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Aulnay-sous-bois : « Quand cesserons-nous d’avoir peur pour nos frères ? »

Suite au contrôle de police qui a pris un tour criminel pour Théo Luhaka à Aulnay-sous-Bois le 2 février dernier, Vanessa, journaliste qui a passé une partie de son adolescence à Aulnay-sous-Bois, nous a adressé ce texte, à chaud, reflet de ce qu’une personne afrodescendante et plus généralement non-blanche, vivant dans ce qu’on appelle les « quartiers » peut ressentir : bon nombre d’émotions, et en tête : la peur que d’autres continuent d’être victimes de violences policières.

Quatre policiers qui s’acharnent sur un homme, jusqu’à lui enfoncer une matraque dans l’anus.  » Ça aurait pu être mon frère ». Voilà ce que j’ai pensé lorsque j’ai appris ce qui aujourd’hui est appelé « l’affaire Théo ». Impossible pour moi, de ne pas avoir son visage en tête. Lui aussi est un jeune noir de 22 ans, habite Aulnay-sous-bois, dans une cité qui est à deux rues de celle des 3000.

L’histoire de ce jeune homme du même âge que lui m’a bouleversé et me bouleverse encore. Je ne peux m’empêcher de penser à Théo, à sa photo qui s’étale dans les journaux, à mon frère et à tous ceux dont le vrai délit – en réalité- serait de ne pas être blanc.

Je pense à tous ces hommes, à mon frère c’est vrai mais je ne sais quoi lui répondre lorsqu’il m’appelle pour me dire qu’à l’heure où il me parle un hélicoptère survole l’immeuble où vit ma mère, je ne sais quoi lui répondre quand il m’affirme que le soir il n’est pas prudent de sortir mais qu’il n’est pas non plus prudent d’ouvrir les fenêtres puisque la veille, des policiers ont braqué leurs lampes sur son visage comme s’ils étaient à la poursuite d’un dangereux criminel, je ne sais quoi lui répondre lorsqu’il m’explique qu’avec ses amis, ils s’envoient des messages de précaution « parce qu’en ce moment, les flics, ils tabassent fort ».

Je reste silencieuse tout comme je reste silencieuse quand je pense à la vie brisée de Théo Luhaka. Silencieuse parce que ma colère n’intègre plus aucun mot. La chanson des violences policières, nous sommes nombreux à en connaître les paroles.

« Faciès, dérapage, bavure, quartier, embrasement, maghrébin, noir, connu des services de police, inconnu des services de police, rendre la justice, justice pour, sursis ».

Comme d’autres, je l’ai entendu lorsque Zyed Benna et Bouna Traoré sont décédés, lorsque Amine Bentounsi est décédé, lorsque Adama Traoré est décédé et le disque ne se raye pas.

Parfois il se fait discret, on l’entend à peine, tant la liste des hommes victimes de ces sadiques en uniforme est longue, mais il finit toujours par revenir, bien décidé à nous survivre tous. Invariablement, c’est toujours la même partition qui se joue. Une partition où « le jeune de cité », (entendez tout homme, oui à 45 ans aussi, habitant dans un quartier populaire, mais pas blanc, je le répète) est une potentielle victime du bras armé de l’État français.

Une victime mais dont le statut est toujours à prendre avec des pincettes. A-t-elle son « badge de respectabilité », celui qu’il lui faut arborer en toutes circonstances ? C’est ce badge qui pourra éventuellement lui donner le statut de gentil noir ou de gentil arabe, « là au mauvais moment, au mauvais endroit ». Parce que les autres, sait-on jamais, méritaient-ils peut-être qu’on nie leur humanité ou qu’on les tue.

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INTERVIEW – Leïla Sy :  » Même si c’est un grand jeu de dupes, il faut absolument voter »

Leïla Sy ©Lorent KostarENTRETIEN – Elle nous avait parlé musique et images lors d’une première interview. Leïla Sy, réalisatrice de clips, passe devant la caméra jeudi 28 janvier pour rencontrer les lecteur.ice.s du blog. Entre engagement artistique et citoyen, elle se raconte.
Leïla Sy, réalisatrice de clips passionnée pour quelques-unes des plumes les plus exigeantes du rap français, est une citoyenne engagée et une activiste du hip-hop. Avant de rencontrer les lecteur.ice.s du blog, celle qui dit avec humour et lucidité « remplir deux quotas en étant une femme noire » est revenue pour L’Afro sur son action au sein de l’association Devoirs de Mémoires et son implication dans le centre hip-hop à venir, La Place.

