Mams Yaffa à l’origine de la campagne #stopdepigmentation : « cette démarche se veut sociale et sanitaire »

ENTRETIEN – Mams Yaffa est le fondateur de l’association Esprit d’Ebene, créée en 1998 et oeuvrant à l’insertion professionnelle de jeunes issu.e.s de quartiers populaires. Il est également à l’origine de la campagne « stop dépigmentation », soutenue par l’acteur Eriq Ebouaney , la comédienne Aicha Sylla et la chanteuse et comédienne Fatoumata Diawara et dont les photos réalisées par le photographe David Uzochukwu sont affichées dans les transports franciliens. Mams a accepté de répondre à nos questions au sujet de ce projet de sensibilisation aux dangers de l’éclaircissement de la peau.

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Comment est né le projet « stop dépigmentation » que vous avez monté dans le cadre de l’association Esprit d’Ebene que vous présidez ?

Le projet part du constat qu’aujourd’hui encore, nous observons que des femmes, des hommes, de tout âge et de toute catégorie socio-professionnelle ont recours à la dépigmentation artificielle de la peau. L’objectif est donc d’une part de sensibiliser les populations africaines, asiatiques et maghrébines de France des dangers liés à cette pratique et d’autre part de les conduire à prendre conscience que la beauté est plurielle et qu’être « bien dans sa peau » passe par l’acceptation de soi.

En somme, cette campagne se veut être un plaidoyer en faveur de la peau naturelle, mais également une véritable démarche sociale et sanitaire.

C’est le jeune et talentueux photographe David Uzochukwu qui est l’auteur de ces clichés que l’on retrouve dans nombre de métros parisiens et en Ile-de-France depuis le 21 décembre. Comment s’est passée la rencontre ?

L’agence digitale Iconoclast est l’un des partenaires phares de cette campagne. Elle nous a aidé à définir la ligne créatrice et éditoriale de celle-ci. Dans le cadre de ce partenariat, elle a également mis à contribution les talents de David Uzochukwu, jeune photographe parmi les meilleurs de sa génération. Nous avons partagé notre vision et nos ambitions avec lui et il a su les rendre parfaitement sur les photos que vous verrez dans différentes villes françaises.

Dans quelles autres villes la campagne sera-t-elle visible ? A quel moment ?

On prévoit Marseille, Lyon, Orléans et Strasbourg à partir de septembre 2018 si tout va bien.

Le projet a été lancé fin 2016 et dévoilé au grand public le 21 décembre de cette année. Que s’est-il passé durant un an ?

Pendant un an, nous avons étudié ce phénomène à travers une grande enquête en ligne. Sur la base de ces retours, nous avons pu comprendre précisément les origines de cette pratique et cela nous a conforté dans l’idée que cette campagne était nécessaire. En partant de ce postulat, nous avons travaillé à nouer des partenariats avec des act.eur.ice.s et professionnel.le.s de la beauté, des médecins, dermatologues et coachs en développement personnel. L’objectif était de fournir une campagne complète axée essentiellement sur l’estime de soi et la prise de conscience que notre couleur de peau fait partie de notre identité,  donc que la changer, c’est se dénaturer.

Enfin, pour mener et financer une campagne de cette envergure, il a également fallu récolter des fonds. C’est tout ce travail qui a été réalisé ces derniers mois avec l’équipe projet.

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Combien de personnes ont répondu à cette enquête en ligne ?

860 personnes dont 90% sont des femmes.

Sur le site stopdepigmentation.com, vous indiquez « ce projet tend à déconstruire les idées reçues installées dans la conscience des femmes de couleurs et selon lesquelles l’usage de produits éclaircissants est une arme de séduction et signe d’intégration. » Quid des hommes adeptes de cette pratique ?

Les hommes qui pratiquent la dépigmentation de la peau, le font pour les mêmes raisons que les femmes : l’envie de plaire, de s’insérer plus facilement dans une société où avoir la peau claire est mieux perçu.

Dans la section où vous évoquez lutter pour « changer les comportements », vous indiquez vouloir « Détabouiser la dépigmentation artificielle de la peau : donner la parole aux personnes concernées ». Quelle(s) forme(s) cela prendra-t-il ? 

Lors de nos ateliers d’échanges seront prévus des instants de discussion avec le public pour donner la parole à tou.te.s. Ils seront accompagnés de témoignages écrits et vidéos de personnes ayant recours aux produits dépigmentants et qui ont accepté de partager leur expérience avec nous.

Parlez- vous déjà à des personnes qui ont recours à cette pratique ? Si oui, qu’est-ce qui ressort de vos échanges ? 

Oui, depuis le lancement de cette campagne, nous avons eu à échanger avec des personnes ayant recours à cette pratique. La plupart sont prêtes à témoigner de façon anonyme-la majeure partie n’assume pas- et peu la conseillerait à leur entourage. Nos interlocuteurs mettent en avant la relation de dépendance qui existe avec ces produits;  il y a donc une prise de conscience.

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Une campagne de crowdfunding sera lancée en janvier. A quoi servira l’argent récolté ?

Cette campagne, mise au point avec l’aide de l’agence de communication Solicom, servira à compléter le financement du dispositif de communication au niveau national et international à savoir le financement du personnel des ateliers en île-de-France, le financement des fascicules à destination des centres médicaux, la location d’un bus et des besoins logistiques pour une tournée de sensibilisation nationale et européenne, en Belgique, en Allemagne,  en Angleterre, en Suisse, en Espagne, au Portugal et en Italie. Au niveau européen, on espère interpeller les décideurs des Etats afin d’avoir un durcissement des lois au niveau européen tant sanitaire mais surtout en terme de représentativité ou de représentation dans les pubs. A y regarder de plus près, on touche assez vite le combat contre le racisme. le financement d’un concert caritatif pour la cause de la dépigmentation de la peau et la production audiovisuelle.

En Afrique,  ce sera d’abord une campagne de communication à grande échelle puis nous alerterons des pays comme la Côte d’Ivoire et le Ghana afin d’arriver à l’interdiction des mauvais produits. Ces fonds serviront aussi à l’organisation d’un concert caritatif et à la production de contenus audiovisuels.

Retrouvez la campagne « Stop dépigmentation » sur Facebookl’Instagram de l’association Esprit d’Ebene et sur le site internet d’Esprit d’Ebene.

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