minorité quelle qu’elle soit, peu importe le groupe en question (lié à la race, à la sexualité etc) comprend cette envie.

Le problème, ce n’était pas le manque de Noirs mais plutôt de trouver comment en faire naturellement des amis. Se faire des amis à l’âge adulte n’est pas tâche facile. Pour les enfants, c’est tellement simple ! Il y a juste à dire « hey ! je te trouve vraiment cool ! »

Mais en tant qu’adulte, comment dire à une personne qu’on ne connait pas qu’on la trouve cool et qu’on aimerait la fréquenter en tout bien tout honneur sans paraître louche ?

Plusieurs mois plus tard, j’ai fait la connaissance d’amis d’amis, rencontré de nouvelles personnes grâce aux réseaux sociaux et même rejoint un groupe Meet-Up d’expats noirs à Paris. En parlant à ces différentes personnes, j’ai recueilli plusieurs points de vue.

Les Africains Américains sont à la fois admirés et enviés en France. Croyez-le ou non, nous bénéficions d’une visibilité à travers le monde qui n’est pas donnée à d’autres africains de la diaspora. Les Africains-Américains représentent ce qui est cool, ce sont les créateurs de la pop culture. Nos célébrités sont leurs célébrités, nos émissions télé préférées sont leurs émissions télé préférées aussi. Les Africains-Américains font entendre leurs voix en temps d’injustice sociale, quand il y a des inégalités et des réactionnaires. Mike Brown et Trayvon Martin ne sont pas des noms que l’on prononce uniquement sur le territoire américain. Le discours « I Have a Dream » est connu des Européens, le cri « Black Lives Matter » a retenti dans le monde et le mouvement des droits civiques leur est enseigné tout comme chez nous. En bref, l’expérience noire américaine a laissé une empreinte nette dans l’histoire mondiale.

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L’histoire des noirs européens quant à elle, a été balayée sous le tapis. Je ne suis PAS DU TOUT une experte du sujet mais voici un résumé de l’histoire de la colonisation européenne en Afrique avec mes propres mots.

** L’histoire de la conquête de l’Afrique version extra-courte et très simplifiée d’après Anndi**

A la fin du 19ème siècle, plusieurs pays européens tels que le Royaume-Uni, la France et le Portugal ont établi des villes portuaires en Afrique pour vendre des marchandises et des matières premières. Tout allait pour le mieux jusqu’à ce qu’un mec, le roi Léopold II de Belgique se dise « Vous savez ce qui serait vraiment génial? Faire du Congo mon territoire. » Alors le gars a coupé un gros morceau du Congo rien que pour lui, même pas au nom de la Belgique. Les autres puissances européennes (Royaume-Uni, France, Italie, Portugal et Allemagne) ont commencé à flipper et ont pensé « merde, mon égo est juste trop gros, comment je peux le rendre encore plus énorme ? ». Alors elles se sont réunies en Allemagne, ont trouvé la carte de l’Afrique et ont littéralement découpé le continent comme on le fait avec une pizza. Il faut préciser qu’aucun des pays africains en question n’a été invité à la « soirée pizza ». Donc 90% du continent a été colonisée sans l’accord de ses habitants, des millions d’Africains ont été contraints au travail forcé, les matières premières ont été exploitées, des hommes ont été tués, des femmes ont été violées, des enfants ont été mutilés, des groupes ethniques en conflit ont été mélangés … tout ça sous prétexte de ‘sauver les sauvages non civilisés de la damnation éternelle.’

Plusieurs décennies plus tard, les puissances européennes ont finalement commencé à quitter le territoire. Qu’ils soient partis selon leurs propres termes ou chassés par des groupes révolutionnaires, les effets pervers de l’impérialisme – gouvernements corrompus, éternelles guerres civiles, traumatismes psychologiques- sont manifestes dans plusieurs pays africains. 

**La fin** … Sauf que ce n’est pas la fin puisque ces effets pervers perdurent.

J’ai remarqué un léger manque dans la communauté chez les Afrofrançais. Pour les Africains-Américains, il y a cette idée de lien fictif. Je ne te connais ni d’Eve ni d’Adam mais si nous sommes les deux seuls noirs dans un espace majoritairement blanc, alors on se reconnaîtra. C’est ce qu’il se passe à petite échelle. A grande échelle, nous sommes passés maîtres dans l’art de créer des espaces qui nous sont réservés ; les salons de coiffure et les barbershops, les écoles et universités historiquement noires, la chaîne de télé BET, la NAACP … on a même notre propre hymne national ! Tout cela avec la volonté de s’élever et de se donner de la force, pour prendre notre place au sein d’une société qui n’a pas été conçue pour nous.

Mais notre sens de la communauté émane de nos expériences communes. Beaucoup de nos ancêtres étaient des esclaves. Beaucoup de membres de nos familles encore en vie ont connu la ségrégation. En ce qui concerne la France, et de nombreux pays européens, les expériences d’Européens noirs, bien que similaires, ne sont pas identiques et ne sont pas partagés non plus.

De toute façon, il est difficile d’avoir un sens de la communauté quand on n’a même pas idée du nombre de descendants africains qui vivent dans le pays. Apparemment, les statistiques ethniques sont ‘constitutionnellement interdites’ en France.