Femme et noire

« Je remplis deux quotas : je suis une femme et je suis noire. Deux sacrés dossiers. Oui, je suis métisse, c’est ma différence. J’ai pu faire des photos pour Benetton. Oui, je suis une femme, qui bosse dans un milieu d’hommes. Mais j’ai aussi cette empathie que les femmes qui sont devenues mères ont ; travailler avec moi du coup rend les choses différentes. Pour le moment, je représente pour moi, les miens, mes engagements et ça fait déjà beaucoup. Essayer de créer des images de qualité et mettre en valeur le travail d’artistes que je respecte, c’est déjà une sacrée mission, je ne vais pas mentir. Cela m’importe de prendre plus le temps de réfléchir afin de représenter pour les femmes.  »

La radicalisation dans les quartiers

(On avait rencontré Leïla peu de temps après les attentats du 13 novembre) « Tant qu’il n’y aura pas de modèles, ni de tremplin, ni de but à atteindre plus lumineux pour les enfants et petits-enfants de déraciné.e.s qui ont la peau plus pigmentée et de manière plus globale pour les jeunes issues d’un environnement modeste, ils vont là où on leur tend une main et où on leur fait une place. Je travaille sur ces thèmes, à ma façon, aux côtés de nombreux artistes talentueux. Dans Fautes de français, le clip que j’ai réalisé pour Lino, on a écrit sur des écriteaux des extraits de son texte, malheureusement tristement prémonitoires. On laisse pourrir les choses, on attend que ‘ça crame’. Ces attentats, ce sont dix, quinze ans de travail qui sont partis en fumée. »

lino YT

Devoirs de Mémoires, l’expérience associative en sommeil

« Il y avait d’autres associations engagées comme AC le feu ou les Indigènes de la République, qui faisaient bien plus que nous sur le terrain et à qui je tire mon chapeau. Devoirs de Mémoires, c’était la réunion d’un groupe d’ami.e.s ; on voulait travailler sur des questions d’histoire, on se demandait d’où venait le rejet de la France chez certains et surtout ce sentiment étrange de ne pas se sentir français. On a rencontré des spécialistes, organisé des conférences / débats avec des historiens comme Benjamin Stora. Malheureusement, les événements*, comme la mort de Zyed et Bouna notamment nous ont rattrapé.
Devoirs de Mémoires est devenue Devoirs de Réagir. On organisait des réunions hebdomadaires. Lors de l’une d’elles, une jeune femme, Madeleine, a eu l’intelligence de dire qu’il fallait proposer des solutions concrètes pour contrer le manque de respect qui avait cours dans les médias à l’époque, alors beaucoup moins libéralisés, et comme les élections pointaient leurs nez, .  On s’est regardé : sur les vingt, on était au moins la moitié à ne pas avoir notre carte d’électeur. Si nous ne l’avions pas, alors qu’on était des adultes responsables, on s’est dit qu’on devait encourager les plus jeunes à l’avoir et surtout aller nous inscrire également ;))) « 

Sur le droit de vote

« On a mobilisé notre réseau et lancé cet appel à s’inscrire sur les listes électorales. On a été médiatisé, ce qu’on recherchait, car on voulait se faire entendre, on avait envie qu’il y ait un peu d’espoir mais on était la face visible de l’iceberg. On a été beaucoup décrié, comme étant le « collectif de people » appelant au vote, –et a suscité de nombreux débats sur la toile, ndlr-. Cela m’a beaucoup peiné et a sans doute contribué à ce qu’on mette l’association en sommeil. Aujourd’hui, par rapport au droit de vote, je suis assez radicale. Même si c’est un grand jeu de dupes, il faut absolument voter : d’autres ne s’en privent pas. Ma grand-mère n’avait pas le droit de vote dans sa jeunesse, moi si. Comme disait Guillaume Depardieu, qui nous a malheureusement quitté, si tu ne t’occupes pas de la politique, la politique s’occupera de toi. L’acte de voter, c’est aussi l’acte de s’approprier son pays. Déjà que certains ne veulent pas qu’on se sente chez nous, si nous n’essayons pas de faire en sorte de l’être, on ne va pas s’en sortir. »

Son expertise sollicitée pour le centre hip-hop La Place

« La Place est gérée par une association, présidée par Agnès B., une grande dame qui a un vrai attachement au hip-hop. Elle soutient les graffiti artistes, a également une renommée qui dépasse notre milieu. Je suis membre qualifiée et bénévole au sein du conseil d’administration ; on est en charge de conseiller l’équipe qui gère le lieu au quotidien, de faire la place à toutes les disciplines, de crédibiliser le projet. C’est un idéal qui prend jour, après un travail de longue haleine, qui, j’espère, rayonnera, une fois mis en place. Enfin une reconnaissance concrète et juste de notre culture, de ma culture, le hip-hop.
C’est une évolution logique, importante et vitale pour notre pays. La France reconnaît la puissance, la richesse et l’énergie de tous ses enfants. Je suis extrêmement honorée d’avoir été contactée, même si je suis plutôt discrète. »

*A ce sujet, un article publié sur Regards dresse un bilan des actions diverses initiées nées suite aux événements de 2005

Pour lire la première partie de notre entretien : Leïla Sy, portrait musical

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PORTRAIT – La nuit de… Kendra Yukiji des Girls Do It Better

SOIREE -À la tête du collectif exclusivement féminin Girls Do It Better, qui organise sa « Xmas Party » le 12 décembre au Comedy Club à Paris, Audrey aka Kendra Yukiji, slasheuse qui se dit afroféministe parle de son quotidien derrière les platines avec son squad.

MISE A JOUR : Audrey-Kendra a ajouté une corde à son arc en sortant le titre « Brown Sugar », un titre aux accents r’n’b, aux côtés de deux des membres de son collectif Girls Do It Better. NxxxxxS est à la prod ; le titre figure sur son EP Market Crash, sorti début novembre sur Orfèvre, le label du rappeur tout juste retraité Espiiem.


 « Je m’appelle Audrey, j’ai 26 ans, mais ceux qui viennent aux soirées de mon collectif Girls Do It Better, fondé il y a deux ans, me connaissent aussi sous mon nom de scène, Kendra Yukiji. Le but : réunir les filles avec qui je bossais déjà pour faire évoluer nos projets toutes ensemble, de manière officielle, sous un seul nom, qu’on voulait un peu insolent,-à notre image-, et qui glorifierait les femmes.IMG_0374


J’ai grandi dans le nord, à Roubaix, près de Lille. J’ai toujours fait de la musique, je me suis cherchée pendant des années et je pense m’être enfin trouvée : je mixe dans des soirées. Ne m’appelez pas Djette, je déteste ce terme !


 J’ai la chance de me produire beaucoup dans de gros clubs, à Paris, la ville où je suis née, depuis un an. Samedi, on sera au Comedy Club et on a prévu plein de surprises : un genre de soirée idéale en perspective, avec mon mec, mon entourage et notre public en club à mixer une bonne partie de la nuit !
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Je ne considère pas que je suis pleinement DJ mais je bosse pour avoir ce statut un jour.  Ce n’est pas facile ; il faut beaucoup travailler, proposer une performance à la hauteur des clubs qui nous accueillent. On a un public de gens jeunes, modernes et vraiment très cools, de Paris ou d’ailleurs, qui évolue souvent dans le même réseau média/RP/mode/lifestyle parisien que nous. Samedi d’ailleurs, avant la soirée, je viderai mon dressing avec une floppée de blogueuses mode, mon ancienne activité. J’ai eu la chance d’être bien entourée à mes débuts, ce qui m’a donné l’opportunité de jouer à l’étranger : je remercie le Seigneur chaque jour LOL  !