Dans le cas des Afrofrançais, ils ne sont pas liés par la race ou les origines de leurs familles. Quand on est une femme noire originaire de la Guadeloupe, on se sent plus proche des populations antillaises que de celles d’Afrique de l’ouest. Pour être honnête, j’envie tellement les Afroeuropéens parce qu’ils savent d’où ils viennent exactement et ont même de la famille qui vivent encore dans ces pays. Je n’ai jamais eu aussi honte de ne pas connaître mes racines que depuis que je me suis installée en France. A chaque fois que je rencontre un Afrofrançais pour la première fois, la conversation ressemble à ça :

Eux : « Alors tu viens d’où ? »

Moi : « Je viens des Etats-Unis ! »

Eux : « Oui, je sais. Mais je veux dire, tu viens d’où, vraiment? »

Moi : « De Washington DC. »

Eux : « Je veux dire d’où est originaire ta famille. »

Moi : » Hum … Je ne sais pas ? Mes ancêtres étaient des esclaves donc … »

Eux : « ….. »

Moi : « ….. Enchantée ! »

En général, on croit que les Noirs vivant dans des pays majoritairement blancs n’en sont pas originaires. Les Afrofrançais peuvent être nés et avoir grandi à Paris sans jamais se sentir ou être perçus comme étant « Français ». De même, quand je rencontre des européens blancs, ils sont en général sceptiques concernant l’histoire de mes origines mais pour une autre raison. Comme j’ai la peau plus claire que la plupart des Afrofrançais, beaucoup pensent que je suis métisse. Pendant mon voyage en Italie, un italien m’a dit ‘vous êtes belle. J’adore les femmes mulâtres’, ça m’a vraiment dérangé car être noire et être belle ne sont pas des concepts qui s’opposent, mon ami ! Mais j’adore la déception qui se lit sur leur visage quand je leur réponds que je suis fièrement et indubitablement NOIRE à 100%.

Mais parlons de choses positives parce qu’il y en a pas mal. Que les Français noirs ne s’organisent pas de la même façon pour lutter contre les injustices, cela signifie pas qu’ils n’ont pas de discussions importantes à ce sujet. Le mouvement afroféministe a l’air d’avoir de l’ampleur ici. J’ai vu bon nombre d’articles, de vidéos sur Youtube, de tweets sur le sujet et j’ai même été invitée à des conférences organisées par des afroféministes qui parlaient de l’intéressante question d’équilibre entre race et genre.

J’ai rencontré tellement de femmes noires qui sont intelligentes, conscientes et drôles. Des femmes qui souhaitent être les porte-paroles de leur communauté. Des femmes artistes, poétesses et chanteuses. Des femmes belles à l’intérieur comme à l’extérieur. Des femmes qui écrivent. Des femmes qui ont du style. Des femmes qui ont un cursus universitaire. Des femmes qui veulent élever et donner plus de force à leurs soeurs. Des femmes qui veulent être vectrices de profonds changements dans leur société.

Alors ne négligez pas les Afro-européens; ils occupent une véritable place dans notre monde.

Je m’en voudrais de ne pas parler de la série Strolling de Cecile Emeke qui, pour dire vrai, m’a permis de découvrir des points de vue d’Afroeuropéens pour la première fois. Cecile Emeke est une femme britannique qui a brillamment filmé des personnes noires issues de la diaspora africaine. Le résultat ? Elle y défait l’idée d’une expérience générale pour tous les noirs en déroulant une série de témoignages singuliers et personnels. Emeke a filmé aux Pays-Bas, en Italie, en Jamaïque, et dans beaucoup d’autres pays et l’intérêt suscité par son concept a engendré une grande popularité sur Youtube. Bien sûr, on y entend les histoires bien connues de micro-agressions, de « respectability politics »*, et d’estime de soi. Mais on y parle aussi de santé mentale, d’orientation et d’expression sexuelle, de capitalisme, de véganisme, de réparations coloniales et de pléthores d’autres sujets que l’on entend peu souvent venant de la part de personnes noires.

Si ça vous intéresse, je vous conseill de regarder 3 des témoignages que j’ai le plus aimé : deux amies noires en France, un homme afroféministe venant du Royaume-Uni et une actrice noire à Londres.

Alors, qu’est-ce que c’est que d’être Noir en Europe ? Je répondrai la même chose qu’à quelqu’un qui demanderait ce que c’est que d’être Noir aux Etats-Unis : qu’il n’y a pas de réponse simple. La culture, les mentalités, les idées, les joies, les luttes des Noirs ne sont pas uniformes, elles sont diverses, ils sont nuancées, elles peuvent se rejoindre mais ne se confondent pas.

J’écris pour expliquer que l’expérience noire ne se résume pas à notre expérience personnelle. Je pense qu’il est important non seulement de discuter de ce que c’est que d’être Noir aux Etats-Unis mais aussi dans un contexte plus global. Et rappelons-nous qu’en tant que Noirs Américains, notre visibilité à travers le monde nous donnent un certain privilège. La prochaine fois que vous direz #BlackLivesMatter, regardez au-delà de l’Amérique du Nord. Quand vous penserez à la communauté noire, faites-vous violence et dépassez les limites de votre imaginaire.

Et si vous en avez la possibilité, voyagez, parlez aux gens, discutez de ces sujets. Vos yeux et votre esprit s’ouvriront bien plus que vous ne le croyez. »

*Idée selon laquelle des « minorités » ou autres groupes marginalisés doivent changer leur comportement pour être mieux considérés et traités par le groupe dominant