« Être une femme noire n’a jamais été un problème dans ce milieu pour moi »


Dans mes sets, je passe 40% de hip-hop US, 30% de rap français, 20% de futurebeats/grime et 10% d’afrobeat. Je ne connais pas de site spécialisé pour choper des sons africains, du coup ça m’arrive de jouer des classiques, surtout ces derniers mois ! J’aime beaucoup l’afrobeat alors j’en profite pour le mélanger avec des vrais sons de chez moi, -mes parents sont d’Abidjan en Côte d’Ivoire-, ou d’ailleurs en Afrique ! J’ai hâte d’y retourner cet été… Frères, oncles, tantes, cousins, cousines, bref, une bonne partie de ma famille vit à Abidjan.



Être une femme noire n’a jamais été un problème dans ce milieu pour moi, même si je sais que ça peut être difficile pour certains artistes. Sauf une fois, dans un club dont je tairai le nom et qui ne s’attendait pas forcément à ce que je joue vraiment, du rap français en plus. On nous a prises pour « les danseuses » toute la soirée : le fiasco ! L’image que les gens ont parfois des femmes noires, qui seraient des sauvages, des grandes gueules, juste bonnes à danser… me dépasse.


Les réseaux sociaux sont un bon moyen de me connaître. C’est important de montrer quand je suis à la cité avec mes amis, quand je sors pour découvrir des artistes qui peuvent me donner envie de les programmer. J’ai envie d’y montrer ce qui m’inspire vraiment au quotidien. »

Pour suivre les événements du collectif pour 2016, connectez-vous sur la page Facebook des « Girls ».
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TRIBUNE – Décoloniser les imaginaires, un impossible bien français ?

AVIS – Amélie, @akoulanda sur Twitter, activiste, blogueuse, chargée de communication dit son ras-le-bol des représentations racistes et se demande comment décoloniser l’imaginaire français.

« Lorsque je passe devant une boutique ou un café avec une décoration un peu rétro, je guette toujours avec hantise la présence d’une vieille boîte Banania, ou tout autre objet véhiculant une image caricaturale des Noir.e.s ou de l’Afrique,  des représentations qui ne dérangent pas ceux qui y voient un simple «  esprit  vintage ».

En me promenant rue Consolat, dans le 1er arrondissement de Marseille, voilà ce que je découvris à la boulangerie La Banettine sise au numéro 102.

  

Des gâteaux avec le visage d’un homme noir doté d’une grosse bouche rose, des yeux exorbités et un air « naïf », des « têtes de noirs » appelées « L’Antillais » ! Bref des caricatures négrières, et une chosification raciste, disposés à côté de gâteaux en forme d’animaux.

« Si on le fait pour les animaux, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas le faire pour les Noirs »

Au milieu de la « tête de cochon », et de la « tête de grenouille » : le Noir.

J’ai interpellé les patrons de la boulangerie, -blancs, évidemment-, qui ne voyaient pas le racisme de cette pratique. « Si on le fait pour les animaux, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas le faire pour les Noirs », m’a d’ailleurs rétorqué le patron, très décontracté et plein d’assurance. Ils m’ont expliqué qu’ils faisaient ces gâteaux depuis vingt ans, et qu’ils ne pouvaient pas être racistes puisqu’ils ont un employé noir. 

Au début de l’année une affaire similaire, concernant une boulangerie à Grasse qui vend des pâtisseries, caricatures négrières et hyper-sexualisées baptisées « Dieux » et «Déesses » , avait éclaté, médiatisée et défendue par le Cran (Conseil représentatif des associations noires), ainsi qu’une autre l’année dernière, à Auxerre, où des biscuits répondant au nom de « Bamboula » et « négro » étaient vendus et revendiqués par ses créateurs. 

Les Noir.e.s en pâtisserie : une tradition bien française qui n’a, hélas, pas disparu.  Il n’y a pas si longtemps, on y trouvait des « têtes de nègres » en gâteaux et en bonbons. Et pourquoi pas des « têtes d’arabes », des « têtes de rroms » ou des « têtes de juifs » avec une étoile jaune tant qu’on y est ?! 

Jusqu’ici s’agissant des pâtisseries, la voie légaliste ne s’est pas avérée fructueuse. L’imaginaire colonial français perdure et fait de la résistance. Pourtant en 2011, on fêtait une petite victoire : le Mrap (Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples) et Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais (Collectif Dom) avait obtenu de la cour de Versailles l’interdiction de la commercialisation du slogan « Y a bon Banania», distribuée par la société Nutrimaine. Ce slogan qui infantilise et moque le Noir, perçu comme « arriéré », « non civilisé », en le faisant parler « petit nègre », serait apparu après la fin de la première guerre mondiale. 

Le cas Banania

La marque Banania, qui a toujours utilisé l’image de personnes noires pour vendre son cacao en poudre, disposait d’un stand à l’exposition coloniale qui eut lieu à Marseille en 1922.

Banania est un exemple tristement emblématique de cet attachement français aux symboles coloniaux et néocoloniaux qui ridiculisent les Noir.e.s.

« Je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France », déclarait Léopold Sédar Senghor dans son recueil Hosties noires (1948).  Aujourd’hui  encore, la marque continue pourtant de sévir avec l’image du « tirailleur sénégalais » comme effigie, qui a gardé son expression candide, mais est désormais représenté sous les traits d’un enfant. Il est affligeant de constater que cette utilisation commerciale du « Noir vendeur de chocolat » soit toujours présente dans les rayons de nos supermarchés, tant elle est chargée de sens historiquement. 

C’est donc ainsi qu’on représente des dizaines de milliers de soldats qui ont versé leur sang pour la France,  dont les premiers  furent recrutés comme corps de militaires appartenant à l’Armée coloniale constitué au sein de l’Empire colonial français en 1857, et qui ont été utilisés comme « chair à canon » ? Un soi-disant « hommage » dégradant et malhonnête, et tout bonnement raciste.

Un mal français, un mal mondial

Hélas cette exploitation raciste de l’ « image du Noir » n’est pas exclusivement française, elle évoque notamment la pratique américaine du blackface et de traditions européennes toujours d’actualité. En effet, cette pratique qui consiste pour une personne généralement blanche, à se maquiller le visage en noir fait office de tradition en Belgique avec «Pierre, le Noir», et aux Pays-Bas avec«Zwarte Piet », où des activistes ont œuvrél’année dernière, que la justice néerlandaise reconnaisse et qualifie ce défilé annuel de raciste. En vain. 

Si pour les Noir.e.s et Afro-descendant.e.s issu.e.s de la diaspora noire, il est évident que ces représentations, héritage à la fois de notre histoire commune liée à la traite, au colonialisme, et son continuum actuel qui est le racisme systémique de nos sociétés occidentales, sont racistes et dégradantes, pour les autres, et particulièrement pour les blanc-he-s à l’origine de ces pratiques, le caractère raciste de ces pratiques est certes parfois revendiqué mais pas toujours reconnu avec évidence. . 

En France, il n’est pas rare d’entendre des « intellectuels » ou des politiques se laisser aller à une nostalgie coloniale, ou même à faire l’éloge de la colonisation. Il y a quelques semaines Philippe De Villiers, déclarait  «  Moi je suis fier de la colonisation française, et j’en ai marre de la culpabilisation », ce qui devrait relever de l’apologie d’un crime contre l’humanité, n’a pas provoqué de tollé général dans la sphère politico-médiatique.

Les Noir.e.s ne sont pas détaché.e.s dans le « regard blanc » de l’animalisation, du cliché du « sauvage », de l’hyper-sexualisation, exotisation, du personnage du « naïf », fait pour faire rire, etc. Sortirons-nous un jour de ces stéréotypes aux accents coloniaux? 

La seule voie qui donne de l’espoir est celle de la réappropriation de la narration par les Noir-e-s : lorsque nous devenons auteur-e-s de nos représentations et écrivons nos propres histoires, quitte à revisiter l’Histoire, avec un grand « H ». Une Histoire, souvent « blanchie, invisibilisant le rôle des Noir-e-s, ou en donnant une version moindre ou caricaturale. On ne peut déconstruire entièrement un imaginaire colonial si ancré dans notre société, mais on peut œuvrer pour le décoloniser.